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L’assertivité du physique footballistique

  • Photo du rédacteur: xavierblanc
    xavierblanc
  • 1 avr.
  • 3 min de lecture

Si le physique est nécessaire au football, il n’est pas tout le football. Alors, qu’est-ce qu’il est footballistiquement et quelle est sa place ? Pour me répondre, on me cite souvent Paco Seirul-lo [1], l’éminence grise de la Masia du FC Barcelone [2], qui soutient que le développement des qualités physiques des joueurs passe exclusivement par le jeu. Lors d’un repas échange avec Yves Debonnaire [3], ce dernier a cité cette fois Sergio Busquet pour parvenir à la même conclusion : des qualités tactiques de haut niveau et une bonne maîtrise du jeu de passes dispensent quasiment d’un entraînement physique isolé.


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Je suis potentiellement tout à fait d’accord avec cette affirmation si on appréhende le physique footballistique sous son seul angle métabolique. Je suis tout à fait contre, si on considère que ce physique, c’est tout d’abord de la fluidité motrice qui harmonise et équilibre corporellement le joueur, ce qui lui permet d’exprimer pleinement son football. Dans ce sens et selon les mots de Michel Ritschard, « le physique n’est pas le football, mais sans ce physique, le football n’est rien », un mantra auquel j’ajoute « mais pour autant qu’il soit assertif ». Un PPF assertif détient « la capacité à s’exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres ». Donc, un bon PPF sait rester à sa place et défendre cette position. Mais quelle est cette place ?


Dans les premiers temps du développement du physique footballistique en Suisse, les PPFs n’avaient pas de profil préétabli. Ils venaient, au cas par cas, d’autres sports et/ou de pays étrangers [4]. L’ASF a repris la main dans les années 2000 en certifiant une formation de préparateur physique qui demandait de vraies aptitudes techniques footballistiques. Cette évolution a conduit à la formation d'un nombre important d'entraîneurs assistants spécialisés dans le physique. Or, par nature, ces entraîneurs se positionnent plus comme des entraîneurs technico-tactiques que comme des PPFs. Cette situation peut engendrer des tensions dans un staff, surtout si les rôles de ses membres ne sont pas clairement définis ou compris par un concept d’intervention commun. 


Au sein même des staffs de préparation physique, le débat sur la place de chacun demeure ouvert. Dans sa quête d'amélioration, la discipline se développe, se perfectionne et se spécialise. Sous l’égide de la préparation physique, on trouve aujourd’hui des spécialistes de la vitesse (très, très peu), de la force (un peu plus), de l'endurance (beaucoup), de la nutrition, de la réathlétisation et des soins, qui tous, par leur expertise spécifique, savent plus et mieux que les autres ce qu'il faut faire pour performer [5].


L’avantage d’un préparateur physique externe au football réside dans le fait qu’il n’a pas de légitimité football. Cela l’oblige à être à son écoute et à son service, soit les attributs d’un PPF assertif. En revanche, cet avantage peut très vite se transformer en désavantage s'il ne fait pas l'effort de réellement comprendre les subtilités physiques footballistiques.


Cependant, l'essentiel n'est pas de savoir qui maitrise quoi et mieux, mais de constituer une équipe complémentaire travaillant de concert pour améliorer l’équipe de joueurs. Ainsi, rester à sa bonne place en fonction de ses compétences et de celles des autres est un critère de succès de l’entraînement sportif. Cela présuppose une valorisation de chaque membre de l’équipe et que chacun fasse preuve « d’intelligence émotionnelle » pour collaborer de manière sensée, soit que tout le monde s’actionne dans le même sens, comme le propose Daniel Goleman [6], et comme l'expose Jean-Pierre Egger pour expliquer le succès du Team Alinghi lors de l’America's Cup 2003 [7].


[1] Lire l’article de Pierre Escofet, docteur en sociologie, ex-joueur de ligue nationale

[2] Visualiser en cliquant ici.

[3] Petit clin d’œil à Yves en remerciement pour avoir contribué à développer de manière fort compétente la formation des entraîneurs suisses

[4] A l’exemple du préparateur physique Rafaello Cerullo qui a accompagné Alberto Bigon dans le formidable doublé coupe-championnat 1997 du FC Sion.

[5] Pour une proposition « qui doit faire quoi en fonction de ses compétences », lire Anne-Laure Morigny et Christophe Keller La prophylaxie en sport de haut niveau, expériences de terrain, Editions Savoirs d’Experts, Insep, 2019.

[6] Daniel Goleman, L’intelligence émotionnelle, Tome 2, Editions J'ai lu, 2003.

[7] Jean-Pierre Egger, The Way to Excellence, Editions Weber Verlag, 2019. p. 46

 

 
 
 

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