DĂ©contracter pour mieux contracter est le secret pour ĂȘtre plus vite avec moins dâeffort
- xavierblanc
- il y a 2 jours
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Quelle que soit l'option stratégique de son entraßnement physique footballistique, la capacité de relùchement des joueurs est un facteur transversal primordial de leur performance. Elle est un facteur qualitatif d'exécution et de la capacité à réitérer le plus briÚvement possible des efforts les plus rapides possibles. Cette capacité est consubstantielle à certains, mais peut, fort heureusement, aussi s'acquérir par l'entraßnement.

Dans cette perspective, le relĂąchement corporel est une qualitĂ© du physique footballistique. Dans mon concept de l'entraĂźnement physique footballistique, il concourt Ă l'extraction de la vitesse footballistique. Plus prĂ©cisĂ©ment, il est la solution pour rĂ©soudre le paradoxe de la production de la vitesse maximale, et par extension de toute gestuelle, relevĂ© par Jacques Piasenta; qui nous informe que le joueur, pour se dĂ©placer rapidement, « doit tout Ă la fois contracter ses fibres musculaires tout en Ă©tant le plus dĂ©contractĂ© possible » [1]. Or pour ĂȘtre dĂ©contractĂ©, il faut ĂȘtre relĂąchĂ©. Ce relĂąchement est tout Ă la fois action et Ă©tat d'esprit. Le second Ă©tant prĂ©curseur de la premiĂšre.
En tant qu'action volontaire, le relĂąchement permet un meilleur Ă©tirement musculaire, ce qui produit plus d'Ă©nergie. Au mĂȘme titre qu'un Ă©lastique, plus les muscles sont Ă©tirĂ©s, plus ils emmagasinent de l'Ă©nergie, ce qui va leur permettre de se contracter plus vite et plus fortement. Mais pour que ce processus musculaire puisse s'effectuer sans freins, ou crispation, le joueur doit ĂȘtre en capacitĂ© d'accueillir les Ă©motions erratiques footballistiques avec sĂ©rĂ©nitĂ©. Cette sĂ©rĂ©nitĂ©, qui a le pouvoir d'Ă©loigner les Ă©motions nĂ©gatives ou de les absorber, tient pour beaucoup dans la personnalitĂ© des joueurs et/ou de comment ils abordent/vivent leur football. Elle puise son origine dans l'apprentissage de la compĂ©tition qui apprend Ă gagner comme Ă perdre tout en sachant que les joueurs peuvent la cultiver en mobilisant leur systĂšme nerveux parasympathique. Jâobserve ici que certains footballeurs sont gĂ©niaux Ă l'entraĂźnement, mais peinent Ă concrĂ©tiser leur potentiel le jour du match pour causes de crispations.
Le relĂąchement en tant que capacitĂ© s'apprend, s'exerce, se cherche et se recherche... bref s'entraĂźne. On a tendance Ă vaincre l'obstacle en forçant le passage, par « forcite » en le (re)poussant afin de le renverser, ce qui nous en fait faire plus que de raison. Comme si, en cas d'Ă©chec, cette dĂ©bauche d'Ă©nergie nous disculpait de toute faute par « jâai essayĂ© en donnant tout, mais cela nâa rien donné ». Cela donne une sociĂ©tĂ© qui force, qui « serre les fesses », qui se stresse et ainsi se rĂ©tracte. Trop souvent dans le football, sport de domination oĂč la faiblesse est une tare, on rĂ©sout la duretĂ© de l'effort en Ă©tant bonhomme, ou gaillard, afin dâĂȘtre encore plus dur que le mal... Alors qu'il s'agit de faire l'inverse, comme l'enseignent les sages-femmes/hommes lors d'un accouchement ! Pour ceux qui lâont vĂ©cut, la naissance d'un enfant est l'Effort physique de notre humanitĂ© et remet tous les « exploits sportifs » Ă leur juste place. Alors que les contractions puissantes surgissent, une des clĂ©s pour « mieux » passer la vague incontrĂŽlable de douleur est de l'accueillir sans se contracter, ou de rajouter de la contraction sur de la contraction, selon le mantra rĂ©pĂ©titif « les contractions sont mes amies ».
C'est d'ailleurs ce lĂącher-prise qui est le fondement de toutes les mesures relaxantes qui visent Ă nous desserrer de l'emprise du distress constitutif du burn-in, qui amĂšne le burn-out. C'est alors faire confiance dans les capacitĂ©s de son corps et accepter ses limites physiques momentanĂ©es pour aller les dĂ©couvrir dans un second temps. C'est mĂȘme mettre en lumiĂšre celles-ci pour mieux les rĂ©soudre par les entraĂźnements Ă venir. Ce lĂącher-prise ne signifie pas pour autant refuser l'obstacle au moindre signe de fatigue ou de difficultĂ©. C'est entraĂźner par « une douleur acceptable », donc « pas dans la douleur », et au besoin « reculer pour mieux sauter », afin qu'elle reste sous contrĂŽle, c'est-Ă -dire quâelle ne crispe pas les joueurs.
LâentraĂźnement du relĂąchement
Au mĂȘme titre que la personne stressĂ©e, le joueur ne se rend pas toujours compte de sa crispation. C'est lorsqu'il se dĂ©crispe qu'il prend conscience Ă quel point il Ă©tait crispĂ©. Pour dĂ©crisper, le prĂ©parateur physique footballistique (ci-aprĂšs PPF) peut agir sur des mouvements et des actions corporels concrets. Ă ce stade de mes rĂ©flexions, jâen identifie 5, Ă savoir : trop d'amplitude de foulĂ©e, des Ă©paules prĂšs des oreilles, une respiration haletante, des mains et des mĂąchoires serrĂ©es.
- Une foulĂ©e footballistique est un savant mĂ©lange dynamique entre notre frĂ©quence et notre amplitude que lâon rĂšgle pour rĂ©soudre ou affronter une difficultĂ© ou se dĂ©placer au niveau de vitesse de son choix. Pour imager la problĂ©matique, c'est comme lorsque nous sommes sur un vĂ©lo. Nous sentons bien quand nous devons monter dans les vitesses (pour obtenir Ă chaque tour de pĂ©dale plus d'amplitude, de couple ou de braquet) afin d'Ă©viter de tourner nos jambes dans le vide. Ă l'inverse, on baisse les vitesses afin de ne pas devoir Ă©craser les pĂ©dales lors de montĂ©es ou de faux-plats. Le tout vise Ă avoir le meilleur ratio entre la frĂ©quence et l'amplitude en fonction des difficultĂ©s et/ou de son Ă©tat de forme pour obtenir la vitesse de dĂ©placement que lâon dĂ©sire avec le minimum d'effort. On remarque les joueurs crispĂ©s par leur tendance Ă forcer leur amplitude de foulĂ©e ou Ă les tracter (ils tirent sur leur appuis podal avant et le prolongent en le poussant derriĂšre eux au plus loin lorsque cet appui passe leur bassin) ce qui les « transforment » en tracteurs... puissants, mais lents. Ce poussage, prĂ©cĂ©dĂ© d'un tirage, pĂ©jore la frĂ©quence de foulĂ©e et fait appel Ă la force pour tenir l'amplitude ainsi créée. Non seulement cela pĂ©jore la vitesse du joueur, mais en plus cela lâĂ©puise trĂšs vite Ă©nergĂ©tiquement. La solution est alors de l'inciter Ă sâappuyer en toute dĂ©contraction sur sa frĂ©quence pour se dĂ©placer avec comme premiĂšre intention le pointage de ses genoux.
- Dans le but de se rendre le plus vite Ă l'endroit voulu, il y a des joueurs qui automatiquement haussent leurs Ă©paules comme pour tirer leurs corps vers l'avant. Cela a pour consĂ©quence que leurs bras deviennent moteurs en lieu et place de leurs jambes. Certainement parce qu'ils ne sentent pas leur force de projection ou d'extension de leur hanche. Outre le fait que cela ne les fait pas aller plus vite en limitant la frĂ©quence des bras, cela dĂ©place leur point de fixation de stabilitĂ© corporelle de leur X Ă leur Y, ce qui pĂ©jore la qualitĂ© de leur Ă©quilibration quâils retrouvent par leurs bras. Le tout Ă©tire l'amplitude de leur foulĂ©e, ce qui nous fait retomber dans la problĂ©matique prĂ©cĂ©dente. La solution est de simplement demander aux joueurs de baisser, d'assoir, ou de laisser tomber leurs Ă©paules sur leur tronc et de mobiliser avant toute chose leurs jambes et leurs cuisses pour se dĂ©placer plutĂŽt que leur bras.
- Une personne stressĂ©e et/ou crispĂ©e se remarque par une respiration haletante qui mobilise le haut de sa cage thoracique. Ce type de respiration empĂȘche des expirations profondes qui vident les poumons, ce qui limite les volumes des inspirations et donc notre oxygĂ©nation. En effet, un halĂštement respiratoire rĂ©duit le rejet complet de notre CO2. En quelques minutes, cela gĂ©nĂšre une acidification corporelle par une baisse du PH. Le tout pĂ©jore la performativitĂ© des joueurs en augmentant leur fatigue ainsi que leur sensibilitĂ© Ă la douleur. Pour y remĂ©dier, il revient aux PPFs d'apprendre aux joueurs la respiration profonde, Ă lâexemple de la derniĂšre Coupe du monde de rugby de 2023, dont les Ă©quipes se rĂ©unissaient lors des pauses de jeu pour reprendre leur souffle et ainsi leur esprit. Il existe plusieurs procĂ©dures de respiration profonde. Par exemple, la 365 qui vise Ă faire baisser notre rythme cardiaque en prenant le temps de respirer 3 x par jour, 6 respirations par minute pendant 5mn. Je rajoute Ă ce « ralentissement de la respiration », le gonflement du ventre Ă l'inspiration et le rentrĂ© Ă l'expiration en essayant de rapprocher au plus prĂšs son ombilic de sa colonne vertĂ©brale. Cela masse nos organes par pression interne, ce qui favorise notre retour veineux. Cette respiration profonde peut faire office de retour au calme. Par ailleurs, n'oublions pas que la morphologie de notre tronc est dĂ©terminĂ©e par la motilitĂ© de notre diaphragme qui, justement, s'exerce par des sĂ©quences de respiration profonde. Une bonne motilitĂ© diaphragmatique participe Ă libĂ©rer notre chaĂźne musculaire antĂ©rieure et permet par ricochet Ă notre chaine musculaire postĂ©rieure de bien officier en force et en rĂ©activitĂ© pour nous redresser. Cela contribue Ă ce que le joueur puisse se tenir droit, ce qui va faciliter les retours de ses genoux, donc sa vitesse de dĂ©placement.
- Si un joueur serre exagĂ©rĂ©ment ses mĂąchoires, cela fatigue son port de tĂȘte, ce qui le dĂ©termine posturalement, sachant que l'articulation temporale mandibulaire est un capteur postural. Outre des possibles douleurs, cela rĂ©duit sa vision pĂ©riphĂ©rique et son scanning du jeu. Pour information, si nĂ©cessaire, on accepte que nos dents se touchent lĂ©gĂšrement 8 minutes par jour. Au-delĂ et en cas de serrement continuel des mĂąchoires, ou bruxisme, c'est un signe de crispation qui rĂ©vĂšle un distress. Dans ce cas, on ne peut que conseiller aux joueurs de consulter pour se faire aider Ă se relaxer. Si un joueur crispe sa mĂąchoire systĂ©matiquement et au prĂ©alable de tous ses mouvements, alors nous sommes dans une problĂ©matique dâirradiation musculaire. Pour rĂ©soudre cela, il suffit de demander au joueur de dĂ©contracter sa mĂąchoire.
- On remarque la crispation dâun joueur lorsque ses mains deviennent des poings serrĂ©s. Cela a pour consĂ©quence de crisper leurs avant-bras, respectivement leurs Ă©paules, donc de limiter leur rĂŽle dynamiseur dans ses dĂ©placements, lĂ aussi par irradiation musculaire. La solution est de demander tout simplement au joueur d'ouvrir ses mains ou encore de faire une boucle avec son index et son pouce.
Outre ces points d'ancrage corporels de la crispation, pour combattre le recours Ă la force afin de vaincre l'effort de production du mouvement, d'autres interventions sont actionnables telles que le recours Ă la prĂ©-fatigue, insister sur un gainage en X, Ă©viter en toute circonstance le tapping, toujours veiller Ă entraĂźner la forme plutĂŽt que la mĂ©forme, avoir une stratĂ©gie d'acquisition intermusculaire de la puissance musculaire, que l'Ă©tirement soit toujours prioritaire au raidissement, apprendre Ă jouer avec les diffĂ©rentes vitesses, mobiliser sans forçage son Ă©nergie pour repartir dans les efforts, faire-faire systĂ©matiquement de l'Ă©cole de vitesse footballistique et de la vitesse maximale footballistique, mobiliser uniquement les muscles nĂ©cessaires Ă un mouvement par prise de conscience dâune irradiation musculaire.
- MĂȘme si je ne suis pas un adepte de l'entraĂźnement en prĂ©-fatigue, cette stratĂ©gie oblige les joueurs Ă chercher d'autres ressources que la force pour continuer Ă garder la qualitĂ© de leur gestuelle. GĂ©nĂ©ralement, ils jouent plus simple et se dĂ©tendent au maximum pour aller chercher le peu dâĂ©nergie qui leur reste.
- Plus votre Ă©nergie chimique sera canalisĂ©e biomĂ©caniquement performativement donc avec efficacitĂ©, efficience et pertinence grĂące Ă un retour Ă l'Ă©quilibre performant, meilleur joueur vous serez ! Pour ce faire, le footballeur doit bĂ©nĂ©ficier, comme prĂ©cĂ©demment annoncĂ©, d'un solide point de fixation des tensions corporelles en X afin de permettre cette canalisation. Ce point devient ainsi le point dâappui sur lequel le joueur organise son rééquilibrage corporel incessant. Plus il est solide, mais aussi flexible, plus ce rééquilibrage sera performant et le libĂ©rera ainsi de gestes parasites et plus il permettra au joueur de se dĂ©contracter.
- On remarque aussi le joueur qui « force » pour se dĂ©placer en lâĂ©coutant. Si ses appuis tapent lourdement le sol, cela signifie qu'il actionne de trop sa force, ce qui prolonge ses contacts au sol. Cela est un facteur de ralentissement de l'enchaĂźnement de foulĂ©e et donc de vitesse, ce qui peut lâinciter Ă encore plus taper le sol pour se dĂ©placer. Pour rĂ©soudre cela, il suffit de demander au joueur que ses poses dâappui fassent le minimum de bruit et dâinsister sur la rĂ©activitĂ© de ses appuis, ce qui va lâobliger Ă se dĂ©contracter.
- Généralement fatigue et crispation vont de pair. Pour garder fraßcheurs physique et mentale, il s'agit de veiller à entraßner la forme plutÎt que la méforme des joueurs, ce que je propose de faire en appliquant le principe de la surcompensation modérée constante afin de préserver leur alacrité.
- Fort heureusement, l'entraĂźnement fonctionnel de la puissance musculaire entre en force dans le football. Par contre, encore trop souvent son acquisition se module sur des stratĂ©gies intramusculaires ou de force-vitesse. Dans cette derniĂšre idĂ©e, le joueur recrute spatio-temporellement ses fibres musculaires par des rĂ©sistances comprises entre 70% et 100% de la force maximale. Certes cela va augmenter la puissance musculaire des joueurs. Mais les contractions musculaires lentes et forcĂ©es gĂ©nĂ©rĂ©es vont contribuer Ă le crisper dans l'exĂ©cution de sa gestuelle. Pour lâĂ©viter, je prĂ©fĂšre des modalitĂ©s d'acquisition intermusculaire de la montĂ©e de la puissance musculaire, ou explosivitĂ©, pour les footballeurs. Dâautant plus que le gain de puissance musculaire obtenu ainsi suffit largement pour jouer physiquement au plus haut des niveaux footballistiques.
- Si on accepte le principe que l'Ă©tirement est prioritaire Ă la tonification dans la recherche de la compliance musculaire des joueurs, il s'agit alors de le cultiver en toutes circonstances. Il est Ă noter que musculation et Ă©tirement ne sont pas contradictoires si on utilise des modalitĂ©s excentriques d'exĂ©cution, surtout dans une utilisation non supramaximale Ă l'exemple de la pliomĂ©trie. Dans cette perspective, on veille Ă ce que l'Ă©tirement excentrique des muscles soit suffisant pour qu'il dĂ©clenche la contraction concentrique par rĂ©flexe myotatique, ce qui demande obligatoirement un relĂąchement musculaire, un bon dosage des charges, un bon tempo dâeffort et une angulation du mouvement adĂ©quate.
- Je vais « chercher » l'harmonisation biotensĂšgre des joueurs par des Ă©tirements musculaires. Pour ce faire, jâutilise la modalitĂ© du contractĂ©-relĂąchĂ© et les principes du Stretching Global Actif selon le principe du fluage musculaire. L'intĂ©rĂȘt de ces mises en tension, c'est qu'elles donnent le temps au joueur de mobiliser les muscles concernĂ©s et de dĂ©tendre en conscience ceux qui ne sont pas concernĂ©s, mais qui interviennent mal Ă propos par co-contractions musculaires.
- La rĂ©itĂ©ration de la vitesse maximale footballistique produit par elle-mĂȘme de la dĂ©contraction pour autant que le joueur ne force pas ses foulĂ©es. Lâoptimisation technique de la vitesse maximale footballistique par son Ă©cole technique est un apprentissage dâune production dĂ©contractĂ©e de cette vitesse.
[1] Jacques Piasenta, LâĂ©ducation athlĂ©tique, Editions Insep, 1988, p. 122.
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