
LA PRÉPARATION PHYSIQUE DU FOOTBALLEUR
PAR L'ENTRAÎNEMENT DE SA VITESSE MAXIMALE

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- La préparation physique footballistique, c’est d’abord corriger pour éviter de développer par écartèlement
En 2021, je me réjouissais de retrouver le terrain pour participer au développement physique des footballeurs en leur transmettant mes savoirs et mes expériences techniques. 5 ans après, le constat est rude. Je passe 80% de mon temps à les réparer au lieu de les préparer. Ceci quel que soit leur niveau de compétition ainsi que leur âge. Le paradoxe est que malgré tout ils progressent en arrivant à mieux exprimer physiquement leur talent footballistique. Plus précisément, mes interventions consistent principalement à sortir les joueurs d’ornières physiques cul-de-sac. Pour donner une image, il s’agit de reprendre la coupe d’une planche qui s’est progressivement écartée du chemin droitement tracé en fonction d’objectifs à atteindre. Cette « déviation de coupe » les éloigne insidieusement en silence d’une pleine expression physique de leur talent footballistique. Cela aboutit à des non-sens physiques en se retournant même contre eux. Comme chacun l’a expérimenté, même en tordant une scie, il est bien difficile de retrouver le chemin de coupe d’origine. Quand c’est le cas, c’est le joueur que l’on tord, ce qui à terme l’étrique voire le casse par trop de tension. Le mal est souvent tellement profond qu’il s’inscrit durablement corporellement. La solution est donc de reprendre la coupe à son origine selon le principe de reculer pour mieux sauter. C’est un investissement qui prend en général 2 ans pleins d’entraînement d’harmonisation posturale à raison de 2 entraînements hebdomadaires accompagnés par des routines quotidiennes. Mais parfois, le football ne laisse pas ce temps de réparation en demandant d’être performant ici et maintenant pour saisir sa chance. Dans ce cas-là, l’idée est d’optimiser sans détruire plus, ou pas plus, donc de juste préserver bien… à défaut de préparer mieux. Dans cette causalité, il est entendu que si le physique des joueurs pouvait respecter le trait de coupe, ces déviances n’existeraient même pas. Or, ce qui devrait être l’exception est trop souvent la règle. L’objet de ce post est donc d’identifier les causes de « ces déviances de coupe » afin de les prévenir par une préparation physique footballistique performative. L’idée est ainsi de tuer dans l’œuf des écar(tèlement)s délétères à venir qui empêchent le talent footballistique de s’exprimer, voire le détruit. Partie 1. Le football est délétère pour l’intégrité physique des joueurs 1. Par définition, le football déforme les corps Le football ne peut plus être appréhendé comme une simple activité technique ou ludique. Il s’inscrit désormais dans une logique d’intensification, où la performance repose sur la capacité à répéter des actions maximales dans des contextes d’incertitude permanente et malicieuse. Cette évolution transforme profondément la nature des contraintes imposées au corps. Le joueur est soumis à une succession d’accélérations, de décélérations et de changements de direction qui, par leur fréquence et leur intensité, produisent une sollicitation mécanique et neuromusculaire extrême. Dans ce cadre, il devient pertinent de considérer que la pratique de ce football possède une dimension corporellement délétère, non pas de manière accidentelle, mais par essence. Les chaînes musculaires les plus sollicitées (composées de quadriceps, ischios, tenseurs du fascia lata, mollets, psoas, ceinture scapulaire, adducteurs, fessiers) subissent une répétition de contraintes qui engendre progressivement des déséquilibres. Ces déséquilibres ne sont pas seulement musculaires, ils deviennent posturaux, donc fonctionnels, en péjorant la gestuelle footballistique. Le corps s’adapte, mais cette adaptation se fait souvent au prix d’une perte d’harmonie « glocale », altérant la qualité du mouvement et, à terme, la capacité à exprimer pleinement le talent footballistique. 1.1 Une intensification continue des exigences physiques Le football s’est transformé en un sport de vitesse au sens large, où l’exigence ne réside plus uniquement dans la production d’efforts, mais dans leur répétition à intensité maximale avec des temps de récupération de plus en plus saccadés. Cette transformation impose une augmentation de la montée de la puissance musculaire, ou explosivité, mobilisée à chaque action, tout en réduisant les marges de récupération. Le calendrier compétitif dense accentue encore cette contrainte en installant une charge chronique, qui ne laisse que peu de place à une régénération satisfaisante. 1.2 Une fatigue systémique et cumulative À cette dimension mécanique s’ajoute une fatigue neuromusculaire, métabolique et cognitive, qui s’installe de manière cumulative tout au long de la saison. Le joueur ne se fatigue pas seulement physiquement, il se désorganise progressivement. Cette désorganisation affecte la précision du geste, la qualité de la prise d’information et la pertinence des décisions, contribuant ainsi à un cercle vicieux où la fatigue alimente la dégradation de la performance. Dans l’écosystème du football, la banalisation des atteintes physiques constitue une norme silencieuse. La blessure, la douleur persistante, la perte de mobilité ou encore les compensations motrices sont souvent intégrées comme faisant partie de ce sport, au point de ne plus être interrogées comme des signaux d’alerte, mais comme des passages obligés. Pourtant, les données institutionnelles suisses, notamment celles issues de la BPA, mettent en évidence une réalité objectivable. Le football génère un volume particulièrement élevé d’atteintes corporelles ici déclarées aux assurances, soit quelque 70 000 blessures annuelles, aiguës ou chroniques. Ce décalage entre cette objectivation et la faible remise en question des pratiques souligne l’existence d’un angle mort collectif. 1.3 Une posture malmenée Les conditions mêmes de la pratique telles que variabilité des surfaces, intensité des changements directionnels, brutalité des transitions exposent le joueur à un risque lésionnel qui ne relève pas de l’exception, mais d’une normalité de la pratique. Le corps footballistique évolue dans un environnement où chaque action comporte une part de contrainte excessive, et où la répétition transforme cette contrainte en usure prématurée. Au-delà des contraintes énergétiques et mécaniques visibles, l’une des dérives les plus silencieuses et pourtant les plus structurantes du football réside dans l’altération progressive de la posture du joueur. Cette dégradation ne relève pas d’un simple défaut esthétique, mais d’une transformation profonde de l’organisation corporelle, qui conditionne directement la production et la transmission des forces dans le mouvement. Le football, par la répétition asymétrique de ses gestes, tend à installer des schémas posturaux dominants, favorisant l’émergence de compensations durables. Une mauvaise orientation corporelle, une perte d’alignement ou une dissociation inefficiente des segments limitent la capacité à produire une vitesse utile, c’est-à-dire orientée, contrôlée et utile au jeu. Partie 2. Une tension entre performance et intégrité corporelle Le football repose sur une tension permanente entre deux exigences difficilement conciliables, qui est de produire une performance maximale dans l’instant tout en préservant l’intégrité corporelle sur le long terme. En l’absence d’un art de faire-faire méthodologique pensé, la logique compétitive tend à privilégier l’immédiateté de la performance, reléguant la santé au second plan. Le corps devient alors un instrument exploité au-delà de ses capacités d’adaptation naturelles, ce qui rend inévitable l’apparition d’une perte de qualité de la production de la gestuelle footballistique. L’une des causes majeures de ces dérives observées réside dans un déséquilibre historique des modèles de préparation, longtemps structurés autour d’un primat métabolique. Pendant des années, la performance physique footballistique a été appréhendée prioritairement à travers la capacité du joueur à produire et répéter des efforts, à tolérer de la haute intensité en développant ses filières énergétiques. Cette orientation, bien qu’ayant permis une élévation globale du niveau athlétique, a progressivement conduit à une forme de réduction du physique à sa seule dimension énergétique. Or, cette lecture présente une limite conceptuelle fondamentale. Elle considère implicitement que produire plus d’énergie équivaut à mieux jouer. En réalité, elle tend à négliger la manière dont cette énergie est organisée, orientée et exploitée dans le mouvement. Le football n’est plus seulement un sport énergétique, mais un sport d’organisation motrice sous contrainte temporelle. Accélérer, freiner, se réorienter, enchaîner et ajuster, soit autant d’actions qui relèvent moins de la quantité d’énergie disponible que de la qualité de sa coordination. Dans ce contexte, certaines méthodes emblématiques du paradigme métabolique, notamment les intermittents VMA, révèlent leurs limites. Leur caractère répétitif, standardisé et décontextualisé produit des adaptations certes mesurables sur le plan physiologique, mais faiblement utiles à la réalité du jeu. Pire encore, en répétant des schémas moteurs pauvres et peu spécifiques, ces méthodes peuvent contribuer à rigidifier le système neuromusculaire, altérant la capacité du joueur à s’adapter à la variabilité du jeu. Ce décalage met en évidence un basculement nécessaire qui est le passage d’une logique centrée sur le métabolique à une logique où le coordinatif devient performant. Il ne s’agit pas de nier l’importance des capacités énergétiques, mais de les replacer à leur juste place, comme support et non comme finalité. Le métabolique permet de répéter, mais il ne garantit ni la qualité d’exécution, ni la pertinence de l’action. À l’inverse, le coordinatif apparaît aujourd’hui comme le véritable facteur discriminant. Il renvoie à la capacité du joueur à organiser son corps dans l’espace et dans le temps, à ajuster ses appuis, à synchroniser ses segments, à produire de la vitesse utile plutôt que de la vitesse brute. Cette dimension est intimement liée à ce que l’on pourrait qualifier l’alacrité qui est une disponibilité physique globale, à la fois neuromusculaire et cognitive, permettant d’agir vite, juste et au bon moment. Cependant, cette qualité est particulièrement sensible à la fatigue et aux excès de charge métabolique. Plus un joueur est épuisé, plus son organisation motrice se dégrade. Les coordinations fines se désagrègent, les appuis se désalignent, les timings se décalent. Ainsi, une préparation physique footballistique trop orientée vers l’accumulation métabolique peut paradoxalement détruire ce qu’elle cherche à améliorer, en détériorant la qualité du mouvement. Partie 3. C’est quoi le physique footballistique coordinatif ? Le physique footballistique coordinatif renvoie à une conception du corps non plus comme un simple moteur énergétique, mais comme un système d’organisation corporelle du mouvement. Il ne s’agit pas seulement de produire de l’énergie mécanique ou de répéter des efforts, mais de structurer la manière dont ces capacités s’expriment dans l’espace, dans le temps et sous contrainte. Dans cette perspective, les qualités traditionnellement à la vitesse footballistique, soit l’accélération, l’agilité, la coordination et la fluidité ne sont plus envisagées comme des entités indépendantes, mais comme les manifestations d’une même réalité fonctionnelle, soit la capacité technique du joueur à organiser fluidement son corps pour agir. La vitesse footballistique n’est pas seulement une question de puissance musculaire, mais d’orientation juste. L’accélération dépend autant de la qualité des appuis que de la capacité à projeter techniquement le centre de masse dans les espaces de jeu. L’agilité ne relève pas uniquement de la rapidité d’exécution, mais de la pertinence des ajustements. Quant à la fluidité, elle traduit une continuité dans l’enchaînement des actions, révélatrice d’une coordination maîtrisée. Ainsi, le physique coordinatif se définit avant tout par la qualité des relations entre les segments corporels. Il repose sur une synchronisation fine des chaînes musculaires, ou de coordination intermusculaire, permettant de produire, de transmettre et d’absorber les forces sans rupture ni compensation excessive. Cette organisation conditionne directement la performativité du geste footballistique, en rendant possible une économie du mouvement où chaque action s’inscrit dans une continuité cohérente. Cette logique s’oppose à une vision fragmentée du développement physique. Travailler isolément la vitesse, la force ou l’endurance sans considérer leur intégration dans le mouvement global revient à construire des capacités sans garantir leur utilisabilité. À l’inverse, une approche coordinative vise à intégrer ces qualités dans des situations proches du jeu, où la contrainte informationnelle, temporelle et spatiale impose une adaptation permanente. Dans ce cadre, la coordination fine footballistique occupe une place centrale. Elle correspond à la capacité à ajuster précisément ses appuis, à moduler ses tensions musculaires et à synchroniser ses actions en fonction du contexte. Elle est indissociable d’une forme de disponibilité glocale du corps, pour être prêt à agir vite, mais surtout à agir avec précision. Cette qualité est profondément liée à la maîtrise technique, notamment dans le rapport au ballon. Un joueur techniquement juste organise mieux son corps, et inversement, un corps mieux organisé facilite l’expression technique. Le physique coordinatif intègre également une dimension corporelle essentielle qui est la qualité du tissu corporel et son organisation, que je rapproche de la logique de biotenségrité. Le corps n’est pas une juxtaposition de leviers rigides, mais un système de tensions et de compressions interconnectées. Dans ce système, toute perturbation locale a des répercussions globales. Une perte de coordination ou un déséquilibre postural altère la répartition des forces, augmente les contraintes internes et réduit l’efficacité du mouvement. Cette perspective annule de fait des entraînements de force dits de bas et haut du corps. Dès lors, développer le physique footballistique coordinatif consiste à restaurer et à entretenir cette cohérence globale. Cela implique de privilégier des situations riches, variées et contextualisées, où le joueur est amené à s’adapter en permanence par des entraînements dits différentiels. L’objectif n’est pas d’automatiser des schémas rigides, mais de renforcer la capacité d’ajustement. Il s’agit de construire un corps capable de répondre à l’incertitude du jeu sans se désorganiser. Enfin, cette approche permet de réconcilier performance et intégrité corporelle. En améliorant la qualité de l’organisation motrice, elle réduit les compensations inutiles, limite les contraintes délétères et favorise une meilleure répartition des charges. Partie 4. Garder le cap par la préparation physique footballistique 1.Une logique d’optimisation et de prévention La préparation physique footballistique s’impose comme une réponse qui corrige les conséquences négatives des déviances consubstantielles à la pratique compétitive du football. Elle ne se limite pas à améliorer les qualités physiques, mais vise à maintenir une forme d’équilibre dynamique entre les contraintes imposées par le jeu et les capacités adaptatives du corps. Elle agit simultanément comme un levier de performance et comme un outil de prévention, cherchant à prolonger la disponibilité du joueur dans le temps. Dans ce contexte, la préparation physique footballistique ne peut plus être envisagée comme un complément. Sans elle, le corps n’est pas/plus en mesure de supporter les contraintes imposées par le jeu sans atteinte à l’intégrité physique, les blessures se multiplient et la performance s’effondre rapidement. Elle constitue ainsi une interface indispensable entre l’exigence sportive et notre réalité biologique. La préparation physique footballistique doit donc produire des effets utiles et mesurables dans le jeu. Être performative signifie qu’elle doit simultanément être pertinente, efficace et efficiente, en évitant toute forme de dépense inutile ou contre-productive. 2 Une adaptation spécifique aux contraintes du jeu Cette adaptation spécifique aux contraintes du jeu ne peut être réduite à une simple addition de qualités isolées. Elle repose d’abord sur une compréhension plus systémique du développement du joueur, telle que proposée par l’approche multiplicative de la préparation physique footballistique. Dans cette logique, la performance ne s’obtient pas par la somme des qualités (vitesse + force + endurance), mais par leur interaction dynamique, où chaque facteur amplifie ou limite les autres. Autrement dit, le niveau de performance réel correspond à un produit de facteurs interdépendants, et non à une accumulation linéaire. Dès lors, une faiblesse dans une seule dimension ne constitue pas un simple déficit partiel, mais un facteur limitant global qui réduit l’expression de l’ensemble du système. À l’inverse, une amélioration qualitative d’un seul levier (notamment coordinatif ou organisationnel) peut produire un effet démultiplicateur sur l’ensemble de la performance footballistique. Dans ce cadre, la notion de robustesse footballistique prend une dimension centrale. Elle ne consiste pas uniquement à encaisser la charge, mais à maintenir la qualité de l’organisation motrice malgré la contrainte. Elle est directement liée à la capacité du corps du joueur à conserver son intégrité fonctionnelle dans un environnement instable. 3. Une gestion efficiente de la charge L’un des apports majeurs de la préparation physique footballistique d’aujourd’hui réside dans la capacité à objectiver la charge. La quantification des efforts, la modulation des intensités et la planification des cycles permettent de limiter les excès et d’optimiser la récupération. Cependant, cette gestion ne peut être réduite à une simple logique de dosage. Elle doit intégrer une compréhension fine des mécanismes d’adaptation, notamment à travers le modèle de surcompensation, revisité à l’aune des spécificités du football. L’idée selon laquelle une charge suivie d’une récupération permettrait systématiquement un rebond supérieur est en réalité plus complexe. Dans le football, les contraintes sont multiples, imbriquées et souvent non linéaires. Une accumulation excessive de charges, même planifiée, peut conduire non pas à une surcompensation, mais à une dégradation progressive de l’état du joueur. Je propose donc que cette planification des charges s’organise sur leur gestion ondulo-pointilliste. C’est ici qu’apparaît le risque d’entraîner « une méforme performante ». Le joueur développe des capacités, mais dans une organisation dégradée. Il devient capable de produire, mais au détriment de la qualité de son fonctionnement. Cette dérive est d’autant plus insidieuse qu’elle peut s’accompagner de performances à court terme, masquant une dégradation de l’intégrité corporelle du joueur. Dans ce contexte, la digitalisation de la préparation physique joue un rôle ambivalent. Elle permet une rationalisation sans précédent du suivi des charges, mais elle renforce aussi parfois une illusion de maîtrise totale du réel. Mesurer plus ne signifie pas forcément comprendre mieux, et encore moins intervenir plus justement. Cette tension met en lumière une limite des approches centrées sur des modèles standardisés, notamment ceux issus de l’endurance intermittente type VMA. Longtemps considérés comme des références, ces contenus révèlent aujourd’hui leur initerabilité fonctionnelle et leur imperformativité footballistique. Le joueur s’adapte à l’exercice, mais pas nécessairement au football. C’est dans ce cadre qu’émerge la nécessité d’une approche qualitative de l’entraînement physique footballistique. Il ne s’agit plus de produire des volumes standardisés, mais de construire des stimuli pertinents, contextualisés et orientés vers la qualité du mouvement. La charge n’est plus seulement une quantité à répartir, mais une organisation de stimuli à ordonner en fonction de son impact réel sur le système joueur. Partie 5. Se prémunir « des déviations de coupe » 1. De la vérité absolue à la sagacité méthodologique Dans le football d’aujourd’hui, il devient illusoire de rechercher une vérité unique, stable et universelle en matière de préparation physique footballistique. La complexité des contextes, la variabilité des joueurs et l’instabilité des contraintes du jeu rendent toute logique dogmatique inopérante. Dès lors, le véritable enjeu ne réside pas dans la détention d’une vérité, mais dans la capacité à développer une sagacité méthodologique, c’est-à-dire un art du discernement appliqué à l’entraînement. Cette sagacité consiste à savoir lire finement les situations, interpréter les signaux faibles du joueur, soit « lire l’invisible » et ajuster en permanence les interventions sans tomber dans la rigidité des modèles. Mais aussi à positionner son entraînement physique footballistique. Elle transforme la préparation physique footballistique en un processus vivant, fondé sur l’observation, l’ajustement et la remise en question permanente des choix opérés. 2. Du savoir tacite à la pensée critique footballistique Le football dispose aujourd’hui d’un savoir empirique considérable, issu de l’expérience des terrains, des entraîneurs et des préparateurs physiques footballistiques (PPF). Toutefois, ce savoir reste largement tacite, fragmenté et parfois enfermé dans des habitudes non questionnées. L’enjeu contemporain n’est donc pas seulement de formaliser ce savoir, mais de le soumettre à la pensée critique footballistique, capable de distinguer ce qui relève de la performativité réelle de ce qui relève de la tradition ou de l’imitation. Cette pensée critique est une ressource qui consiste à interroger les modèles dominants, à déconstruire les évidences apparentes et à refuser les pratiques simplement parce qu’elles sont historiquement installées. Elle permet notamment de se libérer de la pensée conditionnée qui réduit encore trop souvent la préparation physique footballistique à des schémas standardisés, déconnectés de la réalité du jeu à cause de biais d’autorité et de conformisme. 3. Des pratiques performatives sous conditions Aucune méthode d’entraînement ne possède de valeur intrinsèque universelle. Sa performativité dépend toujours du contexte dans lequel elle est appliquée, tel que le profil du joueur, moment de la saison, état de forme, charge cumulative ou encore les objectifs collectifs. Une pratique ne peut donc être jugée qu’à l’aune de ses conditions de validité. C’est ici que la sagacité et la pensée critique convergent concrètement dans l’action. La première permet de percevoir les nuances du contexte, la seconde d’éviter les applications mécaniques de modèles séduisants mais inadaptés. Ensemble, elles conduisent à une forme d’intelligence d’intervention, où chaque contenu est choisi, modulé ou écarté en fonction de sa pertinence réelle. 4. Vers une préparation physique footballistique véritablement performative La prévention « des dérives de coupe » ne peut reposer sur des ajustements ponctuels. Elle suppose une transformation plus profonde des logiques de préparation. Le premier principe consiste à replacer le jeu au centre de toute intervention. Le corps du joueur ne se construit pas en dehors du football, mais dans une interaction constante avec ses contraintes. Cette évolution implique également une personnalisation généralisée des contenus. Chaque joueur possède une trajectoire, un historique et des caractéristiques propres qui conditionnent sa réponse aux contraintes. L’uniformisation des charges constitue dès lors un facteur majeur de « déviation de coupe ». À l’inverse, une adaptation fine permet de maintenir chaque joueur dans une zone de progression soutenable. Par ailleurs, la maîtrise de la charge doit s’inscrire dans une logique de sobriété. Dans un environnement déjà saturé, ajouter du contenu ne garantit pas le progrès. C’est la pertinence du stimulus, son timing et son articulation avec les autres contraintes qui déterminent sa performativité. Dans ce cadre, la préparation physique footballistique doit être envisagée comme une activité à haut niveau de responsabilité, comparable à d’autres pratiques où l’intégrité physique est directement en jeu. À ce titre, elle devrait bénéficier d’un statut social équivalent à celui d’activités comme la natation, où la maîtrise technique et la compréhension des contraintes conditionnent directement la sécurité des pratiquants. Nager mal expose à un danger immédiat. S’entraîner physiquement de manière inadaptée en football expose à un danger différé mais tout aussi réel, par l’installation progressive de déviations mécaniques, physiologiques et coordinatives. Cette analogie met en lumière une réalité souvent sous-estimée. La préparation physique footballistique n’est pas un simple outil de performance, mais un levier de protection du joueur face à une pratique intrinsèquement blessante. Dès lors, la compétence du PPF ne peut être approximative. Elle exige une formation rigoureuse, structurée et exigeante, à la hauteur des enjeux qu’elle implique. Or, l’un des paradoxes actuels réside dans le fait que cette dangerosité footballistique est encore insuffisamment reconnue. Trop souvent, les formations dans le domaine tendent à simplifier les contenus, à éviter la complexité conceptuelle ou à réduire la réflexion au profit de recettes applicables. Cette tendance repose parfois sur un postulat implicite selon lequel les entraîneurs et PPF ne seraient pas capables de comprendre des concepts exigeants. Une telle posture constitue une double erreur. D’une part, elle limite le développement réel des compétences en empêchant l’accès à une pensée structurée. D’autre part, elle masque parfois une faiblesse plus profonde. Celle d’un manque de maîtrise conceptuelle de la part des formateurs eux-mêmes. Refuser d’élever le niveau de réflexion revient alors à entretenir une forme de dépendance intellectuelle, où les praticiens appliquent sans comprendre, et donc sans adaptation réelle. À l’inverse, une préparation physique footballistique véritablement performative repose sur une capacité à penser. Comme le soulignait A. Einstein, il est souvent plus pertinent de consacrer l’essentiel du temps à comprendre un problème plutôt qu’à appliquer rapidement une solution inadéquate. Dans le contexte footballistique, cela signifie que la qualité de l’intervention dépend directement de la qualité de la réflexion conceptuelle qui la précède. En bref, le rôle du PPF doit évoluer vers une fonction de régulation. Il ne s’agit plus simplement de proposer des séances performatives, mais d’orchestrer un ensemble de contraintes pour maintenir le joueur sur une trajectoire cohérente. Cette régulation suppose une vigilance constante face « aux dérives de coupe », y compris celles générées par la préparation physique footballistique elle-même. Conclusion La préparation physique footballistique ne peut plus être pensée comme une simple logique d’accumulation de charges ou de développement de qualités isolées. Elle doit être comprise comme un art de l’alignement, dont la finalité première est de maintenir le joueur sur une trajectoire cohérente face aux contraintes intrinsèquement délétères du football d’aujourd’hui. À travers ce prisme, préparer ne consiste plus seulement à rendre plus fort, plus rapide ou plus endurant, mais déjà à organiser le corps de manière que ces qualités puissent s’exprimer sans dévier ni se retourner contre le joueur. Mon constat initial, celui d’un temps majoritairement consacré à réparer plutôt qu’à préparer, n’est pas une fatalité mais le symptôme d’un modèle à réinterroger. Tant que la préparation physique footballistique restera dominée par des logiques quantitatives, décontextualisées ou insuffisamment intégrées à la réalité du jeu, elle continuera de produire des corps performants quantitativement à très court terme mais désorganisés qualitativement à moyen et long terme. À l’inverse, une approche centrée sur le physique footballistique coordinatif, sur la qualité de l’organisation motrice et sur une intelligence contextuelle de l’intervention permet de réconcilier performance et intégrité. Elle redonne du sens à l’entraînement physique footballistique en le recentrant sur ce qui fait l’essence même du football. La capacité à agir vite, juste et de manière adaptée, soit avec malice, pour provoquer de l’incertitude. Ainsi, la véritable performativité de l’entraînement physique footballistique ne réside pas dans la capacité à pousser le corps toujours plus loin, mais dans celle à éviter qu’il ne s’éloigne de sa cohérence fonctionnelle. La préparation physique footballistique devient alors un travail de précision, de régulation et de discernement, où chaque choix méthodologique engage directement l’avenir du joueur. Le premier enjeu de cette préparation, au fond, ce n’est pas transformer le joueur, mais lui permettre de ne pas se déformer afin de préserver les conditions physiques d’expression de son talent footballistique en préservant avec vigilance son cap de développement.
- « La critique est aisée, mais l’art est difficile ! » Philippe Néricault, 1732
Le lecteur de Vitruve-Football.net/blog se rendra très rapidement compte que son auteur ne se contente pas de présenter une approche analytique des composants de la performance – vitesse, endurance, force, puissance, souplesse, capacités aérobies et anaérobies – ni le jeu de rôles des différents acteurs dirigeants du football - présidents, managers ou directeurs sportifs ou technique, entraîneurs, coachs, préparateurs physiques, préparateurs mentaux, médecins, kinés – il s’est posé la question de savoir qui était coordinateur de ce chaos pour éviter que le footballeur et le football n’en fassent finalement les frais. Xavier Blanc est un observateur de longue date du sport de haut niveau et du football en particulier. Je l’ai toujours connu et respecté en tant qu’élève et plus tard collègue entraîneur, comme étant certes critique, d’abord envers lui-même, mais toujours avec la volonté d’essayer déontologiquement de mieux construire. Son ouvrage est basé sur un important travail de recherches des scientifiques et des hommes du terrain qui ont influencé d’une manière ou d’une autre le développement du football et particulièrement sa composante physique. Son mérite réside dans sa volonté de reconstituer un puzzle qui restitue l’image de ce qu’exige véritablement ce sport. Il ne se contente pas de parler d’efficacité sans évoquer l’efficience et la pertinence, de développer la notion de force sans oublier que c’est finalement la vitesse dynamisée par la montée de la puissance qui détermineront les phases décisives du footballeur, de mettre l’accent sur les actions technico-tactiques sans occulter la gestion capitale du mental et de l’émotionnel et finalement qu’une orientation de l’entraînement sur la performance exige, parallèlement, une préoccupation majeure de la santé physique et mentale des acteurs. Toutefois, c’est sans nul doute les chapitres réservés à la vitesse – en tant qu’élément central de son concept d’entraînement physique footballistique – qui fascinera plus particulièrement le lecteur et bien entendu les entraîneurs… ! Si la vitesse dans le football est un vaste domaine, l’auteur juge nécessaire d’en identifier les éléments constitutifs sur lesquels les préparateurs physiques pourront agir pour la faire émerger : la configuration des fibres musculaires, leur recrutement, la structure corporelle, la qualité de la proprioception, les préhensions sensorielle et psychique de la vitesse naturelle, ou intrinsèque, et ses facteurs exogènes. En résumé, son message confirme ce que j’ai toujours cherché à transmettre à mes nombreux élèves, celui d’une vision globale de tout acte moteur non seulement lié à la justesse de la coordination de ses différents segments, mais également une interaction subtile entre les stimuli techniques et tactiques, physiques, mentaux et émotionnels responsables d’une parfaite maîtrise en compétition. L’originalité de ce travail rare réside incontestablement dans le questionnement de l’auteur concernant le choix d’un contenu d’entraînement adéquat et approprié pour réaliser ses objectifs. Gérer cette complexité exige non seulement la maîtrise des différents paramètres de la performance footballistique, mais également leurs interactions optimales pour un judicieux management de l’énergie, jeu fin entre les notions d’intensité et de durée, aussi bien que celles d’effort et de récupération dans les différents cycles d’entraînement et de compétition. Je voudrais exprimer toute ma reconnaissance et mon admiration à Xavier dont l’approche fera considérablement avancer le débat autour de la préparation physique footballistique. Jean-Pierre Egger, février 2025
- Le développement, la prévention et la réathlétisation de l’élasticité musculaire footballistique par la pliométrie
Lorsque j’ai débuté dans l’entraînement physique footballistique, j’avais choisi de faire effectuer aux joueurs des sauts bipodaux avec barre de musculation. Le but était qu’ils améliorent directement leur montée de puissance musculaire, ou explosivité, selon une modalité de vitesse-force . C’était un choix à la fois pragmatique et contraint. Les joueurs, pourtant confirmés dont des ex-internationaux, ne disposaient pas du savoir-faire technique et de la structure corporelle nécessaires pour « exécuter dynamiquement juste », et l’usage de machines guidées, génératrices de déséquilibres musculaires , était exclu. J’avoue avoir nourri peu d’illusions quant à la performativité physique réelle de cet exercice, compte tenu du nombre restreint de répétitions et des charges modérées (3x ou 4x 8x30 à 35kg) que les joueurs pouvaient, ou plutôt acceptaient de, supporter. Par contre, à l’usage, j’ai constaté que ce type d’entraînement possédait une vertu très précieuse. Il protégeait la santé et les capacités du système musculaire. Selon mon expérience , c’est en partie ce qui explique pourquoi ces joueurs n’ont connu cette saison-là aucune blessure musculaire. Ce constat empirique m’a conduit, plus tard, à considérer la nature du football comme un sport fondamentalement délétère pour l’élasticité musculaire . Je le dois à Jorg Fuchslocher qui a attiré mon attention sur les modalités contractiles , principalement concentrique et excentrique, des différents mouvements footballistiques. Si les décélérations et freinages sollicitent le système musculaire excentriquement, les accélérations, qui sont le mode de déplacement privilégié du football, impliquent quant à elles une contraction concentrique continue, souvent sans amplitude. Cette prédominance concentrique favorise une pré-tension musculaire excessive, ou un « slack musculaire » trop élevé, induisant un raidissement général qui étrique le corps des joueurs. Ce phénomène est amplifié par l’usage de terrains en herbe, qui imposent des appuis prolongés donc hyporéactifs, mais également par l’utilisation de surfaces synthétiques, qui exigent au contraire une haute élasticité musculaire pour assumer sans dégâts neuromusculaires la réactivité énergétique du sol. À cette réalité s’ajoutent les exigences d’intensité croissantes du football avec des séquences prolongées de pleine vitesse , des intermittences rythmiques du jeu de plus en plus saccadées qui fragilisent la structure musculo-tendineuse des joueurs qu’un déficit d’étirements compensatoires et des méthodes de musculation parfois inadaptées amplifient. Sans le savoir, mes séances de sauts avec barre, par leur nature pliométrique, jouaient donc un rôle prophylactique essentiel en entretenant et en stimulant l’élasticité musculaire. Aujourd’hui, face à la fréquence accrue des blessures, il est certainement opportun de penser sa place et son rôle dans l’entraînement physique footballistique pour améliorer la préparation des joueurs. Pour ce faire, ce post explique d’abord ce qu’est l’élasticité musculaire et pourquoi elle est centrale dans un sport de vitesse tel que le football . Ceci afin d’examiner en quoi l’entraînement pliométrique en constitue à la fois un outil de développement, de prévention et de réathlétisation musculaire. Pour assurer la performativité de cet outil, il s’agit aussi d’explorer ses principes et ses exercices d’entraînement pour en assurer techniquement la bonne exécution, soit qui génèrent les adaptations recherchées. I. Les fondements physiologiques et l’importance de l’élasticité musculaire dans un sport de vitesse comme le football L’élasticité musculaire se définit comme « la capacité du muscle à emmagasiner une énergie mécanique lors de son allongement et à la restituer sous forme d’énergie cinétique lors de sa contraction » [1]. Elle repose sur les propriétés viscoélastiques des fibres musculaires et des structures conjonctives, ou fascias , associées (tendons, aponévroses), mais également sur la régulation neuro-musculaire, notamment les réflexes myotatiques qui facilitent la transition entre les phases excentrique et concentrique du mouvement [2]. Dans le contexte footballistique, cette capacité conditionne directement la performance, car le jeu repose sur une succession de mouvements explosifs et réactifs tels que des accélérations, des freinages, des changements de direction, des sauts et des frappes. Ces actions requièrent un cycle étirement-raccourcissement ( Stretch-Shortening Cycle, SSC ) performant, permettant une restitution rapide et harmonieuse de l’énergie accumulée [3]. Une bonne élasticité musculaire devient ainsi un vecteur d’économie mécanique en réduisant le coût énergétique des actions répétées par la fluidité du geste qu’elle implique. Cependant, le modèle de charge du football, soit une alternance d’actions intenses et de phases de récupération incomplètes, induit une accumulation de contraintes concentriques qui, à terme, limitent la souplesse dynamique du système musculo-tendineux. Le muscle, privé de travail excentrique, ou pliométrique compensatoire, perd progressivement sa capacité à se détendre et à restituer l’énergie élastique [4] . Ce déficit se traduit par une diminution de la réactivité, une gestuelle brusque et une vulnérabilité accrue aux lésions pour tous les joueurs, mais a fortiori pour les joueurs au profil vitesse, en particulier au niveau des ischios-jambiers et des adducteurs [5] . Ainsi, l’élasticité musculaire ne constitue pas seulement un attribut biomécanique, c’est aussi un principe fonctionnel central de la motricité footballistique. Elle conditionne à la fois la coordination et la santé musculaire des joueurs. II. L’outil pliométrique de développement, de prévention et de réathlétisation de l’élasticité musculaire La pliométrie désigne donc un mode d’entraînement fondé sur l’exploitation du cycle étirement–raccourcissement [6]. Par la succession rapide d’une phase excentrique (pré-étirement) et d’une phase concentrique (raccourcissement explosif), elle permet d’améliorer la capacité du muscle à utiliser son potentiel élastique. Les exercices typiques tels que des sauts, drop jumps, bonds multidirectionnels, renforcent la coordination intra et intermusculaire , la vitesse de transmission neuromusculaire et la réactivité des appuis [7]. Dans une perspective de développement, la pliométrie dynamise les appuis, affine la gestuelle et renforce la posture de stabilité dynamique propre aux déplacements footballistiques. Sur le plan préventif, la pliométrie favorise une adaptation fonctionnelle du système musculo-tendineux. En améliorant la tolérance du muscle à l’étirement rapide et en développant la proprioception , elle prépare les joueurs à résister aux contraintes excentriques des freinages et changements de direction [8]. L’amélioration du tonus postural et de la coordination motrice réduisent la survenue des lésions musculaires et tendineuses, souvent consécutives à un déficit d’élasticité. De plus, en stimulant la raideur contrôlée des tendons, la pliométrie optimise la fluidité de la transmission des énergies sans générer de rigidité excessive, assurant ainsi un équilibre entre souplesse dynamique et stabilité mécanique [9] selon les principes de la biotenségrité . Dans le cadre d’une réathlétisation, la pliométrie se révèle particulièrement pertinente. Elle permet de restaurer progressivement la fonction élastique et la coordination neuromusculaire de la gestuelle footballistique altérées par la blessure. En sollicitant les chaînes musculaires dans des schémas de mouvement proches du jeu, elle favorise une reprise fonctionnelle performante, limitant le risque de récidive [10] . La sentence « T’es guéri, alors tu peux... » qui a cours après que les tests physiques indique que les tissus touchés sont reconstitués. Mais souvent le retour sur le terrain n’est pas aussi simple parce que l’on peut être guéri structurellement, sans l’être fonctionnellement. Pour exemple, la logique du processus de guérison d’une lésion aux ischio-jambiers se réalise généralement en 2 phases progressives que sont un renforcement isocinétique suivi d’une fonctionnalisation excentrique. La phase de renforcement isocinétique a pour objet de réactiver les ischio-jambiers dans des conditions sécurisées, de maîtriser la contraction musculaire et de rétablir un équilibre de force entre les deux membres. L’isocinétisme permet un contrôle précis de la vitesse angulaire, ce qui limite le risque d’un surétirement. Il permet de quantifier objectivement la force et de détecter des asymétries de 10–15 % entre le membre sain et le membre lésé, indicateur de risque de récidive. Cette phase restaure la capacité contractile de base, le recrutement moteur et la confiance neuromusculaire du joueur. La phase d’activation excentrique rééduque la fonction freinatrice en renforçant la tolérance à l’étirement, ce qui restaure la fonction excentrique des ischios, essentielle dans la décélération et les sprints tenus. En effet, les blessures des ischio-jambiers surviennent majoritairement lors d’une contraction excentrique rapide. Le travail excentrique stimule alors la réorganisation des fibres musculaires, renforce les ponts d’actine-myosine , et augmente la compliance tendineuse . De fait, il améliore le niveau de biotenségrité des joueurs, ce qui réduit le risque de récidive de blessure. La suite est une réathlétisation fonctionnelle sur le terrain avec une intensité des charges progressive selon une planification par blocs. La philosophie de ce dispositif est de restimuler le physique par les bases aérobiques, puis de le spécifier par des intermittents VMA pour finalement dynamiser le tout par une phase explosive. Cette planification linéaire vise à amener les joueurs à se mettre à niveau des intensités des matchs. La nature de ce protocole est d’ordre quantitatif… on (re)construit la motilité contractile musculaire par le volume que l’on spécifie par après. Cela suppose conceptuellement en creux que l’endurance se transformerait en vitesse, respectivement en montée de la puissance musculaire. Si on considère que le football est désormais un sport de vitesse et que l’on doit entraîner selon les principes fondamentaux de la préparation physique les qualités physiques d’abord par elle-même, ce processus de réathlétisation n’est pas assez spécifique. D’une part, il manque une activation de l’élasticité musculaire et, d’autre part, sa spécification par bloc qui transforme les qualités physiques s’appuie sur aucuns présupposés scientifiques valides. En lieu et place, je propose d’agrémenter ce processus de réathlétisation par une phase pliométrique et d’adopter une stratégie de développement qui généralise l’intensif au lieu de spécifier le général . Cette stratégie implique d’entraîner les qualités physiques concernées lorsque c’est possible, c’est-à-dire quand les muscles ont la disponibilité fonctionnelle nécessaire. Cette phase d’activation pliométrique se révèle alors nécessaire pour stimuler l’élasticité musculaire, ce qui améliore la fonctionnalité de la gestuelle footballistique. Son objectif est de réactiver complètement le cycle étirement–raccourcissement pour restaurer l’explosivité et la capacité à tolérer les contraintes dynamiques spécifiques au football. Dans cette perspective, la pliométrie permet de (ré)entraîner la réponse neuromusculaire rapide (réflexe myotatique) et la restitution d’énergie élastique via le tendon et la jonction myotendineuse. Elle améliore la coordination intermusculaire entre les ischios, les fessiers et les mollets, nécessaire pour les actions de sprint et de frappe. Cette phase prépare notamment à assumer la charge coordinative des séquences de pleine vitesse. III. L’entraînement physique footballistique de l’élasticité musculaire Le développement de l’élasticité musculaire footballistique requiert une intégration raisonnée et fonctionnelle dans la planification de l’entraînement. Il ne s’agit pas d’ajouter ponctuellement des sauts pliométriques, mais de concevoir un continuum de travail articulant force, vitesse, coordination et technique gestuelle dans une logique de cycle étirement–raccourcissement. Pour ce faire, je propose que la pliométrie footballistique s’inscrive dans un cadre gestuel qui respecte les principes de l’extension, afin d’être en mesure par redressement postural de corriger la projection avant-bas footballistique, de la projection, qui vise à mieux prendre les espaces de jeu et la variation du geste, qui a pour but d’entretenir la plasticité neuromusculaire et la capacité d’adaptation aux situations de jeu en développant une coordination fine généralisée . L’intention gestuelle constitue ici une dimension essentielle d’exécution de la gestuelle footballistique. Tout geste dynamique doit d’abord naître d’une amplitude décontractée des mouvements. Le relâchement initial permet au muscle d’accumuler de l’énergie élastique et nerveuse, créant les conditions d’une contraction rapide et puissante [1] . Autrement dit, la vitesse de contraction dépend directement de la qualité de la décontraction. Cette alternance, véritable respiration musculaire, fonde la coordination fluide du geste sportif selon la logique du relâchement qui favorise l’extension qui induit une contraction explosive. Cette logique fonctionnelle implique que la pliométrie soit pratiquée « en prenant le temps d'aller vite » afin d'éviter toute « précipitationnite » et en décontraction pour éviter toute « forcite » qui par nature altère la réactivité du couple extension-contraction. Les outils pliométriques de l’entraînement de la compliance de la séquence allongement–raccourcissement musculaire L’efficacité du travail pliométrique repose sur la qualité des outils utilisés pour solliciter de manière spécifique la compliance du cycle étirement-raccourcissement, c’est-à-dire « la capacité du système neuromusculaire à exploiter le réflexe myotatique et à restituer rapidement l’énergie élastique accumulée lors de la phase excentrique ». L’enjeu ici est donc de renforcer la synergie entre le muscle, le tendon et le système nerveux afin d’optimiser la réactivité sans rigidifier le geste. Les exercices pliométriques doivent alors être choisis et dosés selon leur potentiel à stimuler les composantes mécaniques (raideur contrôlée du complexe muscle-tendon) et réflexes (réactivité neuromusculaire). On distingue plusieurs familles d’exercices complémentaires : 1. Les étirements balistiques par balancements harmoniques Ces étirements dynamiques et rythmiques constituent un outil de transition entre la préparation articulaire et la phase pliométrique. Leur principe est de créer de petites oscillations contrôlées autour d’une amplitude moyenne, sans à-coup ni tension excessive. Contrairement aux étirements balistiques classiques souvent abrupts, la forme harmonique repose sur une alternance fluide d’allongement et de relâchement par balancements réconfortants , ce qui stimule en douceur les fuseaux neuromusculaires et entretient la sensibilité du réflexe myotatique. Intégrés aux activations de début de séance , après un échauffement corporel, ils préparent les muscles et les tendons à supporter les contraintes rapides de la pliométrie tout en favorisant la décontraction active et la synchronisation neuromusculaire. Ils contribuent à restaurer, entre les séances, la souplesse dynamique du système musculo-tendineux et à prévenir l’installation d’une raideur pré et post-effort excessive. 2. Les exercices de réactivité Ils visent à restaurer la capacité réflexe du système myotatique en réduisant le temps de transition entre l’allongement et le raccourcissement musculaire. Les sauts sur place, les bonds courts à faible amplitude et les rebonds rapides à l’exemple des exercices sur caissons Starzynski sollicitent le réflexe d’étirement et entraînent la coordination fine de la cheville, du mollet et des muscles stabilisateurs. L’objectif est ici de favoriser un temps de contact minimal au sol et une restitution instantanée de l’énergie élastique. 3. Les exercices de pliométrie moyenne amplitude Ces exercices, tels que des sauts en contrebas d’une hauteur de 20 à 40 cm ou les multibonds horizontaux, engagent plus fortement la composante excentrique et permettent d’améliorer la tolérance à la charge d’étirement rapide. Ils développent la compliance tendineuse, c’est-à-dire pour rappel « la capacité du tendon à stocker et restituer l’énergie sans rupture de la continuité gestuelle ». La contrainte doit être suffisante, afin que l’étirement soit suffisamment grand pour activer la réponse myotatique, sans compromettre la fluidité du mouvement. 4. Les exercices de pliométrie fonctionnelle ou intégrée Ils reproduisent les séquences de jeu en combinant sauts, freinages, changements de direction ou frappes, de manière à entraîner le cycle étirement–raccourcissement dans des conditions motrices proches de la réalité footballistique. Ces exercices (par exemple : bonds suivis d’accélérations, sauts latéraux avec transition en sprint, reprises d’appui dynamiques après freinage) renforcent la coordination intermusculaire entre les chaînes postérieures et antérieures et assurent une réintégration du réflexe myotatique dans la gestuelle spécifique du joueur. 5. Les séquences de vitesse maximale footballistique lancée Ces séquences constituent un outil avancé de stimulation de l’élasticité musculaire dans des conditions de jeu proches de la réalité. Elles consistent à solliciter la vitesse maximale du joueur après une phase d’élan ou de pré-accélération, permettant ainsi de mobiliser pleinement le cycle étirement–raccourcissement dans sa dimension fonctionnelle et dynamique. L’objectif est double. D’une part, exploiter la restitution maximale de l’énergie élastique stockée lors des phases d’appui à haute intensité et, d’autre part, entraîner la coordination intermusculaire spécifique aux actions de vitesse footballistique, notamment entre les chaînes postérieures (ischios-jambiers, fessiers, mollets) et antérieures (psoas, quadriceps). La phase « lancée » permet de dépasser la simple vitesse de départ pour atteindre la vitesse de déplacement maximale, condition essentielle à la performance. Ce travail optimise in situ la fréquence gestuelle, la raideur contrôlée des appuis et la synchronisation neuromusculaire. Il développe également la capacité du système nerveux central à maintenir une activation dynamique tout en préservant la décontraction des segments libres, garantissant ainsi la fluidité du geste à haute vitesse. Intégrées en fin d’activation, ces séquences doivent être courtes, de haute intensité (95–100 % de la vitesse maximale), avec des récupérations longues (2 à 3 minutes) pour préserver la qualité d’exécution et éviter toute dégradation technique. Elles peuvent être déclinées sous forme de sprints lancés sur 20 à 30 mètres, de séquences à vitesse progressive avec transitions directionnelles, ou d’actions de poursuite intégrées à des situations de jeu. Ainsi, les séquences de vitesse maximale footballistique lancée constituent un outil clé de la pliométrie fonctionnelle. Elles favorisent la réactivité du système neuromusculaire, renforcent la capacité de restitution élastique du complexe muscle-tendon et préparent le joueur à tolérer les contraintes mécaniques extrêmes propres aux actions de haute intensité du football contemporain. L’enchaînement raisonné de ces outils, dans une logique de progressivité et de qualité d’exécution, permet d’entraîner performativement la compliance fonctionnelle du muscle-tendon, soit ni trop raide, ni trop molle, mais capable de restituer instantanément l’énergie stockée. L’entraînement du réflexe myotatique devient alors un levier central pour la performance footballistique, car il conditionne la rapidité de réaction, la stabilité dynamique et la prévention des lésions. En synthèse L’élasticité musculaire représente, dans le football, une ressource biomécanique et physiologique essentielle, mais souvent négligée ou inconsidérée parce que le football est encore trop souvent appréhendé comme un sport d’endurance. Sa dégradation sous l’effet des charges de jeu, des surfaces et de certaines méthodes de musculation compromet la fluidité gestuelle, la performance et la santé musculaire. La pliométrie, lorsqu’elle est intégrée dans une approche fonctionnelle et technique du mouvement, en devient un levier réparateur et préventif majeur. Elle dynamise la puissance gestuelle, prévient les blessures liées au raidissement musculaire et facilite la réathlétisation post-lésionnelle. Pour performer, l’entraînement footballistique pliométrique de l’élasticité musculaire doit s’appuyer sur une intention gestuelle de décontraction, d’amplitude, de projection et de variation fluide, afin d’être en mesure de préparer les joueurs à produire sans tensions et (ré)activement le type de contraction exigée par le jeu d’aujourd’hui. Bibliographie [1] P. V. Komi, Stretch-shortening cycle: A powerful model to study normal and fatigued muscle . Journal of Biomechanics, 33(10), 1197–1206. 2000. [2] P. V. Komi, C. Bosco, Utilization of stored elastic energy in leg extensor muscles by men and women . Medicine and Science in Sports, 10(4), 261–265. 1978. [3] E. Asmussen, F. Bonde-Petersen, Storage of elastic energy in Skeletal muscles in man . Acta Physiologica Scandinavica, 91(3), 385–392. 2000. 1974 [4] C. Nicol, J. Avela, P.V. Komi, The stretch-shortening cycle: A model to study naturally occurring neuromuscular fatigue . Sports Medicine, 36(11), 977–999. 2006. [5] J. Ekstrand, M. Hägglund, M. Waldén, Injury incidence and injury patterns in professional football: The UEFA injury study . British Journal of Sports Medicine, 45(7), 553–558. 2011. [6] C. Bosco, P.V. Komi, Potentiation of the mechanical behavior of the human skeletal muscle through prestretching. Acta Physiologica Scandinavica, 106(4), 467–472. 1979. [7] G. Markovic, P. Mikulic, Neuro-musculoskeletal and performance adaptations to lower-extremity plyometric training . Sports Medicine, 40(10), 859–895. 2010. [8] N. A. Maffiuletti, P. Aagaard, A. J. Blazevich, J. Folland, N. Tillin, J. Duchateau, Rate of force development: Physiological and methodological considerations . European Journal of Applied Physiology, 116(6), 1091–1116. 2016. [9] K. Kubo, H. Kanehisa, Y. Kawakami, T. Fukunaga, Elastic properties of muscle–tendon complex in long-distance runners . European Journal of Applied Physiology, . 81(3):181-7. 2000. [10] J. Mendiguchia, M.A. Garrues, J.B. Cronin, B. Contreras, A. Los Arcos, N. Malliaropoulos, N. Maffulli, F. Idoate, F. Nonuniform changes in MRI measurements of the thigh muscles after two hamstring strengthening exercises. Journal of Strength and Conditioning Research, 27(3):574-81.2013.
- L'alacrité... la reine des datas physiques footballistiques
Parlons vrai, la performance physique du football n’est pas du tout impressionnante comparativement à de très nombreux sports. En forçant un peu le trait, le football du plus haut des niveaux est même physiquement d’un niveau athlétique régional. C'est ce qui explique que des adolescents tout juste pubère de 15 ans ou 16 ans, donc physiquement loin d'être mature, puissent être titulaire dans les meilleurs clubs et même des sélections nationales. Une analyse brutale des données pourrait amener à conclure que jouer un match de football équivaut à effectuer de la marche rapide à une vitesse de 6 à 7 km/h pendant 95 minutes, ce qui semble physiquement à la portée de la plupart des individus. Cependant, cette interprétation simpliste ne rend pas compte de la réalité complexe du football et des multiples exigences physiques et techniques qu'il implique. Si l'on intègre dans l'évaluation physique du football les charges psycho-émotionnelles qu'il engendre, son coût énergétique devient considérablement plus lourd. Selon cette approche holistique , l’addition des charges émotionnelles et physiques en fait l'un des sports les plus énergivores qui soient. Cette réalité implique qu’il n’existe pas de joueur malheureux, plat, blessé, mou, dépressif, hypoénergétique… qui puisse performer sur le long terme. Au contraire, ce sont les joueurs heureux, passionnés, épanouis, sereins, satisfaits de leur vie, tant sur le terrain qu’en dehors, qui performent le mieux. Plus que les qualités physiques en tant que telles, c'est le niveau d'énergie vitale [1] des joueurs qui fait leur force, car c'est elle qui active leurs efforts. Cette énergie vitale se manifeste à travers leur niveau d'alacrité, qui reflète leur fraîcheur, leur éveil, leur concentration, leur motivation et leur vivacité et vigueur. Ainsi, l'alacrité devient le premier déterminant du niveau de la qualité du physique footballistique. Tous les entraîneurs savent que la clé de la performance physique de leur équipe réside dans le plaisir que les joueurs prennent lors des entraînements et des matchs. L'objectif est donc de combiner de manière positive l'exigence de l’effort et ce plaisir. Il s'agit même de trouver, voire de chercher, du plaisir dans l'exigence , car c'est cette dernière qui favorise un bon et beau jeu. Afin de rendre cette exigence moins pesante sur le plan mental et de la faire accepter plus aisément, elle doit être comprise par les joueurs comme le désir et la motivation intrinsèque de se découvrir en valorisant tous ses potentiels techniques, tactiques, mentaux et physiques. Dans ce contexte, une équipe dont les membres partagent les mêmes objectifs, cultivent en premier le NOUS avant le JE, c’est-à-dire la cohésion et la solidarité plutôt que l'individualisme, aura beaucoup plus de facilité à développer l’énergie nécessaire pour attaquer et défendre ensemble, pour relancer une action, animer un ballon qui freine, prendre l'espace, offrir une solution de passe, corriger une erreur de positionnement, aller au duel ou dominer un adversaire. Pour savoir si votre équipe est dans ce « flow alacrite » [2], il suffit d’écouter et d'observer ses rires, ses sourires, ses plaisanteries, ses chambrages et ses silences compris comme le plaisir tout simple d’être et de vivre ensemble. Pour garantir ce niveau d’alacrité, deux paramètres me semblent ici alors essentiels. D’une part, moduler les charges physiques footballistiques selon le modèle de surcompensation modérée constante et, d’autre part, pour le préparateur physique footballistique (PPF) de se détacher de l’objectivité froide des datas en faisant confiance à son ressenti, ce qui l’oblige à l’écouter. Le football n’accepte pas la faiblesse passagère, ce qui conduit trop souvent les joueurs à dissimuler leur mal-être physique et psychologique par crainte d’être écartés du match à venir . Par conséquent, je suis convaincu que le pouvoir de lire et ressentir ce que les corps expriment au quotidien est primordial. Ceci même si nous assistons à l'émergence d'entraîneurs et de staff plus que qualifiés avec des niveaux de professionnalisme jamais atteints. À tel point que bientôt chaque équipe de niveau régional aura sa caméra et son logiciel d'analyse joueur et des matchs. Le problème de cet appareillage, c’est qu’il régit froidement les relations entraîneurs-entrainés alors que le football, c’est une aventure humaine dans le sens qu’il est une découverte intime et une acceptation de soi et de l’autre. Dans cette logique, ceux qui font gagner restent les entraîneurs, respectivement les PPFs qui, à l'image du fameux Tiburce Darou [3], savent écouter, ressentir ou sont proches de l'homme qui se tient/cache derrière le joueur. Cela a toujours été le cas et le sera dans le futur, malgré toutes les données que l'on pourrait recueillir. Car, au fond, un football gagnant repose avant tout sur une histoire de personnes dont les émotions alimentent leur niveau d'alacrité. À charge aux PPFs de développer et maintenir, dans les limites de leur champ d’intervention, cette alacrité pour que les joueurs performent. [1] François Cheng, De l'âme, sept lettres à une amie , Editeur LGF Livre de Poche, 2018. [2] Le flow est un concept psychologique décrivant un état ou tout ce que l’on fait devient « facile » sans même que l’on s’en rende compte https://fr.wikipedia.org/wiki/Flow_(psychologie) Page consultée le 4.05.2023. [3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Tiburce_Darou . Page consultée le 29.08.2023.
- En étirant leurs triceps, les joueurs se déplaceront plus rapidement !?
A priori, cette affirmation paraît absurde, donc provocatrice, alors qu’elle est résolument l’inverse. Elle s’est insinuée dans mon chapeau à cause de mes échanges avec le posturologue Mathieu Baroni. Sa disruptivité m’a incité à réfléchir sa validité sous l’angle de son possible apport à la préparation physique footballistique. Cette réflexion soulève trois enjeux. Premièrement, elle vise à mieux comprendre comment la vitesse footballistique est produite sur le plan postural, dans le but d’identifier de nouvelles pistes pour optimiser son entraînement. Deuxièmement, elle met en lumière la pertinence et l’efficacité de l’approche posturale dans la préparation physique des footballeurs. Troisièmement, elle tente modestement de contribuer à l’analyse des causes des blessures aux ischio-jambiers chez les joueurs, et, par conséquent, d’enrichir les stratégies de prévention. Dans ce but, j’ai d’abord reconstruit la chaîne causale reliant une restriction des triceps à la production de la vitesse maximale footballistique, afin d’en identifier les facteurs limitants. Ensuite, en appliquant le principe selon lequel « supprimer les causes revient à supprimer leurs effets », cette réflexion se conclut par des propositions d’entraînement susceptibles d’éliminer ces facteurs limitants. L’identification de la chaîne causale en question Le corps humain fonctionne comme un système de chaînes musculaires et fasciales [1] . Autrement dit, selon une approche biotensègre , une restriction de mobilité dans une région peut affecter d’autres segments, parfois éloignés, par le biais de connexions tissulaires ou nerveuses. Les triceps font partie de la chaîne postérieure, qui s’étend des doigts jusqu’aux orteils, en passant par les bras, le dos, les fessiers et les jambes. Une perte d’extensibilité au niveau des triceps peut entraîner des compensations ailleurs dans la chaîne. Le corps cherchera alors à maintenir un équilibre global de posture et de mouvement, souvent au prix d’une restriction localisée dans d’autres segments. Dans cette logique, une restriction des triceps nous renseigne, à la fois localement et globalement, soit glocalement , sur le fonctionnement postural du corps et sur d’éventuelles zones de tension ou de compensation [2] . Sans la nécessité de savoir quoi est à l’origine de quoi, une restriction des triceps (1) va généralement de pair avec une restriction de la chaine antérieure au niveau thoracique. Cela tire la tête devant l’axe vertical corporel d’équilibre (2). 1. Pour éviter de tomber, les muscles statiques de la chaîne postérieure translatent par tension isométrique, ou font contrepoids, ce tirage du corps vers l’avant-bas. Cela se remarque par une hypercyphose des rachis cervical et thoracique indiquant des surtensions des fléchisseurs de la nuque ainsi que des muscles spinaux (3). Ces surtensions s’expriment par une ceinture scapulaire formant un bloc indissociablement compact avec une rotation interne des épaules. Le tout a tendance à générer un dos voûté. 2. Dans ces conditions, se tenir droit ou simplement se redresser pour jouer, passe par un renversement arrière en bloc de la ceinture scapulaire. Ce balancement génère par translation, pour que le corps reste dans son axe d’équilibre vertical, une hyperlordose du rachis lombaire (4). Cela accentue les courbes du S de la colonne vertébrale, ce qui est susceptible de péjorer sa fonction de répartition et d’absorption des pressions sur les vertèbres. 3. Cette hyperlordose lombaire va entraîner une antéversion du bassin (5) qui surtend les ischios (6) sachant que leurs points d’insertion sont les tubérosités ischiatiques. Elle va aussi fixer le maintien des masses corporelles sur les quadriceps (7). Les conséquences de cette organisation posturale sur la production de la vitesse maximale footballistique D’un point de vue postural, la pratique du football tend à rendre la structure corporelle des joueurs concave sur le plan sagittal . Cette concavité résulte notamment de la conduite du ballon, qui implique, d’une part, des appuis podaux en médio-pied afin de maintenir l’équilibre nécessaire à l’exécution des gestes techniques, et, d’autre part, des appuis qui ne dépassent pas le niveau des genoux lors de la pose des pieds au sol. Cette configuration posturale projette la ceinture scapulaire des joueurs vers l’avant et le bas, ce qui limite leur capacité à allonger efficacement leurs foulées vers l’avant. Cette projection est non seulement entretenue, mais souvent amplifiée par le schéma dominant des déplacements en accélération propre au football, qui pousse les joueurs à se pencher en avant pour projeter leur corps vers l’avant. Ce mouvement s’apparente à un plongeon que les joueurs cherchent à freiner en « (rétro)pédalant » avec les bras. Ils deviennent alors dépendants de leurs membres supérieurs pour maintenir leur équilibre. Or, dans l’idéal, les bras ne devraient pas être moteurs du mouvement, mais en constituer des dynamiseurs . L’autre solution complémentaire est que les joueurs arquent leurs dos ou tiennent leur équilibre par une sollicitation accrue des lombaires et des spinaux, ce qui entraîne une rétraction du complexe pelvi-lombaire. Comme évoqué précédemment, la projection avant-bas de la ceinture scapulaire entraîne une projection similaire de la tête. En conséquence, les capteurs visuels des joueurs, en l’occurrence leurs yeux, sont orientés vers le sol, ce qui limite leur capacité à balayer visuellement les espaces de jeu. Dans ce contexte, si un joueur ne prend pas l’information avant de jouer, cela peut être le symptôme d’un déséquilibre postural plutôt qu’un manque d’intention ou de concentration. Ce constat invite à reconsidérer les exhortations systématiques des entraîneurs à « lever la tête » pour prendre l’information avant. Si les joueurs ne le font pas, ce n’est pas nécessairement qu’ils ne le veulent pas, mais plus probablement qu’ils ne le peuvent pas, étant mobilisés inconsciemment à stabiliser leur posture par la vision. Cette indisponibilité posturale les extrait de la rythmique collective de l’animation du jeu, générant des décalages à la fois temporels et spatiaux. Il est également intéressant de noter que cette problématique se retrouve parfois chez les arbitres, ce qui peut contribuer à des erreurs d’arbitrage. Non par manque de jugement, mais tout simplement parce que certaines actions échappent inconsciemment à leur champ visuel. Si les joueurs se meuvent dans cette organisation corporelle, ils se mettent aux niveaux des variations de vitesse de l’animation du jeu de plus en plus saccadée et réactive , en élevant leur fréquence de foulée par des pas de plus en plus petits. Cette surfréquence fragilise leurs ischios par sursollicitation énergétique, péjore leur élasticité musculaire par manque d’étirabilité, ce qui obère leurs techniques du ballon et de déplacement par « précipitationnite ». De plus, cette concavité sagittale plus ou moins prononcée enferme l’énergie mécanique des joueurs en les empêchant de l’exprimer pleinement dans leur gestuelle footballistique. Ce phénomène ne traduit pas un manque de force, mais plutôt une force latente, sous-exploitée Ceci pour affirmer que dans ce cas, il ne sert strictement à rien de développer la force des joueurs si on ne l’a pas libérée préalablement par redressement postural. Autrement dit, si votre voiture est en première, il ne sert à rien « d’écraser le champignon » pour aller plus vite, mais plus intelligemment de passer harmonieusement la deuxième puis la troisième. Le but est que les joueurs puissent « fluidement s’amplifier projectivement » pour s’approprier performativement les espaces de jeu, donc dominer l’adversité. Il s’agit aussi de saisir qu’une restriction de la chaîne antérieure restreint la motilité de la cage thoracique. Cette restriction entraîne une respiration haletante, qui empêche une expulsion complète de l’air des poumons et, par conséquent, réduit le volume pulmonaire disponible pour l’inspiration. Cela impacte mécaniquement la VO2 max des joueurs, diminuant ainsi leur capacité de récupération entre les efforts. En se substituant à la respiration diaphragmatique, cette respiration haletante prive les joueurs des bienfaits de l’activation du diaphragme, qui, au-delà de son rôle dans l’oxygénation, stimule le système nerveux parasympathique, favorisant ainsi un état de calme et de lucidité. Cette régulation permet aux joueurs de mieux gérer les fluctuations émotionnelles propres au football. De plus, il convient de souligner que les respirations profondes et diaphragmatiques améliorent le retour veineux , contribuant ainsi à une récupération plus rapide après les efforts, que ce soit lors des entraînements ou des matchs. Dans cette organisation corporelle, il est fréquent que ce soient les quadriceps qui « maintiennent » toute la structure corporelle pour qu’elle reste dans l’axe vertical de l’équilibre. Ce phénomène se manifeste visuellement par des quadriceps particulièrement développés (7). Cependant, cette sursollicitation rend les quadriceps forts mais également fatigués. En conséquence, ils se contractent excessivement, créant des surtensions au niveau de leurs insertions patellaires. Cela entraîne des douleurs aux genoux, en particulier au niveau des tendons rotuliens, qui peuvent devenir chroniques, à l’instar de la maladie d’Osgood-Schlatter. De plus, cette surtension généralisée des quadriceps tend également l’ensemble des articulations du genou, ce qui constitue sans doute un facteur favorisant les ruptures ligamentaires, en raison du manque de flexibilité articulaire qu’elle génère. De plus, la restriction des quadriceps entraîne des co-contractions impromptues des ischios , en raison de la relation agoniste-antagoniste qui les lie. En d'autres termes, une restriction des quadriceps limite l’extension des ischios, ce qui accentue la sensibilité au déclenchement du réflexe myotatique . Cette limitation réduit également l’extensibilité des ischios, les rendant moins performants énergétiquement et altérant leur capacité à exécuter des contractions pliométriques. Par un effet domino, cela diminue également leur élasticité musculaire. Par ailleurs, la concavité corporelle, alimentée par une cage thoracique restreinte et une rotation interne des épaules, projette les genoux vers le bas, ce qui coupe l’amplitude de la foulée. Les bras, au lieu de s’ouvrir en rétroversion contralatérale pour permettre aux genoux de se projeter vers l’avant, se balancent latéralement en cisaille. Ce « coupage » de la foulée vers l’avant entraîne une ouverture latérale des cuisses. En conséquence, ce sont les adducteurs qui sont sollicités pour propulser le mouvement vers l’avant, alors que ce rôle revient aux quadriceps. Cela donne des joueurs qui se déplacent tendanciellement en crabe. Pour résoudre cette latéralité, ce type de joueurs allonge leur foulée en les poussant vers l’avant par leur force, ce qui s’assimile à de la « forcite ». Enfin, il est facilement compréhensible qu’une chaine antérieure restreinte couplée avec une ceinture scapulaire bloqué empêchent la mobilité nécessaire de la tête pour le jeu de tête. Mes propositions de mesures d’entraînement physique footballistique Le constat général est qu’une rétraction vers l’avant de la ceinture scapulaire, que l’on identifie par des triceps rétractés, limite l’extension de hanche ou l’engagement optimal des ischio-jambiers. Pour prévenir ce phénomène, voici mes recommandations hétérarchiques pour l’entraînement physique en football. 1. Eviter des renforcements concentriques de la chaine antérieure afin d’éviter de renforcer la concavité posturale des joueurs. Cela exclut des abdos droits, des développés-couchés, les tractions et appuis-fasciaux, sauf s’ils sont réalisés en mode excentrique. 2. Redresser posturalement les joueurs dans la gestuelle footballistique. Je l’effectue fonctionnellement par mon école de vitesse footballistique dont les principes didactiques sont la recherche d’un alignement corporel rectiligne cultivant l’amplitude, la projection et la variation gestuelles. Cet alignement rectiligne s’obtient aussi par des extensibilités des chaînes antérieure et postérieure. 3. Un développement qualitatif de la vitesse footballistique par une amélioration du taux de montée de la puissance musculaire , ne doit jamais induire une restriction angulo-articulaire péjorant leur amplification projective. 4. Eviter des surentraînements qui fatiguent chroniquement et donc qui étriquent musculairement 5. Pour favoriser des retours à l’équilibre qui ne génèrent pas des surtensions corporelles. Il s’agit de fixer ces tensions sur le bassin pour mieux les canaliser par un renforcement corporel en X . 6. Eviter tous les exercices de surfréquence qui empêche une amplification corporelle à l’exemple des échelles de course qui sont à bannir . Le but est de marier au mieux fréquence et amplitude de foulée. 7. Renoncer aux séances de musculation segmentées en bas et haut du corps, puisque cette segmentation est artificielle à l’exemple d’un développé-couché concentriquement mal exécuté qui a des conséquences indirectes sur l’étirabilité des ischios. [1] Godelieve Denys-Struyf, Les chaînes musculaires et articulaires, Editions Ictgds, juin 2000. Thomas W. Myers, Anatomy Trains, Les méridiens myofasciaux en thérapie manuelle. Editions Elseiver-Masson, 2023. [2] Pour savoir ce que comprend la posturologie, lire notamment, Marie-France Clenet, Christiane Hervault, Guide de l'orthoptie, Editeur Elsevier Masson, 2013. Aldous Huxley, L'Art de voir. Lire sans lunettes grâce à la méthode Bates, Payot, 2004, Nicolas Meyer, Le grand livre de la posturologie, Editions Eyrolles, juin 2016. Alain Scheibel, Françoise Zamfirescu, Pierre-Marie Gagey, Philippe Villeneuve, Pratiques en posturologie, Editions Elsevier Masson, 2017. Gérard Vallier, Traité de posturologie, clinique et thérapeutique, Editions Posturopole, 2014.




