
LA PRÉPARATION PHYSIQUE DU FOOTBALLEUR
PAR L'ENTRAÎNEMENT DE SA VITESSE MAXIMALE

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- En parlant vrai, le vrai objet de la préparation physique footballistique est le changement de rythme
En parlant vrai, le véritable objet de la préparation physique footballistique n’ est ni l’endurance fondamentale, ni la vitesse, ni la force, ni même la capacité à répéter des accélérations. Il est plus élémentaire, plus spécifique et, peut-être surtout, plus proche de ce que le joueur fait réellement lorsqu’il joue au football, c’est-à-dire de changer de rythme. Cette évidence mérite d’être précisée, car elle ne consiste pas à nier l’importance des qualités aérobies, de la récupération inter-effort, de la force ou de sa vitesse maximale footballistique. Elle consiste plutôt à les replacer dans une architecture fonctionnelle dont la finalité est le jeu. Le joueur ne court pas pour courir, pas plus qu’il n’accélère pour améliorer son accélération. Il mobilise son énergie pour modifier son rapport à l’espace, au ballon, à l’adversaire et à ses partenaires. Il marche, trottine, se replace, accélère, ralentit, s’arrête, repart, change de direction, réaccélère et recommence, au gré d’un jeu dont la temporalité devient de plus en plus discontinue. Le football contemporain peut ainsi être décrit comme une activité intermittente dont l’intermittence devient de plus en plus saccadée. Les pressings, les contre-pressings, les transitions offensives et défensives, la densification des espaces et l’augmentation de la vitesse d’exécution produisent des séquences dans lesquelles le joueur doit pouvoir passer très rapidement d’un état moteur à un autre. L’intermittence n’est donc plus seulement l’alternance entre effort et récupération. Elle devient une succession de ruptures de rythme, parfois extrêmement rapprochées. Il convient toutefois d’apporter ici une précision essentielle. Parler du changement de rythme comme de l’objet de la préparation physique footballistique ne signifie pas qu’il faille considérer le changement de rythme comme une qualité physique supplémentaire, au même titre que la force, l’endurance ou la vitesse. Le changement de rythme n’est pas une qualité isolée que l’on pourrait entraîner directement comme on entraîne une capacité physiologique déterminée. Il constitue plutôt « l’expression observable d’un ensemble de paramètres qui interagissent au moment où le joueur doit modifier son état moteur ». Un changement de rythme est ainsi la conséquence d’une disponibilité énergétique suffisante, d’une capacité à récupérer entre deux sollicitations, d’une production rapide de force, d’une bonne vitesse de développement de la puissance, d’une organisation neuromusculaire efficace, d’une coordination adaptée, d’une technique efficiente, d’un état positif de disponibilité perceptive et d’une capacité à déclencher l’action au moment opportun. Aucun de ces paramètres ne suffit à lui seul à produire un changement de rythme performant. C’est leur organisation temporelle et fonctionnelle qui permet au joueur de passer performativement d’un état moteur à un autre. Il faut donc distinguer ce qui est entraîné de ce qui est produit. On entraîne des capacités et des paramètres tels que la force, la vitesse, la capacité aérobie, la récupération, la coordination, la réactivité, la technique, la qualité des appuis ou encore la capacité à percevoir et à déclencher une réponse motrice. Le changement de rythme est ensuite produit par l’interaction systémique de ces paramètres lorsque la situation de jeu l’exige. Cette distinction est fondamentale pour éviter une conception trop simpliste de l’entraînement. Dire « entraîner le changement de rythme » ne signifie pas répéter mécaniquement des accélérations. Une succession d’accélérations peut certes solliciter certaines des composantes nécessaires au changement de rythme, mais elle ne constitue pas, selon le principe de spécificité, en elle-même l’entraînement d’une qualité physique autonome appelée « changement de rythme ». Elle constitue une situation d’expression dans laquelle plusieurs qualités déjà développées doivent s’organiser simultanément. Le « changement de rythme » doit se comprendre alors comme une compétence fonctionnelle émergente. Il apparaît lorsque plusieurs ressources deviennent disponibles, qu’elles sont correctement (co)ordonnées et qu’elles peuvent être mobilisées dans le temps imposé par la situation. Sa qualité dépend ainsi moins de l’existence d’une capacité particulière que de la manière dont les différentes capacités se combinent. On pourrait résumer cette distinction de la manière suivante. Les paramètres sont entraînés alors que le « changement de rythme » est produit. La force fournit une partie des moyens mécaniques. L’explosivité détermine la rapidité avec laquelle ces moyens deviennent disponibles. La réactivité détermine notamment la capacité à déclencher la réponse au bon moment. La coordination organise le mouvement. La technique permet d’exploiter les forces produites avec efficience. La capacité aérobie et la récupération contribuent à maintenir la disponibilité nécessaire à la répétition des sollicitations. La perception et la décision déterminent enfin quand et pourquoi cette mobilisation doit avoir lieu. Le « changement de rythme » est donc le résultat fonctionnel de l’organisation de ces paramètres, et non une qualité supplémentaire venant s’ajouter à leur liste. C’est précisément parce qu’il constitue leur expression intégrée qu’il peut devenir le véritable objet d’observation et de recherche de la préparation physique footballistique. Cette distinction permet également de comprendre pourquoi deux joueurs possédant des niveaux comparables dans une qualité physique donnée peuvent produire des changements de rythme très différents. La performance ne dépend pas seulement du niveau de chaque paramètre pris isolément, mais de la capacité du système à les organiser ensemble dans un temps extrêmement court et dans une situation de jeu donnée. Le véritable enjeu de la préparation physique footballistique n’est donc pas de créer une nouvelle qualité appelée « changement de rythme », mais de développer et d’organiser les paramètres qui permettent au joueur de changer de rythme avec performativité. Cette évolution conduit à déplacer le centre de gravité de la préparation physique footballistique. Il ne s’agit plus seulement de rendre le joueur capable de supporter la durée du match ou de récupérer entre deux efforts. Il faut le rendre capable de repartir incessamment, et surtout de repartir correctement, rapidement et économiquement lorsque le jeu l’exige. Le problème physiologique devient alors celui de la disponibilité énergétique pour le prochain effort. Le problème neurophysiologique devient celui de la capacité à déclencher cet effort, à l’organiser et à l’exécuter avec une grande qualité technique. Le problème footballistique, enfin, consiste à faire coïncider cette disponibilité avec le bon moment du jeu. La performativité des changements de rythme constitue ainsi le point de rencontre entre physiologie, neurophysiologie, coordination et intelligence du jeu. 1. Les 1200 actions ou une succession de changements d’état Pour ma part, je ne perçois pas les 1200 actions d’un match seulement comme une possible mesure volumétrique destinée à déterminer la quantité de travail à imposer à l’entraînement. Elle doit surtout être considérée comme la représentation approximative d’une réalité fonctionnelle. Pendant plus de 90 minutes, le joueur doit être capable de mobiliser son organisme à très nombreuses reprises pour agir sur le jeu. Si ces actions se succèdent approximativement toutes les 4 à 5 secondes, l’enjeu n’est pas que le joueur produise 1200 fois une action maximale. L’enjeu est qu’il soit capable, 1200 fois, de changer d’état moteur avec performativité. Il peut s’agir de passer de la marche à la course, de la course à l’accélération, de l’accélération au sprint, du sprint au freinage, du freinage au replacement ou encore d’une course lente à une nouvelle accélération. Il peut également s’agir d’un « changement de rythme » extrêmement court. 3 appuis explosifs pour gagner 1 mètre, une décélération pour fixer un adversaire, puis une nouvelle accélération pour attaquer l’espace créé. L’action footballistique n’est donc pas seulement caractérisée par son intensité absolue. Elle l’est aussi par la variation d’intensité qui la précède et celle qui lui succède. Cette distinction est fondamentale. Une accélération isolée et une réaccélération consécutive à une phase de course lente peuvent avoir une vitesse identique, mais ils ne constituent pas la même tâche physiologique, ni la même tâche neuromotrice, ni la même tâche perceptive. Dans le second cas, le joueur doit interrompre un état moteur pour en déclencher un autre. Il doit percevoir, décider, orienter son corps, mobiliser son énergie et coordonner ses appuis dans un laps de temps extrêmement court. Le « changement de rythme » est donc moins une qualité physique supplémentaire qu’une organisation dynamique de plusieurs qualités physiques. 2. L’intermittent oblige à apprendre à récupérer, mais surtout à apprendre à repartir L’entraînement intermittent Vitesse maximale aérobie (VMA) a constitué une avancée importante dans la préparation physique footballistique en soumettant le joueur à l’alternance répétée entre des périodes d’effort et de récupération, donc à travailler sa capacité à maintenir ou répéter des intensités élevées. Mais l’intermittent VMA n’est pas suffisamment fonctionnel pour reproduire la capacité d’un joueur à réitérer des efforts. En effet, deux joueurs présentant une VMA comparable peuvent ainsi manifester des facultés de récupération différentes. Ce constat permet de faire évoluer le raisonnement. La récupération inter-effort n’est pas la finalité du football. Elle est la condition de possibilité du prochain effort. Cette nuance peut sembler sémantique, mais elle modifie profondément la manière de concevoir l’entraînement physique footballistique. Si l’on entraîne uniquement la récupération, on risque de considérer le temps situé entre deux efforts comme une fin en soi. Or, dans le football, la récupération n’a de sens que parce qu’elle prépare le joueur à une nouvelle sollicitation. Il faut donc penser physiologiquement non pas seulement en termes d’effort-récupération, mais en termes d’effort-récupération-repartir. Ce dernier terme est déterminant. Le joueur performant n’est pas simplement celui dont la fréquence cardiaque redescend rapidement entre 2 actions. C’est celui qui, lorsque le jeu l’exige, dispose à nouveau des ressources nécessaires pour produire une accélération performative et techniquement maîtrisée. Sa récupération cardiovasculaire doit contribuer à restaurer sa disponibilité, mais cette disponibilité doit ensuite être transformée en gestuelle footballistique. La récupération devient alors une fonction intégrée au changement de rythme. De fait, le système aérobie participe à la restauration des ressources nécessaires à la répétition des efforts. Les mécanismes anaérobies permettent l’expression rapide de la puissance musculaire. Le système neuromusculaire organise la production de la gestuelle footballistique. La perception et la décision déterminent le moment du déclenchement. La coordination permet enfin de transformer cette disponibilité en déplacement performant. Ainsi, l'objectif physiologique n'est pas seulement de récupérer vite. Il est de récupérer suffisamment pour pouvoir repartir vite, souvent et qualitativement au plus haut niveau. 3. La vraie contrainte du joueur est de pouvoir repartir incessamment C’est probablement ici que se situe le cœur de la préparation physique footballistique. Le joueur doit pouvoir repartir incessamment. Cette capacité de réitération ne signifie pas qu’il doit reproduire mécaniquement la même accélération à intervalles réguliers. Le football ne propose jamais cette régularité. Il impose au contraire une succession imprévisible de sollicitations dont l’intensité, la durée, la direction et le moment varient constamment. La notion de répétition doit donc être dépassée au profit de celle de réitération adaptative. Répéter signifie reproduire. Réitérer signifie « être capable de reproduire une fonction malgré la modification permanente de ses conditions d’expression ». Un joueur ne doit pas seulement être capable de faire 10 accélérations. Il doit être capable de produire une accélération différente de la précédente parce que le jeu l’exige. Il doit pouvoir accélérer après avoir ralenti, repartir après s’être arrêté, réaccélérer après un duel, changer de direction alors qu’il était déjà en mouvement ou encore modifier instantanément son rythme de course pour conserver un avantage spatial. Le football impose ainsi une compétence physique beaucoup plus complexe que la simple capacité à répéter des efforts de haute intensité. Cette compétence est celle du changement de rythme performant. 4. Mobiliser l’énergie implique d’être disponible avant d’être explosif Si le changement de rythme constitue le véritable objet de la préparation physique footballistique, une question préalable s’impose. Comment le joueur mobilise-t-il son énergie au moment précis où il doit repartir ? La réponse ne peut être simplement métabolique. Un joueur peut disposer d’une importante réserve énergétique et être pourtant incapable de la mobiliser rapidement, proprement et performativement. Entre l’énergie potentiellement disponible et l’énergie effectivement transformée en gestuelle footballistique, il existe tout un ensemble de conditions neurophysiologiques, posturales, coordinatives, respiratoires et techniques qui déterminent la qualité de son expression. Avant de pouvoir accélérer, il faut donc être disponible. Cette disponibilité commence par ce que j’appelle l’alacrité. Celle-ci ne désigne pas seulement un état psychologique favorable. Elle renvoie à une forme de fraîcheur, d’éveil, de vivacité et de disponibilité qui permet au joueur de répondre immédiatement aux sollicitations du jeu. La réactivité footballistique est ainsi envisagée comme « la capacité à percevoir un stimulus et à produire une réponse motrice fulgurante, pertinente, efficace et efficiente dans le temps imposé par la situation ». Le joueur doit donc être en état de répondre avant même que la réponse ne soit nécessaire. 4.1. L’alacrité ou la nécessaire disponibilité qui précède la mobilisation L’alacrité constitue en quelque sorte la condition énergétique et neurophysiologique préalable à toute expression réactive de qualité. Un joueur fatigué, surchargé, émotionnellement perturbé ou excessivement tendu peut certes continuer à produire des mouvements, mais son niveau de disponibilité immédiate est altéré. Cette distinction est essentielle. Le problème n’est pas seulement de savoir si le joueur peut accélérer. Il s’agit de savoir s’il peut accélérer maintenant, avec la vitesse de déclenchement et la qualité de coordination requises par le jeu au moment où il se joue. La réactivité footballistique est justement très sensible à l’état interne du joueur. Le niveau d’alacrité, la biotenségrité, la qualité proprioceptive et l’état général du système nerveux participent à cette capacité de réponse immédiate. C’est pourquoi la réactivité ne peut être considérée comme une simple conséquence de l’éveil ou comme un effet secondaire de l’activation d’un entraînement ou d’un match. Elle est, elle aussi, un produit de qualités physiques qui doivent être entretenues et développées lorsque le système nerveux est suffisamment disponible. Cela conduit à une conséquence méthodologique importante. La qualité doit commander le volume. Dans l’entraînement de la montée de la puissance musculaire, ou explosivité, la répétition n’a d’intérêt que tant que la qualité de production reste élevée. Lorsque la vitesse de montée de la puissance musculaire diminue, continuer à accumuler les répétitions revient progressivement à entraîner autre chose que la qualité recherchée. Le principe n’est donc pas de produire toujours davantage, mais de préserver la capacité à produire vite en l’étendant pour autant que le joueur reste alacrite. 4.2. L’harmonisation corporelle ou bien organiser avant de produire Cette disponibilité suppose ensuite une organisation corporelle suffisamment harmonieuse pour permettre aux forces produites d’être transmises sans déperdition excessive. C’est ici qu’intervient la biotenségrité. Dans cette conception, le corps ne doit pas être envisagé comme une juxtaposition de muscles que l’on contracterait indépendamment les uns des autres. Il constitue un système de tensions et de relâchements interdépendants. La performativité de la gestuelle footballistique dépend alors de la capacité du système à distribuer les tensions au bon endroit, au bon moment et avec le bon niveau d’intensité. L’harmonisation corporelle consiste précisément à réduire les blocages et les déséquilibres qui compliquent cette circulation de l’énergie. La réactivité footballistique nécessite en effet une coordination dans laquelle les unités motrices concernées sont ordonnées de manière fluide. Cette fluidité dépend elle-même de l’harmonisation de la gestuelle et de la capacité du corps à éviter les blocages biomécaniques inutiles. Un joueur peut donc être énergétiquement disponible mais mécaniquement mal organisé. Dans ce cas, son énergie existe, mais son expression est freinée. C’est tout le sens de la biotenségrité. Rendre le système corporel suffisamment organisé pour que l’énergie mécanique puisse être libérée plutôt qu’emprisonnée dans des tensions parasites. 4.3. Décontracter pour mieux contracter Cette organisation corporelle conduit à un paradoxe fondamental de la vitesse footballistique. Pour mieux contracter, il faut d’abord savoir se décontracter. Une accélération exige évidemment une contraction musculaire puissante. Mais cette contraction ne sera réellement performante que si elle intervient à partir d’un état corporel suffisamment relâché. La crispation préalable constitue alors ici une forme de pré-fatigue mécanique. Le joueur dépense de l’énergie pour maintenir des tensions qui ne participent pas encore à l’action. Le relâchement n’est donc pas l’absence de tonicité. Il est la capacité à ne pas contracter inutilement. Cette nuance est fondamentale. Le joueur performant n’est pas celui qui est constamment tendu dans l’attente d’une action. C’est celui qui possède une tonicité disponible, capable de monter en tension musculaire brutalement lorsque la situation l’exige, puis de redescendre immédiatement lorsque cette tension n’est plus nécessaire. Le football impose précisément cette alternance permanente entre relâchement et contraction. Courir, ralentir, freiner, se stabiliser, repartir, changer de direction, sauter puis réaccélérer exigent tous des transitions extrêmement rapides entre différents niveaux de tension musculaire. Le « changement de rythme » est donc aussi un changement de niveau de tension corporelle. Cette capacité à se décontracter pour mieux se contracter devient d’autant plus importante que la réactivité recherchée est élevée. Une surtonification permanente peut certes donner une sensation de disponibilité, mais elle peut aussi réduire la fluidité du mouvement, multiplier les co-contractions et brouiller la coordination. La réactivité véritable suppose au contraire un système neuromusculaire capable de moduler rapidement sa tension. 4.4. La compétence technique ou libérer l’énergie en corrigeant la forcite et la précipitationnite La compétence technique ne consiste pas seulement à savoir réaliser correctement un geste. Dans la perspective de la vitesse footballistique, elle consiste surtout à savoir mobiliser l’énergie sans la gaspiller, c’est-à-dire à organiser les tensions corporelles de manière qu’elles servent effectivement le mouvement recherché. La technique devient ainsi une véritable fonction de régulation énergétique. Elle détermine non seulement la quantité d’énergie que le joueur peut mobiliser, mais surtout la manière dont celle-ci circule, se transforme et se transmet dans le mouvement. C’est à ce niveau que la technique permet de corriger deux déformations particulièrement importantes de la vitesse footballistique que sont la «forcite » et la « précipitationnite ». Elles paraissent opposées, puisque la première conduit le joueur à en faire trop en force tandis que la seconde le conduit à faire trop vite en urgence. Pourtant, elles procèdent d’une même erreur fondamentale qui est de vouloir produire immédiatement la vitesse sans laisser au mouvement le temps de s’organiser. Dans la « forcite », le joueur cherche la vitesse en poussant davantage ses segments corporels. Dans la « précipitationnite », il cherche la vitesse en raccourcissant prématurément ses gestes. Dans les deux cas, la coordination perd sa fluidité, l’énergie se disperse et le mouvement devient moins pertinent, moins efficace et moins efficient. La « forcite » correspond ainsi à une surutilisation de la force pour produire la vitesse. Par définition, le joueur force son mouvement, augmente ses tensions, amplifie excessivement ses gestes et finit par rigidifier son corps. La force, qui devrait rester un moyen au service de la vitesse, devient alors une finalité. Cette surmobilisation peut donner au joueur une sensation de puissance, mais elle ne garantit nullement une meilleure expression de sa vitesse. Au contraire, elle peut créer une véritable « barrière de vitesse » en augmentant les crispations inutiles, soit en réduisant la liberté gestuelle et en consommant de l’énergie qui ne contribue pas directement à la projection du corps dans les espaces de jeu. La technique a précisément pour fonction de sortir de cette logique de surenchère qui vise à forer le passage. Elle apprend au joueur à ne pas ajouter de force à une gestuelle footballistique qui possède déjà les ressources nécessaires pour être réalisée. Elle cherche à faire émerger la force disponible plutôt qu’à la surajouter. Le principe du « Less is more» prend ici tout son sens. Il ne s’agit pas de produire moins de vitesse, mais de supprimer les contractions, les amplitudes et les actions parasites qui empêchent la vitesse existante de s’exprimer. La qualité technique devient alors une économie dynamique. Faire moins de choses inutiles pour permettre à davantage d’énergie utile d’atteindre la destination recherchée. Mais cette économie ne doit surtout pas être confondue avec une simple réduction du geste. Car l’autre déformation de la vitesse est précisément la « précipitationnite ». Celle-ci apparaît lorsque le joueur cherche à aller vite avant que son corps n’ait terminé de s’organiser. Autrement dit, d’aller plus vite que la musique footballistique. Il raccourcit son geste, abrège ses amplitudes, enchaîne prématurément les actions ou mobilise simultanément des segments qui devraient se succéder. Le résultat est une agitation gestuelle qui donne une impression de vitesse par surfréquence, alors même que la projection spatiale du joueur et la continuité de ses mouvements sont diminuées. La précipitation constitue ainsi une autre manière de gaspiller de l’énergie. Le joueur ne force plus son mouvement. Il le brusque. Il interrompt l’extension avant son terme, perd la continuité de la chaîne cinétique et doit ensuite produire des efforts supplémentaires pour se rééquilibrer ou réorganiser son corps. La vitesse devient alors une succession de contractions rapides plutôt qu’une propagation continue de l’énergie. La technique doit donc apprendre au joueur à ne pas aller plus vite que son propre geste. Elle doit lui permettre de « prendre le temps d’aller vite », c’est-à-dire d’accepter le très court délai nécessaire à l’organisation corporelle afin que l’accélération puisse ensuite se déployer pleinement. C’est ici que l’amplitude prend une signification particulière. La solution à la « précipitationnite » n’est pas de demander au joueur de ralentir, pas davantage que la solution à la « forcite » n’est de lui demander de produire moins de puissance. Il s’agit plutôt de restaurer la continuité du mouvement. Un geste peut être compact sans être interrompu. Il peut être bref sans être précipité. Il peut être puissant sans être forcé. La compétence technique consiste précisément à adapter l’amplitude aux exigences de la situation tout en maintenant la continuité de la transmission énergétique. Le joueur peut ainsi condenser son geste lorsque le jeu l'exige sans casser l’onde d’extension qui permet à son corps de produire et de transmettre efficacement sa vitesse. La technique devient donc une compétence de la juste mobilisation. Elle apprend au joueur quand contracter, quand relâcher, quand laisser s’étendre le mouvement et quand réorienter l’énergie. Elle corrige la « forcite » en retirant les tensions superflues et la « précipitationnite » en redonnant au geste le temps nécessaire pour exister pleinement. Dans les deux cas, elle restaure une continuité corporelle dans laquelle la vitesse n’est plus fabriquée artificiellement par une surenchère d’effort, mais libérée par la qualité de la coordination. Cette conception permet également de comprendre pourquoi la vitesse footballistique ne peut être réduite à une simple production mécanique de force. Un joueur peut disposer d’un potentiel musculaire important et pourtant produire une vitesse médiocre s’il ne sait pas l’exprimer techniquement. À l’inverse, un joueur peut donner une impression de facilité, voire de nonchalance, tout en produisant une vitesse élevée parce qu’il ne lutte pas contre son propre mouvement. La sensation d’effort diminue alors non parce que l’intensité mécanique disparaît, mais parce que les forces disponibles sont mieux ordonnées et que les résistances internes inutiles diminuent. La technique devient ainsi le lieu où se réconcilient la force et la vitesse. Elle empêche la force de devenir « forcite » et empêche la vitesse de devenir « précipitationnite ». Entre les deux, elle installe une troisième voie. Celle d’une mobilisation maîtrisée, continue et efficiente de l’énergie. C’est précisément cette capacité qui permet ensuite à l’explosivité, à la réactivité et aux premiers appuis de produire leur plein effet. La technique ne vient donc pas après la mobilisation énergétique. Elle en constitue l’un des mécanismes consubstantiels de régulation. 4.5. L’explosivité ce n’est pas produire plus, mais produire plus vite Cette distinction conduit directement à redéfinir l’explosivité footballistique. La puissance musculaire est classiquement comprise comme le produit mathématique de la force par la vitesse. Mais cette définition ne renseigne pas suffisamment sur la dynamique de sa production. Deux joueurs peuvent atteindre une puissance musculaire comparable tout en mettant des temps très différents à l’atteindre. Or le football donne rarement au joueur le temps d’exprimer sa puissance maximale. Ce qui importe est donc moins la quantité maximale de puissance musculaire disponible que la vitesse avec laquelle cette puissance devient disponible. L’explosivité footballistique peut ainsi être définie comme « le taux de montée de la puissance musculaire, soit la vitesse à laquelle le système neuromusculaire augmente sa production de puissance musculaire selon le design du mouvement ». Formellement, elle peut être représentée par la dérivée temporelle de la puissance, c’est-à-dire (dP/dt). Cette conception déplace profondément la question. Le problème n’est plus de savoir « Combien de puissance musculaire le joueur peut-il produire ? ». Il devient « À quelle vitesse rend-il sa puissance musculaire utile ? ». Cette seconde formulation est beaucoup plus proche du « changement de rythme footballistique ». Le joueur qui réagit à une passe, à une rupture de ligne, à une perte de balle ou à une opportunité d’espace ne dispose pas d’un temps suffisant pour installer progressivement sa production de force. Il doit élever très rapidement son niveau de puissance musculaire afin que son premier mouvement produise déjà un déplacement significatif. L’explosivité devient alors une qualité temporelle de la mobilisation énergétique. 4.6. La philosophie vitesse-force ou faire monter la puissance avant de chercher à la maximiser Cette approche conduit logiquement à une philosophie d'entraînement dite de vitesse-force, dans laquelle la variable directrice est la vitesse de production de la puissance musculaire plutôt que la seule augmentation de la force maximale. La force reste évidemment nécessaire pour vaincre l’inertie et produire les mouvements footballistiques. Mais elle constitue un moyen et non une finalité. Dès lors qu'une augmentation de la charge ralentit significativement l'exécution, la nature de l'adaptation recherchée se modifie. On quitte progressivement le développement de l'explosivité pour aller vers une logique davantage orientée vers la force brute, soit non fonctionnelle. Pour le footballeur, la question devient donc moins celle de la force maximale que celle de la force disponible dans le temps utile pour dynamiser son jeu. Cela explique pourquoi une charge plus importante n'est pas nécessairement une meilleure charge pour développer l'explosivité. Si elle ralentit le mouvement, elle peut éloigner l'exercice de la contrainte temporelle caractéristique du football. L'objectif est de produire suffisamment de force pour que la montée de puissance musculaire soit la plus rapide possible afin que le corps du joueur se projette dans l'espace de jeu sans délai inutile. L’explosivité est ainsi intimement liée au changement de rythme. Elle est la capacité du système à transformer rapidement une disponibilité énergétique en accélération. 4.7. La réactivité ou la mobilisation avant même d’avoir le temps de décider Parler de réactivité motrice ne consiste pas simplement à dire qu’un joueur « réagit vite ». Physiologiquement, la réactivité correspond à « la capacité du système nerveux et neuromusculaire à transformer rapidement une information en une organisation motrice capable de produire du mouvement ». Elle se situe donc en amont de l’explosivité proprement dite. Avant de produire beaucoup de force et avant même de produire beaucoup de puissance musculaire, le système corporel doit sélectionner, déclencher et organiser sa réponse motrice à une situation de jeu. La réactivité n’est donc pas une propriété exclusivement musculaire. Elle résulte de l’interaction entre plusieurs niveaux, soit les systèmes sensoriel et nerveux central, les circuits spinaux, les motoneurones, les unités motrices, les muscles et les structures tendineuses. La rapidité du mouvement dépend ainsi autant de la vitesse avec laquelle la commande motrice devient disponible que de la capacité du muscle à transformer cette commande en tension. Dans les premières dizaines de millisecondes d’une contraction explosive, les facteurs neuraux que sont l’activation volontaire rapide, le recrutement des unités motrices et la fréquence de décharge, jouent un rôle particulièrement important. 4.7.1. De l’information sensorielle à la commande motrice La première étape de la réactivité est donc sensorielle. Le joueur reçoit en permanence des informations provenant de son environnement telles que le mouvement du ballon, le déplacement d’un adversaire, le déplacement d’un partenaire, la modification d’un espace, le contact, l’accélération ou le ralentissement d’un autre joueur. À ces informations externes s’ajoutent les informations internes issues de la proprioception, notamment celles provenant des muscles, des tendons et des articulations. Le système nerveux doit intégrer ces informations pour déterminer rapidement la réponse motrice appropriée. Il ne s’agit pas nécessairement d’une décision consciente et verbalisée. Dans une situation de jeu rapide, une partie importante de l’organisation motrice repose sur des représentations et des automatismes construits par l’expérience. Le joueur expert n’a pas besoin de reconstruire consciemment chaque élément de sa gestuelle footballistique. Il peut reconnaître une configuration et déclencher une réponse déjà organisée. Cette distinction est fondamentale pour comprendre la réactivité footballistique. Le temps de réaction ne correspond pas simplement au temps nécessaire pour contracter un muscle. Il comprend une succession d'étapes, c’est-à-dire 1) la détection d’un stimulus, 2) le traitement cognitif de l'information, 3) la sélection de la réponse, 4) la commande motrice, 5) l’activation musculaire et 6) le développement de la force. Plus ces étapes sont intégrées et automatisées, plus la réponse peut devenir rapide. La réactivité est donc d’abord une propriété du traitement de l'information, avant d'être une propriété de la force. 4.7.2. Le système nerveux ne commande pas seulement « de bouger » Une fois la réponse sélectionnée, le système nerveux doit produire une commande suffisamment précise pour organiser la gestuelle footballistique. Cette commande efférente atteint notamment les motoneurones, qui constituent l'une des dernières étapes communes entre le système nerveux et les muscles squelettiques. Le motoneurone ne fonctionne cependant pas seul. La production rapide de force dépend de la manière dont les unités motrices sont recrutées et de la fréquence à laquelle leurs potentiels d'action sont déchargés. La vitesse de recrutement des unités motrices et leur fréquence de décharge maximale contribuent ainsi fortement au taux auquel la force peut augmenter au début d'une contraction volontaire rapide. Cela permet de préciser une distinction essentielle entre réactivité et explosivité. La réactivité concerne principalement « la capacité à déclencher rapidement une réponse adaptée à partir d'une information ». L'explosivité concerne ensuite « la vitesse à laquelle le système neuromusculaire peut développer sa force et sa puissance musculaire » . La première répond à la question « quand et comment déclencher ? » La seconde répond à la question « à quelle vitesse la force devient-elle disponible ? » On peut ainsi représenter la séquence de manière simplifiée 1) stimulus 2) perception 3) traitement 4) sélection de la réponse 5) commande motrice 6) recrutement des unités motrices 7) développement de la force 8) déplacement. La performativité d’un « changement de rythme » dépend de la qualité de l'ensemble de cette chaîne et non d'un seul de ses maillons. 4.7.3. La réactivité n'est pas un réflexe unique Il serait toutefois réducteur d'assimiler la réactivité footballistique à un simple réflexe. Certains réflexes permettent effectivement des réponses extrêmement rapides. Le réflexe d'étirement, par exemple, met en jeu des récepteurs musculaires et des circuits spinaux capables de modifier rapidement l'activité des motoneurones lorsqu'une variation de longueur musculaire est détectée. Mais les réponses motrices naturelles sont beaucoup plus complexes et peuvent intégrer des niveaux de traitement spinal, sous-cortical et cortical. Dans le football, le joueur ne répond donc pas simplement à un stimulus mécanique unique. Il doit interpréter une situation dynamique et produire une réponse adaptée à une intention de jeu. Une même information visuelle peut ainsi conduire à des réponses différentes selon la position du ballon, l'orientation du corps, la vitesse de l'adversaire, l'espace disponible ou l'objectif tactique. La réactivité footballistique est donc mieux comprise comme une réponse motrice contextualisée que comme un simple réflexe. 4.7.4 Le rôle déterminant de la préactivation Il existe également une différence majeure entre un joueur qui attend passivement le stimulus et un joueur déjà organisé pour y répondre. La position du corps, le niveau de tonus musculaire, l'orientation des appuis, la répartition des charges et l'état de tension neuromusculaire, ou slack musculaire, déterminent en partie la quantité d'organisation nécessaire lorsque le stimulus apparaît. C'est ici que la notion d'alacrité prend tout son sens dans le modèle développé dans cet article. Être disponible ne signifie pas être contracté au maximum. Cela signifie être dans un état à partir duquel une réponse peut être déclenchée rapidement. Le système nerveux fonctionne alors dans une logique de préparation plutôt que de simple réaction. Le joueur ne commence pas à organiser son corps au moment exact où le stimulus apparaît car une partie de cette organisation est déjà présente. Il peut ainsi consacrer davantage de temps et de ressources à la sélection et à l'exécution de la réponse. Cette préorganisation permet également de comprendre pourquoi une tension musculaire excessive peut être contre-productive. Si tous les muscles sont fortement activés, le système perd une partie de sa capacité à moduler rapidement son activité. La réactivité ne correspond donc pas à une activation maximale permanente, mais à la capacité de passer rapidement d'un niveau d'activation à un autre. Être prêt à agir ne signifie pas être déjà en action. 4.7.5. Le rôle de la proprioception La réactivité ne dépend par ailleurs pas uniquement de la vision. Le joueur possède en permanence une représentation de la position et du mouvement de son propre corps, ou schéma corporel, grâce aux informations proprioceptives. Les fuseaux neuromusculaires renseignent notamment le système nerveux sur les variations de longueur musculaire, tandis que d'autres mécanismes sensoriels participent à l'information concernant les tensions, les positions articulaires et les contraintes mécaniques. Ces informations contribuent à l'ajustement permanent des mouvements et à la régulation de la posture par son équilibration. Les réflexes d'étirement eux-mêmes ne constituent d'ailleurs pas des circuits rigides car leur expression est modulée par le contexte et peut impliquer plusieurs niveaux du système nerveux. Dans le football, cette boucle sensorimotrice est particulièrement importante. Le joueur doit pouvoir modifier son action alors même que son corps est déjà en mouvement déséquilibré. Il accélère, reçoit une information nouvelle, réoriente son appui, modifie son centre de masse et repart dans une nouvelle direction. La réponse motrice n'est donc pas un événement isolé. Elle est continuellement corrigée par les informations produites par le mouvement lui-même. La réactivité devient ainsi une boucle 1) percevoir 2) agir 3) sentir 4) corriger 5) poursuivre. Cette boucle est fondamentale dans les changements de rythme, car le joueur ne peut pas prévoir avec exactitude toutes les contraintes qui apparaîtront pendant l'action. 4.7.6. De la réactivité au taux de montée de la puissance musculaire Une fois la commande motrice déclenchée, une nouvelle question apparaît. À quelle vitesse le système neuromusculaire peut-il transformer cette commande en production de force, puis en puissance musculaire utile ? C’est ici que se situe le lien fonctionnel entre la réactivité et l’explosivité. Le rate of force development (RFD), ou taux de développement de la force, désigne la vitesse à laquelle la force augmente au cours du temps. Il peut être représenté par la pente de la courbe force-temps, soit RFD = ΔForce / ΔTemps. Le RFD constitue donc un indicateur particulièrement intéressant des premières phases d'une contraction rapide. Il renseigne sur la capacité du système neuromusculaire à faire émerger rapidement une force à partir du moment où la commande motrice est déclenchée. Dans ces premières phases, interviennent notamment la rapidité du recrutement des unités motrices, leur fréquence de décharge, l'activation volontaire, les propriétés musculaires et tendineuses ainsi que la coordination intermusculaire. Mais, dans le cadre de l’explosivité footballistique développée ici, le RFD ne doit pas être confondu avec l’explosivité elle-même. Le RFD renseigne principalement sur la vitesse de développement de la force. Or la puissance musculaire dépend simultanément de la force et de la vitesse d’exécution, soit P = F × V. L’explosivité footballistique correspond alors à une étape supplémentaire. Elle ne consiste pas seulement à développer rapidement de la force, mais à faire monter le niveau de puissance musculaire le plus rapidement possible. Elle peut ainsi être conceptualisée comme le taux de montée de la puissance musculaire, soit E(t) = dP(t) / dt. Cette distinction est essentielle. Un joueur peut développer rapidement de la force sans pour autant transformer cette force en puissance musculaire utile avec la même rapidité. Inversement, la qualité de la montée de puissance dépend de la capacité du système à organiser simultanément la force produite, la vitesse du mouvement, la coordination intermusculaire, les propriétés mécaniques du complexe muscle-tendon et la qualité technique de la gestuelle footballistique. La chaîne fonctionnelle peut alors être précisée 1) percevoir 2) déclencher 3) recruter 4) développer rapidement la force 5) augmenter rapidement la puissance 6) coordonner 7) projeter. La réactivité intervient principalement dans la capacité à faire commencer cette chaîne au moment opportun. Le RFD participe ensuite à la rapidité avec laquelle la force devient disponible. L’explosivité concerne enfin la manière dont cette mobilisation permet de faire monter rapidement la puissance musculaire. Cette distinction permet également de comprendre pourquoi la force maximale ne constitue pas, à elle seule, le facteur déterminant « d’un changement de rythme » performant. La force maximale représente un potentiel mécanique. Mais le joueur dispose rarement du temps nécessaire pour atteindre ce potentiel. Dans une situation de jeu, ce qui importe est donc moins la quantité maximale de force qu’il pourrait produire que la quantité de force et de puissance qu’il peut rendre utile dans le temps extrêmement court dont il dispose. C’est précisément ici que la philosophie vitesse-force prend son sens. La force n’est pas abandonnée. Elle est considérée comme un moyen permettant d’élever rapidement la puissance musculaire. Tant qu’une augmentation de la contrainte mécanique permet de conserver ou d’améliorer la vitesse de montée de la puissance musculaire, elle peut contribuer au développement de l’explosivité. En revanche, lorsque l’augmentation de la charge ralentit significativement l’exécution, la nature de l’adaptation recherchée se modifie. L’exercice s’éloigne progressivement de l’objectif d’explosivité pour se rapprocher d’une logique davantage orientée vers le développement de la force maximale. Pour le footballeur, le critère déterminant n’est donc pas simplement combien de force peut être produite, mais à quelle vitesse cette force devient une puissance musculaire utile au mouvement. Cette conception permet de mieux comprendre le rôle du premier appui. Dans un changement de rythme, le joueur ne dispose pas du temps nécessaire pour installer progressivement sa production mécanique. Il doit transformer très rapidement une commande motrice en force, puis cette force en déplacement. Quelques dizaines de millisecondes peuvent alors modifier la qualité de l’appui, la vitesse de projection du centre de masse et, par conséquent, la quantité d’espace gagnée. La réactivité et l’explosivité se rencontrent donc dans une même séquence, mais elles ne désignent pas le même phénomène. La réactivité donne le moment du déclenchement. Le RFD accélère la mise à disposition de la force. L’explosivité accélère la montée de la puissance musculaire. La coordination oriente cette puissance. La technique la transforme en déplacement utile. Un joueur peut ainsi être très réactif mais manquer de capacité à faire monter suffisamment rapidement sa puissance musculaire. À l’inverse, il peut disposer d’un potentiel mécanique important et d’un excellent RFD tout en tardant à déclencher la réponse. Dans les deux cas, le « changement de rythme » est limité. La performance footballistique dépend donc moins de l’existence isolée de chacune de ces qualités que de leur enchaînement temporel. L’enjeu n’est pas seulement de produire beaucoup, mais de réduire progressivement le délai entre l’information pertinente, le déclenchement de la réponse, la disponibilité de la force et l’apparition d’une puissance musculaire effectivement exploitable dans le mouvement. L’explosivité footballistique peut ainsi être comprise comme la vitesse d’accès à la puissance musculaire utile. Le RFD constitue l’un des mécanismes permettant cette montée rapide, mais l’explosivité dépasse la seule vitesse de développement de la force. Elle intègre la transformation de cette force en puissance musculaire selon le design du mouvement et les contraintes temporelles du football. Dans cette perspective, l’objectif de l’entraînement n’est donc pas simplement de rendre le joueur plus fort. Il est de lui permettre de faire monter plus rapidement sa puissance musculaire, dans le temps et selon la forme imposée par le jeu, afin que le premier appui, la réaccélération ou le changement de direction produisent immédiatement un effet spatial utile. L’explosivité devient alors véritablement une qualité temporelle de la mobilisation énergétique. Il s’agit non pas de produire davantage, mais de rendre la puissance disponible plus vite. 4.7.7. La fatigue modifie la vitesse de mobilisation avant même de supprimer la force Cette organisation permet également de comprendre pourquoi la fatigue ne doit pas être considérée uniquement comme une diminution de la force maximale. Dans le football, la question essentielle n'est pas seulement de savoir quelle quantité de force le joueur est encore capable de produire, mais à quelle vitesse cette force peut être mobilisée et transformée en puissance musculaire utile. Les capacités de développement rapide de la force peuvent être particulièrement sensibles à la fatigue neuromusculaire. Les altérations précoces du RFD peuvent ainsi traduire une diminution de la capacité à rendre rapidement la force disponible, alors même que la force maximale reste encore relativement préservée. Cette distinction devient importante dès lors que l'on considère que l'explosivité ne correspond pas simplement à la quantité de force produite, mais à la vitesse avec laquelle la puissance musculaire augmente. Un joueur peut donc encore être capable de produire une force importante tout en ayant perdu une partie de sa capacité à la mobiliser rapidement. Il conserve alors un potentiel mécanique, mais ce potentiel devient moins immédiatement exploitable dans le temps imposé par le jeu. La fatigue peut ainsi modifier progressivement la chaîne du changement de rythme. Le joueur peut déclencher légèrement plus tard, recruter moins rapidement, développer sa force avec une pente moins favorable, atteindre plus tard un niveau de puissance utile et produire un premier appui moins efficace. La conséquence observable n'est pas nécessairement une incapacité à courir ou à accélérer, mais une diminution de la qualité temporelle de la réponse. Cette dégradation peut également perturber la coordination. Lorsque la puissance musculaire devient disponible plus tard ou moins rapidement, le joueur peut devoir compenser par une modification de ses appuis, une augmentation des corrections posturales ou une adaptation de sa trajectoire. Une partie de l'énergie produite n'est alors plus immédiatement convertie en déplacement utile. La fatigue peut donc être comprise comme une altération progressive de la disponibilité temporelle de la puissance musculaire. C'est pourquoi, en fin de match, la question pertinente n'est pas seulement « quelle force reste-t-il au joueur ? » Elle devient « à quelle vitesse cette force peut-elle encore devenir une puissance utile au mouvement ? ». Cette distinction permet de comprendre pourquoi un joueur peut sembler encore physiquement capable d'agir tout en ayant perdu une partie de sa capacité à produire un « changement de rythme » réellement performant. La fatigue ne supprime pas nécessairement la capacité de produire. Elle modifie d'abord la vitesse à laquelle cette production devient disponible et exploitable. 4.7.8. La réactivité comme capacité de transition entre deux états Le changement de rythme peut se comprendre alors comme une transition rapide entre deux états fonctionnels du système neuromusculaire. Le joueur se trouve dans un état initial, soit un déplacement à faible intensité, une course, un freinage, un appui unipodal, un duel, une réception ou une simple observation. Un stimulus apparaît. Le système doit alors modifier rapidement l'organisation de son activité pour produire un nouvel état qui est une accélération, un changement de direction, un saut, un freinage ou une réaccélération. La réactivité correspond ainsi à « la capacité à réduire le temps de transition entre deux états tout en conservant la pertinence et la qualité du mouvement ». Cette définition permet de préciser que la réactivité ne consiste pas à accélérer indistinctement tous les processus physiologiques. Elle consiste plutôt à réduire les délais inutiles entre les différentes étapes qui permettent au système de passer de la perception d'une information à la production d'une action adaptée. La chaîne peut alors être représentée de manière plus précise 1) percevoir 2) décider 3) déclencher 4) recruter 5) développer rapidement la force 6) faire monter la puissance 7) coordonner 8) projeter. La réactivité intervient principalement dans la capacité à initier et organiser rapidement cette transition. Le RFD intervient ensuite dans la vitesse à laquelle la force devient disponible. Il constitue donc l'un des mécanismes qui permettent au système de répondre aux contraintes temporelles de l'action. L'explosivité intervient à un autre niveau. Elle concerne la capacité à faire monter rapidement la puissance musculaire, c'est-à-dire à transformer la mobilisation de la force en une production mécanique suffisamment rapide pour devenir immédiatement utile au mouvement. La coordination assure ensuite l'organisation de cette production. La technique permet de transformer cette production mécanique en déplacement performant. On peut donc désormais distinguer les différentes fonctions. La réactivité réduit le temps nécessaire au déclenchement. Le recrutement et le RFD accélèrent la disponibilité de la force. L'explosivité accélère la montée de la puissance musculaire. La coordination organise cette puissance et la technique la transforme en déplacement utile au jeu. Cette distinction est importante parce que ces qualités peuvent évoluer de manière relativement indépendante. Un joueur peut être capable de détecter et de déclencher très rapidement une réponse tout en disposant d'une capacité limitée à faire monter sa puissance musculaire. À l'inverse, il peut posséder un potentiel mécanique important et un bon RFD tout en tardant à déclencher la réponse pertinente. La réactivité n'est donc ni synonyme de force, ni synonyme d'explosivité, ni synonyme de vitesse de déplacement. Elle représente une capacité de transition. Celle qui permet au système corporel de quitter rapidement un état fonctionnel pour entrer dans un autre état adapté aux nouvelles contraintes de la situation. Dans le football, cette capacité est particulièrement importante parce que le corps est presque toujours déjà engagé dans une action lorsque l'information nouvelle apparaît. Le joueur doit pouvoir modifier son organisation sans interrompre complètement son mouvement. Il accélère, reçoit une information, réoriente son appui, modifie son centre de masse et poursuit son action. La réponse motrice n'est donc pas un événement isolé. Elle constitue une boucle 1) percevoir 2) agir 3) sentir 4) corriger 5) poursuivre. La réactivité devient ainsi une capacité dynamique de transformation continue de l'état du joueur. Elle ne consiste pas seulement à partir vite ; elle consiste à pouvoir changer rapidement d'organisation tout en maintenant la qualité et la performativité de l'action. 4.7.9. Une définition physiologique de la réactivité motrice À partir de cette organisation, la réactivité motrice peut être définie, sur le plan physiologique, comme « la capacité du système neuromusculaire à transformer rapidement une information sensorielle en une commande motrice organisée, par une activation coordonnée des unités motrices, afin de produire une action mécanique utile dans le délai imposé par la situation ». Cette définition permet de distinguer clairement trois notions qui peuvent facilement être confondues. La vitesse désigne la rapidité du déplacement. L'explosivité désigne la capacité à faire monter rapidement la puissance musculaire, c'est-à-dire à rendre rapidement disponible une production mécanique associant force et vitesse. La réactivité désigne la capacité à détecter une information pertinente, à déclencher la réponse appropriée et à organiser rapidement la mobilisation nécessaire pour produire cette action. Ces trois qualités ne sont donc pas concurrentes. Elles s'inscrivent dans une même succession fonctionnelle 1. la perception fournit l'information 2. la réactivité détermine le moment et organise le déclenchement 3. le recrutement neuromusculaire rend la force disponible 4. le RFD participe à la rapidité de cette mise à disposition 5. l'explosivité accélère la montée de la puissance musculaire 6. la coordination organise sa transmission 7. la technique transforme cette production en déplacement 8. les premiers appuis convertissent finalement cette mobilisation en espace gagné. Le « changement de rythme » devient alors l'expression observable d'une chaîne physiologique beaucoup plus profonde. Ce qui apparaît extérieurement comme une simple accélération est en réalité l'aboutissement d'une succession de processus sensoriels, nerveux, neuromusculaires et mécaniques qui doivent s'enchaîner avec le moins de délai inutile possible. Cette organisation permet également de préciser le rapport entre réactivité et explosivité. La réactivité ne produit pas directement la puissance musculaire. Elle permet au système corporel de commencer la mobilisation au moment adéquat. L'explosivité ne détermine pas le moment du déclenchement. Elle permet à sa suite de faire monter rapidement la puissance musculaire. Le RFD occupe une position intermédiaire essentielle. Il renseigne sur la capacité à faire émerger rapidement la force, mais il ne suffit pas à caractériser à lui seul la montée de puissance musculaire. Celle-ci dépend en effet de l'interaction entre force et vitesse, soit P = F × V. L'explosivité correspond alors à la vitesse à laquelle cette puissance musculaire augmente temporellement, soit E(t) = dP(t)/dt. La réactivité et l'explosivité doivent donc se penser comme deux dimensions successives mais interdépendantes d'une même mobilisation. La réactivité donne le moment. Le recrutement rend la force disponible. Le RFD accélère sa montée. L'explosivité accélère la montée de la puissance musculaire. La coordination organise cette puissance. La technique lui donne une direction fonctionnelle. Les premiers appuis la transforment en déplacement et en espace gagné. Réagir vite ne signifie donc pas simplement contracter vite. Cela signifie être capable de détecter, sélectionner, déclencher, recruter, développer, coordonner et projeter suffisamment rapidement pour que l'action apparaisse avant que la situation de jeu ne se soit déjà transformée. La réactivité motrice peut ainsi être considérée comme une qualité temporelle de transition, tandis que l'explosivité représente une qualité temporelle de montée de puissance musculaire. Leur association permet au joueur de réduire le délai entre l'information pertinente et l'apparition d'une production mécanique effectivement exploitable. Le changement de rythme devient alors le point de rencontre de ces différentes capacités. La réactivité permet de commencer au bon moment. L'explosivité permet de monter rapidement en puissance musculaire. La coordination et la technique permettent de transformer cette puissance en déplacement utile. 4.8. Le « avant » économise de l’énergie en étant plus réactif Cette idée introduit un paradoxe particulièrement intéressant. Être plus réactif peut permettre de dépenser moins. Un joueur qui réagit avant l'adversaire n'a pas nécessairement besoin de se déplacer davantage. Il peut au contraire réduire la quantité d'efforts correctifs nécessaires pour rattraper une situation déjà dégradée. La réactivité permet alors de gagner du temps et de l'espace avant que l'adversaire ne les conquière. Elle peut réduire les courses de compensation, les poursuites et les repositionnements tardifs. La dépense énergétique devient ainsi plus efficiente parce que le joueur agit plus tôt. Le « avant » n'est donc pas seulement une notion tactique. Il possède une véritable dimension physique. Faire quelque chose avant signifie parfois avoir besoin de faire moins ensuite. Cette logique rejoint directement la notion d'efficience qui traverse l'ensemble de la préparation physique footballistique. Obtenir davantage de déplacements utiles avec moins de dépenses inutiles. Le joueur réactif économise parce qu'il ne subit pas le jeu avec retard. 4.9. Le bassin ou le point de fixation pour canaliser l’énergie Dans cette organisation, le bassin occupe une place particulière. Il doit pouvoir constituer un point de fixation suffisamment rigide pour permettre la transmission des tensions, tout en conservant une capacité d'adaptation, ou une flexibilité, suffisante pour accompagner les variations du mouvement. Il ne s'agit donc pas de rigidifier le bassin de manière permanente, mais de lui conférer une « rigidité flexible », c'est-à-dire une capacité à se fixer et à se libérer selon les exigences de la gestuelle footballistique. Cette conception est intégrée dans les principes de mon école de la vitesse footballistique (EVF), qui utilisent notamment la fixation du bassin et le caisson abdominal comme point d'organisation des tensions corporelles, afin de faciliter le rééquilibrage, la dissociation entre le haut et le bas du corps et la canalisation de l'énergie mécanique. Le bassin devient ainsi une interface entre la force produite et la direction dans laquelle cette force doit être utilisée. Il doit pouvoir fixer sans bloquer, transmettre sans dissiper et orienter sans perdre l’équilibre. Cette capacité est fondamentale dans un sport dans lequel l’accélération est rarement purement rectiligne. Le joueur doit pouvoir accélérer tout en observant, se réorienter, dissocier le haut et le bas du corps, répondre à une information nouvelle et conserver sa capacité à repartir. La stabilité performante est donc une stabilité capable de bien bouger à tout moment, ce qui est de l’équilibration. 4.10. L’expiration comme organisation de la mobilisation Le souffle complète cette organisation. L'expiration ne doit pas être pensée comme un simple phénomène respiratoire périphérique à la production de la gestuelle footballistique. Elle accompagne la rigidification du caisson abdominal par contractions des muscles profonds, la fixation du bassin et la mobilisation de l'énergie mécanique. Dans la logique de l'EVF, l'expiration diaphragmatique participe ainsi au recentrage des tensions corporelles autour de la ceinture pelvienne et à la libération de l'énergie mécanique. Le souffle devient donc une composante de la coordination. 1) le joueur perçoit, 2) il déclenche, 3) il organise, 4) il expire, 5) il projette. La respiration accompagne ainsi le passage entre disponibilité et mobilisation. Elle contribue à organiser le corps au moment où celui-ci doit transformer une intention en déplacement. Cela permet également de comprendre pourquoi la respiration ne doit pas être isolée de la technique. Respirer correctement dans l'action, c'est aussi savoir conserver une organisation corporelle compatible avec la poursuite d’un mouvement. Le souffle participe à l’équilibration, mais elle doit rester suffisamment flexible pour permettre la continuité de l'action. 4.11. Les trois premiers appuis ou le moment où l’énergie devient espace Toutes ces considérations convergent finalement vers les premiers appuis. Le changement de rythme commence véritablement lorsque l'énergie produite devient déplacement. Les trois premiers appuis constituent alors un moment particulièrement déterminant, puisqu'ils correspondent à la phase durant laquelle le joueur transforme son état initial en prise d'espace. L'EVF propose précisément de rechercher une amélioration de la qualité de ces premiers appuis, avec l'ambition de gagner de l'espace et du temps tout en réduisant la dépense énergétique nécessaire à cette production. Ce qui importe n'est donc pas seulement la vitesse finale atteinte. C'est la qualité de la pente d'accélération selon le design du mouvement. Une accélération performante est celle qui permet au joueur de faire monter rapidement sa puissance musculaire, de transmettre cette puissance dans une organisation corporelle efficace et de convertir cette mobilisation en déplacement immédiatement utile, soit en fonction de la situation de jeu. Dans ce cadre, l'explosivité donne la pente. La technique donne la direction. La coordination donne la fluidité. La réactivité donne le moment. L'alacrité donne la disponibilité. 4.12. La mobilisation énergétique comme synthèse de la récupération, de l’organisation, de la libération et de la projection La mobilisation énergétique footballistique peut ainsi être comprise comme une chaîne fonctionnelle beaucoup plus large que la simple activation musculaire. La récupération restaure les ressources. L'alacrité rend le joueur disponible. La réactivité permet de saisir le moment opportun. L'harmonisation corporelle organise le système. La biotenségrité répartit les tensions. Le relâchement supprime les contractions inutiles. La compétence technique simplifie et optimise la gestuelle. La rigidité flexible du bassin canalise les forces. L'expiration accompagne la fixation et la mobilisation. L'explosivité fait monter rapidement la puissance musculaire. Les premiers appuis transforment cette puissance musculaire en prise d'espace. La vitesse footballistique devient alors le résultat final de cette chaîne. Il devient dès lors possible de reformuler le problème de la préparation physique footballistique. Il ne s'agit pas seulement d'augmenter la quantité d'énergie dont dispose le joueur. Il s'agit de « rendre cette énergie immédiatement mobilisable, correctement orientée et techniquement exploitable ». C'est précisément ce qui distingue une capacité physique brute d'une capacité physique footballistique fonctionnelle. 5. Du métabolique au coordinatif ou le changement de rythme comme transition Cette conception permet également de comprendre pourquoi la transition du métabolique au coordinatif constitue une question centrale de la préparation physique footballistique contemporaine. L’approche métabolique cherche notamment à développer la capacité de l’organisme à produire, à maintenir et à répéter les efforts. L’approche coordinative s’intéresse davantage à la manière dont ces efforts sont produits, c’est-à-dire à la qualité du mouvement, à sa fluidité, à sa précision, à sa réactivité et à sa performativité. Les deux ne s’opposent donc pas. Elles correspondent à deux niveaux complémentaires du même problème. Le joueur doit disposer d’énergie, mais il doit également savoir la convertir en mouvement. Il doit pouvoir mobiliser fortement son énergie sans gaspillage mécanique. Il doit pouvoir passer de la décontraction à la contraction, orienter son corps dans l’espace, stabiliser ce qui doit l’être, libérer ce qui doit l’être et organiser ses appuis afin que son intention footballistique devienne immédiatement une action. C’est précisément dans le « changement de rythme » que cette transition métabolique-coordinative prend toute sa valeur. Une accélération n’est donc pas uniquement une production énergétique. Elle est une organisation temporelle et spatiale du mouvement. Le joueur doit savoir quand déclencher, comment placer son premier appui, comment orienter son centre de masse, comment coordonner ses segments, comment maintenir sa fluidité et comment préparer déjà le mouvement suivant. L’accélération n’est donc pas une fin. Elle constitue une transition corporelle entre deux états du jeu. 6. Le changement de rythme est une compétence neurophysiologique Ce cheminement réflexif nous conduit nécessairement vers la neurophysiologie. Un « changement de rythme » footballistique commence rarement par une commande consciente formulée de manière analytique. Dans la plupart des situations, le joueur perçoit une configuration de jeu, l’interprète rapidement et déclenche une réponse motrice dont une grande partie doit être automatisée. Le temps disponible est trop court pour que chaque détail du mouvement soit consciemment calculé, ou traité. Le joueur doit donc disposer de programmes moteurs suffisamment automatisés pour que son système nerveux puisse consacrer ses ressources attentionnelles à la situation de jeu plutôt qu'à la construction élémentaire du geste. C’est pourquoi la coordination ne doit pas être considérée comme un supplément esthétique de la préparation physique footballistique. Elle constitue l’une de ses composantes fonctionnelles fondamentales. Un mouvement coordonné est un mouvement qui permet au joueur de réaliser son intention avec une dépense énergétique et une complexité motrice compatibles avec la vitesse du jeu. La coordination permet de rendre le mouvement pertinent par rapport à la situation, efficace dans son résultat et efficient dans les ressources qu’il mobilise. Cette triple exigence de performativité donne au « changement de rythme » sa véritable dimension neurophysiologique. La pertinence concerne le choix du moment et de la nature du changement de rythme. L’efficacité concerne la capacité à produire l'effet recherché. L'efficience concerne le rapport entre le résultat obtenu et les ressources dépensées. Un joueur peut être rapide sans être pertinent. Il peut être pertinent sans être efficace. Il peut être efficace sans être efficient. La préparation physique footballistique doit chercher à réunir les trois. 7. La vitesse footballistique est une capacité de modulation Cette conception conduit également à dépasser une vision trop statique de la vitesse footballistique. Les analyses de l'activité footballistique soulignent notamment que les actions à intensité maximale occupent une faible proportion de la distance totale parcourue tout en étant fortement impliquées dans les actions décisives. Mais la vitesse maximale n'est réellement utile au footballeur que si celui-ci sait la mobiliser dans une dynamique de jeu. Le football n'est pas une course de 30 mètres. C'est une succession de variations de vitesse. Le joueur doit savoir passer de 40 % à 80 %, de 80 % à 100 %, revenir à 30 %, s'arrêter, repartir à 90 %, ralentir puis réaccélérer. Il doit pouvoir moduler sa vitesse en fonction de l'espace disponible, du déplacement de l'adversaire, du déplacement du ballon et de son propre projet tactique. La vitesse footballistique devient ainsi une capacité de modulation dynamique. Dans cette perspective, un véritable progrès ne consiste pas seulement à augmenter la vitesse maximale du joueur. Il consiste aussi à élargir la palette de vitesses qu'il peut produire, à améliorer la rapidité avec laquelle il passe de l'une à l'autre, ou à jouer avec, et à diminuer le coût énergétique et coordinatif de ces transitions. Le joueur performant n'est donc pas uniquement celui qui va vite. C'est celui qui sait changer de vitesse au bon moment sans perdre la maîtrise de son corps et de son geste. 8. Le timing d’effort Le « changement de rythme » ne peut cependant pas être dissocié de la temporalité du jeu. Un joueur peut disposer d'une excellente capacité d'accélération et néanmoins manquer l'occasion s'il accélère trop tôt ou trop tard. Le problème devient alors celui du timing. Le timing d'effort peut être compris comme « la capacité à mobiliser et doser son énergie musculaire au moment opportun, dans l'espace pertinent et à la vitesse appropriée ». Cette conception rapproche directement la préparation physique de la réalité technico-tactique du football. Le changement de rythme est alors simultanément physique, perceptif, cognitif et tactique. Il est physique parce qu'il exige une mobilisation d'énergie. Il est neuromoteur parce qu'il exige une organisation rapide des appuis. Il est perceptif parce qu'il dépend de la lecture de l'environnement. Il est cognitif parce qu'il suppose une sélection de réponse. Il est tactique parce que sa valeur dépend de l'avantage qu'il permet de créer. C'est pourquoi il serait réducteur de vouloir entraîner le « changement de rythme » uniquement sous forme de répétitions mécaniques d'accélérations. Il faut apprendre au joueur à reconnaître la nécessité de changer de rythme, puis à disposer des ressources physiques et coordinatives permettant de le (re)faire. Le changement de rythme devient ainsi le point de jonction entre la préparation physique footballistique et le jeu. À ce titre, rien de mieux que de jouer au football pour l’entraîner. 9. De l’intermittence à la saccade ou entraîner la rupture plutôt que la répétition L'évolution du football vers une intermittence de plus en plus saccadée oblige à reconsidérer les formes classiques de l'intermittent. Les protocoles réguliers, tels que les alternances prédéfinies d'effort et de récupération, sont utiles pour développer certaines adaptations physiologiques. Ils ne reproduisent toutefois qu'imparfaitement la temporalité irrégulière du jeu. Dans un match, personne ne prévient le joueur qu'une nouvelle accélération arrivera après exactement quinze secondes de récupération. Elle peut survenir après 3 secondes. Elle peut survenir après 30 secondes. Elle peut être maximale, sous-maximale ou extrêmement courte. Elle peut être précédée d'une course, d'un duel, d'une rotation, d'un saut ou d'un arrêt. Le joueur doit donc apprendre non seulement à récupérer, mais à être disponible à tout instant pour repartir. Cette disponibilité est une forme de préparation à l'incertitude. Le véritable intermittent footballistique ne serait donc pas seulement caractérisé par son ratio travail-récupération. Il serait caractérisé par la capacité du joueur à changer rapidement d'état énergétique et moteur en fonction d'une contrainte externe imprévisible. La question n'est plus uniquement de savoir « combien de temps puis-je récupérer avant le prochain effort ? » Elle devient « suis-je prêt à repartir maintenant ? ». Cette formulation est probablement beaucoup plus proche de la réalité du football. 10. L’efficience, c’est produire davantage de jeu avec moins de dépense inutile Le « changement de rythme » possède enfin une dimension énergétique souvent sous-estimée, soit son efficience. À niveau d'intention comparable, deux joueurs peuvent dépenser des quantités d'énergie différentes pour produire le même déplacement. La différence peut résider dans leur coordination, leur posture, leur capacité de relâchement, leur placement des appuis ou leur organisation segmentaire. L'entraînement de la vitesse footballistique ne consiste donc pas uniquement à solliciter davantage le joueur. Il consiste aussi à lui apprendre à produire le même résultat avec moins de contraintes inutiles. L'EVF que je propose s'inscrit précisément dans cette logique d'optimisation technique de l'expression de la vitesse et de recherche d'une meilleure fluidité gestuelle. Cette recherche d'efficience est essentielle lorsque les changements de rythme deviennent nombreux. Une faible efficience sur une seule accélération peut sembler insignifiante. Répétée des centaines de fois, elle devient une charge considérable. À l'inverse, une amélioration minime de la qualité gestuelle footballistique produit, à l'échelle des nombreuses actions du match, une économie importante. Le joueur efficient est donc celui qui préserve suffisamment ses ressources pour pouvoir encore changer de rythme lorsque le match entre dans ses dernières minutes. L'efficience devient ainsi une composante de la récupération elle-même. 11. Préparer le joueur à repartir, pas seulement à durer Cette distinction permet finalement de reformuler la finalité de la préparation physique footballistique. Pendant longtemps, une partie importante du raisonnement a consisté à demander comment faire durer le joueur. Comment améliorer son endurance ? Comment augmenter sa VMA ? Comment retarder la fatigue ? Comment lui permettre de répéter les efforts ? Ces questions restent légitimes, mais elles ne sont peut-être plus suffisamment spécifiques. La question plus directement footballistique est de savoir comment faire en sorte que le joueur soit encore capable de changer de rythme qualitativement lorsque le jeu l'exige, après des dizaines ou des centaines de sollicitations antérieures ? La récupération inter-effort devient alors un moyen, tout comme la capacité aérobie, la force, la vitesse maximale et la coordination et la finalité est la disponibilité du joueur pour l'action. Cette disponibilité ne se mesure pas seulement à la quantité d'énergie restante. Elle se mesure à la capacité de cette énergie à être transformée en une action motrice pertinente, efficace et efficiente. Conclusion En parlant vrai, le football ne demande pas au joueur d’être simplement endurant ou rapide. Il lui demande de pouvoir changer de rythme, de direction, d’état moteur et d’intention, au moment où le jeu l’exige. Le véritable enjeu de la préparation physique footballistique est donc de rendre le joueur continuellement disponible pour ces changements. La récupération, la capacité aérobie, la force, la vitesse maximale, la coordination et la technique ne constituent pas des finalités isolées. Elles contribuent toutes à permettre au joueur de repartir rapidement, justement et efficacement dans l’action pour faire le jeu. Les quelque 1200 actions d’un match ne sont pas 1200 répétitions identiques. Elles sont autant d’occasions de modifier son état corporel pour modifier l’état du jeu. La préparation physique footballistique trouve ainsi son objet dans la qualité de ces transitions qui est de rendre chaque changement de rythme aussi pertinent, efficace et efficient que possible.
- Le directeur de la performance dans le football ? Un acteur stratégique au cœur d’un système d’incertitude
Cet été 2025, le Stade Rennais a créé le poste de directeur de la performance, pour lequel a été nommé Laurent Bessière, recruté à l’OGC Nice. Chargé de piloter les services préparation physique, data, médical et diététique, il intègre également le comité directeur du club. Cette décision illustre bien l’importance croissante de cette fonction dans les clubs mais agite passablement le landernau footballistique. La question qui se pose alors est de savoir si un tel poste s’avère nécessaire ou bien résulte d’un dysfonctionnement organisationnel. Dans le football, ce nouvel acteur s’impose progressivement dans les organigrammes des clubs. Ni entraîneur, ni préparateur physique, ni directeur médical, il occupe une position transversale, à l’interface entre plusieurs sphères : sportive, médicale, technologique, administrative. Pour comprendre l’émergence et la fonction stratégique de ce rôle, l’analyse développée par Michel Crozier et Erhard Friedberg dans L’Acteur et le Système de 1977 [1] offre un cadre d’interprétation particulièrement éclairant. Dans leur perspective, le football est loin d’être un univers purement sportif. Il constitue « un système d’action concret » traversé de tensions, de rapports de pouvoir et d’incertitudes. Le directeur de la performance y apparaît alors comme « un acteur stratégique » dont la légitimité repose sur sa capacité à occuper et gérer ces zones d’incertitude. Le football comme « système d’action concret » Pour Crozier et Friedberg, toute organisation fonctionne comme un système d’action concret, c’est-à-dire « un ensemble structuré d’acteurs qui, bien que liés par des règles et des contraintes, disposent d’une marge d’autonomie, négocient sans cesse, et poursuivent des objectifs parfois divergents ». Le club de football n’échappe pas à cette logique puisque les entraîneurs, le staff médical, les analystes, les dirigeants, les joueurs et les agents coopèrent tout en défendant leurs intérêts propres. L’apparition du directeur de la performance répond à une transformation de ce système impulsée par l’intensification du jeu, l’apparition des datas, des corps sur-sollicités et les clubs cherchent à optimiser chaque détail. Face à ls complexité de l'affaire, ce nouveau rôle agit comme un outil de coordination et de stabilisation, tout en devenant un levier de pouvoir. Les zones d’incertitude et la définition floue de la performance Au cœur de cette dynamique organisationnelle se trouve une incertitude fondamentale. La performance elle-même n’est pas définie de manière claire et consensuelle. Dans un club, chacun projette une définition différente : - Pour l’entraîneur, c’est la victoire et le niveau de jeu. - Pour les dirigeants, c’est la rentabilité et la valorisation des actifs (joueurs). - Pour les préparateurs physiques footballistiques, c’est l’état de forme. - Pour le staff médical, c’est l’absence de blessures. - Pour les data analystes, ce sont les indicateurs objectifs de charge et de rendement. Cette surdétermination de la performance crée un flou stratégique. Elle rend difficile la coordination entre métiers et ouvre un espace d’interprétation, de contestation et de pouvoir. Ce flou constitue « une zone d’incertitude centrale », que le directeur de la performance va précisément tenter d’occuper et de structurer. Le directeur de la performance comme acteur stratégique Dans la pensée de Crozier et Friedberg, les acteurs dans une organisation tirent leur pouvoir de leur capacité « à contrôler une zone d’incertitude ». Le directeur de la performance intervient exactement dans ce registre. En centralisant des données (physiques, médicales, technologiques), en croisant les points de vue, en objectivant certaines décisions (repos, charge, retour de blessure), il crée du sens commun là où il n’y avait que des logiques fragmentées. Il ne supprime pas les divergences, mais il les régule. Il formalise un cadre de performance partagé, donc actionnable. Il ne tire pas son autorité d’un statut hiérarchique, mais de sa capacité à organiser l’incertitude et à traduire des situations complexes en recommandations compréhensibles. Il devient une figure de médiation, capable de traduire les enjeux du médical en langage sportif, ou les exigences du haut niveau en décisions opérationnelles. Jeux d’acteurs et conflits de rationalité L’émergence de ce rôle ne se fait pas sans tensions. Il s’insère dans un jeu d’acteurs où les rationalités s’affrontent : - L’entraîneur peut percevoir une atteinte à son autorité. - Le staff médical peut se sentir dépossédé de décisions cliniques. - Les dirigeants peuvent instrumentaliser la fonction pour renforcer le contrôle technocratique. Mais c’est précisément là, selon Crozier et Friedberg, que le système se construit. Dans la négociation permanente entre des rationalités différentes, rendue possible par des acteurs capables de les relier. Le directeur de la performance devient un rouage essentiel de cette dynamique organisationnelle, en construisant des passerelles et en contribuant à stabiliser les interactions. Conclusion : définir la performance pour structurer l’action Le directeur de la performance ne se limite pas à mesurer la performance. Il contribue activement à la définir. En clarifiant les attentes du club (contraintes, objectifs, moyens), il structure un cadre d’action collectif là où prévalaient auparavant l’implicite et le flou. Véritable acteur stratégique au sens de Crozier et Friedberg, il organise les interactions, réduit les incertitudes et facilite une coopération régulée. Son émergence ne relève donc pas d’une simple innovation technique, mais d’une adaptation structurelle du football face à des enjeux croissants, nécessitant une meilleure coordination. Cependant, cette solution coordinative, coûteuse financièrement et en ressources humaines, interroge. Une alternative plus efficiente consisterait à formaliser en amont, de manière participative, un référentiel commun définissant la performance pour tous les acteurs du club. Cette approche limiterait certes les marges de manœuvre individuelles, et potentiellement l’engagement personnel, mais elle éviterait surtout les jeux de pouvoir néfastes à la compétitivité. Le football gagnerait ainsi en sobriété organisationnelle, en privilégiant la clarté des rôles plutôt que la multiplication des interfaces. [1] Michel Crozier et Erhard Friedberg, L’acteur et le Système, Editions du Seuil, 1977
- L’assertivité du physique footballistique
Si le physique est nécessaire au football, il n’est pas tout le football. Alors, qu’est-ce qu’il est footballistiquement et quelle est sa place ? Pour me répondre, on me cite souvent Paco Seirul-lo [1], l’éminence grise de la Masia du FC Barcelone [2], qui soutient que le développement des qualités physiques des joueurs passe exclusivement par le jeu. Lors d’un repas échange avec Yves Debonnaire [3], ce dernier a cité cette fois Sergio Busquet pour parvenir à la même conclusion : des qualités tactiques de haut niveau et une bonne maîtrise du jeu de passes dispensent quasiment d’un entraînement physique isolé. Je suis potentiellement tout à fait d’accord avec cette affirmation si on appréhende le physique footballistique sous son seul angle métabolique. Je suis tout à fait contre, si on considère que ce physique, c’est tout d’abord de la fluidité motrice qui harmonise et équilibre corporellement le joueur, ce qui lui permet d’exprimer pleinement son football. Dans ce sens et selon les mots de Michel Ritschard, « le physique n’est pas le football, mais sans ce physique, le football n’est rien », un mantra auquel j’ajoute « mais pour autant qu’il soit assertif ». Un PPF assertif détient « la capacité à s’exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres ». Donc, un bon PPF sait rester à sa place et défendre cette position. Mais quelle est cette place ? Dans les premiers temps du développement du physique footballistique en Suisse, les PPFs n’avaient pas de profil préétabli. Ils venaient, au cas par cas, d’autres sports et/ou de pays étrangers [4]. L’ASF a repris la main dans les années 2000 en certifiant une formation de préparateur physique qui demandait de vraies aptitudes techniques footballistiques. Cette évolution a conduit à la formation d'un nombre important d'entraîneurs assistants spécialisés dans le physique. Or, par nature, ces entraîneurs se positionnent plus comme des entraîneurs technico-tactiques que comme des PPFs. Cette situation peut engendrer des tensions dans un staff, surtout si les rôles de ses membres ne sont pas clairement définis ou compris par un concept d’intervention commun. Au sein même des staffs de préparation physique, le débat sur la place de chacun demeure ouvert. Dans sa quête d'amélioration, la discipline se développe, se perfectionne et se spécialise. Sous l’égide de la préparation physique, on trouve aujourd’hui des spécialistes de la vitesse (très, très peu), de la force (un peu plus), de l'endurance (beaucoup), de la nutrition, de la réathlétisation et des soins, qui tous, par leur expertise spécifique, savent plus et mieux que les autres ce qu'il faut faire pour performer [5]. L’avantage d’un préparateur physique externe au football réside dans le fait qu’il n’a pas de légitimité football. Cela l’oblige à être à son écoute et à son service, soit les attributs d’un PPF assertif. En revanche, cet avantage peut très vite se transformer en désavantage s'il ne fait pas l'effort de réellement comprendre les subtilités physiques footballistiques. Cependant, l'essentiel n'est pas de savoir qui maitrise quoi et mieux, mais de constituer une équipe complémentaire travaillant de concert pour améliorer l’équipe de joueurs. Ainsi, rester à sa bonne place en fonction de ses compétences et de celles des autres est un critère de succès de l’entraînement sportif. Cela présuppose une valorisation de chaque membre de l’équipe et que chacun fasse preuve « d’intelligence émotionnelle » pour collaborer de manière sensée, soit que tout le monde s’actionne dans le même sens, comme le propose Daniel Goleman [6], et comme l'expose Jean-Pierre Egger pour expliquer le succès du Team Alinghi lors de l’America's Cup 2003 [7]. [1] Lire l’article de Pierre Escofet, docteur en sociologie, ex-joueur de ligue nationale [2] Visualiser en cliquant ici. [3] Petit clin d’œil à Yves en remerciement pour avoir contribué à développer de manière fort compétente la formation des entraîneurs suisses [4] A l’exemple du préparateur physique Rafaello Cerullo qui a accompagné Alberto Bigon dans le formidable doublé coupe-championnat 1997 du FC Sion. [5] Pour une proposition « qui doit faire quoi en fonction de ses compétences », lire Anne-Laure Morigny et Christophe Keller La prophylaxie en sport de haut niveau, expériences de terrain, Editions Savoirs d’Experts, Insep, 2019. [6] Daniel Goleman, L’intelligence émotionnelle, Tome 2, Editions J'ai lu, 2003. [7] Jean-Pierre Egger, The Way to Excellence, Editions Weber Verlag, 2019. p. 46
- Le management contextuel organisationnel de la préparation physique footballistique
Il semblerait que l'on doive à André Gide la citation « L'intelligence, c'est la faculté d'adaptation ». Si on prend à la lettre cette affirmation, alors les personnes qui œuvrent dans le football le sont, ou ont l'obligation de l'être pour y jouer, s’y mouvoir, y exister ou même y perdurer. Si à l’impossible nul n’est tenu, cela implique que le préparateur physique footballistique (PPF) doit prendre conscience et en compte les évolutions de son contexte d’intervention, sinon il court le risque d’en être rejeté. Plus précisément, s’adapter positivement à son environnement paraît aujourd’hui une compétence nécessaire, sans toutefois être suffisante, à détenir, pour entraîner. Mais entraîner aujourd’hui, ce n’est plus diriger, dicter, imposer comme l’entraîneur paternaliste de hier… c’est partager, échanger, accompagner et convaincre. À titre d’exemple, il semblerait que le parler « jeune » devienne de plus en plus un attribut incontournable pour entraîner la génération Z des joueurs. C’est ainsi qu’ont été expliqués, entre autres compétences, les nominations de Will Still au Stade de Reims et de Didier Diguard à l’OGCN. Toutefois, ce jeunisme ne protège pas d'un licenciement comme celui de Julian Nagelsmann du Bayern. Outre l’obligation de tenir compte des évolutions sociales qui traversent une équipe, entraîner consiste aussi plus que jamais à prendre en compte les enjeux footballistiques hors du terrain. Les motivations, les envies, les sentiments, les émotions que le football suscite chez les joueurs, leurs familles, leurs agents, les dirigeants, les supporters, qui interfèrent positivement ou négativement sur les humeurs des joueurs et donc sur la qualité des entraînements. Le PPF doit alors prendre conscience et en compte ces éléments. Il court, sinon, le risque de rendre ses interventions terrain caduques parce qu’empêchées. Sachant que ce contexte peut être appréhendé comme une conjonction et/ou un fatras de relations et d'intérêts interindividuels croisés, concomitants ou encore contraires, je propose que cette capacité comprenne au minimum 2 éléments structurant cette dynamique relationnelle. Le premier est de considérer le football comme du « pouvoir ». Le second est de définir le champ d’intervention du PPF. Bien entendu, d'autres éléments pourraient être convoqués pour décortiquer et ainsi saisir les situations rencontrées, mais ceux que j’évoque suffisent à alimenter le premier principe d’un bon management de ses interventions physiques footballistiques ; celui du Gros Bon Sens d'être et de faire. Le football, c'est du pouvoir Le football confère de la notoriété, de la légitimité, des statuts, de la reconnaissance, de la puissance financière… tous les attributs du pouvoir dans le sens où il représente « la capacité à un individu ou un groupe d’individus d'agir sur d'autres individus ou groupes et d'affecter concrètement le fonctionnement et les résultats d'une organisation donnée en obtenant, par exemple, que telles décisions soient prises, que tel moyen soit mis en œuvre ou que telles tâches soient accomplies » [1]. Dans l’absolu, le football se conquiert par le jeu pour les joueurs et par l’expertise pour les entraîneurs. Mais il est aussi déterminé par des jeux de pouvoir lorsque, d'une part, les seules compétences techniques ne permettent pas d’atteindre au mérite la position désirée dans une équipe, dans un staff ou dans un club et, d’autre part, quand il y a des places à combler ou des statuts à prendre parce que la nature humaine n’aime pas les espaces vides. Même si je ne demande pas que les PPFs soient des spécialistes de l’analyse stratégique des systèmes organisationnels [2], ils doivent toutefois être conscients de ces jeux de pouvoir sous peine d'être inopérants. C’est un paramètre prégnant du football actuel. D'ailleurs, les entraîneurs principaux deviennent de plus en plus des managers, c’est-à-dire des personnes qui détiennent des compétences pointues dans la compréhension et la gestion de l’action collective ou plus simplement des égos de leurs joueurs, des membres de leur staff et de leurs dirigeants. Sans nécessairement le savoir, ils l’ont toujours été. C’est ce qui explique pourquoi ces entraîneurs font des conférences auprès des dirigeants d’entreprise pour exposer comment ils arrivent, ou ils sont arrivés, à faire gagner leur équipe malgré tout. En d’autres termes, comment ils exercent leur pouvoir pour avoir du succès. Sur ce constat et ce point de vue, il revient aux PPFs de saisir leur écosystème footballistique pour évaluer la marge de manœuvre dont ils bénéficient pour faire leur travail, sur qui ils peuvent s’appuyer pour faire passer leur message et quelles ressources d’influence, ils peuvent actionner pour rendre effectif leur entraînement physique footballistique. Cette appréhension rationnelle du football peut choquer. Pourtant, ne soyons pas naïfs, comprendre son contexte et s'y adapter est le quotidien d’un PPF puisqu’il a affaire à des humains et qu’il en est lui-même un avec ses envies, ses exigences, ses forces et ses faiblesses, ses contradictions, ses espérances, ses besoins et ses désirs d'être ou de faire. Au final, saisir son contexte par ses jeux de pouvoir doit permettre au PPF de participer en toute connaissance de cause et avec satisfaction à la construction d’une dynamique organisationnelle relationnelle vertueuse. Le champ d’intervention du PPF Pour définir plus précisément les limites techniques d’intervention des PPFs, revenons au cœur de la problématique soit la définition des qualités physiques «qui est un ensemble de ressources en interaction, qui permet à un individu dans un secteur particulier de la motricité, de mettre en œuvre de façon concrète, reproductible et transférable un niveau supérieur de celle-ci. C’est le résultat d’un ensemble de ressources optimisées qui s'expriment par le physique dans le cadre d'une ou de plusieurs spécialités pratiquées. L’objet de la préparation physique est donc bien de dépasser le niveau de compétence motrice que permettrait la seule pratique de l’activité sportive choisie. En ce sens, elle ne peut se fondre dans une logique totalement simulatrice de la spécialité choisie, même s’il lui faut nécessairement se préoccuper du transfert des acquisitions supérieures qu’elle génère. Un préparateur physique moderne se devrait de n’être ni un valet, ni un donneur de leçon, mais revendiquer le rôle d’éclaireur des pistes potentielles inexploitées de l’amélioration de la performance» [3]. Dans ce cadre, un PPF a, en toute assertivité, deux rôles primordiaux pour garantir un état de forme ou physique satisfaisant des joueurs. Il doit, d’une part, être responsable de la calibration des charges physiques de tous les entraînements et, d’autre part, proposer des entraînements isolés lorsqu’il y a lieu. En effet, comme le souligne ci-dessus Michel Pradet, le jeu du football ne fournit pas toujours des situations qui permettent à certains paramètres physiques d’être suffisamment stimulés pour progresser malgré ce que prétendent les tenants de la périodisation tactique [4] . Quelles sont ces situations ? Simplement lorsque le joueur, respectivement l’équipe, ne progresse physiquement plus par le jeu. Cette recherche de ce qui doit être de l’isolé ou de l'intégré détermine et définit les limites d’intervention des PPFs. [1] Catherine Voynnet-Fourboul, Le management relationnel, point de vue de recherche en gestion, Editions universitaires européennes, 2014. [2] En cas d’intérêt, deux livres fondamentaux abordent cette problématique managériale du pouvoir dans les organisations humaines à savoir Michel Crozier et Erhard Friedberg, L’acteur et le Système, Editions du Seuil, 1977 et Erhard Friedberg, Le Pouvoir et la Règle. Dynamiques de l'action organisée, Editions du Seuil, 1993. [3] Michel Pradet cité par Frédéric Aubert in « Approches athlétiques de la préparation physique ». Colloque formation continue – TOURS-Nord, samedi 23 mars 2002. [4] Pour prendre connaissance de cette philosophie d’entraînement, lire Damien Della Santa, La périodisation tactique, fondements et principes méthodologiques, Université de Caen, Staps, 8 décembre 2015.
- La performativité des séances d'entraînement physique footballistique
Comme tout passionné, j'ai d'abord pratiqué. Ensuite, j'ai commencé à entraîner, ce qui m'a amené à me former. Cela m’a permis de prendre conscience de ce que je faisais faire. Par la suite, j'ai ressenti le besoin de formaliser mon entraînement physique footballistique. L'objectif était de sortir du Faire pour Faire en réfléchissant sur le Comment Faire-Faire pour augmenter la performativité de mes interventions terrain. Cela a abouti, entre autres, à l'identification de principes qui guident aujourd'hui mes séances d'entraînement. Partant du principe que « la performance appelle la performance », je suis convaincu que plus les exercices proposés aux joueurs seront performants, plus ces derniers seront performants. Pour garantir cette performativité d’exercice, il ne s'agit pas simplement d'appliquer des principes de construction (comme la variabilité, le calibrage des exercices en termes de durée, d'intensité, de fréquence, etc.), mais d'aller au-delà en développant des principes d'intervention et d'action. À chaque PPF de trouver son « comment faire-faire ». Pour ce qui me concerne, mes exercices doivent respecter cumulativement et sans péjorations mutuelles, les principes suivants : - Adaptés, i.e. des exercices qui prennent en compte les situations de l'équipe, des joueurs et des ressources à disposition afin de calibrer correctement les exercices, garantissant ainsi une progression physique constante ou le maintien d’un niveau atteint. - Ancrants, i.e. des exercices dont les répétitions permettent d'acquérir définitivement une gestuelle footballistique de qualité. - Assertifs, i.e. des exercices qui : 1) servent le talent footballistique, 2) occupent une place équilibrée dans l'entraînement footballistique, en tenant compte du constat que « si le physique n'est pas le football, sans le physique le football n'existe pas », et 3) respectent le morphotype et la signature gestuelle des joueurs. - Bonifiants, i.e. des exercices dont l'unique objectif est de favoriser en toute circonstance le développement du talent footballistique des joueurs. - Calibrés sur la forme, i.e. des exercices qui entraînent la forme et non la méforme. - Centrifuges, i.e des exercices dont la dynamique permet d'élargir le rayonnement d'action et d'expression des joueurs - Concordants, i.e. des exercices qui cherchent à combiner de manière cohérente et harmonieuse toutes les composantes thématiques et temporelles du football. - Concrétisants, i.e. des exercices qui évitent, voire éliminent, le simple acte de faire pour faire, en opérationnalisant véritablement les principes de son concept d’entraînement physique footballistique pour qu’ils soient applicables sur le terrain. - Diversifiés, i.e. des exercices qui sont aussi variés que possible, car les mouvements footballistiques se manifestent dans un espace géométrique tridimensionnel à 360 degrés (hauteur, latéralité et verticalité). - Dynamisants, i.e. des exercices qui procurent du plaisir lors de leur réalisation et/ou de l’effort qu'ils exigent, transformant ainsi le physique d'une charge mentale en un investissement consenti et même désiré. - Efficients, i.e. des exercices qui proposent des stimuli d’entraînement qui soient les plus rentables énergétiquement, c'est-à-dire qui visent à obtenir le plus d'adaptations physiques chroniques et/ou aiguës positives par le minimum de stimuli. - Fonctionnels, i.e. des exercices qui visent à dynamiser directement la gestuelle footballistique. - Grandissants, i.e. des exercices qui aident, voire facilitent, le joueur à gagner rapidement l'espace par rapport à son adversaire. Cela permet de réduire les zones d'influence de ce dernier et d'agrandir les siennes et de ses coéquipiers, ce qui doit lui donner le temps nécessaire pour prendre de bonnes décisions tactiques et bien exécuter la gestuelle désirée. - Holistiques, i.e. des exercices qui prennent en compte et recherchent tout à la fois les bien-êtres physique, psychique, affectif et social des joueurs, - Innovants, i.e. des exercices qui visent à confronter les joueurs à la nouveauté, étant donné que le football est un jeu incertain. L'objectif des exercices n'est donc pas seulement que les joueurs les exécutent correctement immédiatement, mais surtout qu'ils développent leur capacité et leur volonté à résoudre les difficultés cognitives et motrices auxquelles ils sont confrontés. - Intelligibles, i.e. des exercices qui peuvent être expliqués de manière compréhensible à tous les joueurs. Dans le cas contraire, soit les exercices ne sont pas performants en termes d'efficacité, d'efficience et de pertinence, soit je ne suis pas à niveau pour les expliquer. - Prenants le temps d’aller vite, i.e. éviter et réduire la précipitation dans toutes les exécutions des exercices, afin de permettre aux joueurs de développer pleinement leur potentiel selon leur propre rythme d'action et d'expression. - Progressifs, i.e. des exercices qui respectent les évolutions biologiques et cognitives des joueurs. - Qualitatifs, i.e. que la qualité des exécutions des exercices prévaut, en toutes circonstances, sur leur exécution quantitative. - Rigoureux, i.e. des exercices qui cultivent la volonté de produire une gestuelle de qualité et de fournir les efforts métaboliques souhaités. - Sensés, i.e. des exercices qui respectent en toute chose, tout temps et toute situation le Gros Bon Sens Canadien. - Stimulants, i.e. des exercices qui incitent les joueurs à se découvrir et à exploiter tout leur potentiel talent footballistique. - Transgressifs, i.e. des exercices qui regardent derrière le rideau afin de faire progresser plus vite, plus haut et plus fort. C'est possiblement s'opposer aux idées reçues qui, trop souvent, sont un refuge rassurant, mais qui empêchent la réflexion critique. Pourtant, tout le monde sait que pour faire la différence, il faut penser et agir différemment. - Vertueux, i.e. des exercices qui visent à renforcer les effets positifs et à minimiser les effets négatifs des exercices.
- L'efficacité de l'entraînement physique footballistique
Pour qu’un entraînement soit performant, il doit être efficace. Autrement dit, répondre à tout instant et en tout lieu positivement à la question, est-ce que les joueurs suivent le chemin qui va leur permettre d'atteindre les objectifs d’équipe et individuel fixés ? Répondre ici à cette question revient d'abord à identifier l’objectif cardinal de son concept de la préparation physique footballistique. Pour ensuite, grâce à cette boussole, savoir à tout moment où les joueurs se situent sur le chemin construit par balisage d'objectifs intermédiaires. Il y a peu, un joueur pouvait performer en optimisant une de ses qualités physiques telle que la vitesse ou l'endurance. Ce temps est révolu vu les intensités grandissantes de l'animation du jeu. Un joueur doit tout-à-la fois être vite, endurant et fort. Étant donné que c'est lors de moments de jeu d'une très haute intensité que se font la plupart du temps les différences collectives et individuelles, mon idée est que les qualités d'endurance et de force se combinent pour renforcer les modalités d'expression de la qualité de la vitesse footballistique. Ce choix stratégique, demandé par la nature complexe du football [1], m’appartient et, à ce titre, est discutable. Considérer que le football est un sport de vitesse n'est pas encore assez précis. Cette vitesse doit être maximale dans la mesure où plus elle est élevée, plus le joueur est capable, selon le principe « qui peut le plus, peut le moins », de varier la vitesse de ses mouvements pour s’adapter aux timings du jeu. Comme la configuration de cette vitesse footballistique est intermittente, ou par à-coups, le joueur doit être en mesure de la réitérer tout au long d'un match. Les captations des efforts de match [2] nous informent que les distances moyennes parcourues par joueur en vitesse maximale sont de 20m pour un total de 400m selon une réitération intensive maximale toutes les 45s. Ces observations m’ont conduit à définir L'OBJECTIF CARDINAL de mon entraînement physique footballistique [3] comme la capacité pour chaque joueur de réitérer 20 accélérations maximales de 20 mètres avec des pauses actives (léger footing) de 45s entre les répétitions. La décision d'activer ces pauses provient du fait que le jeu exige aujourd'hui que le joueur se replace le plus rapidement possible lorsqu’il est dans un moment de récupération. Tout comme Rome ne s'est pas construite en un jour, un joueur n'atteint pas du jour au lendemain le sommet footballistique. Pour parvenir véritablement à maturité, c'est-à-dire bénéficier d'un socle de compétences lui permettant semaine après semaine de répéter des performances correspondant à son talent, il doit franchir, sans précipitation, des étapes mentales, techniques, tactiques et physiques. Ces étapes s'inscrivent cumulativement dans des temps longs, comme une carrière, moyens, comme deux ou trois saisons, ou courts, comme une préparation de saison. Elles doivent respecter les lois naturelles d'évolution, tels les biologiques pour le développement physique ou celles de la maturation cognitive pour la compréhension tactique. À défaut, le grand risque est de manquer une étape, ce qui a pour conséquence que le bagage du joueur ne soit pas complet. En bref, qu'une ou des qualités physiques manquent de substance pour que le joueur atteigne pleinement l'OBJECTIF CARDINAL fixé. Pour s'en prémunir, le PPF segmente temporellement par l'outil de la planification son entraînement physique footballistique en thèmes d'entraînement incontournables. Cette segmentation est loin d'être facile. Elle illustre parfaitement le fait que souvent l'obstacle est le chemin, pour paraphraser Ryan Holiday [4]. Mais à son contraire, l'idée est de construire sur la réussite et non sur l'expérience de l'échec. Dans cette perspective, plus le chemin sera balisé, plus il sera simple à suivre. Son degré de balisage est fonction du talent du PPF. Plus il est capable d'identifier les causalités positives entre les effets des thèmes physiques d'entraînement et de les combiner sans interférences négatives, plus il est en mesure de baliser le chemin en objectifs intermédiaires. Cela concrétise ce que propose Georges Cazorla comme première tâche de la planification qui est de « déterminer avec le sportif les objectifs à long, moyen et court terme de façon à clairement savoir où aller et pouvoir déterminer comment y aller » [5]. Pour y aller, j’utilise l'acronyme managérial SMART (soit, si nécessaire, intelligent en anglais) afin de baliser dans le bon tempo, soit en fonction de leur âge biologique, le chemin physique footballistique. Selon SMART, un OBJECTIF CARDINAL est d’autant plus atteignable si les objectifs intermédiaires qui balisent le chemin pour l’atteindre remplissent les conditions cumulatives suivantes : - Spécifique, i.e. qu'il est personnalisé au joueur ou à l'équipe. Il doit être simple, clair, précis et facilement compréhensible. Par exemple, améliorer sa vitesse footballistique sur 20m, gagner en souplesse ou encore ne pas se blesser - Mesurable, i.e. qu'on peut le quantifier qualitativement et quantitativement, comme gagner 5 dixièmes de seconde sur 20m et réitérer 15x20m avec 45s de pause active. - Acceptable, i.e. qu'il doit être suffisamment ambitieux pour être un défi motivant. Un objectif trop difficile ou trop facile à atteindre selon les capacités d'un joueur n’est par définition pas motivant. - Réaliste, i.e. qu'il doit respecter le critère de la pertinence dont j’ai discuté par ailleurs et qui se traduit par adapté ou adéquat à la situation. - Temporel, i.e. que le joueur doit pouvoir l'atteindre dans un laps de temps défini pour passer à la réalisation de l'objectif intermédiaire suivant. Il est à noter ici que l'atteinte d'un objectif peut déclencher la poursuite de plusieurs objectifs intermédiaires. L’ensemble forme une constellation d'objectifs intermédiaires que l'on peut représenter, toutes proportions gardées, par un diagramme de PERT. Je préfère ce diagramme à celui plus couramment utilisé, le diagramme de GANTT, car il met en évidence les interdépendances mutuelles entre les objectifs intermédiaires. Cette représentation convient donc mieux à la nature complexe du football. Cependant, le diagramme de GANTT a le grand avantage d’illustrer l'ordonnancement temporel des objectifs intermédiaires, à l'exemple de mon gigacyle de la préparation physique footballistique. [1] Car selon Edgard Morin « Le problème de la complexité n’est pas de formuler des programmes que les esprits peuvent mettre dans leur ordinateur mental ; la complexité appelle la stratégie. Il n’y a que la stratégie pour s’avancer dans l’incertain et l’aléatoire. … La stratégie est l’art d’utiliser les informations qui surviennent dans l’action, de les intégrer, de formuler soudain des schémas d’action et d’être apte de rassembler le maximum de certitudes pour affronter l’incertain » cité par Jean-Louis Le Moigne, « La complexité appelle la stratégie ». Conférence dans « Sociétés interconnectées et interdépendantes : Réponses organisées et régulations spontanées face aux situations exceptionnelles », L’Ecole nationale des officiers de sapeurs-pompiers – en coopération avec l’IEP d’Aix-en-Provence, avril 2014. [2] Collectif sous la direction d’Alexandre Dellal, De l’entraînement à la performance en football, Editions De Boeck, 2008, pp. 3-45. [3] Par définition, on demande à l'entraînement physique footballistique d'atteindre des objectifs physiques. En ce qui me concerne, il a aussi pour objectif que les joueurs deviennent des experts d'eux-mêmes en comprenant comment ils fonctionnent physiquement. Ceci dans le but qu'ils deviennent autonomes dans le sens qu'ils savent ce qui est bon pour eux, c'est-à-dire qu'ils puissent gérer avantageusement les différentes interventions physiques auxquelles ils sont confrontées et qu'ils soient à même d'évaluer les compétences des PPFs qui s'occupent d'eux. [4] Ryan Holiday, L'obstacle est le chemin, Edition Alisio, 2018. [5] Georges Cazorla, Planification, Programmation et périodisation de l’entraînement, Editions Association pour la Recherche et l’Evaluation en activité physique et en sport, Cellule Recherche Fédération française de football, 2005.
- La question de la « réserve autonome de protection » dans la préparation physique footballistique
Le football impose aux joueurs une contradiction fondamentale. Il doit être capable de produire des actions à intensité maximale par des accélérations, des décélérations, des changements de direction, des sauts, des duels, des frappes tout en étant capable de répéter de façon de plus en plus saccadée ces actions du début à la fin d’un match. Il doit donc être capable de produire, mais également de répéter, de récupérer et surtout de conserver la qualité de sa gestuelle footballistique malgré la fatigue qui l‘envahit progressivement. La préparation physique footballistique se trouve précisément au cœur de cette tension. Car pour préparer le joueur aux contraintes footballistiques, il faut précisément le contraindre. Mais que se passe-t-il lorsque la contrainte d'entraînement devient elle-même une limitation de l'expression énergétique du joueur ? Le problème de la préparation physique footballistique n'est alors pas seulement de savoir comment développer les ressources énergétiques du joueur. Il est aussi de savoir comment faire pour que ce dernier puisse exprimer les ressources dont il dispose déjà. En effet, disposer d'une énergie potentielle ne signifie pas nécessairement pouvoir et savoir pleinement l'exprimer. Un joueur peut avoir les capacités musculaires, énergétiques et neuromusculaires nécessaires pour se déplacer plus vite, accélérer plus fort ou répéter davantage d'actions, tout en ne les exprimant pas pleinement. Tout simplement parce que son organisme n’utilise pas toutes ses ressources car il (se) protège par son cerveau dont la fonction est notamment de limiter toutes dépenses énergétiques pour assurer sa (sur)vie. Ce constat constitue le point de départ de la présente réflexion sur la « réserve autonome de protection ». L'enjeu réflexif n'est pas de savoir comment supprimer cette protection pour performer plus. Il est plutôt de comprendre comment la préparation physique footballistique augmente parfois mécaniquement cette protection afin de résoudre cette problématique. Autrement dit, plus le joueur apprend à produire un état où son expression énergétique est contrainte, plus il freine cette production. Cette pensée ne doit évidemment pas être comprise comme une loi physiologique établie. Elle constitue une hypothèse de réflexion permettant de questionner la qualité de la performativité de la préparation physique footballistique. Elle conduit à déplacer la question de savoir « comment faire pour produire davantage ? » en « comment permettre au joueur d'exprimer davantage ce qu'il possède déjà, avec moins de coûts donc sans augmenter inutilement ses mécanismes de protection ? » 1. Comprendre la « réserve autonome de protection » 1.1. La « réserve autonome de protection » selon Frans Bosch Dans son approche de la préparation physique intégrée, (Préparation physique, une approche intégrée de l'entraînement de force et de coordination, Editions Physiques performances, Lyon, 2018). Frans Bosch utilise la notion de « réserve autonome de protection » pour conceptualiser l'existence de mécanismes qui limitent l'expression maximale des capacités musculaires. Il rapporte notamment l'idée selon laquelle la contraction musculaire volontaire maximale ne permettrait pas de recruter la totalité des fibres musculaires disponibles. Son chiffre limite de 75 % doit cependant être manié avec prudence. Il ne constitue pas une constante physiologique universelle permettant d'affirmer qu'un joueur disposerait exactement de 25 % de force « cachée ». Il s'agit davantage d'un modèle permettant de penser les mécanismes de protection qui limitent l'expression maximale des capacités. La notion devient alors intéressante non pas pour sa valeur numérique, mais pour ce qu'elle permet de comprendre. L'organisme ne cherche pas systématiquement à exprimer tout ce dont il est capable. Il cherche à produire le minimum nécessaire pour préserver son intégrité. Autrement dit, l'absence d'expression d'une capacité ne signifie pas nécessairement une absence de capacité. Il peut exister une différence entre ce que le joueur possède, ce qu'il peut exprimer et ce qu'il accepte ou est capable d'exprimer dans une situation de jeu donnée. Cette différence est précisément le territoire de la préparation physique footballistique. 1.2. La « réserve autonome de protection » au sens large Sur la base de la définition de Frans Bosch, la notion de « réserve autonome de protection » au sens large désigne un mécanisme de régulation par lequel l’organisme limite l’expression de certaines de ses capacités physiques afin de préserver son intégrité en évitant de puiser dans ses ressources. Comme elle structure ainsi le fonctionnement d’un joueur, elle correspond à l’écart qui peut exister entre ce qu’il possède comme potentiel et ce qu’il est effectivement capable d’activer pour s’exprimer dans une situation donnée. Un joueur peut ainsi disposer des capacités musculaires, énergétiques et neuromusculaires nécessaires pour se déplacer plus vite, accélérer plus fortement ou répéter davantage d’actions, sans pour autant être en mesure d’exprimer ces capacités. En effet, l’organisme ne cherche pas en permanence à utiliser toutes les ressources dont il dispose. Il régule leur mobilisation en fonction des contraintes auxquelles il est soumis et de ses capacités d’expression. Cette régulation peut être considérée comme une forme de protection permettant de préserver les ressources et l’intégrité de son être. La « réserve autonome de protection » se situe donc entre la capacité potentielle d’expression du joueur et son expression réelle. Tous les joueurs possèdent un certain potentiel, mais ce potentiel ne leur est pas nécessairement entièrement accessible à chaque instant. Ce qu’ils peuvent exprimer dépend notamment de leur état de fatigue, de leur qualité de coordination, de leurs tensions musculaires, de leur organisation posturale, de leurs contraintes mécaniques, de leur perception de l’effort et des exigences de leur situation de jeu. Plus les conditions nécessaires à l’expression d’une capacité deviennent coûteuses, plus l’organisme peut avoir intérêt à limiter cette expression. Dans cette perspective, une protection ne constitue pas forcément un obstacle à la performance. Elle représente d’abord une fonction de régulation car l’organisme ne cherche pas à produire le maximum possible. Il existe donc une différence entre ce que le joueur possède, ce qu’il peut exprimer et ce qu’il exprime réellement dans une situation donnée. C’est précisément cet espace que permet d’interroger la notion de « réserve autonome de protection ». Si un joueur est placé régulièrement dans des situations où la fatigue, les tensions ou les contraintes mécaniques l’empêchent de conserver une gestuelle de qualité, il peut être amené à produire davantage d’effort pour obtenir une performance moindre. De fait, il se déplace avec davantage de tensions. Il accélère avec une coordination dégradée. Il répète les actions en perdant progressivement leur qualité. Dès lors, l’énergie dépensée augmente tandis que la performativité de l’expression de sa gestuelle footballistique diminue. Dans ce cas, le problème n’est pas nécessairement l’absence de ressources. Il réside dans le coût nécessaire pour les exprimer. Une action qui devient excessivement coûteuse conduit l’organisme à davantage se protéger. La « réserve autonome de protection » peut ainsi être envisagée comme une réponse aux conditions trop coûteuses d’une performance. Cette approche conduit à comprendre que l’objectif d’une préparation physique footballistique n’est pas de supprimer cette « réserve autonome de protection ». Il s’agit plutôt de réduire les situations qui engendrent cette protection. Si le joueur apprend à mieux coordonner ses mouvements, à réduire les contractions musculaires inutiles, à améliorer son équilibration, à mieux gérer ses appuis, à se relâcher et à récupérer performativement, ses actions deviennent moins coûteuses. L’organisme peut alors permettre une expression plus importante des capacités disponibles car il n’a pas besoin de faire appel à sa « réserve autonome de protection ». Celle-ci peut donc être définie « comme un espace de régulation entre le potentiel du joueur et son expression effective ». Elle ne représente pas une réserve fixe de capacités inexprimées, mais un mécanisme permettant à l’organisme d’adapter le niveau d’expression de ses ressources aux contraintes du moment. L’enjeu de la préparation physique footballistique n’est alors pas de vider cette réserve pour obtenir plus de capacités, mais de permettre au joueur d’exprimer progressivement une plus grande partie de ses capacités avec moins de coûts. Dans cette perspective, la performance footballistique ne dépend pas uniquement de la quantité de ressources dont dispose le joueur. Elle dépend également de la quantité de ses ressources qu’il est capable d’exprimer, de la qualité avec laquelle il peut les exprimer et de sa capacité à les conserver temporellement avec efficience. La « réserve autonome de protection » devient ainsi un concept permettant de réfléchir au passage entre capacité potentielle, capacité exprimable et performance réellement produite sur le terrain. 2. Quand la contrainte d'entraînement devient un frein à l'expression 2.1. La préparation physique footballistique est un problème d'expression La préparation physique footballistique actuelle est largement construite autour de l'idée de développement des qualités physiques, soit plus de force, de vitesse, d'endurance et de capacité à répéter les efforts. Cette logique n'est évidemment pas sans intérêt. Mais elle peut devenir insuffisante lorsqu'elle considère le joueur comme un ensemble de qualités physiques qu'il suffirait d'additionner. En effet, cette logique implique que plus on en fait, meilleur on est. Cela induit que l’on devrait toujours plus entraîner les joueurs pour performer. Il n’y a dès lors plus de limite. C’est ce qui explique, en riant tristement, que certains joueurs, au vu de leur entraînement physique pourraient absurdement enchaîner plusieurs matchs dans une journée tout en étant fatigués du début à la fin. Ce n’est pas ce que demande physiquement le football. Il demande d’être frais tout en étant capable de répéter des actions rapides le temps d’un seul match. Le football n'est pas une juxtaposition indépendante additionnelle de qualités. Un joueur ne se déplace jamais simplement « vite ». Il se déplace dans une direction, avec une intention, une posture, une équilibration, une perception de l'espace, une information à traiter et souvent un ballon à conduire, donc à maîtriser techniquement. La vitesse footballistique est alors une expression corporelle coordonnée. C'est précisément ce que montre et entraîne mon école de la vitesse footballistique (EVF). Optimiser la vitesse ne consiste pas uniquement à augmenter quantitativement la capacité d’un « moteur corporel », mais d’abord à supprimer les « freins à main » qui empêchent ce moteur de s'exprimer. L'objectif est alors de gagner de l'espace et du temps avec moins d'effort, notamment par une amélioration technico-coordinative de la gestuelle footballistique. La performance ne consiste alors pas seulement à produire davantage d'énergie. Elle consiste déjà à ne pas gaspiller celle qui est déjà disponible. C'est ici que la notion d'efficience devient essentielle. 2.2. La préparation physique footballistique qui empêche le joueur d'exprimer son énergie Il y a une problématique qui me paraît insuffisamment interrogée dans la préparation physique footballistique. Est-ce que ce n’est pas parfois cette dernière qui empêche le joueur d'exprimer son énergie ? La question peut sembler paradoxale. Nous entraînons précisément le joueur pour qu'il puisse produire davantage. Pourtant, certains contenus d'entraînement imposent une accumulation de fatigue métabolique, neuromusculaire et perceptive telle que le joueur ne peut plus exprimer la qualité de mouvement recherchée. Il continue de s’entraîner mais il ne peut plus réellement s'exprimer par « manque de cœur à l’ouvrage ». Il se déplace, mais il ne se déplace plus de la même qualité. Il accélère mais il ne peut plus accélérer avec la même amplitude, la même coordination ou le même relâchement. Il produit un effort mais cet effort devient progressivement un effort de compensation. La quantité d'énergie dépensée alors augmente tandis que la qualité de son expression diminue. Nous sommes ainsi devant un paradoxe. Le joueur dépense davantage mais exprime moins. Si cette situation devient une caractéristique répétée de l'entraînement physique footballistique, une nouvelle question apparaît « l'organisme ne va-t-il pas avoir intérêt à augmenter sa protection face à une situation qu'il considère comme systématiquement trop coûteuse ou délétère ? ». C'est ici que je propose de mettre en relation l'expression énergétique et la « réserve autonome de protection ». Lorsque l'expression énergétique est libérée, c’est-à-dire coordonnée et maîtrisée élégamment, le coût de la performance physique footballistique diminue. Lorsque cette expression est constamment empêchée par la fatigue, les tensions, les déséquilibres ou une mauvaise coordination, ce coût augmente. Or plus ce coût augmente, plus le « sentiment de devoir avoir recours » à ce mécanisme de protection peut devenir prégnant, respectivement urgent. La préparation physique footballistique ne consiste donc pas à développer plus d'énergie, elle doit d’abord contribuer à rendre l’utilisation de cette énergie plus fluide pour qu’elle coûte moins tout en rapportant plus. 2.3. Le paradoxe énergétique de la préparation physique footballistique La préparation physique footballistique cherche traditionnellement à augmenter la tolérance à l'effort. Mais il existe une différence fondamentale entre tolérer une contrainte et être capable de s'exprimer sous cette contrainte. Un joueur peut être capable de supporter une séance extrêmement difficile sans pour autant avoir développé sa capacité à produire une vitesse footballistique de qualité. Il peut avoir appris à supporter la fatigue, mais a-t-il appris à mieux se déplacer ? Il peut avoir appris à tolérer l'acidose, mais a-t-il appris à récupérer plus rapidement ? Il peut avoir appris à poursuivre l'effort malgré la fatigue, mais a-t-il appris à conserver sa coordination ? C'est toute la différence entre entraîner la méforme et entraîner la forme. De fait, une préparation physique footballistique peut produire beaucoup de fatigue sans produire proportionnellement beaucoup de progression. Elle peut même, en cas de malfaçon, conduire le joueur à développer des stratégies de protection pour sauver ce qui peut encore l’être. Dans ce cadre, Jean-Pierre Egger a proposé une affirmation particulièrement stimulante, à savoir que « Dans la surcharge, on ne déplace pas ses limites, on les dépasse ». Cette affirmation m’a permis, en la discutant critiquement, d’introduire une autre conception pour l’entraînement footballistique, c’est-à-dire « les limites sont indépassables parce qu'on peut les déplacer ». Ces deux formulations correspondent à deux philosophies de l'entraînement physique. La première induit que le joueur a atteint l’absolu de ses capacités physiques que l’on essaie encore de bonifier en les dépassant. La seconde considère sa limite comme une frontière mobile parce que le joueur n’a pas atteint sa pleine capacité. De fait, l’entraînement physique footballistique vise ici à déplacer les limites actuelles des joueurs pour qu’elles se rapprochent des valeurs de leurs limites absolues. Le préparateur physique footballistique (PPF) n'a donc pas nécessairement pour mission de convaincre le joueur de dépasser sa limite. Il doit d'abord chercher à lui permettre d'atteindre réellement le niveau d'expression physique dont il est capable. Cette nuance est considérable. Elle conduit à passer du dépassement à l'expression. De la souffrance à l'adaptation. De la surcharge à la précision et surtout de la recherche de ressources supplémentaires par une approche quantitative à la libération des ressources déjà présentes par une approche qualitative de l’entraînement physique footballistique. 2.4. L'énergie empêchée devient-elle une énergie protégée ? Cette question constitue le cœur de ma réflexion. Imaginons un joueur qui dispose d'une capacité énergétique importante, mais il souffre de « forcite » et de « précipitationnite », c’est-à-dire qui possède des tensions musculaires inutiles, une mauvaise organisation posturale, une coordination désordonnée, une précipitation dans ses appuis par une surfréquence et une amplitude de foulée limitée, une mauvaise dissociation entre le haut et le bas du corps, une fatigue accumulée et une perception excessive du coût de l'effort. Son énergie existe. Mais son expression est empêchée. Le joueur doit alors produire avec davantage de charges internes que ce qu’une gestuelle footballistique demanderait. Pire, il est susceptible de dépenser plus pour un résultat moindre. C'est exactement l'inverse de l'efficience. Dans cette perspective, l'augmentation de la « réserve de protection » n’est pas nécessairement la conséquence d'une diminution des capacités. Elle peut être pensée comme la conséquence d'une augmentation du coût nécessaire pour les exprimer. Plus une action devient coûteuse, plus il devient sagace pour un organisme de ne pas exprimer inutilement toutes les ressources disponibles. Cela permet de formuler une hypothèse simple. L'énergie que le joueur ne peut pas exprimer performativement devient, en quelque sorte, une énergie qu'il protège. La « réserve autonome de protection » n’est donc pas seulement à considérer comme un frein qui est mobilisé lorsque les stimuli sont « au-dessus » des capacités de performance du joueur. Elle peut également être interrogée à partir des conditions qui rendent la performance coûteuse. 2.5. Le paradoxe de la préparation physique qui engendre plus de fatigue mais exprime moins Dans le cadre du modèle de surcompensation, la surcharge demeure évidemment nécessaire à l'entraînement. Mais la surcharge ne signifie pas nécessairement une fatigue maximale. De plus, deux séances peuvent présenter une charge externe objectivement comparable et demander aux joueurs des charges internes très différentes. Inversement, une séance relativement courte peut produire une adaptation importante si elle est suffisamment précise, spécifique et qualitativement exigeante. En rejoignant Paracelse, pour qui « le poison est dans le dosage », le problème devient alors celui du dosage. Pour performer… quelle quantité de contrainte est nécessaire ? Quelle quantité est inutile ? À partir de quel moment la fatigue empêche-t-elle précisément la qualité que l'on cherche à développer ? À partir de quel moment le joueur ne développe-t-il plus sa capacité à s'exprimer, mais sa capacité à composer avec son impossibilité de s'exprimer ? Cette dernière question mérite d'être posée. Car entraîner régulièrement un joueur dans un état où il ne peut plus se déplacer correctement, se coordonner correctement ou produire correctement peut avoir pour conséquence de normaliser cette expression dégradée. On entraîne donc sa fatigue alors que celle-ci n’est pas une qualité physique. Le joueur apprend alors à performer avec des freins. Or l'objectif d’une préparation physique footballistique efficiente est exactement inverse. Elle doit apprendre au joueur à supprimer ses freins. 2.6. Entraîner la forme plutôt que la méforme Je l’ai déjà écrit ci-dessus. Une séance extrêmement difficile n'est pas nécessairement une séance extrêmement productive. Elle peut provoquer une fatigue importante, des douleurs musculaires, une baisse de disponibilité, une altération de la coordination, une diminution de la vitesse, une diminution de la qualité technique et une récupération prolongée. Mais aucun de ces éléments ne constitue en lui-même une preuve d'adaptation physique positive. Le sentiment d'avoir « beaucoup travaillé » ne peut donc pas être utilisé comme indicateur de performativité. La question doit être différente… Qu'est-ce que le joueur fait de mieux, une fois l'adaptation réalisée ? S'il peut se déplacer plus vite, mieux se coordonner, mieux répéter ses actions, mieux récupérer et conserver davantage de qualité, alors la fatigue engagée avait un sens. Mais si cette fatigue empêche surtout l'expression de ces qualités, il faut interroger la sagacité de cette dépense. La fatigue n'est pas la finalité. L'adaptation l'est. 3. Libérer l'expression énergétique par l'efficience 3.1. De l'énergie chimique à l'énergie mécanique C'est ici que mon école de la vitesse footballistique (EVF) a l’ambition d’apporter une plus-value pour l’entraînement physique footballistique. Son objectif d'optimisation de la vitesse footballistique n'est pas simplement de demander au joueur de produire plus. Il consiste à rechercher les conditions permettant à son énergie d'être utilisée plus performativement par et dans sa gestuelle footballistique. La technique de déplacement devient alors un problème énergétique. Une mauvaise organisation corporelle peut provoquer des (co)contractions inutiles. Une mauvaise posture peut limiter l'amplitude corporelle. Une mauvaise coordination peut (dé)multiplier les corrections. Une précipitation peut interrompre le développement naturel de la foulée. Un déséquilibre peut obliger le joueur à utiliser ses bras ou d'autres segments pour se rééquilibrer. Le joueur dépense alors de l'énergie pour corriger ce qu'il vient lui-même de créer pour pouvoir simplement jouer. Le tout représente des dépenses énergétiques improductives. Le joueur utilise son énergie non pas d’abord pour performer mais pour être en mesure ensuite de performer. Produire une gestuelle footballistique lui coûte donc plus. L'EVF cherche au contraire à supprimer ces « freins à main et/ou blocages ». L'alignement épaule-bassin-pied, la dissociation du haut et du bas du corps, la qualité des appuis, l'harmonisation corporelle, le relâchement, la coordination et l’équilibration corporelle participent ainsi d'une même intention qui est de libérer l'énergie mécanique de la vitesse. Le joueur devient plus vite, car il devient capable de mieux utiliser son énergie, respectivement ses capacités physiques. 3.2. Le relâchement est la première condition de l'expression footballistique Il existe dans le football une curieuse confusion entre effort et contraction. Comme si produire plus nécessitait nécessairement de contracter davantage en forçant le mouvement par « forcite ». Or l'un des principes de l'EVF est précisément de rechercher le relâchement. Pourquoi ? Parce qu'un mouvement performant ne consiste pas à contracter tout ce qui peut l'être. Il consiste à contracter ce qui est nécessaire, au moment nécessaire, avec la bonne intensité et dans la bonne direction. Le reste doit se relâcher, sinon le risque est de gripper le tout. Le relâchement n'est donc pas l'absence d'engagement. Il est une condition de l'engagement efficient. C'est pourquoi le joueur qui cherche à aller vite en forçant gaillardement sa gestuelle footballistique va paradoxalement aller moins vite. Il dépense davantage. Il se rigidifie. Il raccourcit son mouvement. Il perd sa capacité d'adaptation. Il augmente ses corrections. Il produit finalement plus d'efforts pour moins de vitesse. L'énergie est bien là mais elle est mal canalisée donc très mal utilisée. 3.3. Le cerveau comme régulateur de l'expression footballistique Le problème ne peut cependant pas être réduit à la mécanique corporelle. Le joueur est un système perceptif, cognitif, émotionnel et moteur. Son cerveau régule en permanence sa gestuelle footballistique. Dès lors, il n’aime pas nécessairement que l'on remette en question son organisation motrice devenue habituelle. C'est pourquoi les exercices visant à modifier la gestuelle footballistique peuvent être vécus comme une véritable agression inconsciente d’un fonctionnement corporel. Dans ce cadre, le joueur « sent et/ou perçoit » souvent les défauts moteurs de son schéma corporel comme la normalité. Il ne ressent donc pas nécessairement ses limitations comme des limitations. Son cerveau l’a conditionné à croire que sa gestuelle footballistique est juste, car sans blocage, alors qu’elle ne correspond pas à la qualité footballistique demandée. Il ressent simplement « sa manière de se déplacer ». L'apprentissage consiste alors à lui permettre de découvrir une autre possibilité de mouvement. C'est ici que le ressenti encadré par la technique devient essentiel. La vitesse n'est pas uniquement une donnée chronométrique. Elle est aussi une sensation technique de projection, de relâchement, d'équilibre, de facilité et d'aller vite sans forcer. Cette sensation doit être vécue pour être corrigée. Cette dimension rejoint directement la problématique de l'expression énergétique. Car avant de produire davantage, le joueur doit apprendre à son corps, et que celui-ci l’autorise, à produire autrement par correction. 3.4. La vitesse footballistique comme apprentissage de la facilité Le statut de la vitesse footballistique peut alors être réévalué. Elle n'est pas uniquement une capacité à produire une combinaison pertinente de fréquence ainsi que d’amplitude. Elle est aussi la manifestation d'une coordination suffisamment maîtrisée et établie pour permettre au joueur d'agir rapidement sans mobiliser inutilement des ressources inutiles. Dans cette perspective, vite et efficient sont la face et le pile d’une même pièce. En conséquence, l'objectif premier n'est pas d'augmenter la puissance du moteur. Il consiste à réduire les résistances internes qui empêchent ce moteur de bien, ou mieux, fonctionner. À cette fin, mon EVF cherche à faire gagner, avec moins d'effort, de l'espace et du temps lors des premiers appuis. Le joueur doit pouvoir parcourir davantage de distance pour un même temps de réalisation, tout en mobilisant moins d'énergie chimique et mécanique. Cela signifie que l'amélioration de la performance peut provenir de deux directions qui sont d’augmenter la capacité ou de réduire ce qui empêche son expression. La seconde voie est trop souvent sous-estimée. 3.5. La récupération comme condition d'expression énergétique La présente réflexion conduit naturellement à discuter du statut de la récupération de l’entraînement physique footballistique. Récupérer ne signifie pas simplement « ne plus être fatigué ». Cela signifie retrouver la capacité alacrite à s'exprimer. Le joueur doit pouvoir produire une action maximale, récupérer, reproduire l'action, conserver sa coordination, maintenir sa vitesse, préserver sa précision technique et rester disponible cognitivement. La récupération devient ainsi une composante de la performance. Un joueur qui récupère mal n'est pas seulement un joueur fatigué. C'est un joueur dont la capacité d'expression est progressivement réduite. Il dispose toujours de ses qualités mais elles deviennent de moins en moins accessibles. La préparation physique footballistique doit donc chercher à réduire la vitesse à laquelle le joueur perd son expression de qualité et augmenter la vitesse à laquelle il la retrouve par un véritable entraînement de la récupération et de ses facultés de récupération inter-effort. 3.6. La coordination comme libération énergétique C'est ici que mon EVF rejoint substantiellement la conception intégrée de la Chose de Frans Bosch. La force, la vitesse et l’endurance ne sont pas des qualités complètement indépendantes. Elles ont un socle commun qui est la coordination. Une meilleure coordination permet de réduire les contractions inutiles. Une meilleure coordination intermusculaire permet de limiter les résistances internes. Une meilleure organisation posturale permet de mieux transmettre les forces. Une meilleure maîtrise les déséquilibres footballistiques permet de produire de la vitesse avec moins de dépenses inutiles. Une coordination intermusculaire de qualité, ou synergisme, devient ainsi un véritable mécanisme d'économie énergétique en réduisant la fatigue par plus de facilité. Mais il ne faut pas comprendre cette économie comme une réduction de l'engagement. Économiser n'est pas faire moins. C'est ne pas dépenser inutilement ce qui pourrait être consacré à la performance. 3.7. Le joueur expert produit davantage en utilisant moins La progression d’un joueur ne doit donc pas être pensée uniquement comme une augmentation potentielle de ses capacités. Elle peut également être pensée comme une augmentation de la quantité de capacité qu'il peut exprimer. Le joueur novice dépense beaucoup pour produire peu. Le joueur entraîné produit davantage pour un coût équivalent, voire moindre. Le joueur expert peut produire une performance élevée tout en conservant une réserve énergétique importante. C'est probablement là que réside une partie essentielle de l'excellence. L'excellence ne consiste donc pas nécessairement à utiliser davantage de ressources. Elle peut consister à produire davantage en utilisant moins. L’expert n'est donc pas forcément celui qui dépense le plus. Il est celui qui sait le mieux transformer ses ressources en performance. 4. Vers une préparation physique footballistique de l'expression et de « l'excellence de soi » 4.1. Réduire ou rendre moins nécessaire la « réserve autonome de protection » ? Comme je l’ai déjà suggéré ci-avant, il est tentant de déduire de « la réserve autonome de protection » des joueurs que la préparation physique footballistique doit chercher, pour augmenter leur performativité, à « la réduire ». C’est pourtant une erreur. Une réserve de protection a précisément une fonction de protection. La supprimer serait malvenue pour l’intégrité des joueurs. L’objectif d’une préparation physique footballistique est donc plutôt de savoir « comment faire pour qu’un organisme ait moins souvent besoin de protéger ses ressources ? » Cette nuance change complètement la conception de l'entraînement physique footballistique. Si le joueur apprend à mieux coordonner sa gestuelle footballistique, il réduit ses dépenses inutiles, récupère mieux, gère mieux ses déséquilibres et produit avec moins de tension, alors certaines situations peuvent devenir moins coûteuses. L'organisme n'a alors plus besoin de mobiliser le même niveau de protection. Il ne s'agit donc pas de rendre inutile une « réserve autonome de protection ». Il s'agit de déplacer les conditions dans lesquelles elle devient nécessaire. C'est précisément la logique de l'adaptation footballistique que je défends dans l’entraînement physique footballistique, à savoir que la limite absolue n'est pas nécessairement la Chose à dépasser. En effet, avant de pouvoir la franchir, il s’agit progressivement de déplacer les limites actuelles des joueurs pour qu’elles deviennent in fine de vraies limites. Autrement dit, qu’ils utilisent pleinement leurs capacités. 4.2. La préparation physique footballistique comme gestion du capital énergétique Le joueur possède un capital fonctionnel constitué de ressources énergétiques, neuromusculaires, coordinatives, attentionnelles, émotionnelles, mécaniques et récupératives. Chaque séance prélève une partie de ce capital. Mais une séance bien conçue ne cherche pas nécessairement à en prélever le maximum. Elle cherche à investir la quantité de ressources nécessaire pour produire l'adaptation recherchée. On peut ainsi proposer que la charge utile « c’est l’adaptation recherchée divisée par le coût physiologique et fonctionnel accepté ». Il ne s'agit évidemment pas d'une équation mathématique au sens strict. Il s'agit d'un principe de raisonnement. La préparation physique footballistique devient alors une science de l'allocation des ressources qui doit prendre en considération une donnée essentielle. L'énergie qui est dépensée inutilement ne peut plus être utilisée pour exprimer son football. 4.3. De la surcharge à la « juste charge » La surcharge est fixée en fonction de la question « quelle contrainte supplémentaire puis-je imposer ? » La juste charge répond à une question différente « quelle contrainte supplémentaire est nécessaire aujourd'hui pour produire l'adaptation recherchée sans compromettre les performances présentes et futures ? « La première logique valorise principalement la perturbation. La seconde valorise la juste relation entre perturbation et adaptation. Mais ce juste ne signifie pas que l'entraînement physique footballistique est facile. Bien au contraire, l’idée est de rendre la difficulté facile, ce qui est bien difficile. Un entraînement efficient peut être extrêmement exigeant, dans le sens qu’il est productif. Il nous faut donc distinguer dans l’entraînement physique footballistique l'intensité utile, l'intensité inutile, la fatigue nécessaire, la fatigue résiduelle, le stress adaptatif, le stress perturbateur, l'expression et l'empêchement énergétiques. Cette dernière distinction me semble particulièrement sagace. Car il existe une différence entre demander au joueur d'utiliser ses ressources et le placer dans des conditions où il ne peut pas les utiliser correctement. 4.4. Atteindre ses limites absolues plutôt que les dépasser Au risque de me répéter, dans le football, le PPF n'a pas nécessairement pour mission de demander au joueur de dépasser sa limite absolue. Il doit d'abord l'aider à s’en rapprocher en atteignant ce qu'il est réellement capable de faire. Cette différence change profondément le contenu de l'entraînement physique footballistique. Si je considère que le joueur est à 100 % lorsqu'il a la sensation d'être à 100 %, je peux chercher à lui imposer davantage de contraintes pour qu'il dépasse cette sensation. Si je considère au contraire qu’il est à 60% de ses capacités alors que sa sensation est d’être à 100 %, alors mon travail de PPF consiste à l'aider à rapprocher progressivement ces deux pourcentages. Il ne s'agit plus de lui demander « peux-tu encore faire ? » mais « peux-tu encore mieux t'exprimer ? » Cette question est beaucoup plus footballistique. 4.5. Une préparation physique footballistique de l'expression plutôt que de la charge La préparation physique footballistique peut alors être redéfinie. Elle n’est plus seulement l'ensemble des processus destinés à développer les qualités physiques du joueur. Elle est « l'ensemble des processus permettant au joueur d'exprimer, de répéter et de récupérer des actions footballistiques de haute qualité sous contraintes, tout en réduisant progressivement les coûts énergétiques, mécaniques, neuromusculaires et émotionnels nécessaires à leur réalisation ». Cette définition introduit une notion nouvelle qui est l'expression. La performance physique footballistique n'est pas seulement une capacité. Elle est une capacité exprimée. Entre les deux existent tout un ensemble de mécanismes de régulation, de coordination, de protection, de perception et d'apprentissage. La préparation physique footballistique doit donc travailler sur, dans et par cet espace d’expression. 4.6. Vers une préparation physique de « l'excellence de soi » L'excellence n'est alors pas nécessairement le dépassement permanent de soi. Elle peut être comprise comme la capacité à devenir progressivement davantage ce que l'on est, ou capable d'être. Le footballeur devient alors un artisan de sa propre performance. Il ne cherche pas à se casser pour se reconstruire. Il cherche à se construire continuellement avec l’aide maïeutique de son PPF. Il affine son geste. Il développe sa cohérence d’action. Il améliore sa coordination. Il apprend à mieux utiliser ses ressources. Il devient progressivement capable de faire facilement ce qui lui demandait difficilement auparavant beaucoup d'efforts. Mais cela ne signifie pas que le joueur doit être robotisé dans un geste idéal. Il doit découvrir sa propre manière efficiente d’exprimer sa vitesse, en respectant sa personnalité morphologique, physiologique et émotionnelle. Il ne s'agit donc pas de standardiser. Il s'agit de libérer par des invariants permettant d’explorer toute la variance gestuelle footballistique. 4.7. Un modèle footballistique de la « réserve autonome de protection » À partir de cette réflexion, je propose de considérer cinq niveaux footballistiques de la « réserve autonome de protection ». Niveau 1. La capacité potentielle ou ce que le joueur peut théoriquement produire dans des conditions optimales. Niveau 2. La capacité protégée ou ce que l'organisme choisit de ne pas exprimer afin de préserver son intégrité. Niveau 3. La capacité exprimable ou ce que le joueur est réellement capable de produire volontairement dans une situation donnée. Niveau 4. La capacité footballistique ou la part de cette capacité qui peut être exprimée avec précision dans les contraintes du jeu. Niveau 5. La capacité répétable ou la part de la performance qui peut être reproduite après récupération partielle et sur la durée du match. Il convient toutefois d'ajouter une relation transversale entre ces niveaux. Plus le coût nécessaire à l'expression augmente, plus un intérêt pour de la protection peut augmenter. À l'inverse, plus l'expression devient coordonnée, efficiente et économiquement maîtrisée, moins le besoin de cette protection se fait sentir. Ce modèle permet de comprendre pourquoi le développement de la performance ne consiste pas nécessairement à augmenter uniquement une capacité potentielle. Il consiste surtout à augmenter la part de cette capacité qui peut être exprimée sans coût inutile. 4.8. Réduire la réserve ou réduire le besoin de cette réserve ? La question initiale peut alors être reformulée. Il ne s'agit plus de savoir « comment réduire la réserve autonome de protection ? » mais « comment réduire les situations qui rendent nécessaire cette protection ? ». Cette formulation est beaucoup plus intéressante. Elle oblige le PPF à regarder les causes potentielles de l'empêchement de la production d’une gestuelle footballistique performante, qui peuvent être une mauvaise coordination, une fatigue excessive, un déficit de récupération, des tensions inutiles, des contraintes mécaniques mal réparties, une mauvaise organisation posturale, de la précipitation, une mauvaise gestion des appuis, un déficit d'apprentissage moteur, une surcharge énergétique ou encore un stress perceptif ou émotionnel. La préparation physique footballistique devient alors un travail de désentravement. Il ne s'agit plus seulement d'ajouter. Le PPF doit aussi enlever l’excessif, c’est-à-dire enlever les tensions et les dépenses inutiles, les compensations et les contraintes qui empêchent l'expression. L’idée est d’en faire moins pour permettre de faire davantage selon le principe « Less is more ». Conclusion La « réserve autonome de protection » ne doit pas être comprise comme une quantité fixe d’énergie cachée que l'entraînement physique footballistique permettrait mécaniquement de libérer. Elle constitue plutôt une notion permettant de réfléchir à l'écart entre la capacité potentielle d'un joueur et ce qu'il est réellement capable d'exprimer sur un terrain. Dans cette perspective, une des problématiques majeures que la préparation physique footballistique doit résoudre sont les empêchements que le joueur subit pour exprimer son énergie. Ces empêchements peuvent être énergétique, mécanique, neuromusculaire, coordinatif, perceptif ou émotionnel. Lorsqu'un de ceux-ci devient chronique, il contribue à rendre la performance physique footballistique plus coûteuse. Or plus la performance devient coûteuse, plus l'organisme peut avoir intérêt à protéger ses ressources. C'est ici que se situe, selon moi, le paradoxe. Une préparation physique footballistique qui cherche systématiquement à faire dépenser davantage contribue trop souvent à rendre l'expression énergétique plus difficile. Il ne faut évidemment pas en déduire que la fatigue est à exclure ou que toute surcharge est néfaste. La perturbation est nécessaire à l'adaptation. Mais la fatigue n'est pas l'objectif. L'objectif est l'adaptation. Dans ce cadre, l'adaptation n'est pas seulement la capacité à supporter davantage. Elle est aussi dans la capacité à exprimer davantage. C'est pourquoi la préparation physique footballistique doit moins chercher à demander « jusqu'où peux-tu aller ? » et davantage « jusqu'où peux-tu t'exprimer, à quelle qualité, combien de fois et avec quel coût ? » Cette question change le regard porté sur l'entraînement physique footballistique. Elle fait passer de la surcharge à la juste charge. De la fatigue à l'adaptation. De la capacité à l'expression. De l'expression à l'efficience et finalement de l'effort à l'excellence. Le joueur performant n'est donc pas nécessairement celui qui tolère le plus de fatigue. Il peut être celui qui conserve le plus longtemps une expression de haute qualité de ses capacités malgré les contraintes footballistiques. La préparation physique footballistique devient alors un travail de libération. Elle consiste à libérer la gestuelle footballistique et, par ce chemin, le talent footballistique du joueur, en libérant son énergie par la coordination. Elle consiste donc d’abord à libérer le joueur de ce qui l'empêche d'être pleinement lui-même dans sa performance. C'est certainement cela, finalement, entraîner « l'excellence de soi ». Cela n’est pas de demander au joueur de dépasser ce qu'il est, mais de lui permettre progressivement d'exprimer ce qu'il est réellement capable d’être footballistiquement.
- L'efficience de l'entraînement physique footballistique
Pour qu’un entraînement soit performant, il doit être efficient. Dans un domaine qui se caractérise par un manque de temps d'entraînement, il s'agit de s’interroger sur la manière de réduire au maximum les coûts physiques tout en maintenant, voire en développant, la performativité des joueurs. Répondre à cette question nécessite d’identifier en premier lieu les différents coûts de l'entraînement physique footballistique, puis de discuter des moyens et des mesures permettant de les réduire. La prise en compte de la composante physique dans le football a connu une évolution très importante au cours des trente dernières années. Cette évolution découle du constat, au début des années 1990, que des entraînements structurés permettaient des progrès physiques significatifs des joueurs. Mais aussi parce qu’il a fallu trouver les moyens pour rendre les joueurs plus aptes à répondre à la multiplication des matchs. Ces tendances vers une densité et une intensité accrues de la compétition footballistique ne vont pas s’atténuer. Par ricochet, cela demande de préserver, voire d’étendre, les temps de récupération/régénération des joueurs, ce qui réduit leurs temps de préparation et/ou de formation déjà bien ténus. Pour pouvoir, malgré tout, marier l'ensemble et rendre les joueurs performants, il devient alors évident que tout entraînement physique footballistique doit être aujourd’hui le plus efficient possible. Dans le champ d’action et d’intervention du PPF, cette efficience doit se comprendre « comme une maximisation des effets d’un stimulus dans un minimum de temps ». Cela implique de calibrer au plus juste les charges physiques en fonction des capacités d'adaptation aiguës ou chroniques des joueurs, selon le principe du « ni trop, ni trop peu ». Pour obtenir cette maximisation, trois aspects d’efficience me semblent à discuter. Premièrement, l'efficience thématique : à quel moment et selon quel enchaînement faut-il faire réaliser aux joueurs ce qu'ils doivent faire ? Deuxièmement, l'efficience énergétique : comment développer et préserver l'énergie des joueurs avec le minimum de stimuli ? Troisièmement, l'efficience fonctionnelle : comment maximiser techniquement la gestuelle des joueurs, sachant que plus sa qualité est élevée, plus les exercices effectués auront un rendement énergétique élevé. L’efficience thématique Le respect de l’efficience thématique implique l’idée de chasser le superflu des contenus d’entraînement pour se concentrer sur l’essentiel. La complexité footballistique a pour conséquence que ses différentes thématiques d’entraînements physiques peuvent être contradictoires, limitant ainsi les adaptations positives cherchées par l’entraînement. Identifier ces limitations pour les exclure par un ordonnancement thématique est l’une des problématiques que le PPF doit résoudre pour rendre son entraînement physique footballistique plus efficient. Cette efficience thématique est réalisée lorsque les moments, les situations et les exercices des entraînements sont agencés de manière à générer un cercle vertueux centrifuge de progression, c'est-à-dire qui augmente de plus en plus les capacités physiques des joueurs. L'identification des thématiques d’entraînement et leur agencement dans le temps sont fortement influencés par l'option stratégique d’entraînement physique footballistique du PPF. Comme mentionné lors de la discussion sur l'efficacité de son entraînement physique footballistique, ce sont les différents outils de la planification qui vont aider le PPF à programmer, ou à organiser dans le temps, les thématiques physiques à entraîner. Ce qui est valable pour l’inter-entraînement l’est aussi pour l’infra-entraînement, dans le sens où chaque entraînement doit faire l'objet d'une réflexion thématique combinatoire [1] afin de pouvoir marier positivement, ici dans le sens d’un moindre coût, différents exercices d'entraînement. L’efficience énergétique Si les thématiques d’entraînement sont connues, encore faut-il savoir en calibrer les charges, selon la citation de l’alchimiste et médecin suisse Théophraste Bombast von Hohenheim, dit Paracelse, «Tout est poison et rien n’est sans poison ; la dose seule fait que quelque chose n’est pas poison». Dans cet esprit, l'efficience énergétique vise à obtenir le maximum d'effets avec le minimum de stimuli. Ce réglage au minimum pour obtenir le maximum suppose que le PPF connais les réels efforts générés par ses interventions. Pour calibrer un exercice en termes de coûts énergétiques, le PPF doit prendre en considération le temps de récupération de chaque exercice. Il est bien connu que certains exercices sont plus traumatisants et demandent donc plus de temps de récupération que d'autres, comme c’est le cas des stimulations excentriques. Outre les effets très variables des exercices, la sensibilité individuelle des joueurs à la récupération est à prendre en compte. Les joueurs récupèrent très différemment des exercices selon leur état de forme, leur physiologie, leur morphologie, leur hygiène de vie, la météo, s’ils ont gagné ou perdu le dernier match, etc. La problématique s’amplifie lorsque l’on sait qu’un exercice peut avoir des effets très différenciés sur chaque système du corps – musculaire, squelettique, fascia, nerveux – d’un même joueur. Le spectre de cette variabilité d’adaptation à l’effort augmente encore si l’on considère qu’un joueur n’est déjà plus la personne d'hier, qu’il est celle de ce moment présent, mais pas encore celle de demain. Pour maitriser cette variabilité, je propose que le PPF entraîne selon une planification ondulatoire, afin que le volume et l’intensité des exercices correspondent à l’état de forme du moment du joueur [2]. Pour planifier ondulairement, le PPF peut faire appel au concept de charge interne et externe, qui a émergé au début des années 1990 à l’instigation, sauf erreur de ma part, de Georges Gacon [3]. Repris depuis lors par tous, ce concept permet de différencier les charges objectives subies par les joueurs (charges externes) des effets physiologiques individuellement ressentis et effectivement subis par les joueurs pendant l'exercice (charges internes). En tenant compte de cette charge interne, le PPF peut individualiser en ajustant au plus près des possibilités des joueurs, donc avec efficience énergétique, les charges d’entraînement. L’efficience fonctionnelle L'efficience fonctionnelle se réfère au niveau de la qualité d’exécution technique de mouvements, puisque plus cette qualité sera élevée, plus cela augmentera par fluidité et économie gestuelles le rendement énergétique des joueurs. Cela demande que le PPF comprenne la biomécanique, c’est-à-dire le design de la gestuelle footballistique ainsi que tous ses facteurs limitants à éliminer. Les résultats de ces analyses, que j’effectue par l'outil de la posturologie, doivent être mis en relation avec les profils des joueurs afin d’identifier ce qui est le mieux pour chacun d’eux pour pourvoir les corriger par école de la vitesse footballistique ou école d’appui. Si on s’accorde sur le fait que le développement du taux de montée de la puissance musculaire par des séances spécifiques de musculation est profitable au footballeur, il est encore nécessaire de savoir, en termes d’exécution technique, selon quel mouvement, à quel degré d’angulation, avec quelle charge, à quel moment, selon quelle méthode. Par exemple, le squat est-il suffisamment fonctionnel pour que le joueur en tire des bénéfices pour performer dans le football ? Pas forcément, sachant que depuis tout jeunes, les footballeurs développent naturellement, par et dans le jeu, leur force en accélérant et en freinant par activation de leurs cuisses. En conséquence, si un joueur rencontre des problèmes de force dans ses membres inférieurs, c’est plutôt dans son impossibilité de l’exprimer. Pour remédier à cela, il s’agit de l’harmoniser corporellement par amélioration de son niveau de biotenségrité afin de le libérer de ses tensions de contraction. Dans cette logique, proposer des squats aux joueurs peut même être péjorant parce qu'ils sont susceptibles de renforcer leurs déséquilibres musculaires, ce qui génère des limitations fonctionnelles. Dans la même réflexion, je me permets de souligner, l’inutilité des développés-couchés parce qu’ils ne servent à rien dans le football sauf éventuellement à gagner quelques mètres lors des touches. Le choix des exercices à faire-faire selon leur plus haut degré de fonctionnalité est alors essentiel pour répondre aux exigences du critère de l'efficience demandé par un entraînement physique footballistique performant. [1] Voir à ce propos un exemple avec la vidéo de Norbert Krantz et d’Anne-Laure Morigny sur la musculation combinatoire des Rendez-vous thématiques de la préparation physique de l’Insep https://www.youtube.com/watch?v=PQmErq-IiRw&list=PLQTYqUhZJhpWcEFGtXTReFWnnCNsonch4&index=14&t=1173s. Page consultée le 23.09.2023 [2] Ce constat pose le problème de la validé des tests de performances sportives notamment dans leurs conditions de reproductibilité. Si elles ne sont pas respectées, elles ne permettent pas de comparaisons diachroniques individuelles (le même sportif à des moments différents). Tenir constant tous les paramètres de réalisation de tests simplement exogènes aux sportifs (température, procédure d’échauffement, positionnement du matériel de test et moments des tests…) semble être l’enjeu majeur afin de pouvoir comparer les performances de sportifs comme l’attestent les pages introductives du Manuel de diagnostic de la performance, Collectif sous la férule de Swiss Olympics, janvier 2016. [3] Georges Gacon, Signification et rôle de la fréquence cardiaque dans l’entraînement aérobie, CardiSport, Dijon, 1992.
- La pertinence de l'entraînement physique footballistique
Pour qu’un entraînement soit performant, il doit être pertinent. En d'autres termes, il doit répondre positivement en tout temps et en tout lieu à la question suivante : les moyens d'entraînement que j'utilise, ou dont je dispose, sont-ils appropriés pour atteindre les objectifs fixés dans le cadre de mon entraînement physique footballistique ? Répondre à cette question, c'est en premier lieu identifier les moyens nécessaires pour entraîner physiquement le football. Puis, dans un second temps, de les discuter pour comprendre, et ainsi découvrir, en quoi et comment, ou à quelles conditions, ils produisent de la pertinence d'intervention. Dans cet écrit, les termes « moyens » et « ressources » sont interchangeables. Ainsi, les moyens/ressources se subdivisent, selon les grandes catégories managériales, en matériels, immatériels, humains et financiers. Les matériels sont dits tangibles parce que l'on peut concrètement les toucher. Lorsque cela n'est pas le cas, ils sont intangibles et/ou immatériels. Les moyens humains incluent les différents employés ou personnels, tandis que les moyens financiers englobent tous les actifs tels que les liquidités, les placements, les créances, etc. Dans cet essai, je choisis d'exclure les moyens financiers en raison de leur faible impact sur la qualité des interventions sur le terrain. En effet, il est peu probable, ou du moins, je l’espère, qu'un PPF module la qualité de ses interventions en fonction de sa rémunération, même si celle-ci peut constituer un facteur de motivation au travail. Par ailleurs, je considère les moyens humains comme des ressources immatérielles, car les prestations d’un PPF sont principalement constituées par ses interactions relationnelles d'entraînement avec les joueurs. Elles sont donc intangibles. Pour les moyens/ressources matériels, il en existe plusieurs types que j'ordonne en fonction de leur nécessité. Tout d'abord, il y a les infrastructures, les ballons prêts à l'emploi et en quantité suffisante, les chasubles, les (petits) buts, les assiettes et les cônes, les piquets, les mannequins... Ensuite, il y a des outils plus sophistiqués tels que les outils informatiques (vidéo, GPS, accéléromètres, données...). En sus, il y a des équipements spécifiques utilisés pour dispenser des entraînements isolés, tels que les haies et les équipements des salles de musculation. Je ne m'attarde pas davantage sur ces moyens/ressources matériels, car pour préparer physiquement des joueurs pour le plus haut niveau, il suffit juste d'un espace, d'assiettes et de ballons. Attention, toutefois, aux caractéristiques des moyens/ressources matériels, même basiques, parce qu'elles peuvent grandement influencer les adaptations physiques recherchées par le PPF. Par exemple, un sol synthétique est plus approprié pour entraîner la vitesse footballistique, parce que plus réactif, qu'un sol en herbe meuble. Il en va de même pour les chaussures à crampons. Plus elles sont souples, plus les pieds des footballeurs pourront s'adapter au sol et assurer un retour performant à l'équilibre corporel. En respect de mon critère de qualité de la sobriété, cela signifie que toute utilisation de matériel qui n'a pas pour but d'augmenter directement la qualité des stimuli d'entraînement physique ne peut pas être qualifiée de pertinente. Reste à discuter, les moyens/ressources immatériels que je subdivise en deux catégories. La première comprend les compétences du PPF que je fractionne en savoir-faire et être. Je retiens, pour la seconde, le temps et l'information. Le savoir-faire du PPF comprend les connaissances théoriques et pratiques d'entraînement. Comme l'entraînement physique footballistique relève davantage de l’art que de la science, je privilégie les connaissances pratiques aux connaissances théoriques. Cela ne signifie pas pour autant que les PPF sont totalement libres de leurs actions. Ils doivent suivre les règles de l'Art. Comme je l’ai annoncé précédemment, pour cerner et/ou découvrir son savoir-faire, je propose que le PPF fasse l'effort de l'organiser en formalisant expressément son concept d'intervention physique footballistique. Cette étape est fondamentale puisque tout faire-faire sans priorité revient potentiellement à ne rien faire-faire. Le choix d’un positionnement ainsi que sa déclinaison en interventions de terrain impliquent prioritairement que pour être pertinents, les entraînements d'endurance, de force et de vitesse s'entraînent spécifiquement et respectivement par des stimuli d'endurance, de force et de vitesse. Si vous pensez que l'écrire revient à enfoncer des portes ouvertes, cela signifie que vous ne réalisez pas à quel point il est rare que les exercices de stimulation de la vitesse footballistique proposés sur nos terrains respectent le niveau d'intensité maximale qu'elle demande pour être améliorée. Ainsi, mille fois hélas, il m’arrive trop souvent d'observer que la vitesse footballistique est entraînée par des stimuli d'endurance… donc n’est, au final, pas entraînée. Dans ce cadre, comme le physique est le socle de tout l'entraînement footballistique puisqu'il en détermine les charges, quels qu'en soient les thèmes, je ne conçois pas une collaboration fructueuse entre un entraîneur et un PPF sans une appréhension commune de ce qu'est le physique footballistique. Dans les faits, cette concordance se construit par des affinités, une sensibilité et une expérience communes, mais rarement sur une réflexion stratégico-technique sur le statut et le contenu de l’entraînement physique du football. Cette absence de réflexion engendre des erreurs de casting, ou des engagements inadéquats de PPFs par mauvaise appréciation de leur savoir-faire. Techniquement, la pertinence du savoir-faire du PPF s'évalue sur sa capacité à concrétiser en cohérence et en sobriété son positionnement stratégique en exercices terrains. Cette concrétisation est qualitative quand elle vise à améliorer fonctionnellement la gestuelle footballistique. Elle est quantitative, lorsqu’il s’agit de calibrer les charges d’entraînement. Pour ma part, j’utilise l'outil de la posturologie pour comprendre qualitativement la production de la gestuelle footballistique. Cela nourrit les règles d'exécution technique de mon EVF. Le calibrage des charges s'inscrit dans une double logique de concordance avec un positionnement stratégico-physique. La première logique concerne la nature des stimuli des charges. Ainsi, par exemple, si l'option stratégique physique d'un PPF est la vitesse, il se doit en concordance de moduler ses charges d'entraînement sur les états neuromusculaires des joueurs. Ce critère demande, à l'instar des tenants de la périodisation tactique, de veiller, par une intrication hebdomadaire positive des charges d'entrainement et des moments récupération, à ce que l'alacrité des joueurs soit au plus haut lors des exercices de vitesse. La seconde logique concerne la maitrise des volumes des charges. Toujours dans la même optique vitesse, j’étends progressivement par intermittent RSA la capacité des joueurs à répéter des accélérations maximales de 20m pour atteindre un volume total de 400m. La prestation « entraîner » se constitue par interactions relationnelles asymétriques. Par sa fonction, l'entraîneur a les pouvoirs de décider qui joue et de dicter le système de jeu. Ces pouvoirs obligent déontologiquement l'entraîneur d'être doté de compétences sociales, ou de savoir-être, adéquates telles que la bienveillance, la compréhension, l'éthique, l'exigence, la fiabilité, l'intégrité. Sous peine d'être vite rejeté par son groupe de joueurs. Outre ce « savoir-être compétences sociales », l'entraîneur doit être en capacité de coacher, c'est-à-dire « ... de faire découvrir, d'éclairer, de mobiliser plus de lucidité quand il s'agit de prendre des décisions. Le coach n'est pas un thérapeute : son écoute fonctionne en miroir pour aider l'intéressé à se situer en fonction de ce qu'il veut (qu'il doit clarifier), ce qu'il peut (ses aptitudes et ses compétences) et ce dont il dispose (son vécu, son histoire personnelle) » [1]. Comme le football, c'est de l'émotion en mouvement, un coaching PPF n’est pas envisageable sans empathie, c’est-à-dire la capacité de ressentir les tensions émotionnelles qui limitent corporellement la libération qualitative et quantitative de l'énergie vitale des joueurs en « énergie mécanique football ». Plus concrètement, cela signifie que le PPF doit pouvoir diagnostiquer dans un premier temps les modalités de la production physique de la gestuelle footballistique d’un joueur en fonction de sa personnalité pour, dans un second temps, mettre en place, si nécessaire, les mesures d'optimisation adéquates. Pour ce faire, l'empathie est une compétence de savoir-être nécessaire à détenir, qu’il ne s'agit pas de confondre avec la sympathie, qui est un attachement affectif. Comme l’outil du PPF pour débloquer les joueurs est son ressenti des tensions qui les habitent, cela suppose qu'il soit sensible à l'autre. Le niveau de cette sensibilité peut se mesurer par sa capacité à s'émouvoir, ou être touché, par le beau geste footballistique. Si la gestuelle footballistique, le succès, les honneurs appartiennent aux joueurs, j’avoue qu'arriver à les débloquer, ou à les fluidifier physiquement, pour qu'ils puissent exprimer tout leur talent footballistique est ma principale motivation à les entraîner. Quels que soient le niveau des joueurs et leur âge, lorsque cela commence « à le faire » au détour d'un exercice ou d'une action de match, c'est tout simplement kiffant et gratifiant. Non seulement je vibre à l'exécution de ces beaux gestes, mais j’ai en plus la satisfaction valorisante de penser que j'y suis pour quelque chose en ayant suscité l'accouchement, en paraphrasant la maïeutique socratique, des capacités physiques des joueurs. Mais cette empathie ne doit pas être dévoyée en devenant de la sur-empathie et de l’instrumentalisation. Une sur-empathie, « c’est un transfert psychique par appropriation des émotions des joueurs». Cela ouvre la porte à des projections et des appropriations émotionnelles malvenues dans le sens qu’elles n’appartiennent plus aux joueurs. On le remarque lorsque les entraîneurs parlent des sportifs qu’ils entraînent en utilisant le vocable « on », comme s’ils avaient eux-mêmes produit le geste gagnant. À l'inverse, les joueurs doivent être conscients qu'un PPF est un guide qui œuvre dans le cadre d'un apport technique. À l’instar de l’enseignement du philosophe Apollonius, « il montre le chemin, mais ne le donne pas ». De plus, le PPF n'est pas un thérapeute comme annoncé précédemment. S'il intervient émotionnellement sur les corps, il ne lui revient pas de soigner les âmes. À ce titre, je l’invite à orienter les joueurs dont le football révèle leur mal-être vers des spécialistes certifiés. L'instrumentalisation est autrement problématique parce que sous couvert d'entraînements altruistes, certains entraîneurs utilisent les joueurs pour atteindre uniquement leurs objectifs personnels. C'est humain et acceptable lorsque ces objectifs profitent à l'entraîneur et au joueur. C'est détestable et éthiquement insoutenable lorsque cela met en péril les intégrités physique et psychique des joueurs. Pour s'en protéger, le PPF et le joueur doivent être clairs sur leurs motivations et fixer ensemble les objectifs, l'étendue, la rétribution et le contenu de la mission, tout en ayant pour objectif final de rendre le joueur physiquement autonome. Le savoir-faire d'un PPF ne vaut rien si son savoir-être ne comprend pas une capacité entraînante, c'est-à-dire la capacité à bien mettre en mouvement les joueurs. Tout le monde est d'accord sur le fait que le physique n'est pas la composante la plus appréciée du football. L'enjeu est alors que le physique ne soit plus perçu comme une charge mentale pour les joueurs, mais comme un moyen pour qu'ils puissent exprimer tout leur talent. Je tente de le faire en expliquant systématiquement le pourquoi de ce que je leur demande de faire afin, qu'à terme, ils s’entraînent physiquement sans « effort motivationnel ». Mon but ultime est que les joueurs deviennent des experts physiques d'eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils soient en mesure d'exprimer et d'identifier leurs besoins. Il est entendu qu'une bonne réputation, la considération du milieu optimisent cette capacité entraînante. Mais il est nécessaire d'en être digne à tout moment et en toute circonstance par ses compétences, sous peine d'être très vite destitué de son piédestal par un « retour de ballon ». Partant du principe qu'un PPF est un créateur et un libérateur d'énergie, il se doit lui-même d'être énergétique, donc d’être, lui aussi, en santé pour être entraînant. Autrement dit, être passionné, convaincu, enthousiaste, galvanisant, serein, curieux, impliqué, concerné et motivé par sa mission en prenant soin de soi. Outre les savoir-faire et être du PPF, ce dernier doit disposer d'un espace-temps minimum pour effectuer sa mission. La complexité du football, ainsi qu'une mauvaise appréhension de ce qu'est le physique footballistique, l'en privent trop souvent. Aujourd'hui, le temps qui lui est accordé ressemble davantage à un lot de consolation qu'à la véritable considération que mérite cette composante à part entière du football. Le négliger, c'est donc négliger le football. Mais même dans le cas où la dimension physique du football est respectée, le temps manquera toujours pour que le PPF puisse l'entraîner correctement. En effet, un joueur dispose d'un temps hebdomadaire très réduit pour bonifier son physique puisqu'il doit avant tout récupérer du match précédent tout en cherchant à être « frais » pour le match suivant. C'est ce qui m’incite à écrire qu'un développement physique footballistique pour un joueur en activité prend 3x plus de temps qu'un joueur qui ne compète pas. On constate bien ici que si un PPF n'intègre pas dans ses interventions la dimension temps, elles ne peuvent pas être pertinentes. À lui d'optimiser cette dimension temporelle en cultivant l'efficience de chacun de ses exercices. Savoir-faire et être et disposé du temps nécessaire, c'est bien, mais il est tout aussi important d'alimenter l’ensemble par de l'information. Il incombe à chaque PPF de recueillir l'information pertinente lui permettant de bien calibrer ses interventions. Ainsi, un entraînement axé sur la vitesse footballistique nécessitera de savoir si les joueurs disposent du dynamisme ou d'un état neuromusculaire suffisamment « frais », pour exécuter à la bonne intensité les exercices à venir. Sans quoi, cet entraînement ne produira pas les effets souhaités. Pour sa part, un entraînement type endurance, cherchera à savoir si les joueurs sont métaboliquement prêts, c'est-à-dire s'ils ont suffisamment recouvré leurs réserves glycoliques. Enfin, pour un entraînement type force, on veillera à ce que les joueurs aient un niveau hormonal satisfaisant. Bien que le testing des joueurs soit à la mode dans le football, c'est pour moi le match dans son ensemble qui fournit les informations les plus pertinentes. En effet, une information ne vaut que si elle est contextualisée. Par exemple, parcourir 12,5 km au cours d'un match peut être considéré comme une performance physique élevée, mais cela peut également signifier que le joueur a simplement couru après le ballon. Ce qui est donc pertinent, c'est de mettre en perspective le profil des variations d'efforts du joueur avec le déroulement du jeu par le questionnement suivant. A-t-il été un acteur du jeu en exerçant une influence sur celui-ci ? Si oui physiquement en force, en endurance ou en vitesse ? Les réponses à ce questionnement permettront au PPF d’adapter qualitativement et quantitativement ses interventions pour faire progresser les joueurs. Pour conclure cette discussion, qui pourrait être prolongée tant les compétences de savoir-faire et être sont importantes pour bien entraîner, je remarque également que trop souvent, les clubs engagent un PPF en se basant uniquement sur ses titres, son statut, ses compétences relationnelles ou sa sociabilité, sa réputation ou sa certification, sans évaluer la pertinence de ses actions en fonction des besoins de leurs équipes ou de leur philosophie de jeu et de formation. Cela s'explique par le fait qu'ils ne sont pas en mesure, qu'ils ne souhaitent pas, qu'ils ne se préoccupent pas ou qu’ils ne sont simplement pas conscients de l’importance de la portée des interventions sur leurs joueurs d'un PPF. Pourtant, leur responsabilité est de fournir à ces joueurs les meilleurs entraînements footballistiques possibles. [1] Lionel Bellenger et Marie-José Couchaère, L'écoute, Osez l'empathie pour améliorer vos relations, Editeur ESF, 2007. p. 107. [2] Frans Bosch, Préparation physique, une approche intégrée de l'entraînement de force et de coordination, Editions Physiques performances, Lyon, 2018. p.109 et ss.
- Le management de la performativité de son entraînement physique footballistique
Pour manager la performativité de mon entraînement physique footballistique, je m'appuie sur le célèbre triangle de la performance proposé par Patrick Gibert [1]. Bien que ce modèle de gestion de la performance remonte à 1980, sa simplicité, ses nombreuses références, ses adaptations et ses applications dans divers domaines attestent de son utilité et de sa validité [2]. Gibert établit un lien triangulaire entre les objectifs, les ressources et les résultats comme repères de la performance d'un projet ou du fonctionnement d'une organisation. Sur cette base triangulaire, il suggère que le rapport entre les objectifs et les ressources reflète la pertinence, soit que les ressources dont nous disposons, ou que nous mobilisons, vont nous permettre d’atteindre les objectifs fixés. Le rapport entre les objectifs et les résultats illustre l'efficacité, c'est-à-dire que les résultats obtenus correspondent aux objectifs fixés. Le rapport entre les ressources et les résultats représente l'efficience, à savoir que les résultats ont été atteints en utilisant le minimum de ressources possible. Dans cette optique managériale, lorsque ces conditions de pertinence, d'efficacité et d'efficience sont remplies, il y a obligatoirement un haut niveau de performativité. Ce modèle de gestion s’utilise de manière prospective, itérative et rétrospective. Prospectivement, il permet de planifier l'action en définissant les objectifs à atteindre, les résultats souhaités et en prévoyant les ressources nécessaires pour y parvenir. De manière itérative, ce triangle permet de piloter quotidiennement l'action en corrigeant les écarts entre ce qui a été prévu et ce qui est réalisé. Rétrospectivement, il permet d'évaluer l'action en identifiant, ou en diagnostiquant, les causes des succès et des échecs, ce qui va aider à devenir plus performant à l'avenir. Pour illustrer la puissance de ce modèle pour monitorer la performativité de son entraînement physique footballistique, en voici un exemple d'application. Un PPF est chargé de développer physiquement un jeune joueur talentueux. L'objectif est d'améliorer significativement et rapidement sa puissance musculaire afin qu'il puisse performer lors du prochain tour dans l’idée qu’il soit transféré dans un club de plus haut standing. Le joueur, bien qu'ayant des appuis pieds très réactifs, est de constitution plutôt frêle. Par conséquent, la décision est de développer hypertrophiquement ses cuisses par squat guidé. Après un mésocycle d'entraînement spécifique bien construit, le joueur a progressé en puissance musculaire. Cela lui permet désormais de mieux exprimer son talent footballistique et, par là, que le transfert prévu se réalise. Cependant, après seulement deux matchs dans sa nouvelle équipe, le joueur se rompt le tendon rotulien droit. Le diagnostic médical révèle un déséquilibre entre ses quadriceps et ses ischio-jambiers explicatif de cette grave blessure. De plus, il souffre d’une lombalgie devenue chronique. Après une analyse posturale et un examen de son historique d'entraînement physique, il apparaît que le travail axé sur le squat guidé n'a pas été accompagné d'un renforcement des muscles stabilisateurs de la hanche et un travail d’étirement de ses quadriceps. Par conséquent, le joueur n'est plus en capacité de gérer ou de canaliser sa nouvelle puissance musculaire. Cela entraîne des surtensions ligamentaires qui bloquent son bassin, ce qui, par effet compensatoire, génère une lésion discale en L4. Ce mal est si profond qu’il compromet désormais sérieusement sa carrière future. De plus, le joueur souffre d’une rétraction importante des quadriceps qui explique la rupture de son tendon rotulien. Bien que l'intervention du PPF ait été efficace et efficiente puisqu’elle a atteint l’objectif visé dans un minimum de temps, elle s'est avérée totalement inadéquate, ou non-pertinente, à moyen terme. [1] Patrick Gibert, Le contrôle de gestion dans les organisations publiques. Paris, Editions d'Organisation, 1980. [2] Pour aller plus loin dans la compréhension du concept de performance et de ses outils, nous vous invitons à lire l’article de Stéphane Jacquet disponible à l’adresse https://creg.ac-versailles.fr/IMG/pdf/Management_de_la_performance_-_des_concepts_aux_outils.pdf
- Une approche coordinative de la préparation physique footballistique
L’origine de la préparation physique footballistique est à chercher dans l’idée que les joueurs tiennent métaboliquement mieux leurs matchs par une meilleure condition physique. Elle a alors pris la forme de tours de terrain inlassables en course continue pour améliorer les capacités aérobiques des joueurs. Puis, après une parenthèse d’habituation à la charge lactique impulsée par le football total italien, le physique footballistique a pris le chemin des intermittents VMA couplés avec des acquisitions de force maximale en hypertrophie pour s’accaparer le deuxième ballon. Si la culture des intermittents Vitesse maximale aérobie (VMA) a perduré jusqu’à aujourd’hui en se spécifiant, le football s’est tourné fort heureusement vers la force fonctionnelle pour se renforcer musculairement. Le tout a tellement intensifié le jeu que sa préparation affleure à nouveau avec des entraînements d’endurance lactique par des intermittents high-intensity intervals trainings (HIIT). Or, cette stratégie se heurte au fait qu’elle est trop coûteuse physiquement en termes de récupération pour intégrer les microcycles d'entraînement footballistiques sans recours à des mesures douteuses. Autrement dit, elle péjore le niveau d’alacrité des joueurs pour le match du week-end en entraînant leur méforme. De plus, elle entraîne la résistance à la fatigue qui par définition détériore la maitrise technique du ballon. La préparation physique footballistique basée sur les intermittents VMA se retrouve ainsi devant le paradoxe d’avoir permis une telle intensification du jeu que les joueurs n’arrivent pas à tenir plus de 15 à 20mn leurs séquences d’intensités. Dès lors, plutôt que d’essayer de développer les capacités physiques des joueurs par intensification métabolique pour casser un plafond de verre qu’elle a elle-même créé, je propose que la préparation physique footballistique passe à une nature d’intervention coordinative. Ceci pour permettre une intensification encore plus élevée du jeu sans charge lactique. Cette approche coordinative a comme pierre angulaire conceptuelle la vitesse footballistique que je développe en tant que telle par extraction et optimisation et les apports de son développement qualitatif par amélioration de la montée de la puissance musculaire en vitesse-force, ou explosivité, et de son développement quantitatif par amélioration des facultés de récupération inter-effort et d’endurance anaérobie alactique par intermittent Repeat Sprint Ability (RSA). Dans ce cadre et surtout dans l’ambition de définir un référentiel commun d’appréhension de cette coordination footballistique, ce post propose de passer en revue ses différentes dimensions. Il commence par introduire la notion de coordination qu’il décline en coordination contextuelle, en coordination systémique, en coordination corporelle, en coordinations intermusculaire et intramusculaire et enfin en coordination fonctionnelle. 1. La notion de coordination À l’exemple de la légende des 6 aveugles indiens, pour saisir l’ensemble de « l’éléphant physique footballistique » il s’agit de coordonner l’ensemble des points de vue. Par cela, j’entends l’idée d’« ordonner ensemble ou de concert » afin que les interventions des préparateurs physiques footballistiques (PPF) aient plus d’effets et d’impacts terrain. Ceci pour que ma préparation physique footballistique en fasse faire, selon le principe d’efficience, le minimum pour obtenir le maximum des joueurs. Cette exigence est d’autant plus pertinente que le physique footballistique a de moins en moins de temps pour être préparé correctement. Le but est d’éviter la coexistence d'ordres et de contre-ordres, puisque cela produit du désordre, selon les principes managériaux militaires, ou en d’autres termes de l’imperfomativité physique footballistique. Dans ce contexte, l’approche coordinative se révèle essentielle pour permettre au talent footballistique d’exister. Mais cela exige de l’appréhender, voire de la découvrir et/ou de la comprendre, dans ses multiples dimensions footballistiques. 2. Une coordination « contextuelle » En prononçant le mot « football », on se rend compte tout de suite qu’il recouvre une infinité de réalités collectives et personnelles. À tel point que chacun/e a la possibilité de définir son propre football. Mais il existe aussi comme un tout lorsqu’il se joue, se regarde, se discute et est dirigé dans les bureaux. Ce tout peut s’assimiler à la configuration conceptuelle d’un puzzle relationnel dont chaque pièce correspond à un de ses acteurs : joueurs, membres de leurs familles, entraîneurs, dirigeants, agents, soignants, supporters, médias, partenaires publics et privés. L’ajustement de ces pièces a pour résultat de révéler son environnement footballistique. Cela revient à agencer, ou coordonner, ces pièces en les apparentant avec les autres adéquatement en fonction de possibles intérêts divergents ou convergents. Ceci afin de se créer un environnement relationnel positif dans et par lequel le joueur va pouvoir s’épanouir et exprimer son talent footballistique. Cette coordination contextuelle implique alors que la préparation physique footballistique ne doit jamais être pensée indépendamment de son environnement d’application. Elle ne peut donc pas se réduire à l’application universelle de contenus standardisés puisque les contraintes compétitives, culturelles, relationnelles, organisationnelles et humaines varient constamment d’un club à l’autre, d’un entraîneur à l’autre et d’un joueur à l’autre. Dès lors, le rôle du PPF consiste moins à imposer une méthodologie figée qu’à contextualiser en permanence ses interventions afin de les rendre compatibles avec les réalités du terrain footballistique. Cette contextualisation nécessite une lecture fine des rapports humains, des équilibres de pouvoir, des objectifs institutionnels, des temporalités compétitives, des profils psychologiques des joueurs ainsi que des contraintes médicales et tactiques de l’effectif. Dans cette perspective, la coordination des préparations physiques footballistiques juxtaposées devient essentielle. En effet, le football contemporain confronte le joueur à une multiplication de sollicitations : entraînements collectifs, travail individualisé, prévention des blessures, réathlétisation, récupération, musculation, vitesse, soins, compétitions et parfois même interventions extérieures au club. Or, chacune de ces préparations possède ses propres logiques, ses propres charges et ses propres temporalités ainsi que ses propres intervenants. Sans coordination globale, ces interventions risquent d’entrer en concurrence ou d’épuiser inutilement les capacités adaptatives des joueurs. La fonction coordinative contextuelle du PPF consiste alors à harmoniser ces contenus afin de créer une cohérence d’ensemble où chaque intervention soutient les autres au lieu de possiblement les contredire. Cette approche contextuelle transforme profondément le rôle du PPF. Celui-ci n’est plus seulement un technicien de la charge d’entraînement, mais un organisateur de cohérences relationnelles, physiologiques et méthodologiques. Son expertise réside autant dans sa capacité à comprendre les interactions humaines et organisationnelles que dans ses connaissances physiologiques. La qualité d’une préparation physique footballistique dépend alors moins de l’accumulation quantitative de contenus que de la pertinence coordinative de leur agencement au sein d’un environnement footballistique donné. 3. Une coordination systémique Le football peut s’appréhender comme un système qui peut se subdiviser en sous-systèmes que sont le physique, le mental, la technique et la tactique. Cette approche réduit la complexité du football, ce qui nous permet de le saisir plus facilement. Cette perspective d’analyse nous oblige à considérer comme objet d’études les parties, ou ces composantes, footballistiques, mais aussi les relations qu’elles entretiennent entre elles. Dans le présent contexte de la préparation physique footballistique, ces relations sont constituées par les effets d’entraînement qu’elles ont les unes sur les autres. Ces effets sont appelés interférences. Elles peuvent être positives lorsqu’elles se bonifient mutuellement et négatives dans le cas contraire. Elles peuvent aussi être neutres dans le sens où leurs effets n’entraînent aucun impact sur le maintien ou le développement des autres composantes footballistiques. Il est entendu que le but du PPF est de maximiser les interférences positives et de minimiser les négatives. Le résultat de ces interventions donne le niveau de coordination footballistique systémique des joueurs. Dans cette logique systémique, la préparation physique footballistique ne peut être pensée comme une simple juxtaposition de qualités indépendantes les unes des autres. Chaque intervention produit des conséquences sur l’ensemble du physique du joueur. Une charge physique excessive peut ainsi détériorer la qualité technique, altérer les prises de décision ou générer une fatigue émotionnelle. À l’inverse, une amélioration coordinative de la vitesse footballistique peut renforcer simultanément la confiance psychologique, la disponibilité tactique et la précision gestuelle. Le joueur constitue donc un système dynamique dans lequel chaque composante influence continuellement les autres. Cette conception systémique implique alors de cultiver une dynamique positive, par cercle vertueux centrifuge, d’entraînement. La préparation physique footballistique ne doit pas seulement chercher à développer des qualités physiologiques, mais également à produire un environnement favorable à l’engagement, à la progression et à l’épanouissement des joueurs. Les contenus d’entraînement, les formes de communication, les relations humaines et les modalités pédagogiques influencent directement la qualité des adaptations footballistiques. Un environnement anxiogène, incohérent ou excessivement punitif perturbe les coordinations fines du joueur, rigidifie ses comportements moteurs et réduit sa capacité d’expression footballistique. À l’inverse, un climat positif favorise la disponibilité attentionnelle, la prise d’initiative, la fluidité motrice et l’investissement dans l’effort. Dans cette perspective, la dynamique positive devient elle-même une composante systémique de la performance footballistique. Elle agit comme un catalyseur des adaptations physiques, techniques, tactiques et mentales. Le rôle du PPF consiste alors à organiser des situations d’entraînement qui stimulent simultanément les capacités physiques et les ressources psychologiques des joueurs, tout en maintenant un équilibre compatible avec les exigences compétitives. La coordination systémique correspond ainsi à un ordonnancement global des interactions footballistiques dont la finalité est l’émergence d’un joueur capable de maintenir durablement un haut niveau d’expression performative. Cette approche systémique apparaît avec encore plus évidente lorsqu’on observe l’interdépendance entre les vitesses cognitive et neuromusculaire. Dans le football, penser vite sans pouvoir agir vite rend l’action inefficace, tandis qu’être capable de se déplacer rapidement sans traiter correctement les informations environnementales produit des comportements moteurs inadaptés. Les dimensions perceptives, décisionnelles et motrices fonctionnent alors comme un seul système coordinatif intégré. La vitesse footballistique ne peut donc être réduite à une simple qualité biomécanique ou énergétique. Elle dépend tout autant de la rapidité d’analyse perceptive, de la qualité de l’anticipation, de la pertinence des prises d’informations et de la capacité du système nerveux à organiser efficacement les réponses musculaires adaptées au contexte de jeu. Cette interdépendance systémique modifie profondément l’approche de l’entraînement physique footballistique. Développer uniquement les qualités neuromusculaires sans intégrer les contraintes informationnelles et décisionnelles du football risque de produire des adaptations partiellement transférables au jeu réel. À l’inverse, l’intégration de contraintes cognitives, perceptives et décisionnelles dans les contenus physiques permet de renforcer les coordinations footballistiques qui relient la perception, la décision et la gestuelle footballistique. Le joueur devient alors capable de maintenir des vitesses d’exécution élevées dans des environnements footballistiques complexes et instables. Dans cette perspective systémique, la question d’entraîner prioritairement les forces ou les faiblesses physiques des joueurs devient largement obsolète. Une faiblesse isolée ne possède pas nécessairement un impact négatif sur la performance globale si elle est compensée efficacement par l’organisation générale du système footballistique du joueur. De la même manière, une qualité physique particulièrement développée peut perdre de sa valeur si elle perturbe les équilibres coordinatifs corporels. Le rôle du PPF ne consiste donc plus simplement à corriger des déficits locaux ou à maximiser certaines qualités isolées, mais à optimiser les interactions fonctionnelles entre les différentes composantes du système joueur. Cette logique conduit à individualiser les interventions non plus uniquement à partir des qualités physiques mesurées, mais à partir de la manière dont celles-ci s’intègrent dans l’économie coordinative globale du joueur. Chaque footballeur possède une organisation systémique singulière où certaines qualités compensent partiellement certaines limites. La préparation physique footballistique coordinative cherche alors moins à normaliser les profils qu’à renforcer la cohérence fonctionnelle propre à chaque joueur afin d’optimiser son expression footballistique. 4. Une coordination corporelle Si pour Descartes, l’esprit et le corps étaient distincts, force est de constater qu’aujourd’hui cette conception philosophique est battue en brèche par les approches holistiques. Si on accepte qu’un être se constitue de parties spirituelles, affectives, émotionnelles, cognitives et physiques, celles-ci doivent s’appréhender comme un ensemble en interaction et en interdépendance mutuelle dont le réceptacle est, dans la présente perspective footballistique, les joueurs. Physiquement, cela signifie que je les appréhende en quatre sous-systèmes en interaction mutuelle que sont les systèmes squelettique, musculaire, nerveux et fascia. Si cette réduction de la complexité corporelle a pour but de mieux la comprendre pour mieux intervenir, il ne s’agit pas d’oublier que cette compréhension segmentée s’inscrit obligatoirement dans une compréhension globale du corps. Cette appréhension guide mes réflexions puisqu’elle correspond à ordonner au mieux la gestuelle footballistique. Autrement dit, d’harmoniser les corps des footballeurs, parce que c’est une des conditions nécessaires pour que les joueurs puissent produire leur vraie vitesse footballistique. J’agrémente cette approche par une logique « glocale » qui signifie qu’aucune structure corporelle ne peut être considérée isolément de l’ensemble des coordinations corporelles. Une dysfonction locale peut entraîner des répercussions globales sur l’organisation motrice du joueur, tandis qu’un déséquilibre global peut se manifester localement par des douleurs, des compensations ou des blessures. Ainsi, une simple protraction scapulaire ne constitue pas uniquement un problème postural de l’épaule. Elle peut modifier les chaînes de tensions fasciales, perturber les équilibres rachidiens, altérer les coordinations de déplacement, limiter les capacités respiratoires et influencer la qualité des appuis ou des rotations footballistiques. Le corps du joueur fonctionne alors comme un système coordinatif intégré dans lequel chaque segment influence les autres. Cette approche glocale conduit également à reconsidérer la question des blessures footballistiques. Celles-ci ne peuvent être réduites à des accidents isolés ou à des fragilités purement locales. Ainsi. paradoxalement, la forme physique globale des joueurs constitue l’une des principales causes de blessures puisqu’un déficit coordinatif, une fatigue systémique, des déséquilibres musculaires ou une altération de la qualité du mouvement augmentent les contraintes mécaniques subies localement par certaines structures corporelles. Une préparation physique footballistique coordinative cherche alors tout à la fois à réparer localement et à préparer globalement en harmonisant le fonctionnement corporel des joueurs pour les préparer. Dans cette perspective, la prévention des blessures devient avant tout un travail d’harmonisation coordinative du corps footballistique. Le rôle du PPF consiste à identifier les perturbations locales susceptibles de désorganiser la coordination motrice du joueur, mais aussi les déséquilibres musculaires pouvant générer des surcontraintes locales. L’approche glocale permet ainsi de penser simultanément la singularité corporelle des joueurs et l’unité fonctionnelle de leur organisme. Elle vise une organisation corporelle dans laquelle les différentes structures collaborent efficacement afin de permettre l’expression fluide, puissante et durable de la vitesse footballistique. Cette vision coordinative du corps peut alors être approfondie par le concept de biotenségrité. Celui-ci considère le corps humain comme une architecture dynamique où les éléments de compression, principalement osseux, sont maintenus en équilibre par un réseau continu de tensions musculaires, tendineuses, ligamentaires et fasciales. Dans cette perspective, la stabilité corporelle ne résulte plus uniquement de la solidité articulaire ou musculaire locale, mais de la qualité de la répartition des tensions à travers l’ensemble du corps. Le joueur devient alors une structure vivante d’équilibres tensionnels permanents dans laquelle chaque mouvement modifie instantanément l’organisation globale des forces corporelles. La coordination footballistique consiste ainsi à optimiser ces équilibres afin de permettre des mouvements plus fluides, plus économiques et plus dynamiques. Cette compréhension biotensègre du corps conduit également à dépasser une vision segmentaire du muscle. Les muscles ne peuvent être appréhendés comme des unités isolées travaillant indépendamment les unes des autres. Ils fonctionnent en interagissant continuellement, en s’influençant mutuellement, en se compensant, en coopérant ou parfois en se perturbant. Certains muscles prennent excessivement le dessus pendant que d’autres se désengagent progressivement. Ces déséquilibres relationnels produisent alors des perturbations coordinatives qui altèrent la qualité du mouvement footballistique. La préparation physique footballistique consiste dès lors à réorganiser ces relations musculaires afin de restaurer des synergies fonctionnelles harmonieuses. Dans ce cadre, la posturologie constitue un outil précieux d’analyse et d’intervention. La posture n’est pas seulement une forme esthétique du corps, mais la traduction visible d’un état d’organisation coordinative interne. Elle révèle la manière dont le joueur gère ses équilibres gravitaires, ses tensions musculaires, ses appuis et ses compensations fonctionnelles. Une perturbation posturale peut ainsi limiter les capacités d’accélération, de freinage, de changement de direction ou de transmission des forces. L’analyse posturale permet alors d’identifier certaines désorganisations coordinatives invisibles à travers les seuls tests physiologiques classiques. Elle offre au PPF des repères supplémentaires pour individualiser les contenus d’entraînement et harmoniser plus finement les structures corporelles des joueurs. Dans cette logique, les étirements footballistiques ne doivent plus être réduits à une simple recherche de souplesse passive ou à un rituel de récupération automatique. Leur fonction devient avant tout coordinative. Ils cherchent à restaurer la qualité des relations tensionnelles entre les structures corporelles, à redonner de la liberté aux chaînes musculaires et fasciales et à améliorer les capacités de mouvement du joueur. Les étirements participent ainsi à l’équilibration globale du corps footballistique en limitant les rigidités locales susceptibles de perturber les coordinations intermusculaires. Réalisés intelligemment, en fonction du contexte et des besoins spécifiques des joueurs, ils deviennent alors des outils d’harmonisation corporelle au service de la fluidité gestuelle, donc de la vitesse footballistique. 5. Les coordinations intermusculaire et intramusculaire Dans l’approche coordinative de la préparation physique footballistique, les coordinations intermusculaire et intramusculaire constituent deux modalités complémentaires de production de la vitesse footballistique. Elles correspondent à deux niveaux différents d’organisation du mouvement. La coordination intermusculaire désigne la qualité du synergisme entre plusieurs muscles ou chaînes musculaires engagés dans un mouvement. Elle correspond à la capacité du corps à ordonner efficacement les contractions musculaires afin de produire une gestuelle fluide, rapide, économique et adaptée au contexte footballistique. Cette coordination implique notamment la synchronisation des appuis, des chaînes cinétiques et des déplacements segmentaires dans des environnements instables et décisionnels. Dans le football, elle se révèle fondamentale pour les accélérations, les changements de direction, les freinages, les reprises d’appuis, les frappes ou encore les déplacements techniques sous pression. Elle se développe principalement par des exercices de vitesse-force, réalisés à intensité maximale avec une exécution technique irréprochable, dans une logique de qualité du mouvement et non de fatigue métabolique. La coordination intramusculaire correspond quant à elle à la qualité du recrutement et de la synchronisation des fibres musculaires à l’intérieur d’un même muscle. Elle vise l’optimisation de la tension musculaire produite afin d’augmenter la capacité de production de force. Elle repose sur des modalités de force-vitesse utilisant des charges élevées permettant de stimuler fortement les unités motrices rapides. Cette forme de coordination peut contribuer à l’élévation de la puissance musculaire footballistique, notamment dans les situations de duels, de protection de balle ou de production de la puissance musculaire initiale. Cependant, elle peut conduire le joueur à « forcer » ses mouvements, à se crisper et à altérer la décontraction nécessaire à l’expression optimale de la vitesse footballistique. Dans cette perspective, l’enjeu de la préparation physique footballistique n’est pas d’opposer ces deux formes de coordinations, mais de les articuler selon les besoins du joueur, son niveau de développement, sa structure corporelle et les exigences de son poste. Toutefois, dans une logique footballistique centrée sur la fluidité, la vitesse maximale et l’économie gestuelle, la coordination intermusculaire demeure prioritaire, car elle permet d’optimiser la qualité fonctionnelle des mouvements sans générer les rigidités associées à une recherche excessive de force maximale. 6. Une coordination fonctionnelle Comme annoncé en introduction, la préparation physique footballistique est entrée fort heureusement dans une ère d’entraînement fonctionnel. Ce terme signifie que l’on entraîne désormais par le mouvement et non plus par une appréhension segmentaire ou par zones musculaires. Entraîner par le mouvement consiste alors à comprendre quels sont les éléments qui conditionnent la qualité de son synergisme musculaire. Cette compréhension peut se faire par l’approche posturale et plus particulièrement par les chaînes musculaires. L’idée est de considérer ce synergisme comme positif lorsque les mouvements corporels sont coordinativement performants. Dans ce cadre, une difficulté lors de la réalisation d’un mouvement nous révèle un déficit coordinatif du joueur. La correction de ce mouvement, par optimisation technique par exemple, implique directement une amélioration fonctionnelle des capacités coordinatives des joueurs par progression in situ. Dans cette logique, la vitesse footballistique peut se définir comme la capacité d’un joueur à produire, orienter et répéter des mouvements techniquement précis, coordinativement fluides et décisionnellement adaptés aux contextes footballistiques instables et intermittents que le joueur rencontre à chaque match. Elle ne se réduit donc pas à une qualité linéaire de sprint, mais repose sur l’efficacité des coordinations intermusculaires, la qualité des cycles étirement-raccourcissement, la précision technique sous accélération, la prise d’informations rapide ainsi que la capacité à répéter des accélérations, décélérations et changements de direction sans altération de la fluidité gestuelle. La vitesse footballistique constitue ainsi un ordonnancement coordinatif global dont la finalité est l’expression performative du mouvement footballistique. Dans cette perspective, l’entraînement footballistique de la vitesse repose, selon ma méthodologie Vitruve-football.net, sur plusieurs principes techniques fondamentaux. - Le principe d’extension consiste à augmenter progressivement les amplitudes fonctionnelles des mouvements afin de permettre une meilleure libération de l’énergie mécanique et une optimisation des chaînes cinétiques. - Le principe de projection vise à orienter efficacement les forces corporelles dans la direction utile au déplacement footballistique afin d’améliorer la qualité des accélérations, des freinages et des changements de direction. - Le principe de variation implique de soumettre les coordinations fines footballistiques à des contextes gestuels variés afin de généraliser leur efficacité et de renforcer l’adaptabilité motrice des joueurs. - Le principe d’équilibration cherche à harmoniser le corps du joueur en optimisant la gestion des déséquilibres musculaires, posturaux et fonctionnels pour élever la fluidité du mouvement footballistique. - Le principe d’individualisation rappelle que chaque joueur possède une signature corporelle, coordinative et technique spécifique nécessitant des contenus et des charges d’entraînement adaptés. - Le principe de simplification vise à réduire les séquences de mouvements nécessaires à la production d’une gestuelle footballistique selon le principe que plus le chemin est court plus on est vite à destination. 7. Conclusion L’approche coordinative de la préparation physique footballistique propose un changement profond de paradigme. Là où les modèles traditionnels cherchent depuis longtemps à intensifier la performance par le développement métabolique et la surcharge énergétique, la coordination footballistique replace désormais le mouvement, la fluidité et l’organisation fonctionnelle au cœur de la performance. Le joueur n’est plus envisagé comme une addition de qualités physiques isolées, mais comme un système complexe où les dimensions physiques, techniques, tactiques, cognitives et émotionnelles interagissent en permanence. Dans cette perspective, la vitesse footballistique devient l’expression la plus aboutie de cette coordination globale. Elle ne dépend pas uniquement de la montée de la puissance musculaire ou des capacités physiologiques, mais de la qualité des relations entre les structures corporelles, des interactions perceptivo-décisionnelles et de l’harmonisation générale du joueur avec son environnement footballistique. La préparation physique footballistique ne vise alors plus principalement à résister à la fatigue, mais à en repousser les limites ou les frontières, en optimisant les coordinations permettant de produire des actions plus rapides, plus fluides, plus économiques et plus durables. Cette vision coordinative transforme également le rôle du PPF. Celui-ci devient un organisateur d’équilibres, soit entre les charges, entre les différentes formes d’entraînement, entre les contraintes du jeu et les singularités individuelles des joueurs afin de tracer le chemin le plus performant vers le succès, à savoir que chaque joueur puisse exprimer tout son talent footballistique. Son expertise ne réside plus seulement dans la prescription physiologique, mais dans sa capacité à créer des cohérences systémiques favorisant l’expression de ces talents footballistiques. Ainsi, la coordination footballistique apparaît comme une des voies qui répond aux exigences croissantes du football d’aujourd’hui ou de déjà demain. En cherchant moins à pousser le joueur à ses limites métaboliques qu’à améliorer l’intelligence organisationnelle de son mouvement, elle ouvre la possibilité d’un football plus intense, plus efficient et plus respectueux des équilibres corporels et humains des joueurs.
- Une approche systémique de la préparation physique footballistique
Pour saisir, comprendre, étudier, gérer, entraîner la complexité footballistique, l'approche systémique [1] semble la plus appropriée. Elle est une « manière de définir, étudier, ou expliquer tout type de phénomène, qui consiste avant tout à considérer ce phénomène comme un système : un ensemble complexe d’interactions, souvent entre sous-systèmes, le tout au sein d'un système plus grand ». Cette approche réduit la complexité de l'entraînement footballistique (le système) en le segmentant en thèmes d’entraînement interreliés (les sous-systèmes). Cependant, il est nécessaire d'aller encore plus loin conceptuellement en tenant compte du fait que l'objectif principal de cet entraînement est d'améliorer continuellement les performances des joueurs. Par conséquent, le sous-système physique doit être appréhendé de manière dynamique, tel une boule de neige qui grossit en dévalant une pente. L'objectif est que les effets des stimuli d'entraînement, quel que soit leur thème, renforcent simultanément sur les court, moyen et long termes toutes les sous-composantes physiques du joueur. Pour cela et comme annoncé ci-dessus, le PPF doit d'abord identifier les effets de débordement, positifs et/ou négatifs, appelés interférences, de ses séances d’entraînement physique. Ensuite, il doit s'efforcer d’en maximiser les effets positifs et d’en minimiser les effets négatifs, afin de créer un cercle vertueux centrifuge pour que les joueurs deviennent de plus en plus performants au fil des entraînements, en majorant en même temps leur vitesse, leur puissance et leur endurance. Cela dit, il convient maintenant d’identifier ces possibles interférences d'entraînement selon le point de vue que le football est un sport de vitesse. Les interférences de l’entraînement de la vitesse sur les qualités de la vitesse Les qualités physiques footballistiques s’entraînent d’abord et directement par elles-mêmes. Si je rappelle ce principe fondamental, c'est parce que malheureusement, les entraînements physiques footballistiques ne mettent que rarement la vitesse au premier plan des qualités physiques à développer. Si cela est respecté, il est possible d'observer une amélioration très significative du niveau de vitesse maximale des joueurs en seulement deux mois. Mais pour autant que le PPF limite les interférences suivantes de l’entraînement de la vitesse footballistique. Les interférences de l’entraînement de la vitesse sur la force et vice-versa Les qualités de vitesse et de force entretiennent une relation contraire. Pour atteindre sa vitesse maximale, l'un des prérequis est de surmonter une résistance minimale. À l'opposé, lors d'un effort maximal de force, la vitesse des contractions musculaires est pratiquement nulle. Si la vitesse est considérée comme la qualité physique primordiale à améliorer dans le football, je propose alors que l'entraînement de la force soit orienté vers une modalité vitesse-force. Une modalité force-vitesse risque, surtout en l’absence de séances systématiques de vitesse, de renforcer la crispation corporelle et les restrictions des amplitudes articulaires par une trop grande raideur par surcroît de tonicité, ce qui limite la production de la vitesse. En revanche, une modalité vitesse-force a pour objet de favoriser directement le recrutement le plus rapide possible des fibres musculaires, ce qui est le propre de la production de la vitesse maximale. Une même vitesse des contractions musculaires permet de combiner, au sein d’une même séance voire dans un même exercice, des stimuli visant à développer à la fois la vitesse et la montée de la puissance musculaire sans blessures musculaires. En effet, les muscles sont sensibles aux désynchronisations des contractions musculaires, engendrées par des contrastes trop importants de charges, auxquelles ils réagissent en se contractant parfois jusqu'à la déchirure. Les interférences de l’entraînement de la vitesse sur l’endurance A priori et intuitivement, on pourrait penser que plus un joueur se déplace rapidement, moins il est capable de maintenir son niveau de vitesse dans la durée, car plus il sollicite ses capacités énergétiques. Cependant, cette causalité semble être remise en question. En effet, lors de séances de Repeat Sprint Ability (RSA), il a été observé que plus le niveau de vitesse maximale d’un joueur est élevé, plus il est capable de répéter des séquences de vitesse maximale [2]. Cette observation s’explique probablement par le fait qu’un joueur rapide est généralement plus coordonné et relâché qu’un joueur plus lent. Ces deux paramètres favorisent la fluidité des mouvements, ce qui rend les déplacements plus efficaces, efficients et pertinents, donc plus économiques. Non seulement le joueur déploie moins d'effort mécanique pour se déplacer rapidement, mais il optimise également le fonctionnement de son système cardio-musculaire en limitant le phénomène d'hémolyse. Cela conduit à une augmentation de son niveau de VO2 max, ce qui améliore ses capacités de récupération entre deux efforts. Les interférences de l’entraînement de l’endurance sur la vitesse Pendant longtemps, voire depuis toujours, on a cru que les entraînements axés sur l'endurance généraient une transformation des fibres musculaires rapides en fibres lentes par le biais de la biogénèse mitochondriale. Cependant, même si ce phénomène existe, il semble être marginal dans le sens où il ne détermine pas le niveau de vitesse des joueurs. Par contre, j'observe que les entraînements physiques footballistiques qui se concentrent stratégiquement sur l'endurance ont tendance à éliminer des stimuli de vitesse maximale. Dans cette option, la vitesse est entraînée par le biais de l’endurance, principalement à travers des intermittents dont l’intensité est fixée sur un pourcentage de la Vitesse maximale aérobique (VMA) des joueurs. Ainsi, le niveau d'intensité des stimuli n'est pas suffisamment élevé pour activer les fibres musculaires rapides. Cela les exclut de la production de la vitesse et, par conséquent, de tout risque de transformation en fibres lentes. Par contre, cela les endort par non-sollicitation, ce qui peut expliquer un déficit de vitesse. Par ailleurs, l'entraînement axé sur l'endurance coûte hormonalement, ce qui réduit ainsi les capacités anaboliques de développement de la force. Par sa facilité opérationnelle, ce type d’entraînement est même dangereux, car il incite à en faire trop selon la devise « NO PAIN, NO GAIN » qui rassure, voire réconforte alors que les séances d’entraînement technico-tactiques contribuent déjà au développement de la capacité et de la puissance aérobiques des joueurs. Les interférences aérobie versus force Afin de gagner du temps et parce que le football exige un ensemble de qualités comprenant la force, la vitesse et l'endurance, les PPFs proposent de les développer simultanément à travers des entraînements combinés. Cependant, cette approche n'est pas sans poser quelques problèmes, comme l'ont souligné Julien Robineau et Christine Hanon [4]. Il est important de rappeler que les entraînements de force visent à «provoquer des adaptations nerveuses partant du cortex moteur jusqu’aux jonctions neuromusculaires des muscles sollicités, mais également des adaptations musculaires conduisant à l’hypertrophie ». En revanche, les entraînements d'endurance visent à développer des adaptations au niveau des systèmes respiratoire, cardiovasculaire, musculaire et endocrinien. Dans le cadre des interférences négatives, Christine Hanon souligne que « l’entraînement en endurance peut conduire à l’induction de signaux multiples capable d’inhiber la synthèse de protéine et de stimuler en parallèle la vitesse moyenne de dégradation de protéines. Signalons qu’au contraire le développement de l’hypertrophie musculaire nécessite une balance positive avec une synthèse de protéines supérieure à la dégradation. Aussi, la répétition de ces réponses antagonistes avec l’entraînement en endurance et l’entraînement en force pourrait contribuer à limiter le développement de l’hypertrophie musculaire dans le cadre d’un entraînement combiné». Cependant, Christine Hanon souligne aussi que les sportifs entraînés sont susceptibles d'être moins sensibles à cette interférence négative de l'aérobie sur la force. De plus, l'ampleur de cette interférence peut être réduite si l'unité de mesure est un cycle complet d'entraînement et non des séances combinées isolées [5]. En outre, elle identifie la fatigue comme un deuxième facteur contribuant à l'interférence négative. En effet, « la fatigue aiguë induite par une charge de travail trop importante et répétée, réalisée lors de la séance précédente, pourrait compromettre d’un point de vue qualitatif et quantitatif l’effort suivant et le développement de ses réponses adaptatives spécifiques ». Tout en relevant que les ampleurs des interférences dépendent de multiples facteurs, elle émet quelques recommandations dont l’objectif est «à la fois de pouvoir maximiser les adaptations du métabolisme énergétique, de développer la masse musculaire ainsi que de favoriser les adaptations neuromusculaires dans le cadre d’un entraînement combiné. ». Christine Hanon propose donc des recommandations pour «à la fois (…) pouvoir maximiser les adaptations du métabolisme énergétique, de développer la masse musculaire ainsi que de favoriser les adaptations neuromusculaires dans le cadre d’un entraînement combiné. ». Ses recommandations sont les suivantes : Au niveau de la réduction des interférences moléculaires - Éviter d’effectuer des entraînements aérobies à jeun le matin dans le cas où un entraînement de force a lieu par la suite - Réserver un espace-temps de récupération d’au minimum 3h à la suite d’une séance de haute intensité aérobique. L’idéal serait que cet espace-temps soit au minimum de 6h à 24h. - Reconstituer ses réserves en glycogène parce que dans le cas contraire les enzymes AMPK et SIRT1 restent actives, ce qui inhibe l’enzyme mTOR ce qui interrompt les adaptations de force musculaire. - Comme cette enzyme mTOR est active jusqu’à 18h après une séance de force, l’idée est de réduire cette activation, ou ses effets induits, par la prise immédiate de leucine associée à une prise de glucides - Comme les interférences se localisent sur les zones musculaires activées, des entraînements aérobies qui activent les membres inférieurs ne sont pas incompatibles selon une vision non-systémique avec des entraînements de force des membres supérieurs. Ceci me semble pour ma part dépassé selon une approche biotensègre qui prône que toutes les parties d’un corps sont en interaction mutuelles permanentes. - En comparant les effets des séances aérobiques course et cyclisme, les premières sont beaucoup plus impactantes que les secondes sur des entraînements de force à cause des traumatismes musculaires engendrés. Les secondes sont donc à privilégier lorsque le but est de développer les capacités aérobiques sans volonté fonctionnelle ou activation musculaire périphérique. Au niveau de la réduction de la fatigue cumulée entre les séances - Préférer des séances aérobiques intensives plutôt que des séances en continu lorsque cela est possible afin de réduire le volume d’entraînement et par là diminuer la fatigue chronique. Cette recommandation semble particulièrement pertinente à partir de trois entraînements à dominante aérobiques hebdomadaires, ce qui est le cas dans le football. Cette réduction volontaire du volume pour l’intensité « maximise le potentiel hypertrophique de l’entraînement combiné sur les gains de force et de puissance musculaire pour des sports où l’endurance n’est pas un facteur limitant mais sert de base à la condition physique ». Dans le cadre des interférences positives, Christine Hanon relève que « l’entraînement en musculation (…) peut s’avérer bénéfique pour la performance en endurance lorsqu’un faible volume de musculation se substitue ou s’ajoute au volume de travail aérobie dans le cadre des sports aérobies. En effet, l’entraînement en force maximale et/ou force explosive comparé à l’endurance de force, apparaît être même plus efficace pour optimiser les qualités neuromusculaires. » Ses recommandations sont alors de : - Enchaîner une séance de force après une séance aérobie peut être intéressant pour un gain de performance aérobie. Cela signifie qu’un entraînement de sport aérobique ne peut pas faire l’économie d’entraînement de force - Dans le cas où l’on veut perdre de la masse grasse, suite à une blessure ou aux pauses saisonnières, les entraînements combinés semblent tout à fait appropriés pour autant qu’ils associent entraînement aérobique à haute intensité et musculation [1]https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A9mique#:~:text=La%20syst%C3%A9mique%20est%20une%20mani%C3%A8re,d'un%20syst%C3%A8me%20plus%20grand (Page consultée le 14.04.2022) [2] D. Bishop, O. Girard, A. Mendez-Villanueva, Repeated-Sprint Ability – Part I, Factors Contributing to Fatigue, Sports Med 2011; 41 (8): 673-694. D. Bishop, O. Girard, A. Mendez-Villanueva, (2011). Repeated Sprint Ability- Part II. Recommandations for Training. Sports Med; 41 (9) 2011 p. 60. [3] Julien Robineau, Gestion des interférences liées au développement des qualités énergétiques et neuromusculaires, Thèse de doctorat en mouvement et comportement pour la santé et l’autonomie, Université de Grenoble, août 2006. [4] Christine Hanon, Le sport à haute intensité, INSEP Editions, 2019. [5] Par isolés, sont compris des exercices qui ne s’appuient pas sur le jeu ou sur ses situations pour faire progresser le joueur. Par intégrés, sont compris des exercices où l’on retrouve toutes les composantes du football associées pour produire du football. Par orientés, sont compris des exercices qui visent à faire progresser physiquement dans l’activité football.











