
LA PRÉPARATION PHYSIQUE DU FOOTBALLEUR
PAR L'ENTRAÎNEMENT DE SA VITESSE MAXIMALE

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- Le reset neuro-musculaire par l'IMP
Bien que je ne sois pas un fervent adepte de la périodisation tactique, je suis d'accord avec son principe de fraîcheur comme condition essentielle à des entraînements de qualité. Mais là où la périodisation met l’accent sur la fraicheur cognitive, je privilégie en tant que PPF la fraîcheur neuromusculaire. Je la recherche en utilisant les principes de l'Intégration motrice primordiale (ci-après IMP) pour mettre en condition d'entraînement «vitesse maximale» les joueurs. Comme la vitesse maximale s'entraîne par la vitesse maximale, elle exige un état neuromusculaire frais et disponible. Pour évaluer cet état, un simple test de détente Sargent suffit. Si les résultats sont significativement inférieurs aux valeurs de référence, il est préférable de proposer aux joueurs des exercices de régénération plutôt que de chercher à stimuler leur vitesse. Outre ce test de détente, je sais, par les principes de l’alacrité, que si les joueurs sont joyeux et que l'énergie du vestiaire est positive, alors ils sont prêts à s'entraîner en mode vitesse maximale. Mais, fort heureusement, dans le cas où les joueurs ne sont pas au top à cause, par exemple, d’une journée de distress, il est aussi possible de retrouver un état neuromusculaire positif par l’IMP de Paul Landon. Pour résumer, l'IMP [1] discute de nos réflexes archaïques qui nous sont donnés lors de notre développement fœtal. Ces réflexes, qui nous sont essentiels pour survivre dans un premier temps, à l’exemple de la succion pour nous nourrir, sont, plus nous grandissons, inhibés, par des réflexes posturaux. Si cette inhibition n'est pas complète à cause des incidents, accidents et traumas de la vie ou de surcharges physiques et/ou émotionnelles, cela se traduit par des perturbations neuromusculaires aiguës ou chroniques. La chance, c'est que l'on peut résoudre ces absences d'inhibition momentanées ou durables par des exercices de réinitialisation motrice primordiale tels que proposés par le préparateur physique Tim Anderson [2]. Chemin faisant, j’utilise désormais systématiquement ces exercices en lieu et place des habituels protocoles de renforcement musculaire, parce qu’ils préparent mieux les joueurs aux entraînements ou aux exercices de vitesse. Cette expérience positive s'explique très certainement par le fait que l'IMP, en corrigeant nos perturbations neuromotrices, contribue également à favoriser notre homéostasie nerveuse. Toute activité qui consiste « à combattre ou à fuir », telle que la pratique sportive, stimule notre système nerveux sympathique, entraînant une production intense d'adrénaline et de noradrénaline afin de mobiliser fortement nos ressources musculaires. Cependant, un système en tension permanente, ou en stress chronique, ne peut pas perdurer sans conséquences néfastes. Heureusement, notre organisme est pourvu d'un système nerveux parasympathique qui calme les effets du système sympathique, en utilisant notamment le neurotransmetteur acétylcholine. Comme la réinitialisation motrice primordiale favorise l'activité du système parasympathique, elle contribue à réduire notre distress et nos surtensions. Ainsi, la réinitialisation motrice primordiale trouve son utilité avant, pendant et après l'entraînement, en tant que mesure de régénération. Si ce reset neuromusculaire s'avère utile pour l'entraînement physique de la vitesse footballistique, il est par extension et par définition très utile comme mise en condition de tout entraînement technique, voire technico-tactique. En cela, j’encourage tout entraîneur à proposer à ses joueurs les exercices proposés par l'IMP. Au pire, les joueurs auront travaillé leur mobilité et leur coordination générale. Dans ce cadre, le protocole de Tim Anderson vise à « nettoyer » notre système nerveux du distress ou autres fatigues neuromusculaires accumulées dans la journée pour nous rendre plus disponibles pour l'activité à venir. Plus particulièrement, ce reset a pour fonction d'«actualiser le système nerveux et rétablir les bonnes connexions réflexes dans tout le corps, ce qui permet de récupérer son contrôle réflexe qui est la base de notre capacité de manifester nos mouvements. Ce contrôle est la combinaison, ou plutôt l'union, de la stabilité, de la mobilité et de la force réflexe » sachant que lorsque « nous n'avons pas toute la force, la stabilité ou la mobilité réflexive, nous n'avons pas le plein contrôle réflexe et nous ne pouvons pas exprimer pleinement toute la mobilité, la force, la puissance, la vitesse et la fluidité pour lesquels nous avons été conçus ». [1] Le livret de l'Intégration motrice primordiale de Paul Landon se trouve le site https://www.reflexes.org/livret-imp/. Page consultée le 23.12.2023. [2] Tim Anderson, Réinitialisez-vous, retrouvez votre force originelle et intégrez vos réflexes par le mouvement, Editions Ressources Primordiales, 2020.
- Harmoniser le joueur pour libérer sa vitesse footballistique
La vitesse footballistique constitue aujourd'hui la qualité dominante du football contemporain. Cependant, contrairement aux conceptions traditionnelles qui l'assimilent juste à une capacité d'accélération ou de déplacement, cette vitesse doit être comprise, pour être correctement entraînée selon une logique de cause à effet, comme la capacité du joueur à produire rapidement une réponse pertinente face aux contraintes du jeu. Cette réponse peut être motrice, technique, tactique, perceptive ou décisionnelle. La vitesse footballistique apparaît ainsi comme l'expression globale de l'ensemble des systèmes biologiques mobilisés dans l'action. Dans cette perspective, je propose, par mon concept d'entraînement du physique footballistique, une rupture avec les modèles dominants de préparation physique fondés sur l'accumulation des qualités physiques. L'objectif n'est plus uniquement d'augmenter métaboliquement les capacités physiologiques du joueur, mais, en premier lieu, d'extraire sa vitesse latente, ou intrinsèque, en supprimant les contraintes qui limitent son expression. La performance footballistique ne dépend pas uniquement de la quantité de force ou d'endurance disponible, mais surtout de la capacité du joueur à mobiliser efficacement ces ressources lorsqu'une situation de jeu l'exige. Dans ce cadre, les limitations à l’expression de la vitesse footballistique peuvent être de nature énergétique, neuro-musculaire, mécanique ou structurelle. Dès lors, son entraînement ne consiste pas seulement à développer des qualités, mais également à réduire les freins qui empêchent sa manifestation optimale. Parmi les différents leviers d'extraction de la vitesse footballistique, j’évoque l'harmonisation du joueur au côté de la gestion des déséquilibres corporels et de l’entraînement en tant que tel de la vitesse footballistique. Cette harmonisation repose sur deux dimensions complémentaires et interdépendantes. La première consiste à préserver le capital énergétique du joueur afin de maintenir un haut niveau de disponibilité biologique. La seconde vise à corriger les déséquilibres corporels susceptibles d'altérer l'efficience mécanique du mouvement. L'harmonisation du footballeur peut ainsi être définie comme « l'ensemble des interventions visant à réduire simultanément les freins énergétiques et les freins biomécaniques limitant l'expression de la vitesse footballistique ». Elle ne constitue pas uniquement une démarche de prévention ou de santé mais un véritable processus d'optimisation de la performance. Dans l'objectif de participer à l’amélioration de la performativité de l’entraînement physique footballistique, ce post montre comment la préservation de l'énergie et la correction des déséquilibres corporels participent conjointement à l'extraction de la vitesse footballistique. I. Préserver l'énergie : maintenir la vitesse footballistique disponible 1. L'alacrité comme indicateur central de la disponibilité footballistique Dans une logique d'extraction de la vitesse footballistique, l'alacrité représente probablement l'un des indicateurs les plus pertinents de l'état fonctionnel du joueur. Elle peut être définie comme la capacité à mobiliser instantanément les ressources physiques, techniques et cognitives nécessaires à l'action. Contrairement aux indicateurs traditionnels de charge qui renseignent principalement sur le travail réalisé, l'alacrité informe directement sur la disponibilité réelle du système biologique. Un joueur peut posséder d'excellentes qualités physiologiques tout en étant incapable de les exprimer pleinement lorsque ses systèmes nerveux, métaboliques ou mécaniques sont perturbés. Dans cette perspective, la vitesse footballistique n'est pas uniquement déterminée par les qualités développées lors de l'entraînement mais également par la capacité à les rendre immédiatement accessibles lorsque la situation de jeu l'exige. L'alacrité devient alors un révélateur de la quantité de vitesse effectivement disponible et implique notamment de savoir gérer le stress de la compétition et de bien se régénérer. L'objectif de la préparation physique footballistique consiste dès lors à préserver cette disponibilité en évitant les états de fatigue chronique qui diminuent progressivement la capacité du joueur à exprimer son potentiel. 2. Le modèle footballistique de la surcompensation : rechercher l'adaptation sans sacrifier la vitesse Le modèle de surcompensation repose sur l'idée qu'une fatigue est nécessaire pour provoquer une adaptation corporelle supérieure à l’état initial. Si cette logique peut conserver un intérêt dans certaines disciplines sportives, elle présente des limites évidentes dans le contexte footballistique contemporain où les compétitions se succèdent à un rythme élevé. Du point de vue de l'extraction de la vitesse, l'enjeu n'est pas de produire le maximum de fatigue mais d'obtenir le maximum d'adaptation pour le minimum de perturbation du système biologique. Une fatigue excessive réduit temporairement la vitesse disponible et augmente le délai nécessaire au retour à un état optimal de fonctionnement. L'approche métabolique footballistique vise donc à optimiser le rapport entre stimulation et récupération afin d’entraîner la forme et non la méforme des joueurs. Le rendement de l'entraînement devient plus important que son volume. Cette logique conduit à limiter les charges inutiles, individualiser les temps de récupération et préserver les réserves énergétiques indispensables à l'expression de la vitesse selon un principe de surcompensation modérée constante. 3. Le reset neuro-musculaire qui vise à restaurer la disponibilité du système nerveux La vitesse footballistique dépend largement de l'efficacité du système nerveux central. Celui-ci coordonne les recrutements musculaires, régule les niveaux de tension et organise les réponses motrices adaptées aux contraintes du jeu. Sous l'effet de l'accumulation des sollicitations physiques, émotionnelles et cognitives, le système nerveux peut progressivement entrer dans un état de saturation fonctionnelle. Cette situation se traduit généralement par une diminution de la coordination, une perte de fluidité motrice, une baisse de réactivité et une augmentation du coût énergétique du mouvement. Le reset neuro-musculaire vise à restaurer les capacités régulatrices du système nerveux afin de retrouver une organisation motrice plus efficiente. En diminuant les tensions résiduelles et en améliorant la qualité des recrutements musculaires, il contribue directement à la restauration de la vitesse footballistique disponible. Pour ce faire, je propose une préparation pré-entraînement sur les principes de l’Intégration motrice primordiale. Elle vise à placer le joueur dans son état optimal de disponibilité neuro-musculaire. Restaurer certaines amplitudes, améliorer la proprioception et préparer les chaînes myofasciales permet alors de faciliter l'accès à la vitesse footballistique présente dans l'organisme. 4. Prévenir le burn-in footballistique Contrairement au burn-out, qui correspond à un épuisement avancé, le burn-in désigne une phase caractérisée par une diminution progressive de l'engagement, de la motivation et de la vitalité. Les symptômes incluent une baisse de la montée de la puissance musculaire, ou explosivité, une fatigue persistante, une réduction de l'implication et une récupération ralentie. La détection précoce de ces signaux permet d'adapter les charges avant l'apparition d'une dégradation majeure de la performance. 5. La gestion du stress oxydatif L'activité footballistique génère une production importante d'espèces réactives de l'oxygène. À faibles doses, celles-ci participent aux mécanismes adaptatifs. En excès, elles altèrent les structures cellulaires et accélèrent les phénomènes de fatigue. La gestion du stress oxydatif repose sur une planification raisonnée des charges, une récupération adaptée, une nutrition adéquate et une qualité de sommeil optimale. L'objectif est de maintenir un équilibre entre stimulation adaptative et préservation cellulaire. II. Harmoniser la structure corporelle pour extraire la vitesse footballistique 1. La biotenségrité ou le fondement mécanique de la vitesse Si la vitesse footballistique dépend de la disponibilité énergétique du joueur, elle dépend également de la qualité de son organisation structurelle. Le concept de biotenségrité offre un cadre particulièrement pertinent pour comprendre cette réalité. Selon cette approche, le corps humain fonctionne comme un réseau continu de tensions et de compressions interdépendantes. Chaque mouvement résulte de l'interaction coordonnée de l'ensemble du système et non de l'action isolée d'un muscle ou d'une articulation. Dans cette perspective, la vitesse footballistique ne dépend pas uniquement de la capacité des muscles à produire de la force mais également de la capacité du système à transmettre efficacement cette force à travers l'ensemble des chaînes myofasciales. Une perturbation locale peut ainsi générer des compensations à distance selon une logique « glocale », modifier la qualité des transferts mécaniques et augmenter le coût énergétique du mouvement. L'harmonisation corporelle consiste alors à restaurer la cohérence globale du système afin de faciliter la circulation des forces et d'améliorer l'efficience du mouvement footballistique. 2. Les déséquilibres corporels ou les freins invisibles à l'expression de la vitesse La pratique footballistique génère naturellement de nombreuses asymétries fonctionnelles. La dominance d'un membre inférieur, les restrictions de mobilité de hanche, les déficits de stabilité lombo-pelvienne ou encore les déséquilibres rotatoires font partie des adaptations fréquemment observées chez les joueurs. Ces adaptations deviennent problématiques lorsqu'elles augmentent le coût mécanique de la gestuelle footballistique. Chaque compensation nécessaire pour contourner une restriction articulaire ou une instabilité représente une dépense supplémentaire de ressources neuro-musculaires. Ainsi, les déséquilibres corporels agissent comme de véritables freins à l'extraction de la vitesse footballistique. Une partie du potentiel énergétique disponible est détournée vers la gestion des compensations plutôt que vers les exigences du jeu. L'objectif de l'harmonisation corporelle n'est donc pas de rechercher une symétrie parfaite mais de réduire les contraintes mécaniques qui limitent l'efficience du mouvement et diminuent la vitesse footballistique disponible. 3. Le corps du footballeur comme un jardin d’enfants-muscles L'image d’un jardin d’enfants-muscles illustre la nécessité d'entretenir continuellement l'ensemble des structures corporelles. Certaines zones se développent naturellement sous l'effet de la pratique tandis que d'autres deviennent progressivement déficitaires. Le rôle du préparateur physique footballistique (PPF) consiste alors à identifier les zones sursollicitées, réhabiliter les fonctions négligées, restaurer les équilibres mécaniques et maintenir la diversité fonctionnelle du système. Cette approche favorise la résilience globale du joueur. 4. L'entraînement de la mobilité La mobilité constitue une qualité physique fondamentale permettant d'exprimer la force dans des amplitudes optimales. Une mobilité insuffisante entraîne des compensations techniques, une augmentation des contraintes articulaires, une perte d'efficacité gestuelle et une dépense énergétique accrue. L’entraînement de la mobilité doit être intégré quotidiennement et considéré comme un outil de performance physique autant que de prévention 5. La place des étirements Les étirements ne doivent plus être envisagés comme une simple stratégie d'assouplissement. Leur intérêt réside dans leur capacité à modifier la perception de la tension, améliorer la qualité tissulaire et restaurer certaines amplitudes fonctionnelles. Leur utilisation doit être contextualisée selon l'objectif recherché, le moment de la séance, le profil du joueur et les restrictions identifiées. 6. Le fluage comme stratégie d'adaptation chronique Le fluage correspond à la déformation progressive des tissus sous l'effet d'une contrainte prolongée et modérée. Cette propriété permet d'améliorer durablement certaines amplitudes, de réduire les tensions excessives et d'influencer favorablement les propriétés mécaniques des tissus. Contrairement aux interventions agressives, le fluage respecte les capacités adaptatives naturelles du système biologique. Conclusion L’harmonisation du footballeur repose sur un principe fondamental qui est que la vitesse footballistique n’est pas uniquement une qualité à développer, mais un potentiel latent à révéler. Si l’entraînement vise traditionnellement à accumuler des capacités physiques, l’enjeu contemporain consiste tout autant à supprimer les freins qui empêchent leur pleine expression. Dans cette perspective, l’énergie et la structure corporelle forment un système indissociable. Un organisme déséquilibré gaspille une partie de ses ressources dans des compensations mécaniques inutiles. Inversement, un organisme énergétiquement altéré perd progressivement sa capacité à organiser efficacement la gestuelle footballistique, donc la vitesse footballistique. Le niveau de cette dernière naît ainsi de la rencontre entre une disponibilité biologique élevée et une organisation biomécanique efficiente. Le rôle du PPF ne consiste plus à prescrire des charges destinées à développer la force ou l’endurance, mais à optimiser en permanence les conditions permettant au joueur d’exprimer sa vitesse latente dans toute sa complexité, soit motrice, technique, perceptive, cognitive et décisionnelle. Préserver l’alacrité, restaurer la disponibilité neuro-musculaire, limiter les phénomènes de burn-in, maîtriser le stress oxydatif, corriger les déséquilibres corporels et entretenir la cohérence du système locomoteur deviennent autant de leviers complémentaires d’un même objectif qui est d’extraire la vitesse latente, ou inexploitée, des joueurs afin de l’utiliser pour jouer. L’harmonisation apparaît ainsi comme un véritable paradigme de la préparation physique footballistique. Elle réconcilie performance, santé et longévité sportive au sein d’une même logique d’efficience biologique. Car, en compétition, la différence ne réside plus seulement dans ce que le joueur possède comme qualités, mais dans sa capacité à les rendre pleinement disponibles au moment où le jeu les exige. L'harmonisation n'est alors pas seulement une préparation au développement de la vitesse, elle est déjà un processus de développement de cette vitesse. Chaque unité d'énergie économisée et chaque compensation biomécanique supprimée augmentent directement la qualité et à la quantité de vitesse disponible pour le jeu ou exprimer le talent footballistique du joueur.
- Un, un-deux, un-deux-trois... 1200 fois... tout est là
Le football revient basiquement physiquement à effectuer de la marche rapide de 6 à 7kmh pendant 95mn. Mais plus spécifiquement, le football ce sont des séquences de jeu très intensives qui deviennent, grâce à un niveau technique de maitrise du ballon moyen en constante progression, progressivement plus consistantes. Ces séquences reviennent de plus en plus souvent en raison des pressings et contre-pressings qui génèrent une animation de jeu intermittente, soit par coups de boutoir au rythme de plus en plus dense et par là impactant. Le football exige alors, aujourd'hui, des joueurs dominants énergétiquement, c'est-à-dire qui prennent, lors d'un match, 1200 fois [1], plus ou moins 400 [2], l'espace de jeu avant l'adversaire pour (dé)tenir le ballon ou une position d'avantage tactique. Ceci afin de s'offrir un temps d'avance leur permettant de faire la différence. Cela signifie que toutes les 4-5 secondes, les joueurs doivent mobiliser au mieux leur énergie pour impacter le jeu, l’adversaire ou le ballon. Pour ce faire, les joueurs doivent être constamment attentifs au jeu en scannant la position évolutive du ballon, de leurs coéquipiers et de leurs adversaires. Ils doivent également prendre des décisions conscientes, mais surtout inconscientes vu la vitesse du jeu qui exclut un traitement cognitif conscient des situations de jeu, rapides sur leurs déplacements et leurs gestuelles techniques. C'est là que réside pour moi la vraie performance physique du joueur, c'est-à-dire dans sa faculté à mobiliser incessamment son énergie et à l'exprimer pleinement lors de ses 3 premiers appuis tout en scannant bien le jeu. C'est tout... mais c'est beaucoup ! Pour appréhender la grande difficulté de cette tâche, je vous invite à frapper vigoureusement dans vos mains de 1 à 3 fois toutes les 4 secondes pendant 5 minutes tout en lisant un livre et en comprenant son message. Non seulement le maintien de ce rythme est rébarbatif et fastidieux, mais en plus, plus le temps passe, plus il devient difficile de maintenir un niveau d'énergie maximal dans ses frappes et de comprendre le livre. Or, nos footballeurs doivent soutenir cette rythmique d'actions de jeu et cette compréhension pendant plus de 90 minutes. Il est vrai qu'ils sont entraînés à le faire depuis tout petit. Néanmoins, ils forcent mon admiration, sachant qu'il suffit de 1 erreur sur les quelque 12 000 actions d'un match pour le perdre. [1] Jean-Christophe Hourcade, Quantification de la charge d’entraînement pour les exercices spécifiques en football, Thèse de doctorat STAPS, Université Paris Descartes, 2017, p. 14 [2] Alexandre Dellal, Analyse de l’activité physique du footballeur et de ses conséquences dans l’orientation de l’entraînement ; application spécifique aux exercices intermittents, courses à haute intensité et jeux réduits. Thèse de doctorat STAPS, Université de Strasbourg, 2008. p. 16.
- La vitesse footballistique
Affirmer que le football est désormais un sport de vitesse nécessite quelques précisions sémantiques. Pour ce faire, je m’appuie sur le design des efforts des joueurs afin de les typiciser en termes de vitesse footballistique. C'est ainsi que cet écrit développe trois aspects de la vitesse footballistique que sont la cyclique, l'acyclique et le passage de l'un à l'autre. La vitesse footballistique cyclique Tant qu'il y a un enchaînement de foulées, c'est-à-dire que les foulées s'exécutent, ou se reproduisent sur le même design biomécanique, il y a une vitesse cyclique. Elle prend une forme rectiligne en cherchant à atteindre le plus directement possible un lieu. Elle reste de nature cyclique si sa direction s'incurve à droite ou à gauche sans que cela entrave la fluidité de l’enchaînement de foulée. Elle est positive lorsqu'on va de plus en plus vite, à l'exemple d'une accélération [1]. À l'inverse, elle est négative lors d'une décélération. Elle est constante lors d'un maintien de vitesse à l'occasion par exemple d'une course lancée. La vitesse cyclique est la seule qui permette d'atteindre la vitesse maximale ou « son point culminant de vitesse ». Il est toutefois très rare qu'un joueur l'atteigne dans un match, car le jeu et la conduite du ballon lui laissent rarement l’espace de 25m à 30m libres de toutes contraintes et le temps nécessaire pour le faire. Plus souvent, le jeu, ou sa vitesse d'animation, ne l’exige même pas. La variation de la vitesse cyclique s'effectue généralement par une modification de la fréquence de foulée plutôt que par son amplitude, ce qui demande un effort énergétique pour le joueur. Cette variation par fréquence charge métaboliquement le joueur puisqu'il doit à chaque fois se remobiliser énergétiquement pour relancer sa vitesse. En analysant les designs d'accélération des joueurs, on constate que la progression de la vitesse n'est pas linéaire. En d'autres termes, « le taux de montée de la vitesse » varie en fonction de la distance parcourue et des caractéristiques individuelles des joueurs. Ainsi, pour certains joueurs, l'accélération est plus forte entre 0 et 5m, tandis que pour d'autres, elle est plus forte entre 5m et 10m. En fonction de leur poste sur le terrain, les joueurs doivent privilégier différents types d'accélération. Par exemple, pour un ailier, il doit détenir une accélération longue pour prendre l'espace devant lui, tandis que pour un milieu de terrain, la priorité est de sortir de la densité de la zone 2 de jeu par des accélérations très intenses les plus courtes possibles. Dans tous les cas, les joueurs améliorent leur vitesse cyclique par répétition en activant au maximum leurs trois premiers appuis. Elle s’entraîne également par montée maximale plus ou moins longue de leur vitesse, afin que les joueurs puissent à volonté compresser et décompresser leur temps d'accélération. Cet entraînement contribue à améliorer leur condition physique puisqu’il créé une réserve de vitesse qui permet de plus facilement réitérer des séquences de vitesse maximale [2]. La vitesse footballistique acyclique La vitesse acyclique concerne toute la gestuelle footballistique qui ne se répète pas dans une même séquence d'actions. Elle dépend alors principalement de la capacité à mobiliser, ou recruter spatio-temporellement, rapidement, fréquemment et de manière répétitive, le plus de fibres musculaires impliquées dans le geste footballistique souhaité. Pour certains, ce recrutement passe par la musculation lourde ou force-vitesse. Je n’en suis pas partisan. D'une part, cela risque de renforcer les déséquilibres et les raideurs corporelles induits par le football. D'autre part, ce type de musculation cultive la tension musculaire par contraction, ce qui favorise la crispation par le recours à la force pour produire de la vitesse alors que celle-ci provient du relâchement. Enfin, ce type de musculation demande des entraînements isolés qui prennent beaucoup de temps d'entraînement et nécessitent également une haute expertise technique. Cela n'exclut pas un apport de musculation pour développer qualitativement cette vitesse acyclique, mais sur une modalité intermusculaire de vitesse-force. Outre ce développement qualitatif de la vitesse acyclique, son optimisation passe principalement par des écoles d'appui, qui font partie intégrante de l'apprentissage, du maintien et de la perfection de la maîtrise technique du ballon. Mes seules exigences de PPF à ces occasions sont que les exercices techniques soient exécutés avec le torse droit, que les joueurs évitent de fixer le sol pour maintenir leur équilibre corporel, que leurs appuis s’enchaînent avec vivacité et légèreté en ne tapant pas le sol afin que l'énergie cinétique produite par l’appui profite au maximum à l'appui suivant. Les passages successifs de l'une à l'autre... Dans la réalité du terrain, une stricte segmentation entre les vitesses cyclique et acyclique n'est pas pertinente. Il est même très rare qu'elles ne se combinent pas en se suivant, à l'exemple d'une prise de balle dans la profondeur suivie d'un centre. Ce sont précisément la qualité des transitions soudaines et aléatoires entre ces vitesses qui sont critiques pour performer physiquement sur le terrain, car ce sont autant de moments où la gestuelle footballistique peut être altérée, ralentie ou perturbée, laissant ainsi à l'adversaire l'opportunité d'annihiler une action ou de récupérer le ballon. Il revient au PPF d'en optimiser la fluidité, afin que ces passages deviennent des opportunités pour faire des différences. Cette fluidité est comprise ici comme « le maintien au bon moment, sans surcoûts énergétiques et pertes du contrôle neuromoteur des vitesses impliquées dans une gestuelle footballistique ». Frans Bosch, nomme ces passages « spécificité », c'est-à-dire qui « désigne la façon dont les patterns de mouvement sont apparentés. Les caractéristiques de la spécificité constituent le mécanisme fondamental des transferts (ou de l'entraînement), qui peuvent être positifs, négatifs ou neutres, c'est-à-dire que les mouvements s'améliorent, se dégradent, ou n'affectent pas les uns les autres » [3]. Frans Bosch inscrit cette spécificité dans le concept plus large de biotenségrité. L'ensemble est le coeur et le moteur de ce qu'il nomme l'agilité. Selon mon interprétation, Bernard Grosgeorge et Stevy Farcy apparentent cette fluidité à de l'agilité réactive pour laquelle ils couplent réactivité neuromusculaire avec les dimensions cognitives d'anticipation, de traitement de l'information et la réponse à une situation [4]. Pour extraire, optimiser, développer, enrichir ou simplement maintenir physiquement la fluidité de ce passage, il s'agit d'en identifier les éléments constitutifs. Dans l'idée d'en assurer sa continuité sans accrocs ni blocages, je la symbolise par une roue. 8 éléments (posture, équilibre, relâchement, traitement cognitif et contrôle moteur, puissance musculaire, réflexes archaïques, alacrité, biotenségrité) la composent. Ils ne sont pas hiérarchisés puisque si l'un manque, l'ensemble ne peut exister parfaitement. Cette roue représente la coordination structurelle corporelle des joueurs. Dans ce cadre et sachant que le football est un sport aléatoire à 360 degrés, plus le joueur pourra faire varier avec fluidité ses gestuelles cyclique et acyclique, plus il pourra s'adapter ou répondre correctement à la situation de jeu. Cette capacité de variation peut s’entraîner par les qualités de la coordination motrice identifiées par Arturo Hotz soit l’équilibre, la réactivité, le rythme, l’orientation et la différenciation [5]. Ces exercices doivent alors : - déséquilibrer pour que le corps améliore ses capacités de rééquilibration. Ce principe de déséquilibration doit comprendre un niveau de force et de vitesse de déstabilisation correspondant à des situations de jeu. Il en est de même avec les zones des impacts ou encore sur les ampleurs des déséquilibres. C'est ce qui explique que je ne suis pas favorable à des désadaptations de type bozu, qui produisent des oscillations de déséquilibre qui ne correspondent à aucune réalité du terrain. Une planchette en bois provoquant des déséquilibres de 0,5cm d'amplitude est bien suffisant. - stimuler la réactivité des mouvements lors des activations. Il s’agit d’activer ici des aspects réactifs (réactivité neuromusculaire), de vigilance (concentration sur le jeu) et cognitifs (vitesse de traitement de l'information), mais aussi techniques avec par exemple l’entraînement du pointage de genoux. Le maintien d'une réitération de qualité de cette réactivité représente à mes yeux la véritable charge physique du football, car elle demande à chaque fois une remobilisation énergétique, à l'image d'un cœur qui pulse vigoureusement et indéfiniment. - élargir le spectre du rythme de course sur la base de variations de fréquence et d'amplitude de foulée. Plus particulièrement, l'idée est que le joueur puisse varier à volonté et avec facilité, ou jouer avec, les amplitudes et les fréquences de ses foulées. Par exemple, pour réaccélérer, il lui suffit d'allonger son amplitude de foulée en gardant constante sa fréquence et pour faciliter la prise d'une courbe, il lui faut maintenir sa fréquence de foulée tout en rétrécissant son amplitude de foulée. On comprend ici que la faculté de varier les amplitudes et les fréquences de foulée est fondamentale pour le timing des déplacements ou être au point de rendez-vous footballistique que le jeu demande. C'est précisément cette capacité qui fait, selon moi, l'une des forces physiques de Kylian Mbappé. Cette variation rythmique s’entraîne par des écoles de vitesse footballistique et d’appui. - désorienter pour retrouver le plus rapidement ses repères spatiaux. Le but est que le joueur conscientise son schéma corporel au plus vite dans n'importe quelle situation, c'est-à-dire qu'il a la faculté d'appréhender son corps dans son environnement proche, ou ici espace de jeu. Cela exige que ses capteurs posturaux et sensori-moteurs soient en forme. Cela s’aiguise par l’entraînement proprioceptif avec la condition de maintenir ses pieds et ses yeux en forme. - accroître la capacité de différenciation consiste à renforcer la capacité d'ajuster efficacement et de manière pertinente sa gestuelle footballistique pour répondre de manière optimale à une situation donnée sur le terrain. Cette capacité de différenciation nécessite de pouvoir dissocier les différentes parties du corps et complète, voire peut s’assimiler, à l’entraînement de la variation de la rythmique gestuelle. [1] Voir l’excellent blog de Gilles Marambaud, qui décrypte l’accélération dans le football https://accelerationfootball.wordpress.com/a-propos/ Page consultée le 7.08.2023. [2] Plus particulièrement dans le cas d'un intermittent Repeat Sprint Ability, ce sont les footballeurs qui ont les pointes de vitesse les plus hautes, qui se fatiguent plus lentement. Certainement parce que pour courir vite implique courir mieux et donc plus économique. Lire à ce propos, D. Bishop, O. Girard, A. Mendez-Villanueva, Repeated-Sprint Ability – Part I, Factors Contributing to Fatigue, Sports Med 2011; 41 (8): 673-694. [3] Frans Bosch, Anatomie de l'agilité, Frans Bosch & Physiques Performance Editions, 2023, p. 92. [4] Bernard Grosgeorge et Stevy Farcy, L'agilité dans les sports collectifs, 4 Trainer Editions, 2016. [5] Arturo Hotz, Les capacités coordinatives, in Manuel Jeunesse et sport de football, Editeur EFSM, 1986, Macolin.
- Le concept d'entraînement du physique footballistique de Vitruve-Football.net
La réalité du terrain et les tendances d’évolution technico-tactiques du jeu conduisent à constater que le football est devenu, objectivement et indubitablement, un sport de vitesse. Ces observations m’ont amené à adopter une option stratégique centrée sur la vitesse maximale pour entraîner physiquement les joueurs. Il est important de noter que chaque option stratégique a le droit d'exister, car il n’y a pas de Vérité absolue en matière de préparation physique dans le football. Dans ce contexte, pour rendre une option stratégique visible, lisible et opérationnelle, elle doit être déclinée de manière cohérente, par la formalisation d’un concept d’entraînement physique spécifique au football. En application du critère d’efficacité de la performativité d’un entraînement, j’ai défini l’OBJECTIF CARDINAL de mon entraînement physique footballistique par la capacité pour chaque joueur de réitérer 20x20m d’accélération maximale entrecoupée par des pauses actives de 45s en footing, soit à une vitesse de déplacement comprise entre 40% à 60% de leur vitesse maximale. Pour atteindre cet OBJECTIF CARDINAL, qui fait office d’Etoile polaire en donnant la direction à suivre, j’ai d’abord défini thématiquement mon chemin d’intervention sur la base du développement biologique des joueurs. Ce chemin, c’est le gigacycle Vitruve-Football de l’entraînement physique footballistique. Il constitue un exemple temporel de fil rouge pour la formation physique, utile tant pour les clubs que pour les joueurs intéressés. Certainement sur la base des écrits de Jürgen Weineck [1], l’Association suisse de football (ASF) représente en 2D le physique footballistique par une triangulation de qualités physiques que sont l’endurance, la force et la vitesse. Cette représentation indique ce qu’il convient de faire-faire pour obtenir un bon physique footballistique. On devine ici que l’idée de l’ASF est que les joueurs aient, en tant que généralistes, la capacité d’effectuer toute la panoplie des efforts footballistiques. Le problème de cette stratégie est qu’elle crée un plafond de verre de niveau de vitesse footballistique à cause de stimuli pas assez intensifs, spécifiques et systématiques. Sûrement dans le souci, ou même la peur atavique, de ne pas tenir physiquement les matchs, et sachant que les plus grandes distances parcourues cumulativement en match sont à VMA, la doxa actuelle de l’entraînement physique footballistique privilégie le développement de la qualité d’endurance par les multiples intermittents VMA. Cette approche quantitative présente trois inconvénients majeurs : 1. Elle renforce la culture du « NO PAIN, NO GAIN », selon laquelle plus on en fait, plus on se sent physiquement fort. Cette approche quantitative ne respecte pas le critère d’efficience de la performativité de l’entraînement. Elle procure une satisfaction personnelle et/ou donne bonne conscience quant au travail accompli, mais cela réduit considérablement le niveau d’alacrité des joueurs, donc leur compétitivité. 2. Elle stimule les fibres rapides des joueurs par des exercices d'endurance, ce qui va à l'encontre du développement optimal de la vitesse. Cela ne respecte donc pas le critère de spécificité de la pertinence de la performativité de son entraînement physique, qui demande que les qualités physiques doivent s’entraîner par elles-mêmes. 3. Elle est superflue puisque les facultés de récupération se développent déjà par les jeux, ce qui coûte hormonalement et réduit ainsi les effets de l'entraînement de la force. Le symbole de cette approche quantitative se trouve dans les livres sur la préparation physique et même les logiciels de captation des efforts. Ils considèrent, et par là statufient, un sprint comme une vitesse égale ou supérieure à 25kmh. Autrement dit, et pour faire un parallèle parlant, le football actuel entraîne physiquement trop souvent les joueurs comme des demi-fondeurs, voire des marathoniens, alors que ce sont des « sprinters footballistiques ». Pour éviter ce biais d’entraînement, il appartient aux PPFs de spécifier leur intervention en choisissant clairement leur option stratégique de la préparation physique footballistique. De mon côté, je propose, on l’a déjà compris, que l’entraînement de la vitesse maximale soit la pierre angulaire de la préparation physique du footballeur. Cela signifie, selon une perspective 3D, que la vitesse footballistique s’entraîne d’abord par la qualité physique de la vitesse (la zone rouge de l’image ci-contre). Les entraînements des qualités de l’endurance (la zone bleue) et de la force (la zone jaune) viennent respectivement alors bonifier quantitativement et qualitativement cette vitesse. Je représente cette approche par un cône inversé, ancré dans le gigacycle de Vitruve-Football. Cette inversion illustre l’idée que plus les joueurs progressent physiquement, plus ils étendent horizontalement leur capacité à répéter des séquences de vitesse maximale. La hauteur du cône correspond ainsi au niveau de vitesse d’un joueur, tandis que la grandeur du diamètre de son cercle supérieur reflète sa capacité à répéter des actions et des déplacements rapides. Si j'insère ce cône dans un ballon, c'est pour montrer que le développement des qualités physiques nécessaires à la performance doit se faire en équilibre. Sinon, on peut se retrouver dans les situations suivantes : · Le cône 1 indique qu'un joueur est en excédent de force par rapport à sa vitesse et son endurance · Le cône 2 montre un excédent d’endurance par rapport à la vitesse et l’endurance · Le cône 3 représente une situation d’excès de vitesse par rapport à l’endurance et la force · Le cône 4 indique un déficit de vitesse par rapport aux niveaux de force et d'endurance Cône 1 Cône 2 Cône 3 Cône 4 Excédent de force Excédent d’endurance Excédent de vitesse Déficit de vitesse Ce type de représentation permet aussi d’illustrer des diagnostics sur les niveaux qualitatifs et quantitatifs de la production de la vitesse footballistique selon les exemples suivants. Cette image illustre le fait que si le niveau de vitesse est satisfaisant, sa capacité à la réitérer est insuffisante Cette image illustre un déséquilibre flagrant entre un haut niveau de vitesse et la capacité à la réitérer. Cette image illustre un équilibre entre les qualités physiques footballistiques mais aussi leur sous-développement Cette image illustre des qualités d’endurance et de force satisfaisantes, mais une vitesse sous-stimulée Ceci visualisé, il s'agit désormais de concrétiser mes interventions terrains. Je le fais par un concept d’entraînement qui s’articule autour de trois phases clés, séquentiellement présentées pour la clarté de l’explication, mais en réalité concomitantes dans leur application. Ces phases sont : 1. L’extraction de la vitesse naturelle maximale footballistique 2. L’optimisation technique de cette vitesse footballistique 3. Ses développements quantitatif et qualitatif. Phase 1 : L'extraction de la vitesse maximale naturelle footballistique Cette phase consiste à exploiter pleinement la vitesse maximale naturelle footballistique des joueurs. Cette extraction se fait à travers un travail d’harmonisation biotensègre de l’ensemble du corps, en s'assurant que les joueurs soient en pleine santé et en état de pleine alacrité. Cette phase s’appuie sur plusieurs principes clés : · Détente musculaire et relâchement : L'idée ici est de maximiser la performance en enseignant aux joueurs à se décontracter pour mieux contracter leurs fibres musculaires pour se déplacer vite. Cela permet de prévenir la rigidité corporelle et d’optimiser l’utilisation des fibres musculaires. · Intégration Motrice Primordiale : Il s'agit de viser à ce que le système nerveux des joueurs fonctionne en homéostasie, tout en inhibant leurs réflexes archaïques qui pourraient nuire à leur performativité motrice. · Étirements et renforcement : Le Stretching global actif et la méthode d'étirement contracté-relâché sont utilisés pour améliorer la mobilité musculo-articulaire. De plus, un renforcement corporel en X dans un cadre biotensègre permet de canaliser l’énergie des joueurs de manière efficace, soit en exploitant au mieux leur énergie vitale. · Recrutement des fibres musculaires : Pour extraire la vitesse maximale footballistique naturelle d’un joueur, il s’agit d’activer ses fibres rapides par un recrutement spatio-temporel correspondant. Comme « on n’est jamais mieux servi que par soi-même » et que « c’est en forgeant que l’on devient forgeron », cela signifie que pour se déplacer plus vite, on s’y entraîne à vitesse maximale. Cela implique d’éliminer les blocages corporels qui empêchent cette vitesse maximale de s’exprimer. Pour ce faire, je préconise des entraînements sensitifs de la vitesse maximale. Phase 2 : L’optimisation technique de la vitesse maximale footballistique Une fois la vitesse naturelle footballistique extraite, il s'agit d’optimiser sa production à travers un apprentissage technique spécifique. Cette phase repose sur des entraînements techniques des vitesses cyclique et acyclique propres au football. Ces écoles de vitesse permettent d’affiner la coordination entre les différents types de vitesse, afin que les joueurs puissent passer avec fluidité d’une vitesse à l’autre, selon les exigences du jeu. Pour atteindre cet objectif, mon entraînement physique met l’accent sur la coordination fine footballistique. Par des variations maximales de mouvements finement exécutés, mon idée est de développer une généralité d’action hautement qualitative permettant aux joueurs de s'adapter rapidement aux changements imprévisibles du jeu. Phase 3 : Les développements qualitatif et quantitatif de la vitesse Cette phase se subdivise en deux volets : · Un développement qualitatif qui consiste à élever harmonieusement la montée de la puissance musculaire des joueurs selon un régime de vitesse-force. L’objectif est ici d’optimiser la montée de la puissance musculaire pour pouvoir hautement, harmonieusement, promptement et prestement accélérer et décélérer en fonction de son poste. · Un développement quantitatif vise à accroître la capacité des joueurs à répéter des sprints de 20 mètres en accélération maximale, entrecoupés de pauses actives de 45 secondes. Cette répétition de l’effort, connue sous le terme d’intermittent RSA, est cruciale pour que les joueurs puissent maintenir leur intensité maximale tout au long d’un match. L’ensemble de ce concept d’entraînement physique a pour ambition de libérer l’expression du talent footballistique de tous les joueurs. Autrement dit, mon ambition est que « le physique footballistique » magnifie en toute assertivité les talents technico-tactiques des joueurs. Cela est acquis lorsque ce physique footballistique ne caractérise pas le joueur. En d’autres termes, lorsque ce physique n’interpelle et ne le stéréotype visuellement pas en tant qu’athlète avant d’être un footballeur, à l’exemple des arbitres qui font des bons matchs quand on ne les remarque pas. Dans ce cadre et par son importante marge de progression en vitesse, le physique footballistique peut même devenir un atout pour un joueur pour performer au plus haut niveau. [1] Jürgen Weineck, Manuel d’entraînement, Vigot, Paris, 1986.
- L’évolution de l’effort footballistique ; une intermittence de plus en plus saccadée
Le football, reconnu comme un sport intermittent depuis le début des années 2000, tend aujourd’hui vers un profil d’efforts de plus en plus saccadé, c’est-à-dire brusque, irrégulier et soudain. Cette évolution traduit une transformation profonde dans la manière dont le jeu est pratiqué, analysé et compris. Elle résulte à la fois des innovations tactiques et des progrès en préparation physique footballistique. L’intermittence comme caractéristique rythmique du football L’intermittence désigne l’« alternance rythmique entre des phases d’intensité élevée, comme les accélérations, les sprints et les actions offensives et des moments plus calmes où le ballon circule lentement, permettant aux joueurs de se repositionner et de récupérer ». La maîtrise de cette alternance est déterminante, car elle conditionne la capacité à créer et exploiter des opportunités de jeu. Plus encore que d’autres sports collectifs plus rigides tactiquement, comme le basket-ball, le volley-ball ou l’extrême, le football américain, le football vit des opportunités laissées par le jeu, ce qui demande de fait de grande qualité de spontanéité pour les saisir. Une récupération imprévue, un appel dans le bon espace ou un geste individuel peuvent à tout moment changer le cours du match. La saccade comme nouvelle forme d’intermittence Depuis une dizaine d’années, cette intermittence footballistique s’oriente vers une dynamique plus saccadée, marquée par des changements plus fréquents de vitesse en niveau et en variation, une réactivité musculaire accrue et une densification des séquences à intensité maximale. Sur le plan tactique, le « gegenpressing » développé par Jürgen Klopp à Liverpool en est une illustration. L’équipe réagit immédiatement à la perte du ballon, déclenchant un pressing collectif dense et exigeant. De manière complémentaire, le Manchester City de Pep Guardiola alterne des phases longues de possession et des accélérations soudaines dans le dernier tiers du terrain. Enjeux pour la préparation physique footballistique Cette intensification des variations de rythmes de jeu n’aurait pas été possible sans l’évolution des méthodes d’entraînement. Les joueurs répètent désormais des efforts de haute intensité grâce aux protocoles d’endurance intermittente (VMA, HIIT). Ce type de préparation a amélioré considérablement les facultés de récupération entre les prises des espaces, compétence essentielle pour répondre aux exigences du jeu. Cependant, ces méthodes, centrées sur l’endurance aérobique et la répétition d’efforts, stimulent peu les fibres rapides nécessaires à la vitesse maximale. Or, c’est cette vitesse maximale qui constitue désormais la clé de la performance footballistique. L’entraînement physique footballistique doit donc conjuguer stratégiquement le développement de la capacité à répéter des accélérations et d’élever autant que faire se peut la vitesse pure des joueurs. Pour répondre à ces contraintes, mais aussi pour peser sur le jeu, je propose que l’entraînement physique footballistique intègre la notion de « timing d’effort ». Un timing efficace améliore la prise d’espace, conditionne la qualité des duels et permet de surprendre l’adversaire. Cette compétence repose à la fois sur des déterminants cognitifs (anticipation, lecture du jeu) et physiques (coordination, vitesse, explosivité). L'entraînement physique du timing d'effort Le timing physique d'effort, « c'est l'art de mobiliser et de doser son énergie musculaire pour l'appliquer au bon moment, au bon endroit et à la bonne vitesse à la situation footballistique». Il s'agit, avec ou sans ballon, d'accélérer, de ralentir, de changer de direction ou de sauter au moment opportun pour faire déjouer l'adversaire et/ou se créer l'espace de jeu voulu. Un timing parfait permet de surprendre l'adversaire, de gagner un duel ou d'avoir le décalage nécessaire pour se retrouver en position de frappe. Il est entendu que si les joueurs savent anticiper les actions de l'adversaire et à ajuster leurs efforts en conséquence, ils joueront tout simplement mieux ou au plus près de leur talent footballistique. La qualité cognitive, qui conditionne en grande partie la qualité de la réactivité de la prise d’espace, s’entraîne pour moi lors et par les exercices d’entraînements technico-tactiques sans oublier « qu'un cerveau sans pattes ne va pas bien loin ». Pour son volet physique, ou moteur, un timing d’effort, pour prendre d’à-propos les espaces de jeu, s’améliore par des entraînements de coordination, de la vitesse maximale, de la mobilisation performante de l’énergie musculaire tout en maintenant un haut niveau d’alacrité des joueurs. L’entraînement de la coordination Plus un joueur sera fluide, moins il rencontrera de problèmes fonctionnels pour exécuter la gestuelle footballistique qu’il désire au moment qu’il choisit ou qu’il est contraint d’effectuer. Cette fluidité s’obtient par l’amélioration de sa coordination par harmonisation corporelle et optimisation technique de sa gestuelle footballistique. L’harmonisation corporelle vise à limiter les déséquilibres musculaires et à donner la liberté articulo-musculaire suffisante afin que le joueur ne soit pas limité dans ses mouvements conscients, ou inconscients, contraints corporellement et souvent malvenus, c’est-à-dire qui brouillent la qualité de la gestuelle footballistique et même l’empêchent. Cette harmonisation est obtenue in vivo par les entraînements de la mobilité ainsi que les optimisations techniques des déplacements cycliques et acycliques. Le but est d’améliorer le synergisme intermusculaire des joueurs en généralisant leur coordination fine. L’entraînement de la vitesse maximale Comme le football est devenu un sport de vitesse, j’entraîne la vitesse maximale footballistique : - selon le principe fondamental que la production de la vitesse maximale consiste d’abord à se décontracter musculairement pour mieux se contracter par la suite - pour mieux l’exprimer en la vivant pleinement en se connectant à son corps par l’écoute et la culture de ses sensations de vitesse - en aiguisant la qualité des capteurs sensoriels par entraînement proprioceptif, puisque plus ses capteurs seront perceptifs, plus le joueur pourra affiner sensoriellement sa gestuelle footballistique - en promouvant une mentalité vitesse, c’est-à-dire en faisant comprendre, et par là accepter, qu’une production performante de la vitesse est du domaine du facile. Cela exclut une production première de la vitesse maximale par la force qui force les mouvements en les crispant. Pour obtenir cette facilité, l'idée est que le joueur automatise bien la production de sa vitesse maximale, au même titre qu’il ne demande pas à son corps de respirer, afin de faire vivre son football avec sa spontanéité et son instinct. L'entraînement de la mobilisation de son énergie musculaire Je l’ai écrit, la mobilisation réactive de l'énergie musculaire passe par une anticipation et une compréhension du jeu. Outre cet aspect cognitif, qui ne sert à rien si on n’a pas les moyens physiques correspondants pour le concrétiser sur le terrain, j’entraîne la qualité de la mobilisation de l’énergie musculaire : - en demandant d’accompagner les débuts des moments d’efforts par des expirations profondes et brèves à l’image des lanceurs en athlétisme qui accompagnent leur jet par de puissants cris gutturaux. Pour exercer l'automatisme d'un déclenchement d'effort par expiration, les exercices de musculation, plus particulièrement ceux en stato-dynamiques, s’y prêtent particulièrement bien - par une haute et systématique activation des 3 premiers appuis quel que soit leur intensité dans l'idée d’autonomiser réactivement, mais aussi d'optimiser techniquement la prise active des espaces - par des jeux de variation de déplacements cycliques qui améliorent la rapidité et la fonctionnalité des changements de rythme par modulation des vitesses en séquences vite-lent-vite ainsi que par la variation des fréquences et des amplitudes de foulée pour être au rendez-vous que le jeu demande - en cherchant à ce que les joueurs puissent maitriser l'énergie cinétique de leurs masses en mouvement par un renforcement corporel en X La préservation de l’alacrité Un joueur fatigué perd par définition en lucidité, en coordination réactive et ne bénéficie pas d’une récupération inter-effort complète. Cela rend plus difficile la mobilisation de son énergie musculaire pour prendre les espaces de jeu parce que d’une part il n’en a plus et, d’autre part, il n’a pas la fraîcheur neuromusculaire pour le faire. L’idée est donc de préserver l’alacrité du joueur : - en appliquant une gestion des charges modulée par le principe de la surcompensation modérée constante - en mettant en place des mesures de récupération et de régénération - en préparant le joueur à aborder, à gérer et à comprendre la dynamique des enjeux footballistiques de compétition en les déconstruisant pour gagner en sérénité - en incitant le joueur à prendre soin de ses santés physique, mentale, affective et sociale Conclusion Le football contemporain n’est plus seulement intermittent. Cette intermittence se saccadent de plus en plus soit dont les efforts sont plus brusques, plus soudains et plus irréguliers. Les innovations tactiques (contre-pressing, transitions rapides), les exigences physiques (répétition d’efforts intenses, vitesse maximale) et les progrès en préparation athlétique expliquent cette mutation. Pour répondre à ces exigences, l’entraînement physique footballistique doit donc conjuguer travail de vitesse maximale, endurance intermittente, optimisation de la coordination et gestion de l’alacrité. Le tout dans une logique de timing d’effort, qui relie la dimension physique à la dimension cognitive du jeu. Les joueurs capables de moduler leur vitesse maximale, de répéter les séquences de jeu intensives tout en restant lucides et coordonnés, incarnent le football d’aujourd’hui : un football fait de ruptures, de réactivités et d’accélérations soudaines.
- Se déplacer vite, c'est se déplacer plus longtemps
Selon une approche systémique, nos qualités physiques sont interdépendantes et interagissent par influences mutuelles. Dans cette perspective, l'ADN de la préparation physique est de créer une dynamique positive de sollicitation, de stimulation et d'adaptation de nos qualités physiques afin que l'on soit tout à la fois, ou en particulier selon les sports, plus vite, plus fort, plus longtemps. Cette logique d'intervention implique de traquer les interférences entre les entraînements des qualités de force, de vitesse et d'endurance. Ceci afin d'éviter des stimuli d'entraînement qui péjoreraient l'une ou l'autre des qualités physiques lors de leurs entraînements. Cette problématique se pose avec insistance dans le football parce qu'il doit notamment concilier les qualités supposées opposées que sont notamment la vitesse et l'endurance. En effet, à première vue, la vitesse et l'endurance semblent s'opposer par le fait que plus un joueur va vite, moins il est capable de maintenir longtemps cette vitesse, qu’elle soit continue ou intermittente. Ce truisme ne se vérifie pas nécessairement dans le football. Dans mon concept d'entraînement physique footballistique, l'entraînement de l'endurance est le moyen de mieux réitérer la répétition de la vitesse footballistique en augmentant les facultés de récupération des joueurs. Cette progression passe métaboliquement pour son volet capacité aérobique par des entraînements intégrés par des jeux de conservation et pour le volet puissance aérobique par des jeux réduits type 4x4 ou plus spécifiquement par de l'intermittent RSA. Elle passe aussi techniquement par le MIEUX COURIR, c'est-à-dire par l'augmentation du rendement énergétique de déplacement des joueurs. Ce MIEUX COURIR s'entraîne par l'optimisation technique de la vitesse footballistique. Cette optimisation est rendue nécessaire parce que ; MIEUX COURIR, c'est être efficient, c'est-à-dire utiliser moins d'énergie pour atteindre, maintenir et répéter sa vitesse maximale footballistique. MIEUX COURIR, c'est aussi avoir un niveau de vitesse maximale supérieure, ce qui signifie dépenser moins d'énergie lorsqu'on se déplace à une vitesse inférieure. MIEUX COURIR limite la casse de nos globules rouges, ou hémolyse, sachant que chaque appui est une secousse corporelle qui les détruit. Dans cette perspective, plus les appuis sont fluides, sans chocs et sans freins qui bloquent, plus la capacité d'oxygénation, et donc le niveau de la VMO2max, est préservée [1]. MIEUX COURIR demande moins d'amortissements musculaires, notamment de la part des lombaires, ce qui signifie moins d'énergie mobilisée pour récupérer des efforts consentis et des tensions qui y sont inhérentes. Tout cela explique probablement le constat issu de l'entraînement par intermittent RSA. Plus la vitesse maximale est élevée, plus il est possible de maintenir longtemps la réitération de cette vitesse, ou en d'autres termes, d'avoir une pente de décrémentation de cette vitesse plus faible [2]. Si je vous ai convaincu que l'optimisation technique de la vitesse maximale footballistique est un thème d'entraînement à part entière pour améliorer et maintenir métaboliquement sa réitération, elle est toutefois soumise à quelques conditions pour qu’elle soit bénéfique pour la réitération des accélérations maximales. Tout d'abord, elle demande des prérequis nécessaires et cumulatifs que sont des angulations articulo-musculaires et des déséquilibres musculaires qui ne limitent pas les mouvements. Dans le cas contraire, il devient très difficile pour le joueur de corriger sa technique de course, même s'il le souhaite. Dans cet esprit, l'entraînement intramusculaire de la montée de la puissance musculaire accentue la raideur musculaire et donc renforce les déséquilibres musculaires. Il est donc à éviter. Ensuite, toute amélioration de la vitesse footballistique nécessite une mise à niveau des facultés de récupération des joueurs. Sinon, le risque est d'avoir des joueurs « pschitt », c'est-à-dire capables d'atteindre une grande vitesse, mais incapables de la répéter. Le PPF doit alors veiller à maintenir un équilibre optimal de progression entre les développements qualitatif et quantitatif de la vitesse footballistique. [1] Jack H. Wilmore, David L Costill, Larry Kenney, Physiologie du sport et de l'exercice, Editions de Boeck Supérieur, 2017. p. 175. [2] D. Bishop, O. Girard, A. Mendez-Villanueva, Repeated-Sprint Ability – Part I, Factors Contributing to Fatigue, Sports Med 2011; 41 (8): 673-694. D. Bishop, O. Girard, A. Mendez-Villanueva. Repeated Sprint Ability- Part II. Recommendations for Training. Sports Med 2011; 41 (9) p. 741-752
- Stratégiquement, le football est un sport de vitesse
Le football exige des joueurs une polyvalence physique alliant, de manière générale, force, endurance et vitesse. Cette approche généraliste conduit les préparateurs physiques footballistiques (PPF) à privilégier un développement global, c’est-à-dire sans hiérarchie, des qualités physiques. Néanmoins, comme l’endurance semble être la qualité la plus sollicitée, ce qui ne signifie pas nécessairement la plus utile, en situation de match, c’est autour d’elle que s’articule le développement physique général des joueurs. Or, le football connaît une intensification physique croissante, ce qui soulève la question suivante : cette option reste-t-elle stratégiquement performante, c’est-à-dire encore efficiente, efficace et pertinente ? Pour y répondre, cet écrit fait théoriquement appel, de manière très sommaire dans sa première partie, à l’analyse stratégique. Cela s’est néanmoins révélé suffisant pour identifier les « leviers différenciateurs », c’est-à-dire les critères objectifs permettant de choisir l’option physique la plus adaptée ä la situation, sachant, selon les mots de Sénèque, « qu’il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ». Sur la base de ces leviers, le texte se poursuit par une évaluation stratégique des options disponibles, afin de déterminer si l’une d’elles s’impose aux autres. Dans une seconde partie, cet écrit évalue si l’option émergente est réellement acceptable et implémentable par et dans le football. En effet, qu’une option se distingue est une chose, mais cela n’a aucune valeur si elle s’avère inapplicable ou impraticable sur le terrain. Pour ce faire, j’ai recours à une analyse SWOT de la situation, dans le but de savoir si l’option physique émergente, est opportune. Puis par une analyse coût-bénéfice, j’identifie les facteurs susceptibles d’en garantir l’implémentation réussie sur le terrain. Il est entendu, en premier lieu, que cet écrit constitue avant tout une sensibilisation méthodologique à la problématique abordée. Il a ainsi le mérite de promouvoir l’approche stratégique dans la prise de décision footballistique. Cette méthodologie représente un outil précieux. En objectivant les choix footballistiques, elle limite l’influence des biais cognitifs et émotionnels dans le processus décisionnel. De plus, comme elle est accessible à tous, elle nous préserve ainsi de l’appropriation et de l’instrumentalisation du football par la poursuite d’objectifs personnels qui contrevient aux intérêts et à l‘intégrité personnelle des joueurs. Enfin, elle permet aux PPFs de mobiliser l’ensemble de leur savoir, y compris celui qui reste souvent implicite ou inconscient. En second lieu, il convient d’être conscient qu’une telle analyse est susceptible de remettre en question notre propre répartition des priorités thématiques dans l’entraînement physique footballistique. Plus précisément, cela implique qu’à son issue nous devrons possiblement (re)penser la répartition habituelle des composantes physiques dans nos programmations. À titre indicatif, cette répartition se situe généralement autour de 70 % (±10 %) pour l’endurance, 20 % (±10 %) pour la force, et 10 % (±5 %) pour la vitesse. La remise en question constitue donc le principal risque de toute analyse objective. D’un point de vue stratégique, ce risque semble assumable et même désirable parce qu’il évite que son entraînement physique footballistique devienne progressivement moins compétitif. Partie 1 : Analyse stratégique des options d’entraînement physique footballistique 1.1. Les principes stratégiques issus du management Pour décider quoi entraîner en priorité, je propose aux PPFs d’adopter une réflexion stratégique. À cet égard, les travaux de Michael Porter, Richard Rumelt et Henry Mintzberg nous en offrent des clés précieuses de compréhension. Michael Porter définit la stratégie comme « un choix clair de positionnement qui permet d’obtenir un avantage concurrentiel durable ». Cela implique de se différencier par des qualités rares, difficilement imitables, tout en s’adaptant à la concurrence ainsi qu’aux attentes de son « champ d’intervention ». Transposé au football, cela signifie que la bonne stratégie consiste à développer la qualité physique qui crée une véritable différence sur le terrain. De son côté, Richard Rumelt propose un processus de réflexion simple, mais redoutable 1) un diagnostic clair à savoir qui répond au vrai besoin 2) une ligne directrice qui identifie la priorité à réaliser et 3) un ensemble d’actions cohérentes qui permet de savoir comment y parvenir. Une bonne stratégie consiste donc à identifier la qualité physique footballistique la plus utile, puis à structurer l’ensemble de l’entraînement autour de ce choix prioritaire. Pour Henry Mintzberg, une bonne stratégie n’est pas figée. Elle doit émerger du terrain, s’adapter au contexte, au joueur ainsi qu’à la réalité du moment. Dans cette perspective, entraîner tous les joueurs de la même manière, sans adaptation à leur poste ou à leur profil, est stratégiquement faible. 1.2. Quelle qualité physique émerge stratégiquement ? Pour répondre à cette question, je propose d’examiner succinctement les trois qualités physiques majeures du football selon leurs « leviers différenciateurs », dans le but de déterminer laquelle est la plus appropriée au football actuel, qui devient de plus en plus intensif comme l’indique son intermittence de plus en plus saccadée. L’endurance doit toujours être considérée comme le socle énergétique de l’effort footballistique. Elle permet de répéter les efforts et présente l’avantage d’être déjà bien maîtrisée et développée chez la plupart des joueurs. Elle demeure donc vitale et nécessaire à l’expression physique du football en développant la qualité des facultés de récupération inter-efforts des joueurs. Pour sa part, la force, en offrant un support au physique footballistique, est essentielle pour tenir les duels, favoriser le retour à l’équilibre, pour dynamiser la projection dans les espaces de jeu et s’avère particulièrement déterminante à certains postes, comme celui des défenseurs centraux pour dominer et contenir la fougue des attaquants adverses. On peut également la considérer comme indispensable pour vaincre l’inertie des masses corporelles et initier les actions de jeu. Elle apparaît donc toujours comme un facteur clé pour exécuter qualitativement les déplacements footballistiques cycliques et acycliques, aux côtés de la réactivité motrice. Certes, la part de la vitesse dans la répartition des efforts durant un match est minime. Cela dit, les matchs se décident souvent sur des actions de haute intensité telles que les accélérations, les contre-attaques ou les appels en profondeur. Comme la vitesse y joue donc un rôle décisif, elle représente stratégiquement la qualité offrant le plus d’avantages pour gagner un match. Or, elle est rarement entraînée spécifiquement, c’est-à-dire qu’on l’entraîne par elle-même, contrairement à ce que recommande le critère de pertinence de l’entraînement. Ainsi, la vitesse devient un élément hautement différenciateur, susceptible de doter le joueur d’une capacité qui fait une réelle différence sur le terrain à condition que son entraînement soit pertinent, c’est-à-dire ici qu’il ne créé pas d’interférences négatives qui le réduit à néant. La vitesse constitue donc le levier stratégique le plus sous-exploité et, par conséquent, le plus rentable à développer dans l’entraînement physique footballistique. Elle mérite ainsi d’être la pierre angulaire de son concept de préparation physique footballistique, à condition qu’elle soit jugée suffisamment opportune pour être acceptée par le football et que son implémentation soit réalisable. 1.3. Analyse de l’opportunité de l’option vitesse L’idée d’intégrer la vitesse comme qualité centrale dans la préparation physique footballistique est stratégiquement justifiée. Toutefois, toute stratégie, aussi séduisante soit-elle sur le papier, doit être évaluée à l’aune de son opportunité. Ce paragraphe propose donc une analyse coût-bénéfice afin d’évaluer si un tel changement stratégique apporte une plus-value compétitive indiscutable. L’analyse coût-bénéfice est une méthode d’évaluation systématique qui consiste à comparer les coûts totaux d’un projet, d’une décision ou d’une politique avec ses bénéfices totaux. L’objectif est de déterminer si les bénéfices d’un choix l’emportent sur ses coûts. Pour le savoir, il s’agit d’identifier l’option qui maximise un apport net à la cause. Dans ce cadre, les coûts et les bénéfices se définissent comme suit : - Les coûts peuvent être directs (expl: dépenses d'achat, salaires, matières premières) ou indirects (ex: temps passé, nuisances environnementales, coûts d'opportunité, c'est-à-dire le bénéfice perdu en ne choisissant pas la meilleure alternative) - Les bénéfices peuvent être directs (expl: augmentation des revenus, gains de productivité) ou indirects (ex: amélioration de la réputation, bien-être social, réduction des risques). 1.3.1. Les coûts d’une telle option Les coûts, respectivement les obstacles, à l’adoption d’une stratégie physique centrée sur la vitesse sont, selon moi, au nombre de 7 : un champ encore peu structuré et flou, un manque de formation des PPFs, des contraintes organisationnelles, un risque de surcharge ou d’erreur en cas de mauvaise intégration, une résistance institutionnalisée au changement, le danger du conformisme ainsi qu’une possible perte de pouvoir des caciques footballistiques. 1) Un champ peu structuré et encore flou Dans bien des cas, la vitesse footballistique n’est ni bien définie ni clairement modélisée. Il n’existe pas de consensus précis sur sa quantification, ni sur les méthodes les plus efficaces pour l’entraîner dans un contexte footballistique. Ce domaine demande donc d’être décrypté, étudié et structuré, car il se situe à l’intersection de la biomécanique, de la posturologie, de la neurophysiologie et de l’analyse du jeu. 2) Un manque de formation des PPFs La majorité des PPFs a été formée sur des modèles centrés sur l’endurance et la planification linéaire. Passer à une logique de stimulation à haute intensité nerveuse, de périodisation inversée ou de travail de la vitesse maximale implique un changement de paradigme, nécessitant un investissement significatif en compréhension, en formation, en matériel, ainsi qu’un temps d’adaptation conséquent. 3) Une contrainte organisationnelle Travailler la vitesse footballistique de manière qualitative exige des plages de récupération correspondantes, des contenus individualisés, une gestion fine de la charge, ainsi que des surfaces adaptées. Cela peut s’avérer difficile à mettre en œuvre dans des contextes à forte densité d’effectif ou soumis à des contraintes de temps, comme c’est souvent le cas en amateur ou en formation. 4) Le risque de surcharge ou d’erreur si elle est mal intégrée La vitesse footballistique est une qualité exigeante sur le plan neuromusculaire. Si elle est mal assimiler à cause de surfatigue, mauvaise technique et manque de progressivité, elle peut générer des blessures ou de la contre-performance. Son entraînement doit être sagace, technique, cohérent, sensitif et accompagné d’une pédagogie spécifique. 5) La résistance institutionnalisée au changement Les clubs, les académies et même certains joueurs sont souvent attachés à des routines traditionnelles d’entraînement physique, validées par le temps et leur dimension rassurante. Passer d’une logique d’endurance généralisée à une approche centrée sur la vitesse footballistique suscite donc méfiance, voire opposition implicite. Ce changement de paradigme expose également à des critiques infondées, voire à des stratégies visant à discréditer le messager pour éviter d’entendre le message. Cela nécessite, pour y résister, confiance, conviction, une pédagogie claire et un engagement sur le long terme. 6) Le danger du conformisme Dans un environnement ultra-compétitif suivre les pratiques dominantes permet de se protéger, puisque « si je fais comme tout le monde, je ne suis pas critiquable parce que mes erreurs ne me sont pas imputables ». Ce biais de conformité crée une zone de confort où l’innovation devient marginale, voire suspecte. Pourtant, c’est en sortant de ce mimétisme collectif que se créent les véritables écarts de performance. La vitesse footballistique, parce qu’elle est encore sous-exploitée, constitue alors l’un des rares leviers permettant de se distinguer réellement, à condition d’oser y investir avec consistance et rigueur. 7) La perte de pouvoir des caciques footballistiques Dans le football, le pouvoir s’acquiert non seulement par les résultats, mais aussi par la maîtrise perçue du jeu, de l’entraînement, de la performance et par les statuts. Cependant, lorsqu’un changement de paradigme s’opère, ses transformations techniques viennent bousculer les fondements du pouvoir des PPFs institués et décideurs. Ce déplacement du centre de compétence entraîne une érosion de leur autorité. Ils ne sont plus les seuls détenteurs du savoir pratique, et leur légitimité se trouve fragilisée face à l’émergence de nouveaux modèles plus transversaux, interdisciplinaires et technicisés. En conséquence, leur place dans la hiérarchie footballistique devient moins évidente, car ce qui faisait d’eux des figures d’autorité tels que leur maîtrise de l’entraînement physique traditionnel devient obsolète dans un environnement désormais fondé sur la preuve, les données, l’argumentation et la spécialisation. En réaction naturelle, ces caciques footballistiques ferment la porte à l’innovation afin de préserver leur pré-carré dans l’entraînement physique footballistique, qu’ils croient représenter alors qu'il n'appartient à personne. 1.3.2. Les bénéfices Je recense 4 bénéfices majeurs à accorder une place centrale à la vitesse dans un concept d’entraînement physique footballistique : une différenciation réelle et mesurable, une stimulation de la vitesse d’animation du jeu, un gain d’efficience énergétique ainsi qu’un avantage compétitif durable. 1) Une différenciation réelle et mesurable La vitesse est la qualité physique qui fait la différence lors des moments clés : accélérations offensives, retours défensifs, changements de direction, décrochages explosifs. L’entraîner spécifiquement permet de développer un atout peu travaillé chez la majorité des joueurs, renforçant ainsi directement l’impact individuel et collectif. 2) Une stimulation de l’ensemble du jeu Une vitesse footballistique entraînée à haute intensité impacte positivement l’explosivité, la gestuelle, la coordination et le rapport au ballon en situation réelle. Mieux encore, le développement de la vitesse stimule également la force spécifique, la proprioception et la réactivité, contribuant ainsi indirectement à élever le niveau d’animation du jeu. 3) Un gain d’efficience énergétique Un joueur plus rapide est souvent un joueur plus économique. Il crée des écarts plus rapidement, récupère mieux de ses accélérations et réduit son exposition aux duels prolongés. 4) Un avantage compétitif durable Puisque la vitesse footballistique est peu entraînée, mal stimulée et rarement développée spécifiquement, ceux qui s’y consacrent sérieusement peuvent créer un écart durable face à leur concurrence. 1.3.3. Synthèse de l’analyse stratégique Le bénéfice du choix de l’option vitesse est évident : gains de performance, spécificité accrue, différenciation durable. Mais les coûts, en termes de changement de cadre, de compétences, de pédagogie et d’acceptabilité, sont bien réels et souvent plus humains que techniques. Cependant, il est clair vu son rôle décisif sur le terrain, que cette option reste clairement opportune. La question n’est donc plus de savoir s’il faut y aller, mais plutôt comment y aller intelligemment, c’est à-dire sans casser des œufs. Pour ce faire, il est urgent de réfléchir sérieusement à l’option physique de la vitesse, de la documenter, de former les intervenants, et surtout d’oser remettre en cause le modèle dominant centré sur l’endurance, au profit d’un entraînement plus intense et plus qualitativement spécifique. Dans cette perspective, ce n’est pas l’intégration de la vitesse footballistique dans l’entraînement physique footballistique qui est difficile. C’est la remise en cause du modèle dominant qui l’est. La question n’est donc plus : « Est-ce que la vitesse est importante ? », mais bien : « Est-ce que l’on est prêt, et quand, à se décaler du modèle établi pour entraîner le physique footballistique par sa vitesse. ? ». Partie 2 : Faisabilité et évaluation des risques du choix de l’option stratégique choisie Pour avoir les éléments de réponse à la question ci-dessus, j’analyse cette fois stratégiquement ce qu’une telle implémentation exige pour qu’elle réussisse. Cette partie se subdivise en une analyse SWOT qui vise à comprendre les facteurs de succès d’acceptation d’une option vitesse et une analyse des risques de son implémentation. 2.1. Forces, faiblesses, menaces et opportunité d’une implémentation de l’option vitesse Pour identifier l’acceptabilité de l’option stratégique choisie, l'analyse SWOT permet d’évaluer les facteurs clés de la réussite d’une organisation ou un projet selon quatre dimensions : - Strengths (forces) - Weaknesses (faiblesses) - Opportunities (opportunités) - Threats (menaces) Cette méthodologie aide à structurer une réflexion sur les ressources internes (forces/faiblesses) et les facteurs externes (opportunités/menaces) pouvant influencer la réussite d’un projet. L’analyse SWOT appliquée à l’implémentation d’une option vitesse met en lumière les leviers de réussite ainsi que les défis à anticiper. Du côté des forces, la montée en puissance des approches scientifiques en préparation physique, la disponibilité de technologies de suivi de la performance (GPS, capteurs, analyse vidéo), et l’appui croissant des directions techniques pour des méthodes spécialisées offrent un terrain favorable. Cette évolution va dans le sens d’une optimisation individualisée des qualités de vitesse, au cœur du football moderne. Cependant, des faiblesses persistent, notamment la résistance au changement de certains entraîneurs ou cadres techniques, encore attachés à des schémas d'entraînement traditionnels. Le manque de formation spécifique ou d’interfaces de collaboration entre PPFs et staff technique peut également freiner l’intégration fluide de cette nouvelle option. Les opportunités sont nombreuses : évolution des exigences du jeu vers plus de transitions rapides, attention accrue portée à l'explosivité des joueurs, valorisation du profil « rapide » sur le marché des transferts et ouverture vers des partenariats avec des centres de recherche ou des start-ups sportives. En revanche, les menaces résident dans la difficulté d’harmoniser cette spécialisation avec le reste du programme d’entraînement, la surcharge potentielle des joueurs, et surtout la remise en cause indirecte des figures d’autorité technique (les « caciques »), dont la légitimité est parfois liée à des méthodes dépassées. Cela peut créer des tensions hiérarchiques ou des blocages institutionnels si le changement n’est pas accompagné. En résumé, l’analyse SWOT révèle que l’acceptabilité d’une option vitesse repose sur la capacité du club ou de l’institution à intégrer l’innovation sans fracturer les équilibres humains existants, à former et convaincre les acteurs clés, et à positionner la vitesse non comme un objectif isolé, mais comme une composante transversale et stratégique de la performance physique footballistique. 2.2. Evaluation des risques de l’implémentation d’une option vitesse L'analyse des risques est une démarche structurée visant à identifier, évaluer et hiérarchiser les menaces potentielles pouvant affecter un projet ou une organisation. Elle repose généralement sur plusieurs étapes : 1. Identification des risques : recensement des événements pouvant compromettre les objectifs. 2. Évaluation des risques : estimation de la probabilité d’occurrence et de l’impact de chaque risque. 3. Hiérarchisation : classement des risques selon leur criticité. 4. Plan de réponse : élaboration de stratégies d’évitement ou de transfert des risques. 5. Suivi et mise à jour : contrôle régulier de l’évolution des risques et adaptation des réponses. Cette méthodologie permet une meilleure anticipation et une prise de décision éclairée, réduisant ainsi les incertitudes dans le cadre de l’implémentation d’un projet. Dans notre cas, si l’option vitesse semble offrir un avantage stratégique majeur et qu’elle est clairement opportune, son implémentation n’est pas exempte de risques, que ce soit sur le plan sportif, organisationnel ou humain. Ces risques doivent être clairement identifiés et anticipés afin d’éviter que cette stratégie ambitieuse ne devienne pas contre-productive ou simplement lettre morte. Ceux que j’ai identifiés sont au nombre de 7 soit les risques de spécialisation excessive, le risque de décontextualisation du jeu, le risque d’inadéquation au profil des joueurs, le risque de blessure accrue, le risque de rejet culturel ou institutionnel, le risque de mauvaise communication stratégique et enfin le risque d’inadaptabilité aux contraintes. 1) Le risque de spécialisation excessive En plaçant la vitesse au centre de l'entraînement physique, il existe un risque de déséquilibre. Les autres qualités fondamentales comme l’endurance et la force pourraient être reléguées au second plan, au détriment de la capacité globale de performance. Un joueur très rapide mais incapable de maintenir un effort sur 90 minutes ou de gagner des duels physiques reste non-performant. Cela peut être résolu en ordonnant ses thématiques d’entrainement selon la formalisation de son concept d’intervention. 2) Le risque de décontextualisation du jeu Si la vitesse est entraînée de manière trop isolée (sprints linéaires sans ballon, sans prise d’information ni décision), elle peut se couper de la réalité du jeu. Or, dans le football, la vitesse est toujours contextuelle, tactique, décisionnelle. Une vitesse « hors-sol » peut créer une dissociation entre les qualités physiques et les exigences du match. Pour l’éviter, il s’agit notamment de concilier précision et vitesse. 3) Le risque d’inadéquation au profil des joueurs Tous les joueurs ne sont pas prédisposés génétiquement ou morphologiquement à atteindre une vitesse maximale élevée. Imposer ce modèle sans tenir compte des profils individuels pourrait mener à une perte de confiance, voire à une démotivation chez certains, notamment les joueurs plus endurants, plus puissants ou plus techniques. Toutefois, il s’agit d’être conscient que ce risque est marginal parce qu’il est très rare qu’un joueur atteigne son plus haut pic de vitesse maximale vu que l’on n’entraîne pas en tant que telle cette qualité. Cela signifie que tous les joueurs ont de 40% à 20% de progrès potentiel de leur pic de vitesse quel que soit leur « configuration génétique ». 4) Le risque de blessure accrue La vitesse est une qualité sollicitant fortement le système neuromusculaire. Une augmentation mal calibrée des volumes ou de l’intensité d’entraînement en vitesse peut conduire à un risque accru de blessures musculaires (ischio-jambiers, quadriceps, mollets), notamment si les protocoles de récupération, de progressivité ou de renforcement ne sont pas rigoureusement suivis. À l’inverse, comme le football devient de plus en plus « vitesse », les PPFs se doivent d’entraîner la vitesse maximale afin que les muscles des joueurs soient aptes ä fournir les efforts demandés par le jeu. 5) Le risque de rejet culturel ou institutionnel Dans de nombreux clubs, l’endurance demeure un pilier identitaire de l'entraînement. De plus, selon une logique No Pain, No Gain, s’y entraîner dur rassure les joueurs sur leur capacité à tenir quantitativement les charges. Cela leur donne le sentiment d’être fort et prêt. Mais cette approche quantitative n’est plus suffisante pour être compétitif. Il s’agit donc de passer à une approche qualitative de l’effort, c’est-à-dire de ne pas en faire plus, voire même moins, mais mieux. Changer cette culture de l’effort footballistique peut entraîner des frictions, des incompréhensions ou un rejet de la part de l’encadrement technique, des dirigeants ou même des joueurs. Ce rejet peut ralentir, voire saboter, l’implémentation d’une stratégie vitesse. 6) Le risque de mauvaise communication stratégique Si cette stratégie de recentrage sur la vitesse n’est pas accompagnée d’une communication claire, elle peut être mal comprise. Certains pourraient y voir une mode passagère, une lubie personnelle ou une rupture inutile. Sans alignement et pédagogie, l’adoption collective est compromise. 7) Le risque d’inadaptabilité aux contraintes Les clubs amateurs ou à faibles moyens logistiques peuvent rencontrer de réelles difficultés à mettre en place un entraînement qualitatif de la vitesse : manque de matériel, d’espace, de temps ou de compétences spécifiques. Cela peut engendrer une frustration entre l’ambition stratégique et les moyens réels. Ces risques n’invalident pas la pertinence stratégique de l’option vitesse, mais soulignent la nécessité d’une mise en œuvre prudente, contextualisée, progressive et accompagnée. Toute stratégie audacieuse comporte des zones de turbulence. Le rôle d’une stratégie est justement d’en anticiper les effets, de sécuriser l’environnement et de l’adapter sans renier ses ambitions. Bref, de connaître les conditions de son implémentation. 3. Conclusion Cette conclusion se subdivise en une première partie qui énumère mes 8 éléments qui conditionnent la réussite d’une implémentation d’une option vitesse réussie. Sa seconde partie tente d’inciter les PPFs à la tenter sachant qu’ils n’ont rien à y perdre. 3.1. Eléments déterminants d’une implémentation réussie Suite aux analyses précédentes, j’identifie 8 éléments déterminants l’implémentation réussie d’une option vitesse footballistique ; la vitesse doit être au centre de son concept d’entraînement, une structuration hebdomadaire, une culture de la vitesse, de considérer la vitesse footballistique comme la norme des calibrages des stimuli physiques, une Intégration technico-tactique, de la prévention et du soutien, un suivi, adaptation et progression, une évolution de la formation et de la recherche et le développement d'une culture d’exploration de la vitesse physique footballistique. 1) La vitesse au centre de son concept d’entraînement Ce choix implique une règle claire. Tout le reste (endurance, force, agilité, coordination…) doit servir le développement ou la conservation de la vitesse footballistique. Cette ligne directrice doit guider la planification annuelle, les contenus hebdomadaires, l’ordre des priorités dans les cycles de préparation et même les séances terrain. 2) Une structuration hebdomadaire dédiée Un tel positionnement implique que l’entraînement hebdomadaire comprend au minimum 2 séances hebdomadaires de travail pur de vitesse maximale par des enchaînements de sprints spécifiques de 20m et un travail de force-vitesse en salle. 3) Une culture de la vitesse La vitesse footballistique n’est pas que motrice. Elle est sensitive dans le sens qu’elle s’apprend par ses sensations corporelles qui s’expriment dans le geste, mais aussi par une qualité d’exécution consistante qui révèle l’état d’investissement des joueurs dans leur vitesse. 4) La vitesse footballistique comme la norme des calibrages des stimuli physiques L’entraînement de la vitesse footballistique consiste à créer des groupes de performances non pas en fonction des niveaux de leur VMA, mais en fonction des profils vitesse déterminés par les qualités d’accélération, de vitesse maximale et de réactivité des joueurs. Mais aussi des facteurs limitants issus des freins que sont le manque de technique de déplacement, les raideurs et la peur de se blesser. 5) Une intégration technico-tactique La vitesse footballistique doit rester un moyen pour sublimer le talent footballistique. À ce titre, l’entraînement de la vitesse footballistique, c’est aussi réfléchir ä son intégration dans les schémas de match pour magnifier les contre-attaques, les appels en profondeur et le pressing, dans les stimuli décisionnels (ballon, adversaire, espace) des déplacements. 6) Prévention et soutien Cette vitesse footballistique demande un renforcement des ischios, tronc, cheville, des routines d’activation neuromusculaire et des récupérations spécifiques pour les efforts explosifs. 7) Suivi, adaptation et progression Entraîner physiquement par la vitesse footballistique demande à intégrer des boucles de feedback avec des outils tels que le management de la performativité de son entrainement, l’écoute active, l’analyse vidéo, le ressenti joueur, les chrono GPS, à ajuster le contenu selon les périodes de forme, les charges globales et les blessures potentielles afin que la vitesse maximale footballistique devienne une compétence durable, entretenue toute l’année. 8) Evolution de la formation et de la recherche Implanter une stratégie centrée sur la vitesse footballistique pour entraîner physiquement nécessite une évolution profonde du modèle de formation des PPF et des entraîneurs. Actuellement, la majorité des cursus reste dominée par une logique d’endurance, de planification linéaire et de modélisation générale des charges. La vitesse, en revanche, reste un champ marginal, peu théorisé, rarement exploré dans sa complexité spécifique au football. Or, la vitesse footballistique n’est ni strictement biomécanique, ni purement neurologique : elle est spécifique, contextuelle, perceptivo-décisionnelle, et nécessite donc une approche transdisciplinaire. Former à la vitesse, c’est former à comprendre le déplacement à vitesse maximale, mais aussi sa dimension situationnelle, son ancrage tactique, et ses impacts neuromusculaires dans un cadre de contraintes variables. Cela suppose trois chantiers prioritaires : 8.1.) Développer une culture d’exploration de la vitesse physique footballistique Il est urgent de lancer des projets de recherche appliquée, en lien avec les clubs, les fédérations et les universités, afin de mieux comprendre les déterminants réels de la vitesse spécifique au football : quels indicateurs sont les plus pertinents ? Quelles méthodes sont les plus efficaces ? Quel est le lien avec la prise de décision ? Aujourd’hui, ces zones restent floues, empiriques ou peu diffusées. Or, ce manque de clarté freine son enseignement, et donc sa pratique. 8.2.) Créer des formations spécialisées, continues et concrètes Les PPFs doivent pouvoir se former à la construction de séances de vitesse réellement utiles sur le terrain. Cela inclut l’apprentissage de la technique de la vitesse footballistique, la lecture des schémas tactiques à haute intensité, la gestion de la récupération, mais aussi une pédagogie adaptée pour faire accepter ces contenus aux joueurs. Trop souvent, l’entraînement de la vitesse est réduit à des « sprints sans ballon » ou à des tests de VMA, loin des réalités du jeu. 8.3.) Soutenir les clubs qui innovent Ceux qui osent changer de paradigme doivent être accompagnés. La vitesse ne se développera pas par simple injonction stratégique. Elle exige des environnements apprenants, où l’on peut tester, échouer, corriger et améliorer. Cela implique une politique d’innovation physique dans le football, avec des pôles pilotes, des études de cas, et une mutualisation des bonnes pratiques. 3.2. Au final, la vitesse footballistique, cela se tente stratégiquement ! Suite ä cette analyse stratégique, la vitesse footballistique est une vraie opportunité d’évolution positive de la préparation physique footballistique. Elle est aujourd’hui un champ stratégique encore trop peu exploré, car il est difficile à enseigner, complexe à quantifier et énergivore qualitativement à entraîner. Mais, c’est précisément pour ces raisons qu’il constitue un avantage concurrentiel durable pour ceux qui sauront l’aborder avec rigueur, cohérence, humilité et consistance. Dans cette perspective, la vitesse footballistique, c’est le pivot stratégique de la performance physique footballistique de maintenant et du futur. Au final, si cette réorientation centrée sur la vitesse implique des défis structurels, pédagogiques et humains, elle n’en demeure pas moins stratégiquement pertinente. Dans un football qui s’intensifie, les bénéfices potentiels dépassent largement les risques identifiés. En effet, il y a aujourd’hui bien plus à gagner qu’à perdre en osant faire de la vitesse la nouvelle pierre angulaire de son entraînement physique footballistique. Pour les PPFs qui trouvent que cette option est trop radicale et insécure, ils peuvent toutefois trouver leur compte en intégrant juste plus de stimulation de vitesse dans leur concept d’entraînement. Si par ailleurs, ils ont de la difficulté « à lâcher » l’endurance, rien dans cet écrit n’incite à l’abandonner. Par contre, il s’agit désormais de comprendre qu’elle est un moyen de réitération des séquences d’action maximale et non plus une finalité. Notamment parce dans le cas contraire, elle souffre consubstantiellement d’un plafond de verre en termes d’intensité qui l’empêche d’être en phase avec l’évolution de plus en plus intensive des matchs. Pour répondre à la question de savoir si le choix de l’option vitesse est suffisamment performatif pour être adopté, la réponse est positive du point de vue de l’efficacité. Il semble être aussi efficient par la spécialisation généralisée qu’il implique, dans le sens que cet entraînement oblige à en faire moins mais mieux. Par contre, il semblerait que les moyens, les ressources, les compétences et les outils nécessaires pour l’entraîner doivent encore être affinés, discutés et réfléchis pour devenir encore plus pertinent. C’est justement l’ambition de ce post et ce qui fonde possiblement sa pertinence !
- Le « couple infernal » herbe et synthétique qu'il s'agit de maîtriser pour le bonheur des joueurs
Alors que la Ligue Française de Football interdit les terrains synthétiques depuis 2018 pour le football professionnel en vertu de la santé au travail, et que les présidents des Ligues professionnelles anglaises ont décidé que leurs installations devraient être équipées au minimum de gazon hybride, la Suisse voit fleurir des terrains synthétiques pour des raisons pratiques d'entretien et de capacités d'accueil. En conséquence, nos équipes suisses se retrouvent à jouer alternativement, d'une semaine à l'autre, sur des terrains synthétiques de qualité très variable ainsi que sur des terrains en herbe plus ou moins bien entretenus. Les conséquences physiques et physiologiques de ces alternances entre herbe et synthétique sont telles sur les joueurs que les footballs herbe et synthétique sont à considérer comme des disciplines suffisamment distinctes pour exiger des préparations physiques spécifiques. Un sol mou ralentit l’enchaînement des foulées parce qu’il renvoie « doucettement » l’énergie mécanique des appuis podaux des joueurs. Cela favorise l’utilisation de la force pour produire de la vitesse maximale footballistique parce que cela les incite à pousser leur foulée, voire à la tracter en tirant longtemps vers l’arrière leur appui avant. À l’inverse, un sol dur favorise le rendu de l’énergie mécanique des appuis podaux des joueurs, ce qui stimule leur réactivité. Cette réactivité est assumable seulement si le système neuromusculaire du joueur est suffisamment éveillé. Quantitativement, si l’herbe demande énergétiquement beaucoup plus que le synthétique, qualitativement ce dernier exige d’avoir des joueurs réactifs sous peine qu’ils soient décoordonnés par désynchronisme entre le renvoi du sol de l’énergie mécanique issue des appuis podaux et les capacités réactives des appuis des joueurs. On le constate, la nature du sol a des incidences importantes sur la qualité de la production de la vitesse maximale et de la gestuelle footballistique des joueurs. Le changement de surface de jeu d’une semaine à l’autre peut donc avoir des conséquences notables sur les performances physiques des joueurs. Il revient à leurs préparateurs physiques footballistiques (PPF) de les préparer à ces changements de surface afin de prévenir les blessures et de réajuster leur tonus musculaire pour qu’ils soient en concordance avec la nature du sol du match. Pour faciliter la transition d'un terrain en herbe à un terrain synthétique, je conseille d'effectuer une pré-tonification musculaire en augmentant les stimuli de vitesse et de montée de la puissance musculaire, notamment à travers des exercices tels que des sauts de haies et un travail de réactivité d'appui. Cette approche prépare les muscles au niveau de réactivité qu’exige un sol synthétique. En sens inverse, je conseille d'intensifier les étirements pour réduire leur tonus musculaire. Comme les terrains en herbe demandent plus énergétiquement, je conseille aussi, pour renforcer la faculté de récupération inter-efforts, de préparer métaboliquement les joueurs en stimulant, par rappel, leurs capacités aérobiques par capillarisation, ou oxygénation corporelle, soit des efforts d’endurance continue effectués à 130-140 puls/mn. Retenons ici que les étirements, la tonification et la préparation métabolique à l'effort sont des instruments pour mieux faire transiter les joueurs de l’herbe ou synthétique et vice-versa. Ces pistes sont d'ordre général sachant que dans chaque équipe, il y a des joueurs aux profils de production qualitative et quantitative de vitesse maximale footballistique et de niveaux techniques différents. À charge de leur PPF d'utiliser les mesures de régulation de leur tonus musculaire en fonction de leurs profils et des caractéristiques des sols de match.
- La rythmique physique des matchs ne se prépare pas par les intermittents VMA
Le rythme physique d’un match de football ne se prépare pas par des intermittents VMA, même dans leurs versions HIIT, car ces exercices demeurent fondamentalement métaboliques et déterminés, tandis que l’effort footballistique de match est irrégulier, contextuel et dépend des interactions technico-tactiques du jeu. Les intermittents VMA constituent néanmoins un outil performant pour développer de façon isolée les capacités de récupération inter-effort en améliorant la réoxygénation musculaire, la vitesse de resynthèse phosphocréatine et la tolérance au stress métabolique [1]. Toutefois, leur modulation régulière, par l’alternance fixe d’efforts et de récupérations, une intensité stable et des efforts majoritairement linéaires, ne reproduit ni la dynamique stochastique ni les charges neuromusculaires des matchs. Les exigences spécifiques du rythme de match Les matchs se caractérisent avant tout désormais par des actions explosives et brèves, des séquences de vitesse lancée répétées avec changements de direction, une forte densité d’accélérations et décélérations et une prise d’information permanente sous pression temporelle [2]. Les efforts déterminants pour la performance reposent sur le couplage entre technique, coordination, prise d’espace et vitesse de décision, dont le dénominateur commun est une activation et une coordination neuromusculaire hautement spécifique. Les travaux récents en psychologie du sport et en sciences du mouvement montrent que la vitesse footballistique est indissociable de la capacité perceptivo-cognitive à lire le jeu et à exécuter rapidement des gestes techniques sous contrainte [3]. Les intermittents VMA, en n’entraînant métaboliquement que la faculté à mieux récupérer entre les efforts, ne développent pas les spécificités d’efforts des matchs. L’alternative par les jeux de possession et les jeux réduits Les jeux de possession et réduits (small-sided games) reproduisent simultanément la variabilité du rythme, la multiplicité des micro-efforts, la densité décisionnelle et la complexité neuromusculaire du football. Ils génèrent des charges internes et externes comparables à celles du match tout en sollicitant la technique et la perception de manière intégrée [4]. Contrairement aux intermittents VMA, ils développent à la fois la récupération inter-effort et la vitesse d’analyse, d’ajustement et d’exécution, déterminants de la performance. Par eux l’objectif devient alors de permettre aux joueurs de dominer l’animation du jeu, plutôt que de la subir par l’intensité adverse. Dans cette logique, ces jeux devraient bénéficier du statut d’élément incontournable de la préparation physique footballistique que l’on accorde bien généreusement aux intermittents VMA. Le football comme sport de vitesse La littérature sur la préparation physique footballistique converge vers l’idée qu’il est devenu un sport de vitesse dans toutes ses dimensions, soit en termes de vitesse d’analyse, de vitesse gestuelle, de vitesse de déplacement, de vitesse d’adaptation tactique et de vitesse d’exécution technique [5]. Si le développement des facultés de récupération demeure essentiel, il devient indispensable de concevoir le football non plus comme un sport d’endurance intermittente, mais comme un sport de vitesse complexe, où la répétition d’actions de haute intensité est subordonnée à la qualité neuromusculaire, perceptive et technique. L’exemple type d’une utilisation inappropriée des intermittents VMA lors d’un retour d’un joueur blessé à la compétition Si l’on n’adopte pas cette perspective, la problématique devient particulièrement sensible lors du retour à la compétition d’un joueur blessé, a fortiori pour celui possédant un profil vitesse. Dans de nombreux clubs, un processus de réathlétisation finit sur des intermittents très intensifs, par exemple des formats de type 5s d’effort pour 20s à 30s de récupération, en supposant qu’un volume important d’efforts courts et répétés prépare le joueur à l’intensité du match à venir. Cette logique d’intervention pose 4 problèmes majeurs. 1. Une préparation non spécifique à un profil vitesse et aux exigences du match La vitesse footballistique se fonde sur la coordination intermusculaire à intensité maximale, l’efficacité des cycles étirement-raccourcissement, la précision technique sous accélération, la prise d’information rapide dans des environnements instables, la capacité à répéter des accélérations ainsi que des séquences de vitesse lancée et enfin des changements de direction en contexte décisionnel. Or, les intermittents ne sollicitent quasiment aucun de ces déterminants. Ils développent seulement la résistance métabolique à la répétition d’efforts courts, mais pas la production du niveau de vitesse footballistique que le jeu demande. 2. Un rythme de match difficilement retrouvable Parce que les intermittents VMA n’activent pas les fibres musculaires rapides (type IIa/IIx), ces dernières ne sont pas réentraînées dans leur logique fonctionnelle, c’est-à-dire en vitesse lancée, en accélérations et décélérations, en appuis directionnels et en technique sous vitesse. C’est seulement lors de son retour en match que le joueur sera confronté à son intensité et à sa forme d’efforts. C’est ce qui explique que le joueur mettra de nombreux matchs à retrouver, par progression de son temps de jeu, son rythme de match. La cause de ce délai n’est pas une question de « forme », mais de désadaptations neuromusculaires dues à la blessure et à l’immobilité fonctionnelle qu’elle induit. Cela signifie qu’une réathlétisation par intermittent VMA donne au joueur la capacité métabolique à se déplacer, mais non la capacité fonctionnelle, ou les sensations de jeu, à agir vite. 3. Un risque majeur de rechute chronique La littérature sur les blessures du joueur est claire. Un déficit de préparation neuromusculaire spécifique augmente significativement le risque de récidive, en particulier aux ischio-jambiers, aux fléchisseurs de hanche et aux muscles de la chaîne postérieure [6]. En effet, en l’absence d’entraînement des fibres rapides dans leur régime mécanique spécifique (accélération et vitesse lancée), des appuis variés et des forces directionnelles, des transitions vitesse–technique, des charges explosives contextualisées, le joueur revient à niveau « athlétiquement », mais pas coordinativement. Son système neuromusculaire n’étant pas préparé coordinativement à supporter les vraies contraintes du jeu, il présente une forte probabilité de rechutes chroniques dès que la compétition lui impose des actions à intensité maximale que son profil lui permet de réaliser, sans qu’il y soit préparé. 4. La nécessité d’une réathlétisation orientée vitesse footballistique En conséquence, une réathlétisation cohérente pour un joueur, a fortiori s’il est rapide, doit intégrer avant de revenir en match, soit par l’entraînement et non par les matchs, des progressions d’accélérations et de vitesse lancée, des changements de direction spécifiques à son poste, des actions techniques à très haute vitesse, des jeux réduits orientés transitions et prises d’espace, des séquences intégrant perception, décision et exécution rapide. Autrement dit, la vitesse doit être réentraînée comme une compétence footballistique fondamentale préalablement au match, non comme un simple indicateur de performance physique. En synthèse Les intermittents VMA, bien qu’utiles pour le développement isolé des facultés de récupération inter-effort, ne reproduisent ni la structure ni les exigences neuromusculaires d’un match de football. Cette inadéquation devient critique dans la préparation physique ainsi que dans la réathlétisation des joueurs, notamment rapides, pour lesquels un retour basé sur des intermittents intensifs expose à un délai prolongé de reconditionnement fonctionnel et à un risque accru de rechute. Dans une logique de performance et de prévention, il est donc impératif de comprendre et d’accepter de changer de point de vue, donc d’analyse, en considérant le football comme un sport de vitesse. Cela signifie que celle-ci doit être entraînée, et réentraînée, selon le principe de spécificité de la préparation physique footballistique. Ce principe nous invite à considérer la vitesse comme une qualité distincte de celles de l’endurance et de la force, donc que l’on doit entraîner directement par elle-même, ce qui exclut l’utilisation d’intermittents VMA pour la produire, la développer et la retrouver en cas de blessure. Bibliographie [1] V. Billat, Interval Training for Performance. Sport Medicie. 2001. [2] M. Mohr, P. Krustrup, J. Bangsbo, Match performance of high-standard soccer players. Journal of Sports Sciences. 2003. V. Di Salvo et al. High-intensity activity in Premier League soccer. International Journal of Sports Medicine. 2007. [3] A. M. Williams, P.R. Ford, Expertise and Expert performance in sport. International Review of Sport and Exercise Psychology. 2008. A. Roca, P.R. Ford, D. Memmert, Perceptual-cognitive processes underlying creative expert performance in soccer, Psychology of Sport and Exercise. 2021. [4] S. Hill-Haas et al. Physiology of small-sided games training in football: a systematic review Journal of Sports Medicine. 2011., D. Casamichana, J. Castellano. Time-motion, heart rate, perceptual and motor behaviour demands in small-sides soccer games: effects of pitch size. Journal of Sports Sciences. 2010. [5] J. Bangsbo, M. Mohr, P. Krustrup, Physical and metabolic demands of training and match-play in the elite football player. Journal of Sports Sciences. 2006. C. Carling, A.M. Williams, T. Reilly, (2005). Handbook of Soccer Match Analysis. Routledge. 2005.[6] D. A. Opar, M.D. Williams, A. J. Shield, Hamstring strain injuries: factors that lead to injury and re-injury. Sports Medicine. 2012.
- Lors d’une préparation, a fortiori d’une réathlétisation, n’oublions pas de réactiver la réactivité physique footballistique des joueurs
Dans le football, la performance physique et le maintien de l’intégrité corporelle des joueurs reposent notamment sur l’activation de la réactivité, entendue ici comme « l’aptitude à percevoir un stimulus et à produire le plus rapidement possible une réponse motrice rapide, précise et adaptée ». Si rien ne remplace les intensités du match, la fonction de la préparation physique footballistique est de préparer le corps à toutes les sollicitations auxquelles il sera exposé en compétition. Sans ce travail préparatif, le joueur, ou plutôt sa réflexivité, risque d’être « surpris, c’est-à-dire en incapacité potentielle de gérer un déséquilibre corporel de jeu » par des stimuli ou des charges neuromusculaires auxquels son entraînement ne l’a pas préparé à assumer, autres que par les jeux, ce qui fragilise la tenue dynamique de son équilibre postural. Or, ce travail préparatoire devient incontournable lors d’une réathlétisation. Plus particulièrement pour les joueurs à profil vitesse, dont la performance physique dépend directement de la qualité et de la rapidité des appuis podaux, de leur disponibilité neuromusculaire ainsi que par l’aptitude à enchaîner des actions explosives imprévisibles. Plus encore, il est essentiel pour les joueurs qui mixent profil vitesse et puissance. Autrement dit, les joueurs à la morphologie musculeuse, pour qui les exigences d’ajustements moteurs rapides sont accrues du fait d’une masse musculaire plus importante à mobiliser et à canaliser pour perpétuellement retrouver son équilibre. Chez ces joueurs, la moindre altération de la réactivité entraîne un risque biomécanique supérieur de déséquilibration pouvant même causer des chutes blessant généralement leur ceinture scapulaire par, notamment, des luxations d’épaules, des entorses acromio-claviculaires et des élongations/déchirements de la coiffe des rotateurs ou encore des muscles pectoraux. La réactivité footballistique est une capacité sensorimotrice complexe qu’il s’agit d’entraîner La réactivité footballistique ne se limite pas à une simple vitesse de réaction. Elle mobilise une intégration rapide de signaux visuels, proprioceptifs et tactiques, suivie d’un ajustement moteur instantané. Cette complexité explique pourquoi elle ne peut pas être laissée au hasard ou à une fonction réparatrice du jeu. Elle mérite d’être spécifiquement entraînée. La proprioception, soit « la perception de la position du corps dans l’espace », constitue le socle de la réactivité. À ce titre, les exercices de retour à l’équilibre, de contrôle postural et de dissociation segmentaire améliorent : - la précision des appuis, - la stabilité dynamique, - la vitesse d’ajustement moteur, - la capacité à limiter les co-contractions inutiles. Ces effets sont observés aussi bien dans les programmes de préparation que dans les protocoles de réathlétisation [1]. Les bénéfices sont clairs, à savoir un meilleur retour à l’équilibre générant une meilleure agilité, une diminution des risques d’entorses et de chute, une amélioration des changements de direction par une plus grande disponibilité motrice. Lors d’une blessure, l’immobilité relative entraîne une diminution rapide de la proprioception et une altération des schémas neuromoteurs réactifs des matchs. Lors de son retour à la compétition, le joueur passe alors d’un environnement pauvre en stimuli à un match exigeant à tout moment une réactivité extrême. Ce gap de réactivité augmente, par les troubles d’équilibre postural qu’elle induit, le risque de blessures, notamment des entorses et les chutes. En conséquence, il s’agit, après une blessure, de réexposer neuromusculairement graduellement le joueur pour qu’il retrouve sa réactivité neurologique par un travail postural dynamique avant son retour à la compétition [1], [2]. Ce besoin d’activation neuromusculaire postural est encore plus marqué lorsqu’un retour se fait sur terrain synthétique, sachant que ces surfaces artificielles présentent une uniformité proprioceptive trompeuse, des appuis plus « secs donc glissants » et des renvois réactifs du sol plus abruptes. Pour combler ce gap de réactivité et ainsi sécuriser un retour sur terrain en herbe ou synthétique par réactivité posturale, un protocole de réathlétisation doit intégrer des exercices spécifiques contenant: - des progressions proprioceptives de statiques à dynamiques puis imprévisibles - des tâches réactives visuelles et proprioceptives, - des exercices d’équilibration qui mobilisent les chaînes posturales postérieure, antérieure, latérale et spirale. En synthèse Si le match reste la forme d’intensité la plus élevée et la plus imprévisible du football, il ne peut être le seul terrain d’apprentissage de la réactivité. La préparation physique footballistique doit systématiquement préparer au préalable le joueur aux sollicitations sensori-motrices du jeu pour éviter toute surprise se traduisant par des déséquilibres biomécaniques potentiellement blessant. Cette nécessité devient fondamentale lors d’un retour de blessure. La diminution des sollicitations réactives de repos crée un décalage dangereux entre la capacité réelle du joueur et les exigences du match. Ce gap de réactivité, amplifié par les terrains synthétiques, doit être réduit par un travail rigoureux de proprioception, d’équilibre permettant d’obtenir le niveau de réactivité nécessaire aux enchaînements des appuis. Ceci avant les matchs afin d’éviter des reprises chahutées. Bibliographie [1] H. Cambefort-Potencier, La qualité de prévention de facteurs de risque de récidive : protocole d’équilibre et proprioception, Mémoire Master 2 Université de Lille, Kinedoc. 2023. Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP). Réflexions Sport – Dossier sur la préparation neuromusculaire et l’échauffement. INSEP Publications. 2017. [2] B.-A. Carjan, B. Dupier, M. Donabédian, Travail proprioceptif et prévention des entorses en football : synthèse méthodologique et revue de littérature (Mémoire). Institut de formation en masso-kinésithérapie. 2020. Haut du formulaire
- Les intermittents VMA sont utiles seulement pour les joueurs faibles techniquement
Dans l’ordre des choses du football, sa composante physique est au service de ses composantes technico-tactiques. Le physique footballistique ne constitue alors ni une finalité autonome ni un domaine indépendant du jeu, mais un support destiné à permettre l’expression optimale de la maîtrise technique du ballon, de la vitesse d’exécution et de la justesse décisionnelle. N’oublions jamais que l’essence du football demeure technique donc coordinative. Dès lors, son développement métabolique ne devrait intervenir qu’en appui de cette réalité. Or, un paradoxe traverse aujourd’hui les pratiques d’entraînement. Nombre d’entraîneurs regrettent la disparition progressive des joueurs dits techniques au profit de profils toujours plus athlétiques. Pourtant, dans le même temps, beaucoup d’entre eux envisagent le succès par le développement métabolique de leurs équipes par principalement des intermittents à Vitesse Maximale Aérobie (VMA). Ce choix repose généralement sur un constat. Les joueurs ne soutiendraient pas suffisamment l’intensité aérobique proposée par les jeux d’entraînement afin d’assumer les exigences physiques actuelles des matchs. Mais une question fondamentale s’impose ici. Si les joueurs ne parviennent pas à produire l’intensité aérobique attendue par le jeu, est-ce réellement en raison d’un déficit métabolique ou bien parce que leur maîtrise technique du ballon sous pression ne leur permet pas de maintenir un niveau d’animation suffisant en termes de vitesse et de durée du jeu pour développer la qualité de leur métabolisme en entraînement intégré ? En effet, une technique insuffisante ralentit la circulation du ballon, allonge les temps de contrôle, multiplie les pertes de balle et limite la fluidité des transitions. De fait, l’intensité collective diminue mécaniquement. La cause du problème n’est alors pas simplement métabolique, mais d’abord coordinative et décisionnelle. Dans cette perspective, les intermittents VMA apparaissent comme un outil compensatoire venant pallier une incapacité à générer techniquement l’intensité voulue des jeux d’entraînement. Se pose alors ici une autre interrogation. Alors que les entraîneurs se plaignent continuellement de leur manque de temps d’entraînement technico-tactique, pourquoi les intermittents VMA occupent-ils, ou phagocytent-ils selon les avis, autant leurs entraînements footballistiques ? Enfin, faut-il rappeler au football que nombre de sports, dont l’athlétisme et le hockey, utilisent fort à-propos le football comme séance et outil d’entraînement de la capacité et de la puissance aérobiques de leurs pratiquants. Les contradictions de cette situation d’entraînement sont suffisamment interpellantes pour que l’on prenne le temps d’y réfléchir. Cette réflexion n’est pas gratuite puisqu’elle cherche à élever avec sagacité le niveau de performativité de l’entraînement footballistique. Le but est que le football évite ainsi de se tirer physiquement « une balle dans le pied ». Genèse et justification physiologique des intermittents VMA La Vitesse Maximale Aérobie (VMA) correspond à la plus faible vitesse de course permettant d’atteindre la consommation maximale d’oxygène (VO₂max). Les protocoles intermittents tels que 15’’/15’’, 30’’/30’’ ou 45’’/15’’ ont été introduits dans le football afin d’augmenter cette VO₂max, d’améliorer la puissance aérobique, de développer la capacité de répétition des efforts à haute intensité et d’optimiser la cinétique de récupération entre deux actions intenses. Cette évolution méthodologique s’inscrit dans la diffusion des travaux de physiologistes de l’exercice tels que Georges Gacon et/ou Véronique Billat, qui ont largement contribué à populariser les méthodes intermittentes dans les sports d’endurance et collectifs. Leur postulat de réflexion était clair. Les formes d’entraînement aérobiques en continu ou encore les jeux ne permettaient pas d’atteindre un temps suffisant passé à VO₂max pour induire les adaptations physiologiques spécifiques demandées en match. Dès lors, des séances isolées, décontextualisées du jeu, furent intégrées à la planification des entraînements pour combler ce déficit. 2. Le principe compensatoire : quand le jeu ne suffit pas L’introduction des intermittents VMA repose ainsi sur une logique compensatoire. Si le football pratiqué à l’entraînement ne génère pas d’intensités physiologiques suffisantes, alors il convient de créer artificiellement ces intensités par des courses calibrées et contrôlées. Toutefois, cette logique invite à interroger la cause première du problème par la question… pourquoi les jeux d’entraînement ne produisent-ils pas l’intensité requise pour les matchs ? Les réponses possibles sont que les dispositifs d’entraînement sont mal conçus à cause de surfaces trop grandes, de règles peu contraignantes et d’une densité des interactions d’équipe insuffisante. En bref, les joueurs ne parviennent pas à produire l’intensité attendue en match dans le cadre des jeux d’entraînement. Dans le premier cas, la responsabilité incombe à la conception des jeux. Dans le second, la problématique dépasse la seule dimension énergétique et renvoie à la maîtrise technique du ballon, à la compréhension tactique et à l’engagement motivationnel. 3. La relation indissociable de l’intensité de l’animation des jeux et de la maîtrise de la technique du ballon Dans le football actuel, l’intensité n’est pas un phénomène purement métabolique. Elle est la conséquence d’interactions techniques et décisionnelles. Un joueur incapable de conserver le ballon sous pression, d’enchaîner rapidement contrôle et passe, ou de se déplacer performativement dans les intervalles limitera mécaniquement sa vitesse d’action et celle collective du jeu de son équipe. L’intensité physique globale d’une équipe dépend donc de l’addition cohérente de la qualité technique sous contrainte de chaque joueur. Lorsque des joueurs n’atteignent pas des fréquences cardiaques élevées dans des jeux réduits ou dirigés, cela peut traduire une inefficacité gestuelle, une lenteur décisionnelle ou une difficulté à agir sous fatigue. Dans cette perspective, le recours systématique aux intermittents VMA apparaît comme une réponse périphérique à un problème central qui est l’insuffisance de compétences footballistiques sous pression. 4. La rythmique footballistique est intrinsèquement intermittente Le football est, par nature, un sport intermittent. Les alternances d’efforts intenses et de phases de récupération active structurent la dynamique du match. Cette rythmique, de plus en plus saccadée, est générée par les transitions offensives et défensives, les pertes et récupérations de balle, les déséquilibres spatiaux et les interactions permanentes entre partenaires et adversaires. La récupération n’y est pas seulement physiologique, elle est également cognitive et tactique. Le joueur récupère des efforts tout en analysant, en se repositionnant, en anticipant l’action suivante. En isolant la dimension énergétique par des intermittents VMA linéaires sans ballon, on dissocie artificiellement des composantes footballistiques qui, en situation réelle, sont profondément intriquées donc indissociables. 5. Le principe de la spécificité fonctionnelle de la préparation physique footballistique Le principe de spécificité, qui fonde la préparation physique footballistique, stipule que les adaptations physiologiques sont étroitement dépendantes de la nature des sollicitations imposées. Courir en ligne droite à 105 % de VMA développe principalement la capacité à reproduire ce type d’effort. En revanche, jouer sous pression développe la capacité à produire un effort réactif et intense dans un contexte décisionnel complexe. Une préparation footballistique véritablement fonctionnelle doit donc entraîner le « physique footballistique » et non un physique athlétique hors contexte. Cette approche rejoint les conceptions intégrées défendues par les entraîneurs de la périodisation tactique, pour qui l’intensité découle de l’organisation du jeu et de la qualité des interactions plutôt que d’un travail athlétique dissocié. Dans cet esprit, le principe de spécialisation dans la préparation physique footballistique ne vise pas systématiquement à isoler les qualités physiques pour les spécifier. Cela serait le cas si la nature du football était compliquée. Cela signifierait que le football peut se simplifier, ou se segmenter, en qualités distinctes dont l’entraînement additionnel renforcerait le tout. Or, il est complexe à savoir que l’on peut seulement réduire sa complexité, ou le simplexifier, parce que ses qualités physiques ainsi que leurs interférences positives et négatives s’intriquent mutuellement. Segmenter le football en qualités physiques distinctes d’entraînement revient alors à développer ces qualités pour elles-mêmes, sans rapport avec le football. 6. Les intermittents VMA est un outil principal ou palliatif ? Dans cette logique, les intermittents VMA peuvent être considérés comme un outil palliatif utile lorsque le niveau technique d’une équipe est faible, soit lorsque les joueurs ne soutiennent pas l’intensité en jeu par les jeux footballistiques ou lorsqu’une phase de reprise impose un contrôle précis des charges. Ils peuvent également avoir une pertinence transitoire en réathlétisation ou dans des contextes où l’individualisation est nécessaire. Toutefois, en faire le socle du développement aérobique d’une équipe revient à déplacer mal à propos le problème. Si les joueurs ont systématiquement besoin de séances isolées pour atteindre les intensités aérobiques requises, cela peut indiquer une lacune dans leur maîtrise technique du ballon, un manque d’implication ou dans la conception des situations d’entraînement. 7. Les responsabilités de l’entraîneur est de créer l’intensité désirée par le jeu Il appartient dès lors à l’entraîneur, et surtout pas à un préparateur physique footballistique (PPF) ou alors il est un assistant technique caché, d’élaborer des formes jouées capables de générer les intensités recherchées. La modulation des dimensions du terrain, du nombre de joueurs, des règles de conservation (nb. de touches), des contraintes temporelles ou des objectifs de pressing permet d’augmenter significativement la sollicitation aérobique tout en conservant la cohérence du jeu. Les jeux réduits à forte densité décisionnelle peuvent produire des fréquences cardiaques proches de la VO₂max et des répétitions d’efforts comparables aux intermittents VMA, tout en respectant la complexité spécifique du football. Par ailleurs et dans le cas d’une recherche d’une surintensité physique d’entraînement, pourquoi ne pas éliminer les causes des temps morts des séances de jeu tels que les fautes de jeu, les sorties de balle… à l’exemple du fameux Murderball de Marcelo Bielsa. 8. Améliorer la technique sous pression pour atteindre l’intensité désirée Lorsque les joueurs ne parviennent pas à atteindre les intensités attendues, l’intervention prioritaire devrait porter sur l’amélioration de leur maitrise de la technique du ballon sous contrainte, soit la qualité du contrôle orienté, la réactivité des appuis podaux, la vitesse de prise d’information et de son traitement cognitif concrétisés en action de jeu, la capacité à jouer par un nombre réduit de touches. De fait, faire-faire systématiquement des intermittents VMA est un non-sens méthodologique de la préparation physique footballistique. Ils sont un surplus additionnel d’effort d’entraînement non nécessaire. Ils fatiguent et ainsi péjorent le niveau hormonal des (jeunes) joueurs, alors que celui-ci est essentiel pour qu’ils se développent correctement ou maintiennent leur cœur à l’ouvrage. Pire, ils remplacent des séances de maîtrise de la technique du ballon, ce qui revient à tuer le vrai football, soit celui de qualité, dans l’œuf. À l’inverse, en développant prioritairement la compétence de la maitrise technique du ballon et décisionnelle, on élève mécaniquement l’exigence énergétique du jeu, ce qui développe justement l’intensité métabolique des joueurs. 9. Calibrer l’intensité par le jeu plutôt que par de l’isolé L’un des arguments avancés en faveur des intermittents VMA est leur capacité à être précisément calibrés en fonction des profils individuels. Chaque joueur court à un pourcentage déterminé de sa VMA, garantissant théoriquement une homogénéité de la charge physiologique. Cet avantage méthodologique d’individualisation est réel. Cependant, le football est un sport collectif. Le jeu ne doit pas s’organiser sur la compilation de VMA individuelles, mais autour d’une dynamique collective résultant de l’addition et de l’interaction des capacités de chacun des membres d’une équipe. Comme chaque entraîneur le sait, le jeu d’une équipe doit « faire stratégiquement avec » les capacités individuelles, c’est-à-dire s’animer harmonieusement en fonction de leur combinaison. Il ne s’agit pas d’aligner 11 VMA de qualité, mais de produire une intensité collective cohérente. Dès lors, le calibrage de cette intensité ne peut pas être uniquement physiologique. Il doit être fonctionnel. À ce titre, il revient aux joueurs de respecter les exigences d’intensité imposées par le cadre du jeu, chacun en fonction de ses capacités. Cela ne signifie pas que le joueur doit se reposer physiquement sur cette dynamique collective, mais au contraire l’entretenir et la développer en lui donnant sans restriction son énergie quel que son niveau. Dans ce cadre, une VMA élevée en situation isolée ne garantit nullement une utilisation élevée dans le jeu. L’écart entre capacité théorique et mobilisation effective dépend du système de jeu proposé par l’entraîneur en fonction des qualités de son groupe, de la lecture tactique de ce dernier, de son engagement et de sa compétence technique sous contrainte. Dans une perspective pratique, c’est l’intensité du jeu d’équipe qui constitue le véritable indicateur de calibrage du développement aérobie. Une animation fluide, constante, marquée par des déplacements coordonnés, des jaillissements répétés, des prises d’espaces dynamiques et une circulation rapide du ballon, traduit une intensité soutenable et adaptée. À l’inverse, lorsque l’on observe une multiplication des fautes, des sorties de balle, des passes imprécises, des appels moins tranchants, des prises d’espace limitées ou des jaillissements plus lents, cela signifie que l’intensité n’est plus tenable dans la durée. Le critère d’arrêt de la durée des jeux devient alors qualitatif avant d’être quantitatif. On suspend le jeu, on accorde une récupération adaptée, puis on relance une nouvelle séquence à l’intensité désirée. L’objectif n’est pas d’atteindre progressivement une intensité cible par des intermittents VMA de plus en plus spécifiques, soit 30-30, puis 20-20, puis 5-15, mais d’étendre une intensité de jeu élevée aussi longtemps que la qualité et l’alacrité collectives le permettent. Le calibrage des charges s’effectue in vivo par l’observation in situ de la dynamique de la qualité du jeu et non par la seule référence à des pourcentages de VMA. Ainsi, les développements de la capacité et de la puissance aérobiques des joueurs s’inscrivent directement dans une logique collective. L’équipe devient l’unité de référence. L’intensité n’est plus recherchée artificiellement, soit pour elle-même. Elle est entretenue, développée, régulée et relancée par et dans le jeu lui-même. Conclusion En définitive, considérer les intermittents VMA comme un levier central du développement aérobique du football le dénature fondamentalement. Un match n’est pas un athlétisme avec ballon, soit que les joueurs effectuent isolément chacun leur tour des absurdes 100m ou 10’000m de conduite de balle. C’est un jeu d’interactions où l’intensité naît de la qualité technique, de la justesse décisionnelle et de l’organisation collective. Lorsque cette intensité ne se manifeste pas dans l’animation de ballon, la cause première n’est pas nécessairement métabolique. Elle est bien souvent liée à une maîtrise insuffisante de la technique du ballon sous pression, à une compréhension tactique incomplète ou à une conception perfectible des situations d’entraînement. Cependant, les intermittents VMA ne sont pas à proscrire. Ils conservent une utilité subsidiaire ponctuelle, notamment en reprise, en réathlétisation ou pour individualiser certaines charges en cas de déficit métabolique avéré. Mais ils devraient rester des outils complémentaires, et non devenir le socle de la préparation physique footballistique. En faire une priorité systématique risque d’orienter l’entraînement vers une compensation énergétique d’un déficit technico-tactique, plutôt que vers sa résolution. Bref, un nivellement par le bas des qualités footballistiques des joueurs. L’enjeu pour l’entraîneur est donc clair. Il doit proposer des jeux qui produisent de l’intensité par et dans le jeu, et non à côté de lui. Cela signifie, s’il respecte le football, de concevoir, avec l’aide et non sous la coupe du PPF, des situations riches, contraignantes, dynamiques, capables de solliciter simultanément les dimensions techniques, tactiques, cognitives et énergétiques, d’élever la maîtrise sous pression pour élever mécaniquement le niveau physique de son équipe. Ainsi, le développement aérobique par intermittent VMA n’est plus une finalité isolée, tout comme les squats, donnant lieu possiblement, donc malheureusement sans rire, dans le futur à une nouvelle discipline spécifique en tant que telle, à l’exemple des concours de dunk pour le basket, susceptible à terme d’enrichir le programme olympique, mais un outil au service, si nécessaire, du football. Dans cette perspective, j’ai bien peur que l’utilisation d’intermittents VMA soit trop souvent un aveu de faiblesse technique ou de motivation de la part des entraîneurs, des PPF et/ou des joueurs. C’est en comprenant bien les enjeux de l’utilisation des intermittents VMA que le football évitera de confondre puissance physiologique et performance réelle, et qu’il préservera son essence et donc son identité. En résumé, un sport où la technique gouverne, et où le physique, certes indispensable, demeure fonctionnellement à son service, même s’il permet de maitriser « la paresse physique supposée de certains joueurs ». Autrement dit, comme le dirait La Palice, le football pour performer doit rester du football, c’est-à-dire que les joueurs pratiquent lors des entraînements et des matchs du vrai football au lieu d’une disciple athlétique isolée.











