Les semelles orthopédiques sont la plupart du temps une fausse bonne solution footballistique
- xavierblanc

- 13 juil.
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e football, sport exigeant sur les plans physique et technique, sollicite de manière intense les pieds. Or, ces derniers, souvent réduits à de simples leviers de propulsion ou de réception, jouent en réalité un rôle central dans l’équilibration posturale et la proprioception, donc la performance globale du joueur. Dans ce contexte, lors d’un problème « pied » la pratique courante dans le milieu footballistique consiste à recourir aux semelles orthopédiques pour corriger des déséquilibres ou des douleurs. Cette approche, bien que possiblement bénéfique à court terme, s’avère très souvent contre-productive à long terme en désactivant les muscles du pied, ce qui favorise une dépendance passive à un support externe.

Dans ce cadre, ce post s’appuie sur les travaux de Frédéric Brigaud, expert en rééducation posturale [1], et la posturologie pour démontrer que l’utilisation excessive de semelles orthopédiques peut rendre les muscles du pied chroniquement dysfonctionnels. Il propose également des alternatives fondées sur la réactivation sensorielle et motrice, afin de préserver l’autonomie fonctionnelle des pieds footballistiques.
Le sous-entraînement des pieds footballistiques
Le pied humain est une structure biomécaniquement sophistiquée, comme le montre la vidéo de l’Université Lyon 3. Il se compose de vingt-six os, trente-trois articulations et plus de cent muscles, tendons et ligaments. Dans le contexte footballistique, il remplit plusieurs fonctions essentielles telles que l’absorption des chocs à chaque appui, des sauts ou des réceptions, la propulsion lors des frappes, des accélérations ou des changements de direction, l’équilibration posturale pour le maintien de l’équilibre dynamique et la perception sensorielle grâce aux capteurs plantaires qui informent le système nerveux central sur la position et les mouvements du corps.
Dans ce cadre, les muscles intrinsèques du pied, tels que les muscles lombricaux, interosseux, fléchisseurs et extenseurs courts, jouent un rôle crucial dans le maintien de la voûte plantaire, la stabilisation des orteils et l’ajustement fin des appuis. Or, ces muscles sont souvent « endormis » chez beaucoup d’individus, en raison de leur utilisation de chaussures trop rigides, de leur marche sur des sols plats et artificiels, ou encore de leur emploi de semelles orthopédiques qui prennent en charge le travail normalement dévolu aux muscles. Non seulement, cela est valable pour les footballeurs, mais en plus leurs poses d’appui en medio-pied et la négligence de l’entraînement physique footballistique à stimuler leurs pieds accentuent cet endormissement jusqu’à en faire des pieds morts. Cette négligence est d’autant plus problématique que le pied est le premier maillon de la chaîne cinétique de la gestuelle footballistique. De fait, une dysfonction des pieds entraîne des compensations en amont, en affectant les fonctionnalités des chevilles, des genoux, des hanches, voire de la colonne vertébrale.
Cette situation s’explique par l’absence de prise de conscience que les pieds footballistiques doivent être entraînés systématiquement afin de restaurer ou de maintenir leur fonction. Par ricochet, cela explique que l’on n’identifie pas les causes des douleurs ou des dysfonctions podales pour se focaliser uniquement sur la réparation de leurs effets négatifs, principalement des douleurs, par des semelles orthopédiques. Celles-ci traitent donc les symptômes mais pas les causes du mal.
Les semelles orthopédiques sont une solution à double tranchant
Les semelles orthopédiques sont conçues pour corriger des déséquilibres posturaux, réduire les douleurs ou améliorer l’alignement des membres inférieurs en modifiant la répartition des pressions sous le pied. Elles agissent comme un soutien passif, compensant les déséquilibres. Cependant, toute compensation externe entraîne une réduction de l’activité des structures qu’elle remplace.
L’utilisation prolongée de semelles orthopédiques peut ainsi entraîner une atrophie des muscles intrinsèques du pied. En prenant en charge le maintien de la voûte plantaire, elles réduisent la nécessité pour les muscles lombricaux et fléchisseurs courts de travailler, ce qui conduit à une faiblesse musculaire progressive et à une perte de tonus et de réactivité. De plus, le cerveau, via le système nerveux, désapprend à recruter efficacement les muscles du pied, car la semelle compense les déséquilibres. Cela crée un cercle vicieux. Plus le joueur porte des semelles, plus ses pieds deviennent dysfonctionnels lorsqu’il les enlève.
Un autre effet pervers des semelles orthopédiques réside dans leur impact sur la proprioception footballistique. En modifiant les afférences sensorielles, elles perturbent la qualité de l’information proprioceptive envoyée au système nerveux central. Or, la proprioception est un pilier de la performance footballistique. Elle permet au joueur d’ajuster ses appuis en temps réel, d’anticiper les changements de direction et de réduire les risques de blessure. Un pied affaibli et proprioceptivement mauvais est donc moins capable d’absorber les chocs et de s’adapter aux contraintes du terrain, ce qui peut favoriser des entorses de cheville, des tendinopathies ou des douleurs chroniques.
La posturologie comme une alternative à la compensation passive
La posturologie est l’étude des mécanismes de régulation de la posture. Elle considère le corps comme un système global, où chaque déséquilibre local peut avoir des répercussions sur l’ensemble de la chaîne cinétique. Cette approche permet d’identifier les causes profondes des déséquilibres.
Dans cette perspective, Frédéric Brigaud propose une méthode active pour rééduquer le pied, basée sur la réactivation des muscles intrinsèques, la correction des déséquilibres posturaux et l’amélioration de la proprioception. Parmi les exercices recommandés, on trouve le travail de préhension avec les orteils, les exercices en déséquilibre sur des surfaces instables, ou encore la marche pieds nus sur des sols variés pour stimuler les capteurs plantaires. Pour intégrer ces principes dans l’entraînement footballistique, je recommande, pour ma part, d’inclure des exercices de mobilité du pied dans les échauffements ou les procédures de pré-entraînement, des drills de proprioception, et un travail de renforcement des muscles intrinsèques en s’entraînant pied nu.
Il est entendu qu’il existe des cas où les semelles orthopédiques peuvent être utiles temporairement, notamment en cas de douleurs aiguës, de défauts morphologiques majeurs ou pendant une période de transition vers une rééducation active. Cependant, elles ne doivent pas être une solution permanente, mais un outil de transition vers une correction active. Dans ce cas, la rééducation du pied doit être encadrée par un posturologue, un physio/kinésithérapeute spécialisé ou un préparateur physique footballistique averti.
Conclusion et recommandations
Les semelles orthopédiques, bien que largement utilisées dans le football, ne constituent pas une solution optimale à long terme et sont trop souvent un sparadrap sur une plaie bien plus profonde. En désactivant les muscles intrinsèques du pied, elles favorisent leur dépendance passive et une détérioration de leur fonction proprioceptive, essentielle à la performance et à la prévention des blessures. Les alternatives proposées par ce post, soit une réactivation musculaire, un travail proprioceptif, une correction posturale globale ou encore de considérer les pieds comme une vraie thématique de l’entraînement physique footballistique, offrent une approche plus fondamentale et performative en permettant aux joueurs de retrouver l’autonomie fonctionnelle de leurs pieds.
De fait, afin d’éviter des solutions toutes faites décontextualisées, il est recommandé de ne pas écouter les conseils de non-spécialistes, à savoir mêmes des physio/kinésithérapeute mais non formés dans le domaine, sans évaluation posturale préalable, d’intégrer des exercices de renforcement des pieds dans les échauffements et les séances de récupération, de privilégier la marche et le jeu pieds nus quand cela est possible et de sensibiliser les joueurs à l’importance de la santé de leur pied dans la performance footballistique. Dans cette logique, les semelles orthopédiques viennent en dernier ressort pour corriger une dysfonction ou des douleurs podales, soit lorsque toutes les autres mesures correctives se sont révélées être inefficaces.
[1] Frédéric Brigaud, Améliorer sa posture, du quotidien à la pratique sportive, Editions Désiris, 2016. Frédéric Brigaud, Corriger la posture et les instabilités articulaires, Edition Désiris, 2019. Frédéric Brigaud, Corriger le pied sans semelle, Editions Désiris, 2019.





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