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L’automédication footballistique, utilisations, restrictions et dangers

  • Photo du rédacteur: xavierblanc
    xavierblanc
  • 11 janv.
  • 10 min de lecture

Le football est un sport de domination, donc d’opposition physique, par impacts corporels selon une alternance continue d’efforts intermittents de plus en plus saccadés. Il sollicite intensément les systèmes coordinatif et métabolique ainsi que postural des joueurs, ce qui en fait une discipline particulièrement énergivore et délétère. Les accélérations répétées, les changements de direction brusques, les sauts et les duels exposent les joueurs à une accumulation de microtraumatismes, de lésions musculaires et d’atteintes inflammatoires des tissus corporels.


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Dans ce contexte, la douleur due à la fatigue et à l’inflammation détermine le niveau de pratique. Afin de maintenir leur disponibilité et leur compétitivité, de nombreux joueurs ont alors recours à l’automédication, souvent associée à des soins personnels, à des approches complémentaires et/ou alternatives telles que les huiles essentielles ou autres soins dits de « grand-mère ».


L’automédication footballistique

L’automédication footballistique vise principalement à réduire la douleur, soit à moduler la réponse inflammatoire consécutive aux chocs, aux surcharges mécaniques et aux micro-lésions musculaires. Il est à noter, toutefois, que l’inflammation représente un processus biologique indispensable à la réparation tissulaire et à l’adaptation de l’entraînement. Une inhibition excessive ou répétée de cette réponse, notamment par l’usage systématique d’anti-inflammatoires, peut altérer la récupération fonctionnelle.


Dans ce cadre, les courbatures, ou DOMS, surviennent généralement entre 24 et 72 heures après un effort intense ou inhabituel. Elles sont liées à des micro-lésions musculaires accompagnées d’une réponse inflammatoire retardée.


Les tensions musculaires de fatigue et de surcharge résultent quant à elles d’une accumulation de charges d’entraînement associée à une récupération insuffisante. Elles se manifestent par une raideur musculaire diffuse, une diminution de l’élasticité musculaire et une altération du contrôle neuromusculaire, augmentant le risque de blessure aiguë.


Dans ce contexte, les joueurs utilisent, pour atténuer leurs maux, principalement des antalgiques simples et des anti-inflammatoires accessibles sans ordonnance. Le paracétamol constitue la référence antalgique de première intention, commercialisé sous des appellations telles que Doliprane ou Efferalgan en France, Dafalgan ou Perdolan en Belgique, et Dafalgan ou Panadol en Suisse.


L’ibuprofène est également disponible sans ordonnance sous différents noms commerciaux (Advil, Nurofen, Brufen, Algifor), bien que son utilisation doive rester ponctuelle. Les formes topiques à base de diclofénac sont souvent privilégiées pour les douleurs localisées, notamment les contusions superficielles.


Par ailleurs, les huiles essentielles sont de plus en plus utilisées dans le milieu sportif comme approche complémentaire pour gérer les douleurs musculaires, les tensions de fatigue et le stress post-effort. Leur usage s’inscrit dans une logique de soin de support, en complément des stratégies classiques de récupération.


Dans le cadre footballistique, ces huiles sont principalement utilisées par voie cutanée, diluées dans une huile végétale, lors de massages ou de soins de récupération. Leur intérêt réside autant dans leurs effets physiologiques potentiels que dans leur contribution au relâchement musculaire et à la perception subjective de récupération. Toutefois, leur utilisation nécessite des précautions, notamment en raison des risques d’irritation cutanée, d’allergie ou de contre-indications spécifiques chez certains joueurs.


Enfin, si le football est un sport de son époque et dans l’innovation permanente, il s’inscrit dans un ancrage de Gros bon sens populaire en puisant notamment dans des traditions ancestrales de soins souvent dénommés remèdes de « grand-mère », soit qui « marchent à l’usage ».


La prise en charge des situations footballistiques

L’automédication footballistique ne doit jamais masquer une douleur persistante, une impotence fonctionnelle ou une aggravation des symptômes. À ce titre, toute prise médicamenteuse doit être ponctuelle, à la dose minimale et sur la durée la plus courte possible. Les anti-inflammatoires ne doivent pas être utilisés de façon systématique après l’effort, car l’inflammation est une étape clé de la réparation tissulaire.


Il est à noter qu’aucune automédication ne remplace l’adaptation de la charge d’entraînement, le repos, la récupération active. En cas de doute, une évaluation médicale est nécessaire. Enfin, il s’agit de faire très attention à la posologie, surtout pour les jeunes joueurs. Dans ce cadre, l’automédication footballistique concerne les médicaments suivants :


L’antalgique de première intention soit le paracétamol (Noms commerciaux : Doliprane, Efferalgan, Dafalgan, Panadol). Il doit être systématiquement le premier choix en cas de douleurs musculaires légères à modérées, de courbatures et de douleurs de contusion sans complication.


Il n’est pas conseillé en cas de consommation d’alcool, d’une insuffisance hépatique, d’un dépassement des doses (toxicité hépatique sévère) et en cas de déshydratation post-effort.


L’anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) oral soit l’ibuprofène (Noms commerciaux : Advil, Nurofen, Brufen, Algifor) qui vise à soigner la douleur inflammatoire modérée, les contusions douloureuses avec œdème et en cas d’échec d’une prise seule de paracétamol.


Il ne doit jamais être pris en prévention, systématiquement ou encore après les matchs et à jeun. En cas de déshydratation, de douleur gastrique et d’antécédents digestif ou rénal, le risque est de provoquer des troubles digestifs, une atteinte rénale et un retard de cicatrisation musculaire.


L’AINS topique tel que le diclofénac gel qui traite directement et de façon ciblée les douleurs localisées (topique) telles que les contusions superficielles, les douleurs musculaires ciblées et les tendinopathies débutantes. En termes de restrictions, il s’agit de ne pas l’appliquer sur des plaies ouvertes, à l’occasion de pansement, de ne pas exposer au soleil la zone traitée et il s’agit d’éviter de l’associer à un AINS oral sur plusieurs jours. Il est à noter que les AINS topiques sont préférables aux AINS oraux.


Les huiles essentielles ne sont ni des médicaments, ni des anti-inflammatoires équivalents aux AINS. Leur rôle est fonctionnel et perceptif en intégrant les phases de récupération de l’effort.


On les utilise par voie cutanée selon une dilution de 5% à 10 % au maximum lors de massages post-effort ou en phase subaiguë. En termes de restrictions, il s’agit de ne jamais les appliquer sur des inflammations aiguës intenses, sur une peau lésée et de faire attention aux antécédents allergiques.


Certaines huiles essentielles sont traditionnellement associées à des effets perçus comme antalgique, anti-inflammatoire léger ou décontractant musculaire. Parmi les plus fréquemment utilisées figurent les huiles essentielles de gaulthérie, souvent associée aux massages post-effort pour les tensions musculaires, de lavande vraie pour ses propriétés relaxantes et favorisant la détente neuromusculaire, de romarin à camphre pour les sensations de raideur musculaire, et d’eucalyptus citronné, couramment employé dans les douleurs d’origine inflammatoire légère.


Autres substances et pratiques en automédication footballistique

En dehors des antalgiques simples, des AINS et des huiles essentielles, d’autres produits ou pratiques sont parfois utilisés par les joueurs dans une logique d’automédication ou de soins personnels, avec des bénéfices variables et des risques souvent sous-estimés.

 

Certains joueurs ont recours à des myorelaxants pour soulager les contractures ou les spasmes musculaires. Des spécialités à base de thiocolchicoside ou de méphénésine sont occasionnellement utilisées, bien que leur efficacité dans le cadre sportif reste discutée. Ces molécules peuvent entraîner une somnolence, une diminution de la vigilance et une altération du contrôle moteur, incompatibles avec la pratique compétitive du football. Leur usage doit rester exceptionnel et ne se justifie pas dans la gestion courante des douleurs de fatigue ou des courbatures.

 

Les compléments alimentaires occupent une place croissante dans le football. Le magnésium, les complexes de vitamines B, les oméga-3 ou encore certains antioxydants sont fréquemment utilisés dans l’objectif de réduire la fatigue neuromusculaire ou d’améliorer la récupération. S’ils peuvent avoir un intérêt chez des joueurs présentant des carences avérées ou des charges d’entraînement élevées, leur consommation ne doit pas se substituer à une alimentation équilibrée, une hydratation adéquate et une gestion rationnelle des charges. Leur usage excessif ou non encadré n’a pas démontré de bénéfice direct sur la prévention des blessures.

 

Les crèmes chauffantes, sprays cryogéniques, ou bombes de froid instantané, sont largement utilisés en bord de terrain. Leur action est essentiellement sensorielle et antalgique transitoire, agissant sur la perception de la douleur plutôt que sur la cause lésionnelle. Leur utilisation peut exposer à un risque de masquage des signaux d’alerte, favorisant une poursuite de l’effort malgré une lésion sous-jacente.

 

Les remèdes dits « de grand-mère »

En parallèle des médicaments, des huiles essentielles et des produits de terrain, certains joueurs ont recours à des remèdes dits « de grand-mère », issus de traditions populaires ou familiales, transmis empiriquement et souvent utilisés en automédication informelle. Ces pratiques sont généralement perçues comme naturelles, accessibles et dénuées de danger, ce qui explique leur persistance dans le milieu sportif.


Parmi les plus fréquemment rencontrés figurent l’application locale de vinaigre, de cataplasmes d’argile, de compresses chaudes ou froides improvisées, de bains chauds ou tièdes prolongés, ainsi que certaines tisanes à visée relaxante ou anti-douleur (camomille, tilleul, gingembre, curcuma).


Dans ce cadre, les bains de gros sel locaux (pieds, coudes, mains…) souvent assimilés aux bains de sel marin ou de sel d’Epsom, sont utilisés dans le milieu sportif en cas de sensations d’inflammation persistante, de gonflement diffus ou de douleurs osseuses perçues (périostites, chocs répétés, douleurs d’appui prolongées). Ils sont généralement réalisés sous forme de bains tièdes ou légèrement chauds, parfois prolongés. Leur intérêt perçu repose sur plusieurs mécanismes supposés :


- un effet relaxant musculaire général,

- une amélioration de la circulation locale par la chaleur,

- un effet osmotique sur l’œdème,

- une diminution de la perception douloureuse et de la raideur post-effort.


Dans certaines situations chroniques ou subaiguës, ces bains peuvent contribuer au confort subjectif, à la détente globale et à la récupération psychophysiologique du joueur. Il convient toutefois de souligner que les bains de gros sel n’ont pas démontré d’effet direct sur la résorption d’un œdème osseux réel, ni sur les processus inflammatoires profonds. Leur action reste essentiellement fonctionnelle et perceptive. En pratique :


- ils sont contre-indiqués en phase aiguë inflammatoire, en présence d’un œdème important, d’une douleur vive, d’une contusion récente ou d’une entorse,

- la chaleur peut majorer l’inflammation et l’œdème si elle est utilisée trop précocement,

- ils ne doivent jamais retarder une évaluation médicale en cas de douleur persistante, profonde ou d’origine osseuse suspectée.


Ainsi, les bains de gros sel peuvent être envisagés uniquement en phase tardive ou chronique, dans une logique de récupération et de bien-être, et toujours en complément des principes fondamentaux de prise en charge, soit l’adaptation des charges, la récupération active et un suivi médical si nécessaire.


Ces remèdes de « grand-mère » ne reposent pas sur des preuves scientifiques solides comme le demande l’Evidence Base Médecine et ne doivent en aucun cas être assimilés à des traitements médicaux. Leur utilisation comporte plusieurs limites :


- absence de standardisation des doses et des modes d’application,

- risque d’irritations cutanées ou de brûlures (chaleur excessive, argile mal utilisée),

- retard à la consultation médicale en cas de lésion réelle,

- banalisation de la douleur comme phénomène à « faire passer » plutôt qu’à analyser.


En particulier, l’application de chaleur ou de substances irritantes sur une lésion aiguë inflammatoire, une contusion récente ou une entorse peut aggraver l’œdème, majorer la douleur et retarder la cicatrisation. En conséquence, dans le cadre footballistique, les remèdes dits « de grand-mère » se limitent aux situations bénignes, en phase tardive ou dans une logique de bien-être général. Ils ne doivent jamais se substituer :


- à une évaluation clinique,

- aux principes fondamentaux de récupération,

- ni aux traitements validés lorsque ceux-ci sont nécessaires.


Leur usage doit rester raisonné, informé et critique, en gardant à l’esprit que le caractère « naturel » d’un remède n’est pas synonyme d’innocuité.


Enfin, il convient de rappeler que certaines pratiques d’automédication exposent les joueurs à un risque de dopage involontaire. Des médicaments ou compléments alimentaires mal identifiés peuvent contenir des substances interdites ou contaminées. Une vigilance particulière est indispensable sur la base de la liste de produits interdits.

 

Le guide synthétique d’automédication selon les situations footballistiques

Concrètement, l’automédication footballistique doit s’adapter au type de lésion, à sa phase évolutive (aiguë, subaiguë, chronique) et à son retentissement fonctionnel. Les stratégies suivantes peuvent être pertinentes.

 

Contusion musculaire

La prise en charge repose en priorité sur :


- le froid local précoce,

- le repos relatif,

- la compression si nécessaire.


Un recours ponctuel au paracétamol est possible en cas de douleur, sans chercher à maintenir la pratique. Les AINS oraux sont déconseillés en phase aiguë, en raison du risque de masquage symptomatique et d’interférence avec la cicatrisation musculaire. Les AINS topiques peuvent alors être envisagés secondairement pour des douleurs superficielles localisées.


Les huiles essentielles et les remèdes de grand-mère (argile, chaleur, bains chauds ou salins) n’ont pas leur place en phase aiguë. Ils ne peuvent être introduits qu’en phase subaiguë, sous forme de massages doux ou de soins de confort, lorsque l’inflammation initiale a diminué.


Courbatures (DOMS)

Les courbatures post-match ou post-entraînement relèvent principalement de :


- la récupération active à faible intensité,

- l’hydratation,

- les bains froids ou contrastés,

- le massage.


Les huiles essentielles peuvent être utilisées pour améliorer la sensation de récupération et diminuer la raideur musculaire perçue. Les remèdes traditionnels (tisanes relaxantes, bains tièdes, bains de gros sel) peuvent contribuer au bien-être général, sans prétention thérapeutique. La prise de paracétamol peut être envisagée ponctuellement si la douleur est gênante. La prise routinière d’AINS n’est pas recommandée dans ce contexte.


Tensions de fatigue et surcharge

Les tensions musculaires liées à la surcharge doivent être abordées en priorité par :

- une adaptation de la charge d’entraînement,

- le travail de mobilité,

- le massage,

- l’utilisation de chaleur modérée.


Les huiles essentielles trouvent ici une place complémentaire, favorisant la détente musculaire et la récupération psychophysiologique. Les remèdes de grand-mère, notamment les bains tièdes ou bains de gros sel, peuvent être utilisés en phase tardive ou chronique, dans une logique de relaxation globale. Le recours aux médicaments doit rester exceptionnel dans cette situation.


Élongation musculaire légère

La prise en charge repose sur une progression structurée :


- froid initial dans les premières 24–48 heures,

- puis chaleur modérée en phase subaiguë,

- reprise progressive de la course autour de 40 % de la VO₂ max.


Les massages légers, éventuellement associés à des huiles essentielles décontracturantes, peuvent accompagner la récupération. Les remèdes traditionnels (bains tièdes, bains salins) ne sont envisageables qu’en phase subaiguë tardive, lorsque la douleur aiguë et l’œdème ont disparu. Une prise de paracétamol est possible en cas de douleur, sans recherche de poursuite de l’effort.


Lésion ligamentaire (torsion, entorse…)

Dans ce contexte, l’automédication est particulièrement à risque. La priorité absolue repose sur :


- l’arrêt de l’activité,

- le repos de l’articulation concernée,

- l’application précoce de froid local.


Le paracétamol peut être utilisé ponctuellement pour soulager la douleur, sans jamais permettre une reprise de jeu. Les AINS oraux sont déconseillés en phase aiguë, en raison du risque de masquage des signes de gravité et d’altération de la cicatrisation ligamentaire. Les AINS topiques peuvent être envisagés très ponctuellement pour des douleurs superficielles, hors œdème important.


Les huiles essentielles et les remèdes de grand-mère (chaleur, argile, bains chauds ou salins) sont formellement contre-indiqués en phase aiguë. Ils ne peuvent être utilisés, de manière très marginale, qu’en phase tardive et uniquement pour le confort musculaire périphérique, à distance de l’articulation lésée.


Toute douleur persistante, instabilité, gonflement articulaire ou sensation de dérobement impose une évaluation médicale rapide.


Tendinopathies débutantes

La stratégie de soin repose sur :


- l’adaptation des charges,

- le froid post-effort,

- le renforcement spécifique.


Les AINS topiques peuvent être utilisés sur de courtes périodes en phase douloureuse. Les huiles essentielles peuvent être envisagées avec prudence, uniquement en complément. Les bains de gros sel ou autres remèdes traditionnels peuvent être utilisés en phase chronique ou de récupération, sans effet démontré sur la lésion tendineuse elle-même, mais avec un possible bénéfice perceptif.


Au final, dans le football de contact, l’automédication, qu’elle soit médicamenteuse, naturelle ou traditionnelle, doit rester ponctuelle, raisonnée, adaptée à la phase de la lésion.


À ce titre,

- le paracétamol demeure la référence antalgique,

- les AINS doivent être strictement encadrés,

- les huiles essentielles et remèdes de grand-mère relèvent du confort et du bien-être, rarement du traitement.


Conclusion

Dans le football, l’automédication, les soins personnels et l’usage croissant des huiles essentielles ou autres mesures traduisent la recherche permanente de solutions pour gérer les douleurs issues d’inflammations, de courbatures et de fatigue de surcharge. Si ces approches peuvent contribuer au confort et à la perception de récupération, elles ne doivent pas masquer les signaux d’alerte du corps ni se substituer à une prise en charge médicale lorsque nécessaire. Une utilisation raisonnée, intégrée à une stratégie globale de récupération et de prévention des blessures, demeure essentielle pour préserver la santé et la performance du footballeur.

 

 
 
 

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