Les corps des footballeurs sont des jardins d’enfant-muscles
- xavierblanc

- il y a 4 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Le corps d’un footballeur est un orchestre complexe de quelque 640 muscles, chacun ayant un ou plusieurs rôles dans la production de mouvements. Les quadriceps, les ischios, les fessiers, les adducteurs, les psoas, les mollets, les tenseurs du fascia lata, les épaules… travaillent en synergies statique et dynamique pour produire de la vitesse maximale, des montées du taux de vitesse, ou accélérations, des décélérations, de l’agilité, des sauts...

Ces synergismes s’ordonnent mutuellement en coordination intermusculaire dont la qualité performative détermine la qualité du geste footballistique. Chaque mouvement de la gestuelle footballistique est donc le résultat d’un dialogue permanent, mutuel, parfois contraint et conflictuel entre ces muscles dans le sens que certains (sup)portent le mouvement, d’autres le stabilisent, d’autres encore en corrigent les déséquilibres posturologiques, respectivement mécaniques.
Dans ce cadre, le joueur qui veut se mouvoir correctement à tout moment se doit, selon le précepte tibétain, « écouter son corps murmurer avant qu’il ne crie ». Dans le contexte footballistique, ces murmures sont les petites douleurs issues des fatigues musculaires locales, des tensions subtiles qui, si elles sont ignorées, se transforment en blessures donc en perturbations de performance. Pour saisir circulairement systémiquement cette problématique, je propose d’utiliser l’allégorie d’un « jardin d’enfants musculaires », soit un écosystème où chaque muscle, avec ses propres caractéristiques, caprices, plaintes et rivalités, cherche à se faire entendre.
Le jardin d’enfant-muscles footballistiques
Un terrain imaginaire où les muscles sont les enfants d'un jardin d’enfants, et le cerveau est le professeur dépassé qui tente de (co)ordonner les mouvements.
Quadriceps (orgueilleux, un peu arrogant) : « Hé, les adducteurs, pourquoi vous ne tenez jamais vos lignes ? À cause de vous, je me fatigue deux fois plus pour garder les genoux de notre joueur stables !»
Adducteurs (pleurnichards) : « Mais, c’est pas de notre faute ! Les fessiers ne nous donnent jamais le soutien nécessaire, et toi, t’es toujours en train de pousser ses déplacements comme un bulldozer ! »
Fessiers (méchants et flemmards à la fois) : « Moi ?! J’essaie de stabiliser le bassin, mais personne ne m’aide. Surtout, les ischios qui se croient trop malins pour m’aider. »
Ischios (hyperactifs) : « Trop malins ?! On court après vous depuis le début ! Et puis, les quadriceps nous surchargent avec leurs accélérations absurdes, c’est pas humain ! »
Psoas (capricieux) : « Eh, et moi alors ? Si je me réveille pas un peu, vous ne pouvez même pas lever la jambe correctement pour accélérer. En plus, vous vous plaignez toujours que je tire trop ! »
Mollets (endormis) : « Eh bien, si j’étais un peu plus sollicité, je pourrais aider à l’accélération, mais tout le monde se cache derrière les autres… »
Cerveau (professeur désabusé) : « Silence ! Écoutez… chacun a sa part de responsabilité. La coordination intermusculaire n’est pas un jeu de blâme ! Si vous continuez comme ça, notre joueur ne pourra jamais atteindre sa vitesse maximale. »
Adducteurs : « Mais il n’y a jamais d’aide, on est toujours les seuls à gérer les contraintes latérales ! »
Fessiers : « Et les ischios qui râlent tout le temps, vous croyez que c’est reposant de tenir le bassin tout seul ? »
Quadriceps : « Et toi, mollets, tu dors alors qu’on te demande de propulser notre joueur ! »
Mollets : « Hé, j’essaie, mais j’ai besoin que le psoas et les fessiers soient synchronisés pour ne pas me déchirer ! »
Psoas : « Synchronisés ? Je suis déjà en tension pour lever la jambe, et toi tu m’accuses ? »
Ischio-jambiers (avec exagération) : « Tout ça à cause des caprices du quadriceps et de l’orgueil des fessiers ! »
Cerveau : « Stoooop. N’oubliez pas que lorsque vous murmurez des signaux de fatigue, de surcharge, de déséquilibre. Ignorer ces signaux, vous ralentissez notre joueur, vous rendez vulnérable aux blessures et vous réduisez sa fluidité. Compris ? »
Tous les muscles (marmonnant, moitié plaintifs, moitié solidaires) : « Oui… mais c’est toujours pas de notre faute ! »
Cerveau : « Exact. Mais si vous commenciez à écouter plutôt qu’à accuser, peut-être qu’on pourra produire ensemble une accélération digne du talent footballistique de notre joueur. »
Ischios (soudain très vexés) :« Ouais ben justement ! Quand on parle d’accélération, c’est toujours nous qui devons freiner, relancer, contrôler la hanche… et personne ne nous montre comment faire ! Après on s’étonne qu’on tire ou qu’on se déchire ! »
Quadriceps (moqueur) :« Oh les pauvres petits ! Toujours en train de pleurer ! Vous êtes censés freiner le genou et aider à la propulsion, mais vous passez votre temps à dire que vous êtes fatigués ! »
Ischios (en colère) :« Fatigués ?! Parce que toi tu crois que courir vite c’est juste pousser fort ? Nous, on doit freiner la jambe qui revient en avant à pleine vitesse ! Si personne ne nous prépare excentriquement, c’est normal qu’on se plaigne ! »
Fessiers (orgueilleux) :« Exactement ! Et quand je ne suis pas activé correctement, toute la chaîne postérieure se met à crier. Mais non, notre joueur préfère travailler les quadriceps devant le miroir… »
Adducteurs (se mettant à pleurer) :« Et nous alors ? Personne ne parle de nous ! Pourtant, c’est nous qui équilibrons les appuis quand notre joueur change de direction ! Mais quand ça tire à l’aine, tout le monde dit que c’est de notre faute… »
Mollets (toujours un peu endormis) :« Et quand il faut transformer par des sols complètement différents la force en vitesse, c’est nous qu’on appelle. Mais si la coordination est mauvaise entre vous tous, on fait comment pour renvoyer l’énergie ? »
Un nouveau problème arrive dans le jardin d’enfants musculaires
Bassin (d’une voix inquiète) :« Euh… excusez-moi… mais je crois que je suis un peu penché… »
Cerveau :« Comment ça, penché ? »
Bassin :« Oui… la jambe droite pousse plus que la gauche… et la colonne compense… et les épaules tournent… »
Quadriceps gauche (en accusant) :« Voilà ! C’est ça la posturologie ! On nous demande d’être symétriques alors que tout part de travers ! »
Adducteur droit (en pleurant) :« C’est pour ça que je travaille deux fois plus que mon copain de gauche ! Et après on dit que je suis fragile ! »
Ischio gauche :« Et moi je compense tout le temps pour stabiliser la hanche ! C’est épuisant ! »
Cerveau (essayant de calmer tout le monde) :« Oui, oui… c’est bien ce que je dis… quand la posture est déséquilibrée, toute la coordination intermusculaire devient chaotique. »
La question de la vitesse arrive dans le jardin d’enfants musculaires
Chronomètre (petit personnage sérieux) :« Euh… excusez-moi… mais je suis là pour évaluer la vitesse de votre joueur… »
Tous les muscles :« Ooooooh non… »
Quadriceps (se vantant) :« C’est moi qui fait tout ! »
Ischio-jambiers :« Facile à dire ! Mais la vitesse c’est pas seulement pousser fort, c’est aussi coordonner la fréquence et l’amplitude ! »
Mollets :« Et restituer l’énergie élastique du sol ! »
Psoas :« Et lever la cuisse assez vite pour pointer le genou ! »
Adducteurs :« Et équilibrer la trajectoire ! »
Fessiers :« Et produire la puissance horizontale par extension de hanche ! »
Chronomètre (calmement) :« Justement… l’évaluation montre que vous ne travaillez pas ensemble. »
Tous les muscles (choqués) :« Quoi ?! »
Les accusations reprennent
Quadriceps :« C’est parce que les ischios freinent trop ! »
Ischio-jambiers :« Faux ! C’est parce que les fessiers ne s’activent pas assez tôt pour nous aider ! »
Fessiers :« C’est parce que le bassin est mal positionné ! »
Adducteurs :« C’est parce que personne ne rééquilibre correctement les appuis ! »
Mollets :« C’est parce que la coordination est mauvaise ! »
Une voix calme, venue du côté externe de la cuisse, intervient pour la première fois.
Tenseur du fascia lata (discret, un peu diplomate) :« Excusez-moi… mais si la coordination est mauvaise… c’est souvent moi qui dois arranger les choses. »
Quadriceps :« Hein ? Toi ? Mais tu fais quoi exactement ? »
Tenseur du fascia lata :« Je suis un rattrapeur-adaptateur. Quand vos forces ne sont pas bien synchronisées, je tends le fascia lata et la bande ilio-tibiale pour maintenir l’alignement entre la hanche, le bassin et le genou. »
Adducteurs :« Donc quand le bassin part un peu de travers… »
Tenseur du fascia lata :« …j’aide à stabiliser latéralement la hanche. »
Ischios :« Et quand on freine, la jambe qui revient à toute vitesse ? »
Tenseur du fascia lata :« J’aide à garder le genou dans l’axe pendant que vous contrôlez la décélération. »
Fessiers :« Et quand je propulse la hanche ? »
Tenseur du fascia lata :« Je collabore avec toi pour maintenir la stabilité du bassin pendant l’appui sur une jambe. »
Mollets :« Donc tu ajustes les tensions entre nous ? »
Tenseur du fascia lata :« Exactement. Quand vous ne travaillez pas parfaitement ensemble, je traduis vos forces pour que le mouvement reste possible. »
Psoas :« Et si on est vraiment désorganisés ? »
Tenseur du fascia lata :« Alors je compense… encore… et encore… jusqu’à ce que je commence moi aussi à me plaindre. »
Adducteurs :« Ah… donc les douleurs sur le côté du genou… »
Tenseur du fascia lata :« …ou les tensions de la bande ilio-tibiale. Oui. »
Le cerveau lève enfin les yeux.
« Merci. Voilà enfin quelqu’un qui explique la coordination. Voilà le vrai problème. La vitesse, l’accélération, l’agilité, la coordination et la fluidité doivent fonctionner ensemble ! »
Quadriceps (boudeur) :« Moi je pousse. »
Ischio-jambiers :« Moi je freine et je relance. »
Fessiers :« Moi je propulse la hanche. »
Mollets :« Moi je restitue l’énergie au sol. »
Psoas :« Moi je lève la cuisse. »
Adducteurs :« Moi je stabilise. »
Cerveau :« Exactement ! Et si l’un de vous se comporte comme un enfant capricieux, en travaillant seul dans son coin, tout le mouvement devient désordonné. »
Soudain… une nouvelle dispute éclate en haut du corps
Omoplates (en train de se chamailler) :« Hé ! Nous aussi on a un problème ! »
Cerveau :« Quoi encore ? »
Omoplate droite :« L’épaule part trop en avant ! »
Trapèzes (énervés) :« Oui ! On appelle ça une protraction scapulaire ! »
Grand dorsal :« Et quand les épaules sont mal positionnées, la rotation du tronc devient inefficace ! »
Fessiers (choqués) :« Attendez… quoi ? Même nous on est impactés ? »
Grand dorsal :« Bien sûr ! Le corps fonctionne tout ensemble en chaînes ! Si le haut du corps est désorganisé, la transmission de force des jambes devient mauvaise ! »
Quadriceps (furieux) :« Mais c’est injuste ! On nous demande d’aller vite alors que tout le monde fait faux ! »
Cerveau (se tenant la tête, car il craque presque) :« Bon… écoutez-moi tous… »
Tous les muscles se taisent instantanément
Cerveau :« La vitesse maximale footballistique ne vient pas d’un muscle héros. Elle vient d’une coopération. Une coordination. Une fluidité. »
Enfin, un silence attentif de tous
Cerveau (plus calmement)
« Et si vous appreniez enfin à jouer ensemble en arrêtant de vous énerver en prenant le temps d’aller vite avec harmonie et en parlant d’une seule voie pour aller dans une même direction à chaque fois… au lieu de vous accuser comme dans un jardin d’enfants égoïstes… Peut-être que notre joueur pourra enfin nous faire bien jouer tous ensemble pour exprimer son talent et gagner. »
Ont-ils vraiment compris… ou bien est-ce une éternelle chamaillerie sachant que la fatigue rode ?
Les enfant-muscles, se rendant compte finalement de leur enfantillage, se taisent, un peu honteux de leur comportement. Pour rassurer le cerveau qu’ils ont bien compris le message, ils se réunissent au centre de leur jardin-terrain et s’assurent, comme une équipe qui se réunit avant que son match commence, de leur loyauté et de leurs soutiens mutuels… Mais attention, la fatigue rode autour d’eux pour casser leur pacte et les diviser encore et encore pendant et après leur match et leur entraînement.
Heureusement que les fées Fluage, Mobilité, Gestion ondulo-pointilliste, Micro-dosing, Ecole de la vitesse footballistique, Récupération, Respiration, Alimentation, Automédication, Gigacycle, Compréhension du contexte, Rigueur, Concept d’entraînement physique footballistique, Consistance, Sagacité… les protègent. Mais, pour autant qu’ils sachent faire appel, avec l’appui des préparateurs physiques footballistiques (PPF), à elles au bon moment, à la bonne intensité et avec les bonnes manières en faisant des entraînements physiques qualitatif et holistique.
En synthèse
Le corps d’un footballeur est bien plus qu’un assemblage de muscles. C’est un écosystème où chaque tension, chaque fatigue, chaque interaction influe directement sur la performance. Les muscles ont des tempéraments variés… certains sont hyperactifs, d’autres flemmards, certains plaintifs, d’autres tyranniques ou encore endormis. L’écoute attentive de leurs messages, qui prennent la forme de petites douleurs informatives, est essentielle pour que le joueur puisse exploiter pleinement son potentiel en atteignant les vitesses et les agilités nécessaires à l’expression de son talent footballistique.
Le « jardin d’enfants musculaire » illustre parfaitement que la performativité footballistique n’est pas seulement physiquement un jeu de pied, mais un exercice subtil d’équilibration, de coordination, d’harmonisation, de communication interne et de gestion des conflits intermusculaires qui s’obtiennent par des entraînements physiques footballistiques performants, ce qui oblige chaque PPF à perpétuellement (se) penser.





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