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  • L’absorption podale des chocs dynamise la gestuelle footballistique

    Le niveau de vitesse footballistique dépend notamment de « la capacité à enchaîner rapidement des appuis podaux multidirectionnels au moyen d’une dynamique d’exécution fluide et réactive ». Dans une optique d’amélioration de cette dynamique, ce texte explore l’idée selon laquelle l’absorption des chocs par les appuis podaux par opposition à leur martèlement rigide du sol, constitue l’un des mécanismes influençant positivement la production de la vitesse maximale footballistique. Après une analyse des rôles postural et propulsif des pieds, cet écrit propose deux axes d’entraînement que sont l’équilibriation de l’articulation de la cheville et le développement de la propulsion plantaire. Il se conclut par la présentation des outils de ces deux axes dans l’espoir d’améliorer la performativité de l’entraînement physique footballistique. 1. Les pieds comme interfaces posturales et propulsives Loin d’être de simples points de contact avec le ballon ou le sol, les pieds jouent un rôle fondamental dans la posture, la stabilisation des masses corporelles et la transmission des forces. Ils constituent à la fois des interfaces posturales et des vecteurs de propulsion. La spécificité des appuis footballistiques réside dans une pose en médio-pied (tout le pied est posé en même temps au sol). Cette pose est essentielle pour favoriser les incessants retours à l’équilibre postural qu’une bonne technique de maitrise du ballon demande. Cependant, cette configuration en médio-pied limite la capacité propulsive des appuis, freinant ainsi la production de la vitesse maximale. Pour aller plus loin dans l’analyse, il convient alors de noter que la pratique du football projette les épaules vers l’avant et vers le bas, ce qui engendre une foulée « en piston » lors des déplacements. Autrement dit, les joueurs se déplacent par des montées et des descentes vigoureuses des genoux à l’image des défilés militaires qui veulent impressionner. Ce schéma moteur conduit à un « tapping » des appuis podaux, c’est-à-dire à une pose rigide des pieds qui frappe le sol. Cette pose rigide se remarque par son bruit. En comparant par les différences, cette pose en médio-pied constitue une différence majeure entre la production de vitesse d’un sprinter et celle d’un footballeur. Le sprinter, attaque le sol par l’avant-pied et par un mouvement de griffé dès la fin de la phase d’accélération. Ce mouvement est comparable à un fouet qui dynamise la fin de son cycle de foulée. Son objectif est de minimiser le temps de contact au sol pour maximiser sa projection vers l’avant par des enchaînements de foulées dynamiques. Or, si un joueur adopte cette attaque griffée du sol, cela réduit considérablement la surface d’appui podal nécessaire à sa stabilisation posturale. Cette pose d’appui est rédhibitoire pour créer de la vitesse footballistique car elle péjore la technique de maitrise du ballon. Par ailleurs, comme une foulée en piston induit une pose d’appui proche de la verticale du bassin, cela favorise le basculement des joueurs vers l’avant-bas. Pour ne pas tristement s’affaler, le joueur doit alors précipiter ses foulées en augmentant leur fréquence, à l’image d’une personne qui sauterait dans le vide et agiterait les bras en arrière pour éviter un plat douloureux. Enfin, d’un point de vue de la technique de maitrise du ballon, un griffé de foulée revient à conduire le ballon par talonnades !!! En effet, un griffé fait passer l’appui podal de l’avant à l’arrière alors qu’une conduite de balle consiste à activer ses appuis podaux vers l’avant. Certains me rétorquent qu’en fonction de la distance à parcourir, une alternance entre une pose d’appui podal en piston et en griffée serait envisageable. Je doute cependant de la pertinence de ce postulat, dans la mesure où cette alternance demande des ajustements techniques et temporels gestuels si coûteux qu’elle finit par sortir le joueur du bon timing de jeu. Face aux spécificités footballistiques des appuis podaux, et plus particulièrement pour assurer les transitions entre les différentes combinaisons de vitesses cycliques et acycliques, deux axes d’intervention apparaissent essentiels - l’équilibriation de l’articulation de la cheville, visant à améliorer la proprioception, la mobilité multiplanaire et la gestion fine des chocs. - la propulsion plantaire, centrée sur l’élasticité de l’arche du pied et le timing moteur, contribuant directement à l’optimisation de la vitesse maximale. L’objectif de ces deux axes est de permettre par plus de fonctionnalités des appuis podaux de soutenir des enchaînements gestuels à la fois rapides, fluides et économes énergétiquement. 1.1. Des appuis tapés donnent de la rigidité et une désorganisation motrice De nombreux joueurs présentent une tendance à « taper » le sol avec leurs appuis podaux, en particulier dans les séquences d’accélération ou de changement de direction. Ce schéma « tapping », souvent inconscient, reflète généralement - un déficit de coordination entre les masses ou les segments corporels - un mauvais alignement du triptyque bassin–chevilles–épaules, - un recours excessif à la force enfonce exagérément les appuis podaux dans le sol, ce qui prolonge leur temps de contact et donc limite la réactivité des enchaînements gestuels, - une dominance du freinage plutôt que de projection, ce qui rend difficile, en l’absence d’un renforcement en X, la gestion de l’inertie et de la cinétique des masses corporelles. Autrement dit des « sorties de route » corporelles. La conséquence directe de ce tapping est un blocage articulaire au moment de l’impact, empêchant la réutilisation rapide de l’énergie cinétique produite. Cette rigidité des appuis podaux génère des microtraumatismes, fige le geste et induit des perturbations posturales, réduisant ainsi la qualité et la rapidité des enchaînements moteurs. 1.2. L’absorption des chocs par les appuis podaux est un catalyseur biomécanique À l’inverse, l’absorption des chocs, par un contact souple puis réactif des appuis podaux avec le sol, joue un rôle de catalyseur biomécanique. Elle permet de convertir l’impact en énergie mécanique via le cycle étirement–raccourcissement (Stretch–Shortening Cycle, ou SSC), pilier de l’explosivité motrice en football [1]. Cette capacité à absorber puis restituer l’énergie mécanique en énergie cinétique footballistique - allège le travail des chaînes musculaires supérieures [2] - permet des transitions plus rapides entre appui, poussée et relâchement, - facilite les micro-enchaînements dans les situations de dribble, de pressing ou de réorientation. L’absorption devient ainsi un vecteur de fluidité dans l’exécution et un soutien à la vitesse gestuelle, en particulier dans les séquences courtes qui constituent l’essentiel des efforts footballistiques. 2. Les entraînements directs et indirects de la mise en forme des appuis podaux footballistiques La mise en forme des appuis podaux, c’est-à-dire l’optimisation de leur capacité d’absorption des chocs et de leur efficacité propulsive, peut être travaillée de manière directe, à travers des exercices de dribbling ou de manière indirecte en mettant en place les conditions pour qu’ils s’expriment au mieux. 2.1. Entraînement direct par « dribbling » L’une des clés pour permettre au joueur d’exprimer pleinement sa vitesse footballistique, qu’elle soit cyclique, acyclique, ou issue des transitions entre les deux, réside dans la qualité et la fluidité de ses enchaînements podaux. Ceux-ci doivent être performants dans toutes les phases gestuelles du jeu tels que appuis répétés lors des courses, gestes techniques ponctuels ou changements de direction soudains. Dans ce cadre, le « dribbling », entendu comme « un travail fluide et continu des appuis en variation d’amplitude, sans arrêt, freinage ni rupture de rythme », constitue un outil fondamental pour améliorer les enchaînements gestuels cycliques et acycliques. En préservant la continuité des contacts au sol courts et légers, le joueur conserve son énergie cinétique, qu’il peut ensuite rediriger efficacement vers le geste suivant. Cette dynamique est essentielle pour exploiter la vitesse cyclique, favoriser les accélérations et maintenir un haut niveau de contrôle technique lors des transitions vers des gestes acycliques. Mais surtout, elle constitue un terrain privilégié pour entraîner ce que Frans Bosch nomme la fluidité, soit la capacité à enchaîner, sans surcoût énergétique ni perte de contrôle neuromoteur, des mouvements de nature ou de modalité différentes [3] à l’exemple ici des mouvements cycliques et acycliques. Pour atteindre ce niveau de maîtrise, le « dribbling » sollicite et développe des capacités coordinatives complexes, modélisées par Arturo Hotz [4]. - l’orientation du corps et du regard dans l’espace de jeu, - l’équilibre dynamique, indispensable lors de déplacements déséquilibrés ou sous pression, - la différenciation segmentaire, pour coordonner indépendamment jambes, tronc et ballon, - la réactivité motrice, qui engage la vitesse de traitement de l'information et la réponse neuromusculaire, - la gestion du rythme, c’est-à-dire la capacité à moduler à volonté fréquence et amplitude des foulées. Pour aller encore plus loin dans la performativité de l’entraînement physique footballistique, je propose de penser et d’activer l’entraînement de ces qualités par la roue de la fluidité de Vitruve-Football [5]., car ses 8 éléments conditionnent la qualité coordinative du joueur. - une posture ajustée permet une meilleure transmission des forces et une stabilité motrice en toutes circonstances. Dans le « dribbling », cela se traduit par un buste droit et centré, favorisant la réactivité. - les équilibres la fois statique et dynamique qui sont mis à l’épreuve par des variations de rythme et des changements de direction. L’entraînement de « dribbling » doit inclure des déséquilibres maîtrisés simulant des situations de jeu. - la fluidité motrice exige du relâchement. Le « dribbling » améliore cette qualité en favorisant des mouvements rapides sans tensions inutiles. - le joueur doit percevoir, analyser et agir rapidement. Le « dribbling », lorsqu’il est couplé à des contraintes visuelles ou décisionnelles (ex. : stimuli visuels, changements de direction aléatoires), active ce couplage essentiel sachant que cognitif et physique sont en interdépendance mutuelle. - la montée de la puissance musculaire qui doit être mobilisée de façon explosive mais proportionnée. Le travail d’appuis dynamiques améliore cette capacité en contexte fonctionnel. - certaines réponses automatiques corporelles, plus précisément les réflexes archaïques, conditionnent la qualité des gestes rapides. Afin de les gommer, je propose d’utiliser l’outil de l’Intégration motrice primordiale (IMP). - l'alacrité, ou la vivacité du corps et de l’esprit, souvent négligée, est essentielle à la production de la qualité gestuelle. Sans fraîcheur neuro-musculaire, il n’y a simplement pas de vitesse ni de réactivité. - la biotenségrité ou l’aptitude du corps à répartir harmonieusement tensions et compressions à travers sa structure musculaire et fasciale. Une biotenségrité péjorée conditionne donc négativement la qualité d’exécution d’un « dribbling ». On le constate, le « dribbling », bien plus qu’un simple exercice technique, devient alors une école de coordination motrice au service de la performance footballistique. Il mobilise l’ensemble des dimensions neuromotrices, cognitives et physiques nécessaires au maintien et à la variation fluide des vitesses cycliques et acycliques dans le jeu. En intégrant les 8 éléments de ma roue de la fluidité dans mes 2 axes de travail, et en les articulant aux capacités motrices définies par Arturo Hotz, on élève l’entraînement du « dribbling » au rang d’outil central pour construire l’agilité réactive du joueur. Soit celle qui lui permet de s’adapter, d’accélérer et surtout de faire la différence, en mouvement, et à pleine vitesse. 2.2. Entraînement indirect Par entraînement indirect, j’entends ici l’ensemble des interventions et mesures qui favorisent la fonctionnalité des appuis podaux du joueur, c’est-à-dire l’absorption des chocs lors des poses d’appui ainsi que la propulsion plantaire qui s’ensuit. Pour ce faire, les appuis podaux doivent être flexibles. Cette flexibilité se travaille notamment par des exercices de gymnastique et des massages des pieds. Mais, Il convient également de souligner qu’elle est tributaire de la qualité des chaussures, de séances d’entraînement pieds nus, ainsi que l’apport de soins complémentaires tels que la réflexologie plantaire ou l’utilisation de claquettes à picots. Je me permets ici d’exclure, selon le principe « d’une fausse bonne solution », l’utilisation du sable parce que s’il rend flexible les appuis podaux, « il mange leur réactivité propulsive ». 2.2.1. L’équilibration par l’articulation des chevilles L’articulation de la cheville constitue le socle de l’équilibre et de la projection corporelle. Son optimisation repose sur : - des exercices proprioceptifs en instabilité (sol instable, yeux fermés, perturbations directionnelles) - un renforcement ciblé des fibulaires et tibiaux antérieurs pour stabiliser les plans latéraux, - une dissociation talus-calcanéum par mobilité guidée en inversion/éversion, - une activation articulaire pour relancer les circuits d’équilibrage réflexe. Pour réaliser ce cahier des charges, j’utilise une simple plaquette en bois. J’évite ici l’utilisation de bosu parce qu’ils reproduisent des ampleurs de déséquilibre qui n’existent pas sur les terrains de football. Développer une propulsion plantaire efficace implique un travail portant sur de - la pliométrie médio- à avant-pied, avec rebond élastique ciblé - la coordination segmentaire pied–bassin–épaules pour optimiser les vecteurs directionnels - la dissociation orteils/arrière-pied pour améliorer la restitution d’énergie. Pour ce faire, le saut à la corde constitue un excellent exercice. Toutefois, pour des sollicitations encore plus spécifiques, visant à travailler l’élasticité réactive de la voûte plantaire, j’utilise les caissons concaves pliométriques de Tadeuz Starzynski. 2.2.3. La « flexibité » des appuis podaux Pour obtenir une flexibilité podale performante, c’est-à-dire capable de s’adapter à la dureté des sols et aux chocs, je la travaille par des exercices de gymnastique des pieds, des automassages, le choix de chaussures appropriées, des entraînements pieds nus, ainsi que par la réflexologie plantaire et d’autres mesures complémentaires. 2.2.3.1. Gymnastique des pieds Pour un travail de souplage plantaire, je propose d’utiliser la méthode de Frédéric Brigaud [6]. Cette approche repose sur une vision intégrative du pied, considéré comme point d’entrée des chaînes myofasciales et neuromusculaires. Elle se fonde sur une libération articulaire douce, un réveil sensoriel et une dissociation fine des structures internes du pied. Les objectifs principaux de cette méthode sont - de rendre au pied sa souplesse physiologique - d’améliorer la déformation élastique de la voûte plantaire - de favoriser une réactivité réflexe immédiate à chaque contact au sol - de libérer l’amortissement naturel indispensable à la fluidité gestuelle. Ce travail de souplage, pratiqué en début ou en fin de séance, agit comme un réinitialiseur du schéma moteur plantaire. Il favorise une meilleure synergie entre relaxation articulaire, tonicité musculaire fine et restitution élastique. Dans une perspective footballistique, cette méthode constitue une base indispensable pour développer une économie motrice et prévenir les compensations posturales liées à la rigidité des appuis. 2.2.3.2. Massage des pieds Un outil accessible dans cette démarche de flexibilisation des appuis podaux est l’automassage plantaire à l’aide d’une balle de tennis (souple) ou d’une balle de golf (plus dure). Ce travail mobilise les fascias plantaires, améliore la vascularisation locale et favorise la décontraction réflexe de la voûte plantaire par : - des roulements antéro-postérieurs lents de la plante du pied sur la balle, de l’arrière- pied vers les orteils, en maintenant un léger appui, - des pressions statiques sur les zones tendues (arc interne, base des orteils, zone du fascia plantaire), - des petits cercles contrôlés sur l’ensemble de la voûte pour stimuler les récepteurs cutanés et mécaniques, - un travail bilatéral asymétrique pour détecter et corriger les différences d’appui entre les deux pieds. Ces exercices peuvent être réalisés quotidiennement, en phase d’échauffement ou de récupération. Ils contribuent à : - relâcher les chaînes ascendantes (mollet, ischios, lombaires), - restaurer la souplesse de l’arche plantaire, - réduire les crispations plantaires liées au port de chaussures rigides, - améliorer la qualité d’amortissement au contact du sol. Ce travail participe à un meilleur contrôle postural, une restitution plus élastique de l’énergie au sol, et une réduction des pertes de vitesse dans les micro-transitions gestuelles. 2.2.3.3. Chaussure flexible Le choix des chaussures de football constitue un paramètre déterminant pour la qualité des appuis podaux. Trop souvent, les crampons privilégient la stabilité externe et la résistance à la torsion, au détriment de la flexibilité plantaire. Une chaussure rigide, à l’image des chaussures de ski, remplace la capacité du pied à s’adapter aux micro-variations du terrain, à restituer l’énergie de l’appui et à absorber finement les chocs. Cette rigidité influence ainsi la posture des joueurs, et par conséquent la qualité de leurs gestuelles footballistiques. À l’inverse, une chaussure flexible, notamment au niveau de l’avant-pied et de la voûte plantaire, permet de préserver les propriétés biomécaniques naturelles, ou la flexibilité, du pied. Elle autorise une déformation contrôlée au moment de l’impact et facilite un déroulé plus physiologique, améliorant ainsi le timing et la qualité du rebond plantaire. Les bénéfices principaux d’une chaussure flexible incluent - une meilleure synergie pied–chaussure–sol, - une diminution des microtraumatismes liés à la rigidité, - une plus grande capacité d’adaptation posturale dans les phases d’appui instables, - une restitution énergétique accrue lors des séquences explosives. Il convient donc de privilégier des modèles de chaussures dont la semelle est segmentée, avec un avant-pied souple, une semelle intermédiaire fine et un talon peu surélevé. Le gain en confort neuromusculaire compense largement la perte marginale de rigidité perçue. Il est d’ailleurs important de noter que des appuis podaux fonctionnels n’ont pas besoin de la rigidité caractéristique des chaussures à crampons. 2.2.3.4. Entraînement pieds nus L’entraînement pieds nus représente une stratégie radicale, mais efficace pour réactiver les fonctions fondamentales du pied, souvent atrophiées par des années de port de chaussures rigides. Cette pratique vise à rééduquer le pied à la proprioception, à l’absorption et à la coordination fine. En l’absence de semelle, les capteurs sensoriels de la plante sont pleinement mobilisés, ce qui favorise - l’amélioration du contrôle postural réflexe, - la réactivation des muscles intrinsèques du pied, - une meilleure gestion des appuis asymétriques, - un travail de coordination inter-segmentaire plus fin, notamment entre cheville et hanche. Pour ce faire, les exercices peuvent inclure - des parcours en instabilité (sol naturel, herbe, tapis proprioceptif), - du dribbling technique sur surface souple, - des sauts et rebonds courts à dominante médio-pied, - des déplacements multi-directionnels avec changement de rythme. 2.2.3.5. Réflexologie plantaire, chaussures à picots et vivre à pied-nus La réflexologie plantaire, méthode de stimulation des zones réflexes du pied, constitue une approche complémentaire pour améliorer la tonicité fine et la régulation neuromusculaire. Lorsqu’elle est intégrée dans une démarche de récupération ou de préparation, cette pratique permet de relâcher les tensions profondes et de restaurer la circulation locale des pieds. L’usage de chaussures à picots (ou sandales de réflexologie) prolonge cette approche de manière passive et quotidienne. En portant ces chaussures avant ou après l’entraînement, on stimule les zones clés de la voûte plantaire (arc interne, talon, métatarsiens), avec des effets notables sur - la détente globale de la chaîne postérieure, - la réactivation du schéma moteur plantaire, - l’amélioration de la perception du centre de gravité, - la meilleure gestion des appuis asymétriques. Outre ces chaussures à picots, j’incite tous les footballeurs « à faire respirer et libérer leurs pieds » en toute occasion en vivant le plus possible pieds nus. Pour rappel, si nécessaire, n’oublions pas que nous naissons pieds nus et donc qu’il est dans notre nature profonde de se déplacer comme tel. 2.2.3.6. À éviter… les sols mous et les échelles de course Certains entraîneurs ou préparateurs physiques recommandent encore la course ou le travail des appuis dans le sable, dans l’idée d’améliorer la poussée, la force plantaire et la résistance musculaire. Si cette pratique peut ponctuellement présenter un intérêt en phase de réathlétisation progressive ou pour des profils spécifiques, elle s’avère contre-productive lorsqu’elle est utilisée dans l’objectif de développer la vitesse gestuelle et la fluidité des appuis. En effet, le sable absorbe une grande partie de « l’énergie mécanique réactive » produite par les appuis podaux, ce qui empêche - la restitution élastique naturelle par le cycle étirement–raccourcissement - la mobilisation rapide des réflexes d’apprentissage - l’ajustement fin de la posture en réponse à l’impact, Ainsi, le sable « tue le dynamisme podal en le mangeant ». Cela contraint le joueur à compenser par un recrutement musculaire excessif, souvent basé sur la force brute. Cette situation favorise un schéma moteur rigide, une gestuelle disharmonieuse et un temps de contact au sol prolongé. Cela est exactement à l’opposé de ce qui est recherché pour des transitions gestuelles efficaces en football. En outre, le pied n’apprend pas à absorber les chocs pour réagir, mais à « s’enfoncer dans le sol ». Cela perturbe les réflexes proprioceptifs et diminue la qualité des appuis sur une surface ferme. Ce phénomène peut entraîner des désadaptations motrices une fois revenu sur gazon ou synthétique, augmentant ainsi le risque de blessure. Le sable est donc un terrain amortissant, mais non fonctionnel pour la vitesse footballistique. Il ralentit l’exécution, désorganise les appuis podaux et masque les déficits proprioceptifs au lieu de les corriger. Il ne favorise ni l’absorption fine des chocs, ni l’économie motrice indispensable et propice à la performance footballistique. Bref, l’utilisation du sable « rend mou du genou » les appuis podaux. Par ailleurs, je propose d'exclure du dispositif d'entraînement de ce « dribbling », les échelles de course parce qu'elles déterminent et renforcent de faux mouvements footballistiques au lieu de libérer ceux-ci. 3. En bref La vitesse footballistique repose sur un équilibre subtil entre stabilité posturale et développement de la montée de la puissance musculaire. À ce titre, l’absorption des chocs podaux en constitue un principe biomécanique fondamental. Elle permet non seulement de protéger l’appareil locomoteur, mais aussi d’optimiser la propulsion énergétique et la rapidité d’exécution lors des enchaînements gestuels footballistiques. Développer des stratégies d’entraînement centrées d’abord sur l’équilibriation des chevilles, puis sur la propulsion plantaire, dans une logique intégrative, constitue un levier précieux pour améliorer la vitesse gestuelle en situation de jeu. Dans ce cadre, les principes méthodologiques que l’on peut retenir pour entraîner la forme des appuis podaux, sont - l’absence de bruit des appuis podaux, signe d’une absorption optimale du choc d’appui des enchaînements fluides sans rupture latérale ou verticale de rythme ou avec absence de frein et d’appuis prolongés pesant au sol, - des séquences de travail courtes (< 3 secondes), mimant les exigences du match, - une intégration dans des circuits techniques, notamment de conduite de balle ou de déséquilibre. - une posture droite qui aligne épaule, bassin et pied avec un regard qui porte loin ou sur le jeu- éviter toute « forcite » et « précipitationnite » gestuelles [1] R. A., Schmidt, C. A., Wrisberg, Motor Learning and Performance (4th ed.). Human Kinetics. 2008. [2] T., W. Myers, Anatomy Trains, Les méridiens myofasciaux en thérapie manuelle et du mouvement, 2ème édition française, Editeur Elsevier Masson, Issy-les-moulineaux, 2023 [3] Frans Bosch, Anatomie de l'agilité, Frans Bosch & Physiques Performance Editions, 2023. [4] Arturo Hotz, Les capacités coordinatives, in Manuel J+S de football, Editeur EFSM, 1986, Macolin. [5] X., Blanc, La préparation physique du footballeur par l’entraînement de sa vitesse maximale footballistique, Edition Vitruve-Football, Genève, 2025. [6] F., Brigaud, Améliorer sa posture, du quotidien à la pratique sportive, Editions Désiris, 2016. Frédéric Brigaud, Corriger la posture et les instabilités articulaires, Edition Désiris, 2019. Frédéric Brigaud, Corriger le pied sans semelle, Editions Désiris, 2019.

  • Comment corriger le cliquage antérieur d'épaule qui empêche l’expression de la vitesse footballistique ?

    Dans la recherche de la performativité de son entraînement, il revient au préparateur physique footballistique (PPF) « de lire l’invisible » en débusquant les détails dysfonctionnels. Ceci afin de les corriger pour qu’ils cessent de détruire, selon une dynamique « systémique glocale » tout le physique des joueurs, à l’exemple d’un minuscule caillou dans une chaussette qui peut empêcher le plus grand des joueurs de faire correctement une simple passe. N’oublions pas ici que la compétitivité footballistique se fonde sur la multiplication des détails. En effet, s’il n’y a peu de différences entre les niveaux footballistiques, ce qui explique le nombre considérable de bons joueurs qui se voient jouer au niveau professionnel, atteindre un niveau supérieur de qualité est très ardu tant il faut améliorer avec consistance un nombre considérable de petits détails. Dans cet esprit, parmi les nombreuses adaptations locomotrices développées par les joueurs, le cliquage antérieur d'épaule (CAE) est sans doute l'une des plus fréquentes et pourtant l'une des moins identifiées. Il correspond à une mobilisation brusque de l'épaule opposée préalablement à une montée de genou pour aider cette dernière. Ce mouvement, souvent imperceptible à vitesse réelle, devient évident lorsqu'il est observé au ralenti. Il est généralement interprété comme une participation normale des bras à la course. En réalité, il s'agit d'une compensation neurologique qui traduit l'incapacité du système locomoteur à produire une montée de genou performante par ses seuls fléchisseurs de hanche et plus particulièrement une désactivation fonctionnelle des psoas. A priori, un CAE semble anodin. Pourtant, il baisse le niveau de qualité de toute la productivité de la vitesse footballistique jusqu’à rendre un joueur inapte à jouer à des étages supérieurs. En effet, un CAE chronique projette son corps vers l’avant-bas, ce qui coupe l’amplitude de ses foulées et péjore de fait le niveau de vitesse de ses prises d’espaces de jeu. Le CAE n'est donc pas un simple défaut technique à corriger en lui-même. Il est le premier symptôme visible d'une désorganisation plus profonde, conséquence des adaptations posturales déformatives induites par le football. Dans ce contexte, demander méthodologiquement à un joueur d’arrêter de bouger antérieurement ses épaules revient à lui demander de supprimer une compensation indispensable à son équilibration, respectivement à la production de sa vitesse footballistique, même si cela est contreproductif. Dès lors son cerveau refuse inconsciemment cette consigne, car ce dernier est persuadé, même à tort, qu'elle diminuerait immédiatement sa capacité à déplacer le corps apparenté. De fait, une compensation physique disparaît uniquement lorsqu'elle devient inutile. Autrement dit, in casu, lorsque les psoas remplissent pleinement leur fonction en coordination performante, ou synergisme positif, avec les autres fléchisseurs de hanche impliqués dans les montées de genou, il n’y a simplement pas de CAE. 1. Les compensations neurologiques footballistiques qui expliquent les CAE Le cerveau ne commande pas des muscles, il résout des problèmes. Cette affirmation constitue sans doute l'une des clés les plus importantes de la compréhension de la production de la vitesse footballistique. L'analyse classique des déplacements consiste à observer les segments corporels et à rechercher les muscles qui semblent insuffisamment forts et mobiles ou mal coordonnés. Le système nerveux procède exactement à l'inverse. Son objectif n'est jamais de contracter un muscle particulier. Il cherche uniquement à déplacer le corps le plus performativement possible en conciliant trois exigences cumulatives fondamentales qui sont de produire de la plus haute vitesse, en équilibration tout en limitant la dépense énergétique. Chaque mouvement résulte donc d'un arbitrage neurologique permanent. Le cerveau sélectionne les solutions motrices qu'il estime les plus rentables au regard des contraintes rencontrées. Lorsqu'un muscle ne parvient plus à remplir performativement sa fonction, le système nerveux ne persiste pas à l'utiliser. Il construit immédiatement une nouvelle organisation locomotrice en recrutant d'autres chaînes musculaires, respectivement muscles, capables d'assurer provisoirement le même résultat. Ces réorganisations constituent des compensations neurologiques. Ces compensations ne sont jamais des erreurs du cerveau. Elles représentent au contraire la meilleure réponse disponible à un problème fonctionnel. Elles permettent au joueur de continuer à accélérer, freiner, changer de direction ou frapper malgré une dégradation progressive de son organisation locomotrice. Tant que la cause persiste, elles demeurent indispensables. C'est pourquoi tenter de supprimer directement une compensation revient presque toujours à lutter contre le fonctionnement normal du système nerveux. Cette logique explique pourquoi la plupart des corrections purement techniques échouent. Demander à un joueur de modifier volontairement son geste sans avoir supprimé la cause qui l'a rendu nécessaire revient à lui demander d'abandonner la solution que son cerveau considère comme la plus performante. Celui-ci s'y oppose naturellement, non par manque de volonté mais parce qu'il cherche en permanence à préserver la capacité de déplacement du joueur. Comprendre une compensation consiste donc moins à observer le geste visible qu'à reconstruire toute la chaîne causale qui l'a fait apparaître. Plus on remonte vers la première défaillance fonctionnelle, plus la correction devient simple, durable et économique. Le CAE illustre parfaitement cette logique. Ce mouvement n'apparaît jamais spontanément. Il constitue l'une des premières adaptations visibles d'une désorganisation neurologique beaucoup plus profonde qui prend naissance plusieurs segments plus bas, au niveau des fléchisseurs de hanche, avant de se propager progressivement à l'ensemble de la locomotion. 1.1 La première défaillance est la désactivation neurologique des psoas La première défaillance physique des joueurs apparaît généralement au niveau des psoas. Mais contrairement aux idées reçues, ce n’est pas parce qu’ils sont faibles mais plutôt parce qu’ils sont trop forts localement. Ce faisant, ils se raccourcissent par raidissement et se désactivent progressivement sur une partie de l’amplitude fonctionnelle nécessaire pour générer des montées de genoux performantes. Le football sollicite les fléchisseurs de hanche plus de mille fois au cours d'un entraînement ou d'un match. Les accélérations, les changements de direction, les frappes, les contrôles ou les prises d'appuis conduisent progressivement le cerveau à privilégier certaines amplitudes de travail jugées les plus rentables. À l'inverse, les amplitudes les moins utilisées sont progressivement abandonnées. Cette adaptation est avant tout neurologique. Le cerveau ne recrute jamais un muscle dans sa totalité. Il sélectionne uniquement les portions d'amplitude dont il estime avoir besoin pour résoudre le problème locomoteur du moment. Avec le temps, certaines zones de recrutement deviennent donc de plus en plus performantes tandis que d'autres cessent progressivement d'être sollicitées. Les fibres musculaires demeurent anatomiquement présentes, mais elles disparaissent progressivement de l'organisation motrice. Ce que l’on remarque par les différents designs volumiques des muscles. Le psoas conserve ainsi une excellente capacité de contraction dans les amplitudes qu'il utilise quotidiennement tout en perdant progressivement sa capacité à produire de la tension lorsqu'il est fortement allongé. Il devient localement puissant mais globalement moins fonctionnel. Cette réduction fonctionnelle ne résulte donc pas d'un déficit de force mais d'une désactivation neurologique des amplitudes musculaires. Cette distinction est essentielle. Un muscle peut être extrêmement fort tout en étant incapable de remplir performativement sa fonction si le cerveau ne recrute plus certaines parties de son amplitude. Inversement, un muscle moins puissant mais recruté sur toute sa longueur fonctionnelle produira souvent une locomotion beaucoup plus performante. Cette perte progressive des grandes amplitudes de flexion de hanche modifie profondément la manière dont le joueur produit sa vitesse. Une montée de genou performante nécessite que le psoas poursuive son accélération jusqu'à environ 90° de flexion, voire légèrement au-delà selon les situations footballistiques. Cette montée correspond à un pointage du genou qui projette le joueur vers l'espace qu’il souhaite ou doit conquérir. Ce pointage du genou ne constitue pas un simple détail technique. Il oriente le centre de gravité, prépare la pose du pied, facilite la restitution élastique de la chaîne postérieure, ce qui conditionne les prises d'espace de jeu. Lorsque cette amplitude disparaît, le joueur cesse progressivement de pointer ses genoux. Comme ils sont projetés vers l’avant bas, cela donne des cycles arrière de foulée et génère de « la précipitationnite ». En réaction possible, le joueur commence à rechercher sa vitesse en poussant davantage contre le sol. Cette évolution paraît logique. Le cerveau cherche naturellement à conserver la vitesse malgré la diminution de la fonction des psoas. Ne pouvant plus accélérer suffisamment le membre inférieur par la flexion de hanche, il augmente progressivement la participation des muscles extenseurs du membre inférieur, notamment les quadriceps, pour gagner en amplitude de foulée et corriger ainsi leur surfréquence, ce qui produit de « la forcite ». Le poussage remplace peu à peu le pointage. À court terme, cette stratégie permet de maintenir des performances physiques acceptables. À long terme, elle modifie chroniquement profondément toute l'organisation locomotrice. Le temps de contact au sol augmente, la fréquence gestuelle diminue, les tensions de contractions deviennent plus importantes, les crispations apparaissent, donc le niveau de la vitesse footballistique se dégrade irrémédiablement, et le cerveau doit progressivement construire de nouvelles compensations afin juste d’être en capacité de maintenir le niveau de vitesse du joueur. C'est précisément dans ce contexte que naît le CAE. Les épaules ne deviennent pas actives par hasard. Elles s’activent pour assurer les montées de genou. Elles s’avancent vers l’avant bas en fonction de l’amplitude de la chaîne antérieure afin de tracter les genoux vers le haut. Dès lors, lorsque le joueur se redresse cela tire ses genoux, tout en l’asseyant par flexion des jambes, vers le haut par surtension de sa chaîne postérieure. Le CAE ne constitue donc pas le problème. Il représente la première réponse adaptative du système nerveux face à une désactivation neurologique des amplitudes fonctionnelles des psoas, respectivement d’une restriction d’amplitude de la chaîne musculaire antérieure. 2. Traiter les causes, pas les symptômes L'une des erreurs les plus fréquentes de la préparation physique footballistique consiste à vouloir corriger directement les compensations les plus visibles. Lorsqu'un joueur présente un CAE, la tentation est grande de lui demander de stabiliser davantage ses épaules, de limiter les mouvements de ses bras ou de modifier volontairement sa technique de déplacement. Ces consignes semblent logiques puisqu'elles ciblent le défaut observé. Pourtant, elles produisent rarement des résultats durables. Le cerveau ne conserve jamais une compensation par habitude. Il la conserve parce qu'il la considère comme indispensable à la résolution du problème locomoteur auquel il est confronté. Tant que les psoas demeurent incapables d'assurer performativement le pointage du genou sur toute leur amplitude fonctionnelle, les épaules restent mobilisées pour produire cette action. Le CAE n'est donc pas une mauvaise technique qu'il faudrait corriger. Il constitue une stratégie neurologique de secours. Vouloir supprimer cette stratégie sans restaurer la fonction des psoas revient à retirer une béquille à un joueur qui ne peut pas encore marcher normalement. Le système nerveux refuse inconsciemment cette modification puisqu'elle diminuerait immédiatement sa capacité de déplacement. Toute compensation disparaît uniquement lorsqu'elle devient inutile. Cette logique modifie profondément la démarche du PPF. Son rôle ne consiste plus à corriger les symptômes mais à identifier la première défaillance fonctionnelle qui a conduit le cerveau à construire ces compensations. Plus cette défaillance est traitée précocement, moins les adaptations secondaires ont le temps de s'installer. Dans cette perspective, avant de développer et d’optimiser, il s’agit d’extraire la vitesse footballistique en reconstruisant progressivement l'organisation neurologique de la locomotion dans l'ordre inverse de l'apparition des compensations. Le cerveau retrouve d'abord les amplitudes musculaires qu'il avait cessé de recruter, puis réorganise spontanément l'ensemble des coordinations qui en dépendent. Les épaules cessent alors progressivement d'intervenir dans la propulsion, plus précisément ici dans leur aide à monter les genoux, non parce qu'on leur interdit de le faire, mais parce que leur participation devient inutile. 2.1 Restaurer la hiérarchie fonctionnelle Toute compensation neurologique s'inscrit dans une hiérarchie. Le cerveau adopte toujours la solution la moins coûteuse capable de maintenir le déplacement. Lorsque cette solution devient insuffisante, il en construit une nouvelle. Le CAE, la protraction scapulaire, la « précipitationnite » puis la « forcite » correspondent ainsi aux différentes étapes d'une même réorganisation locomotrice. Une extraction de la vitesse footballistique doit suivre exactement le chemin inverse. Il ne s'agit pas d'empêcher les épaules de bouger, mais de rendre progressivement aux psoas leur rôle de moteur principal de la montée de genou. Les compensations disparaissent alors les unes après les autres, dans l'ordre inverse de leur apparition. Cette restauration ne concerne pas uniquement les muscles. Elle concerne surtout l'organisation neurologique qui coordonne leur intervention. Le cerveau doit (ré)apprendre aux psoas qu’ils sont de nouveau capables d'assurer le pointage du genou, que les muscles rachidiens peuvent transmettre performativement les forces, que le bassin retrouve sa rigidité flexible et que les épaules peuvent revenir à leur rôle naturel d'équilibration. Il est à noter que chaque étape prépare la suivante. Chercher à supprimer directement une compensation revient à intervenir au sommet de la pyramide sans avoir consolidé ses fondations. 2.2 Restaurer la fonction avant la force des psoas La première étape ne consiste donc pas à renforcer les psoas mais à restaurer leur fonction. Un muscle ne peut jouer pleinement son rôle que si le cerveau accepte de recruter toutes ses fibres musculaires, soit sur l'ensemble de sa longueur fonctionnelle. Or, le CAE traduit précisément le fait que certaines amplitudes du psoas ont progressivement disparu de l'organisation motrice. Les fibres musculaires sont toujours présentes, mais le cerveau ne les utilise plus spontanément lorsqu'il produit de la vitesse footballistique. Avant toute amélioration de force, il devient donc indispensable de réactiver neurologiquement les amplitudes musculaires devenues silencieuses. Les exercices d'activation des psoas poursuivent précisément cet objectif. Ils replacent progressivement le cerveau dans des situations où les psoas redeviennent les principaux moteurs de la montée de genou sans intervention compensatoire d’aide des épaules. Cette étape est fondamentale. Renforcer un muscle dont une partie de l'amplitude demeure neurologiquement désactivée revient souvent à augmenter la performance des compensations déjà installées. À l'inverse, lorsque le cerveau retrouve progressivement l'accès à toute la longueur fonctionnelle du psoas, le renforcement consolide une fonction restaurée plutôt qu'une stratégie compensatoire. Le travail excentrique répond alors parfaitement à cet objectif. Il homogénéise progressivement la capacité du psoas à produire de la tension sur toute son amplitude fonctionnelle. Le cerveau retrouve la puissance d’un moteur qu'il avait progressivement abandonné et peut réorganiser spontanément toute la locomotion autour de cette nouvelle disponibilité. 2.3 Désactiver corporellement des CAE Une fois les amplitudes fonctionnelles des psoas réactivées, il devient nécessaire d'apprendre au cerveau à produire des montées de genoux sans solliciter les anciennes compensations. De simples montées de genoux réalisées avec les mains derrière la nuque et les coudes maintenus fixement le plus en arrière possible répondent parfaitement à cet objectif. Cette position neutralise largement la participation des épaules et empêche le système nerveux d'utiliser le CAE comme stratégie de fléchissement de hanche ou de montage du membre inférieur. L'objectif consiste à placer le cerveau dans une situation où la seule solution performante devient le recrutement prioritaire des psoas. Le joueur redécouvre progressivement que le pointage du genou peut être obtenu sans participation excessive de la chaîne thoraco-scapulaire. Ces exercices doivent être réalisés sans stress d’activation. La recherche d’une vitesse d’exécution maximale réactive rapidement les anciennes compensations. Il est préférable de privilégier une locomotion techniquement propre, où les épaules demeurent calmes, le bassin est fixé solidement par expiration profonde qui mobilise le tranverse et les montées de genoux fluides, avant d'augmenter progressivement la vitesse d'exécution. 2.4 Redonner leur liberté au rachis Le CAE entretient progressivement une sollicitation excessive de la chaîne antérieure. À force d'être mobilisées pour participer à la locomotion, les épaules tirent progressivement le thorax vers l'avant jusqu’à produire une posture sagittalement concave. Le rachis perd sa mobilité active, son élasticité diminue et sa capacité à transmettre performativement les forces produites par les membres inférieurs se dégrade. Le dos cesse alors d'agir comme un ressort. Il devient progressivement un simple élément rigide de transmission. Cette rigidification augmente le coût énergétique de chaque déplacement et favorise l'apparition de nouvelles compensations. Le travail de mobilité rachidienne poursuit donc un objectif essentiellement fonctionnel. Il ne cherche pas uniquement à gagner quelques degrés d'amplitude articulaire. Il vise à restaurer un rachis capable d'absorber les contraintes mécaniques puis de restituer naturellement l'énergie élastique produite par les membres inférieurs. Dans ce cadre, le rachis ne doit jamais devenir le producteur principal du mouvement. Il doit redevenir un relais élastique mais solide entre le bassin et les épaules. 2.5. Étirer la chaîne antérieure pour redonner de l'espace au pointage du genou Le CAE s'accompagne progressivement d'un raccourcissement fonctionnel de toute la chaîne antérieure. À force de solliciter les épaules pour participer à la montée de genou, le thorax s'enroule, les scapulas se projettent vers l'avant, les muscles pectoraux se raidissent, les abdominaux droits deviennent chroniquement dominants par restriction d’amplitude et les psoas perdent progressivement leur longueur fonctionnelle. Le corps se referme concavement sur lui-même comme décrit ci-dessus. Cette fermeture ne constitue pas seulement une modification posturale. Elle réduit mécaniquement l'espace disponible pour la montée de genou et entretient la désactivation neurologique des amplitudes hautes de flexion de hanche. Dans cette situation, étirer la chaîne antérieure ne poursuit pas un objectif de souplesse au sens classique du terme. Il ne s'agit pas d'obtenir quelques degrés supplémentaires d'amplitude articulaire ni de diminuer artificiellement le tonus musculaire. L'objectif consiste à restaurer les conditions mécaniques permettant au cerveau de recruter de nouveau les psoas sur toute leur longueur fonctionnelle. En redonnant de l'espace entre le thorax et le bassin, les contraintes permanentes qui limitaient l'élévation du genou diminuent progressivement. Le cerveau retrouve alors une organisation corporelle plus favorable au pointage plutôt qu'au poussage. Cette restauration de longueur doit cependant rester fonctionnelle. Un étirement qui relâche excessivement les tissus ou qui diminue momentanément leur capacité de production de force devient contre-productif lorsqu'il précède un travail de vitesse. Les étirements sont donc réalisés de manière progressive, contrôlée et suffisamment prolongée pour favoriser le fluage des tissus sans provoquer une inhibition excessive du système neuromusculaire. Ils sont idéalement placés en dehors des séquences d'expression maximale de vitesse ou intégrés dans des exercices où la longueur retrouvée est immédiatement réinvestie dans un contrôle actif. Les régions prioritaires concernent les psoas, les droits fémoraux, les muscles abdominaux, les grands pectoraux et les différentes structures myofasciales reliant le thorax au bassin. Leur allongement progressif permet de rouvrir la chaîne antérieure, de replacer les épaules en postériorité, de redonner au rachis sa capacité d'extension élastique et de restaurer la mobilité du bassin. L'ensemble du système locomoteur retrouve progressivement une architecture plus favorable à la transmission des forces. L'étirement de la chaîne antérieure ne constitue donc jamais une fin en soi. Il prépare le retour de la fonction. Dès que cette nouvelle longueur est disponible, elle doit être immédiatement stabilisée par les muscles postérieurs du tronc et exploitée par les psoas lors des montées de genou. Sans cette réintégration active, le cerveau reviendra rapidement vers son ancienne organisation protectrice et les raccourcissements réapparaîtront. À l'inverse, lorsque chaque gain de longueur est immédiatement utilisé dans la production de la vitesse footballistique, la fermeture antérieure perd progressivement son intérêt neurologique, les épaules cessent d'aider la montée de genou et le CAE disparaît naturellement. 2.6. Retrouver le « Less is More » par la décontraction musculaire La dernière étape consiste à retrouver l'économie neurologique indispensable à la production de vitesse. Plus un mouvement mobilise de muscles, plus son coût neurologique augmente. La vitesse footballistique ne dépend donc pas uniquement de la force disponible. Elle dépend surtout de la capacité du cerveau à limiter les contractions inutiles. Dans cette perspective, le joueur doit progressivement apprendre à produire une montée de genou en sollicitant uniquement les muscles strictement nécessaires. Les trapèzes, les épaules, les avant-bras, les muscles du visage ou les mâchoires ne doivent plus participer, ou s’activer, lors de montées de genoux. Chaque contraction parasite disperse une partie des ressources motrices et ralentit la vitesse d'exécution. L'irradiation musculaire correspond précisément à cette diffusion involontaire de la contraction vers des muscles qui ne participent pas directement au mouvement. La co-contraction excessive ajoute un coût supplémentaire en opposant inutilement des muscles antagonistes qui devraient au contraire s'effacer pour laisser agir les véritables moteurs de la locomotion. Le travail de décontraction ne consiste donc pas à rechercher un relâchement passif. Il apprend au cerveau à contracter davantage les muscles utiles tout en inhibant progressivement ceux qui deviennent inutiles. Le joueur doit progressivement ressentir que son genou « monte tout seul », sans avoir besoin que l’épaule opposé « le tire » vers le haut, de pousser exagérément contre le sol, de serrer les poings ou de crisper les trapèzes. Cette sensation traduit le retour d'une organisation neurologique performante où les psoas retrouvent pleinement leur rôle de moteur principal de la montée de genou. C'est précisément cette économie motrice qui fonde le principe du Less is More. La vitesse footballistique ne naît pas d'une augmentation permanente de l'effort. Elle résulte au contraire d'une diminution progressive des contractions inutiles, permettant au cerveau de concentrer toute son énergie sur les muscles réellement impliqués dans la locomotion. 3. Réintégrer la fonction des psoas dans la production de la vitesse footballistique La restauration de la fonction des psoas ne peut s'arrêter à leur réactivation neurologique ni à leur renforcement excentrique. Une fonction musculaire n'est réellement retrouvée que lorsqu'elle redevient spontanément utilisée dans son contexte naturel, c'est-à-dire lors de la production de la gestuelle footballistique. Le cerveau ne mémorise pas une force. Il mémorise une organisation motrice. Les qualités acquises lors des exercices analytiques demeurent donc fragiles tant qu'elles ne sont pas progressivement réintégrées dans les coordinations spécifiques du football. Sans cette réintégration, les anciennes compensations réapparaissent dès que les contraintes augmentent. La dernière étape consiste donc à reconstruire progressivement une locomotion où les psoas retrouvent leur rôle moteur, où le pointage du genou (re)devient spontané, où les épaules cessent d'intervenir dans la propulsion et où l'ensemble du corps fonctionne selon le principe du Less is More. 3.1 Fonctionnaliser les psoas 3.1.1 L'École de Vitesse Footballistique La première étape d’une reprogrammation fonctionnelle des psoas consiste à replacer le joueur dans une situation où il produit de la vitesse footballistique plutôt que de la vitesse athlétique. Pour ce faire et contrairement à une préparation physique footballistique traditionnelle qui développe les qualités musculaires de manière analytique, ou muscle par muscle, je propose d’utiliser une école de la vitesse footballistique (ÉVF) qui cherche à reconstruire l'organisation neurologique de la locomotion. Chacun de ses exercices poursuit un objectif précis qui est de permettre au cerveau de redécouvrir les coordinations qui rendent les psoas de nouveau capables de piloter naturellement la montée de genou. Dans ce cadre, je propose que les activations footballistiques commencent le plus souvent possible par une réactivation neurologique des amplitudes musculaires par des exercices de montée de genoux et de talon-fesse. Avant même de rechercher davantage de puissance, le cerveau doit retrouver l'accès aux portions du mouvement qu'il a cessé de recruter. Cette étape conditionne toute la suite de la progression. Une amplitude neurologiquement désactivée ne peut pas être renforcée. À l'inverse, dès que le cerveau retrouve cette amplitude, la fonction musculaire peut progressivement être consolidée par le mouvement. Chaque exercice devient ainsi une situation d'apprentissage neurologique. Le joueur apprend progressivement à produire son déplacement en laissant les psoas initier le pointage du genou, le bassin transmettre les forces, le rachi jouer son rôle de relais élastiques et les épaules retrouver leur mission naturelle d'équilibration. L'ÉVF n'enseigne donc pas un geste. Elle (re)crée les conditions neurologiques qui permettent au geste juste de la production de la vitesse footballistique d'apparaître spontanément. 3.1.2 La vitesse footballistique s'entraîne d'abord par elle-même La restauration fonctionnelle des psoas ne peut être complète si elle demeure limitée à des exercices spécifiques de renforcement. Une fonction musculaire n'est définitivement acquise que lorsqu'elle est utilisée dans les situations qui lui ont donné naissance. Le cerveau n'apprend pas à produire davantage de force. Il apprend à organiser plus performativement les coordinations motrices. Cette distinction explique pourquoi les progrès obtenus en salle de musculation ne se retrouvent pas toujours sur le terrain et que la notion de transfert entre qualités physiques est très discutable. Pour cette raison, la gestuelle footballistique s'entraîne avant tout… en produisant de la gestuelle footballistique selon le principe de la spécificité de l’entraînement physique qui stipule que « c’est en forgeant que l'on devient forgeron ». Cette affirmation ne signifie pas qu'il faille entraîner systématiquement à intensité maximale. Bien au contraire. À 100 % d’intensité, le cerveau réactive facilement les anciennes compensations. Les épaules recommencent à participer au déplacement, les trapèzes se contractent, les quadriceps reprennent progressivement le contrôle de la propulsion et le joueur revient naturellement à ses anciens schémas moteurs. Un travail réalisé entre 85 et 90 % de la vitesse maximale de la gestuelle footballistique permet généralement une locomotion beaucoup plus propre. Les psoas conservent leur rôle moteur, le pointage du genou demeure performant, le bassin reste stable et les épaules continuent d'assurer principalement leur fonction d'équilibration. Cette qualité d'exécution est bien plus importante que l'intensité absolue. À force de répéter ces coordinations optimales, le cerveau les intègre progressivement par engrammation comme son nouveau schéma locomoteur de référence. La vitesse maximale footballistique augmente alors naturellement par activation des psoas sans que le joueur ait constamment besoin de rechercher ses limites. 3.1.3 Les haies et les sauts de projection horizontale ou apprendre à pointer plutôt qu'à pousser Les sauts de haies constituent probablement l'un des meilleurs outils de rééducation neurologique des psoas. Ils imposent simultanément une montée rapide du genou, une restitution élastique de la chaîne postérieure, une excellente rigidité flexible du bassin et une coordination précise entre les différents segments corporels. Le cerveau est alors contraint de réutiliser les amplitudes fonctionnelles des psoas qu'il avait progressivement abandonnées. Le franchissement de haie n'a pas pour objectif unique de produire un saut vertical pour entraîner la qualité de la vitesse de la montée de la puissance musculaire, ou explosivité. Il vise à apprendre au joueur à pointer rapidement son genou au-dessus de l'horizontale de la hanche tout en maintenant les épaules afin qu’elles n’aillent pas aux genoux. Des haies à hauteur des articulations coxo-fémorales favorisent ce pointage de genou. Elles obligent les psoas à poursuivre leur action sur toute leur amplitude fonctionnelle. Les haies sont volontairement espacées d'environ un mètre afin de maintenir des contacts au sol très courts et d'empêcher le joueur d'allonger son temps d’envol en poussant exagérément contre le sol. Cette précision est essentielle. Plus les haies sont éloignées, plus le cerveau cherche naturellement à produire la distance par une poussée importante des quadriceps, ce qui donne de la « forcite ». Dès lors, la qualité du pointage du genou diminue progressivement car les temps d'appui augmentent, la fréquence locomotrice ralentit et les anciennes compensations réapparaissent. Les sauts de projection horizontale, tels que des foulées bondissantes, poursuivent exactement la même logique. Le joueur ne cherche jamais à se propulser loin devant lui par une poussée volontaire. Il cherche avant tout à pointer le plus rapidement possible son genou vers l'espace qu'il souhaite conquérir. La projection horizontale devient alors une conséquence naturelle du pointage et non l'objectif principal du mouvement. Ce changement d'intention transforme complètement la biomécanique de la locomotion. Lorsque le cerveau cherche d'abord à pousser, il recrute préférentiellement les quadriceps, augmente les temps d'appui et rigidifie progressivement toute la chaîne locomotrice. À l'inverse, lorsqu'il cherche à pointer rapidement le genou à l’exemple d’un Kylian Mbappé, les psoas retrouvent spontanément leur rôle moteur. Le bassin avance plus librement, le rachis restitue davantage d'énergie élastique, les épaules cessent progressivement d'intervenir dans la propulsion et la vitesse footballistique augmente sans augmentation apparente de l'effort. Les projections horizontales deviennent ainsi un exercice de consolidation neurologique. Elles apprennent au cerveau à conserver le recrutement complet, ou sur toute la longueur fonctionnelle possible, des psoas malgré l'augmentation progressive des contraintes mécaniques et de la vitesse footballistique. Dans les deux cas, le joueur découvre progressivement que sa vitesse ne dépend pas de la force avec laquelle il pousse contre le sol mais de la rapidité avec laquelle il pointe son genou vers la direction souhaitée. 3.2 Harmoniser corporellement le joueur 3.2.1 Restaurer l'harmonie locomotrice Le CAE n'est jamais un problème isolé localisé sur la ceinture scapulaire. Il traduit une perte d'harmonie, ou de synergisme ou encore de coordination intermusculaire, entre les différents segments corporels. Sa prévention consiste donc à restaurer progressivement l'équilibre fonctionnel entre les psoas, le bassin, le rachis, les membres supérieurs et les membres inférieurs. Pour que les psoas (re)deviennent les moteurs du pointage de genou, le bassin doit assurer la stabilité dynamique indispensable à la transmission des forces, le rachis doit retrouver son élasticité afin de transmettre et de restituer l'énergie produite par les membres inférieurs, les épaules doivent revenir à leur rôle naturel d'équilibration sans participer directement à la propulsion. Lorsque cette harmonie est restaurée, les compensations perdent progressivement leur intérêt neurologique. Le CAE disparaît alors spontanément. Cette restauration de l'harmonie locomotrice ne peut cependant pas être obtenue uniquement par un travail de renforcement ou par la répétition des gestes de vitesse. Elle nécessite de redonner au corps les qualités mécaniques qui permettent au cerveau d'organiser performativement le mouvement. Un joueur qui manque de mobilité, d'élasticité ou de capacité de relâchement ne possède pas un système locomoteur suffisamment disponible pour exprimer une coordination optimale. La mobilité footballistique ne doit donc pas être considérée comme une simple recherche d'amplitude articulaire supplémentaire. Elle représente avant tout la capacité du joueur à exploiter librement les amplitudes, ou degré de liberté articulaire (DDL), nécessaire à son activité. Une articulation mobile est une articulation dont le cerveau maîtrise l'ensemble des possibilités fonctionnelles. Dans le cas du CAE, retrouver de la mobilité au niveau des hanches, du bassin et du rachis permet notamment de redonner aux psoas les conditions mécaniques nécessaires pour produire un pointage de genou performant sans demander l'aide compensatoire des épaules. Le travail de mobilité doit ainsi être orienté vers la restauration des coordinations entre les différents segments. Il ne s'agit pas d'assouplir un joueur pour le rendre plus « lâche », mais de lui permettre de retrouver un corps capable de passer rapidement d'une phase d'amplitude à une phase de production de force. La vitesse footballistique nécessite en permanence cette alternance entre liberté et stabilité, afin bénéficier suffisamment de « force de mobilité », ou encore un niveau adéquat de biotenségrité, pour créer le mouvement désiré en contrôle, soit sans stress mécanique, pour transmettre performativement les forces locomotrices. Dans cette logique, le fluage constitue également un outil essentiel de restauration de l'harmonie corporelle. Les adaptations footballistiques répétées, notamment les accélérations, les changements de direction et les contacts, imposent progressivement des contraintes importantes aux tissus musculaires et conjonctifs. Sans travail spécifique, ces tissus perdent progressivement leur capacité à retrouver leur longueur fonctionnelle après les sollicitations répétées. Le joueur devient alors chroniquement plus rigide, ce qui limite les amplitudes disponibles et pousse le cerveau à utiliser davantage les compensations déjà installées. Le fluage permet de travailler cette souplesse chronique en redonnant progressivement aux tissus leur capacité d'allongement sous contrainte. Il ne cherche pas uniquement un gain temporaire d'amplitude après un étirement. Il vise une modification durable de la capacité du corps à accepter les positions nécessaires à une locomotion performante. En restaurant cette disponibilité mécanique, le joueur retrouve progressivement un système locomoteur moins contraint, dans lequel les psoas peuvent fonctionner sur une amplitude plus complète et où le rachis peut (re)devenir un véritable relais élastique. Les étirements footballistiques participent également à cette (re)construction, à condition qu'ils soient utilisés dans une logique de performance et non uniquement de recherche de souplesse passive. Leur objectif n'est pas de diminuer artificiellement le tonus musculaire, mais d'améliorer la relation entre longueur musculaire, contrôle neurologique et expression de la force. Un joueur capable d'accéder à une amplitude importante tout en conservant sa capacité de contraction possède une organisation locomotrice beaucoup plus performante qu'un joueur simplement plus souple. Enfin, restaurer l'harmonie corporelle impose également de repenser la manière dont la charge d'entraînement est construite. L'une des erreurs fréquentes de la préparation physique footballistique consiste à considérer la fatigue comme un indicateur direct de qualité du travail réalisé, voire même comme une qualité physique selon l’exemple de l’Association suisse de football (ASF) qui propose de l’entraîner en tant que telle. Or, la fatigue n'est pas une qualité recherchée en elle-même. Elle constitue une contrainte physiologique qui modifie profondément l'organisation motrice du joueur. Lorsque la fatigue devient excessive, le cerveau cherche naturellement à sécuriser les déplacements du joueur. Pour maintenir la performance malgré une diminution des capacités de production et de contrôle moteur, il augmente progressivement les niveaux de contraction musculaire. Les muscles se contractent davantage pour stabiliser les articulations, les amplitudes diminuent, les temps de contact au sol augmentent et la coordination devient moins précise. Le joueur devient progressivement plus rigide. Cette rigidification représente une véritable méforme physique footballistique. Le joueur peut parfois produire davantage d'effort, mais il perd simultanément les qualités indispensables à sa vitesse que sont sa liberté articulaire, son élasticité musculaire, sa capacité de relâchement et sa disponibilité neurologique. Le corps entre alors dans une logique de protection plutôt que d'expression de la performance. C'est notamment dans cet état de fatigue chronique que les compensations locomotrices réapparaissent. Lorsque les psoas ne sont plus capables d'exprimer pleinement leur fonction dans une organisation corporelle disponible, le cerveau retrouve naturellement les stratégies qui lui permettent de maintenir les déplacements du joueur. Les épaules recommencent à participer à la montée de genou, le rachis se rigidifie, le bassin perd sa capacité de transmission élastique et la locomotion devient progressivement plus coûteuse. À l'inverse, entraîner la forme consiste à construire un joueur capable de conserver ses qualités mécaniques, élastiques et neurologiques sous contrainte. La charge d'entraînement ne doit donc pas seulement chercher à augmenter les capacités physiques. Elle doit préserver l'organisation motrice qui permet l'expression de ces capacités. Un joueur performant n'est pas celui qui accumule le plus de fatigue. C'est celui qui est capable de produire de la vitesse, de la montée de la puissance musculaire rapidement et de l'intensité tout en conservant sa fluidité. Cette approche modifie profondément la notion de progression. L'objectif n'est pas de sortir systématiquement le joueur de la séance diminué, mais de lui permettre de sortir renforcé dans son organisation locomotrice. La récupération n'est alors plus considérée comme une simple période permettant de supporter davantage de charge, mais comme une étape indispensable pour maintenir la qualité neurologique du mouvement par maintien de l’alacrité du joueur. En ce sens, entraîner la forme plutôt que la méforme revient à comprendre qu'un joueur doit avant tout rester disponible. Sa performance dépend moins de la quantité de fatigue qu'il est capable d'accumuler que de sa capacité à conserver un système locomoteur libre, élastique et coordonné malgré les contraintes du football. 3.2.2 Stabiliser par rigidification flexible le bassin Le bassin constitue l'interface mécanique entre les membres inférieurs et le tronc. Toute perte de stabilité perturbe immédiatement la transmission des forces produites par les psoas. Lorsque le bassin oscille ou s'oriente de manière inadaptée, le cerveau recrute naturellement les épaules et le rachis afin de stabiliser l'ensemble du corps. Le CAE devient alors une conséquence indirecte d'un déficit de contrôle pelvien. Mais il s’agit de comprendre que la stabilisation du bassin que l’on (re)cherche ne repose jamais sur une rigidification volontaire. Elle résulte d'une meilleure coordination entre les psoas, les muscles stabilisateurs du bassin, la chaîne postérieure et le rachis. Plus le bassin devient flexiblement rigide donc mobile, moins le cerveau éprouve le besoin d'utiliser compensatoirement les épaules pour maintenir l'équilibre locomoteur. 3.2.3 Éviter les crunchs et les développés-couchés concentriques Les crunchs renforcent la fermeture de la chaîne antérieure. De fait, ils favorisent progressivement les adaptations posturales qui diminuent la longueur fonctionnelle des psoas, accentuent la protraction scapulaire et réduisent la mobilité élastique du rachis. À court terme, ils donnent souvent l'impression d'un tronc plus fort. À long terme, ils entretiennent pourtant plusieurs des adaptations responsables du CAE. En conséquence, ils renforcent davantage les causes du problème que les qualités recherchées. Le développé couché concentrique produit des adaptations comparables. Le développement concentrique excessif des chaînes de poussée attire progressivement les épaules vers l'avant, ce qui induit une protraction scapulaire donc augmente la rigidité thoracique et facilite le recrutement compensatoire du haut du corps lors des montées de genoux. Le problème n'est pas l'exercice lui-même, mais sa place dans la préparation physique footballistique. Lorsqu'il devient dominant, il favorise une organisation locomotrice fondée sur la poussée plutôt que sur le pointage du genou, augmente les contraintes sur les épaules et entretient indirectement les compensations responsables du CAE. 3.2.4. Activation en force et réactivité du rachis Après avoir restauré la mobilité du rachis, il devient indispensable de leur redonner leur capacité à produire et à transmettre rapidement de la tension de contraction. Un rachis mobile mais incapable de se rigidifier instantanément demeure un maillon faible de la chaîne locomotrice. À l'inverse, un rachis uniquement rigide perd sa fonction de ressort et augmente le coût énergétique des déplacements. La préparation physique footballistique doit donc rechercher simultanément deux qualités complémentaires que sont la liberté de mouvement et la capacité à construire, en une fraction de seconde, une rigidité élastique adaptée aux contraintes de la locomotion. Cette qualité peut être développée grâce à des exercices d'activation dynamique où le rachis alterne rapidement entre relâchement, mise en tension et restitution élastique. L'objectif n'est pas de renforcer isolément les muscles du dos mais d'améliorer leur recrutement neurologique afin qu'ils puissent transmettre instantanément les forces produites par les membres inférieurs vers le haut du corps, puis inversement, sans perte d'énergie. Les exercices de gainage dynamique où le joueur doit accélérer brutalement la mise en tension du tronc tout en conservant une excellente qualité d'alignement répondent particulièrement bien à cet objectif. Le rachis apprend progressivement à devenir un véritable relais de force plutôt qu'un simple segment passif. Plus cette capacité augmente, moins les épaules ont besoin d'intervenir pour stabiliser la locomotion et plus les psoas retrouvent un environnement mécanique favorable à l'expression complète de leur fonction. Le Bird Dog dynamique avec une tête fixe constitue alors un excellent outil de réorganisation neurologique. Cet exercice ne développe pas seulement les muscles extenseurs du rachis. Il améliore la coordination entre les psoas, les muscles profonds du tronc, le bassin et les ceintures scapulaire et pelvienne. La flexion rapproche les chaînes musculaires antérieures et postérieures, tandis que l'extension rétablit leur continuité fonctionnelle dans une logique de transmission des forces. Le cerveau apprend ainsi à contrôler rapidement les changements de longueur des chaînes musculaires sans perdre la stabilité du bassin ni la fluidité du mouvement. L'intérêt majeur de ce type d’exercices réside dans leur caractère réactif. Les contractions doivent être brèves, précises et immédiatement suivies d'un relâchement relatif. Cette alternance de contraction-décontraction développe la capacité du rachis à passer rapidement d'un état de disponibilité à un état de rigidité fonctionnelle, puis à retrouver instantanément sa souplesse. C'est précisément cette propriété qui permet au dos d'agir comme un ressort capable d'absorber les contraintes des appuis avant de restituer l'énergie élastique au mouvement suivant. L'activation du rachis ne constitue cependant pas uniquement un problème de force réactive. Elle représente surtout un problème d'organisation coordinative. Un rachis peut être suffisamment fort et mobile, mais demeurer incapable de s'intégrer performativement dans la chaîne locomotrice si le cerveau ne le recrute pas au bon moment et dans les bonnes synergies musculaires. En réalité, ce n'est jamais le rachis qui doit être activé isolément, mais sa fonction de relais entre les membres inférieurs, le bassin et la ceinture scapulaire. Comme toujours n’oublions pas que le cerveau n'organise pas des muscles. Il organise des coordinations. Cette intégration motrice doit intervenir avant même les exercices de vitesse, d’acquisition de la puissance musculaire ou les situations footballistiques. En effet, dès les premières accélérations de l'entraînement, le système nerveux tend spontanément à retrouver les schémas moteurs les plus fréquemment utilisés. Si les anciennes compensations sont encore dominantes, les épaules reprennent immédiatement leur rôle de traction de la montée de genou, le rachis perd leur fonction élastique et le CAE réapparaît avant même que le travail physique ne commence réellement. Les premières minutes de la séance conditionnent donc largement l'organisation neurologique qui sera utilisée pendant tout l'entraînement. C'est précisément l'objectif de mon protocole de pré-entraînement Vitruve-Football.net. Celui-ci ne cherche pas à échauffer davantage les muscles mais à orienter le cerveau vers les coordinations locomotrices recherchées. Les différentes activations s'enchaînent selon une logique neurologique qui est de rétablir les amplitudes fonctionnelles, de repositionner les segments corporels, de réactiver les chaînes musculaires utiles puis de reconnecter progressivement ces fonctions dans une gestuelle de plus en plus spécifique au football. Le joueur n'apprend pas un nouveau mouvement. Il retrouve progressivement l'organisation motrice qui permet aux mouvements performants d'émerger spontanément. Dans cette perspective, l'intégration motrice primordiale (IMP) constitue une étape déterminante. Son objectif est de réinitialiser les principales coordinations locomotrices avant que les contraintes propres à l'entraînement ne viennent réactiver les compensations habituelles. Les exercices proposés ne sont donc pas choisis pour leur difficulté ou leur intensité mais pour leur capacité à restaurer les synergies entre les psoas, le bassin, le rachis, la ceinture scapulaire et les membres inférieurs. Le cerveau retrouve progressivement une organisation où les épaules cessent d'aider la montée de genou, où le rachis redevient le relais élastique et où les psoas reprennent naturellement leur rôle moteur. Cette logique explique également pourquoi les protocoles de pré-entraînement doivent être adaptés aux profils des joueurs. Les adaptations locomotrices diffèrent selon les postes, les contraintes biomécaniques et l'histoire sportive du joueur. Un gardien, un défenseur central, un latéral ou un attaquant ne développent pas exactement les mêmes compensations. Si les principes neurologiques demeurent identiques, les priorités d'activation peuvent varier afin de cibler les désorganisations les plus fréquentes propres à chaque poste. Dans cette logique, le protocole proposé ne constitue pas une routine figée mais un outil de réorganisation fonctionnelle individualisé, destiné à préparer chaque cerveau à produire d'emblée la gestuelle footballistique la plus économique et la plus performante qui sied à chaque joueur. Ainsi, l'activation du rachis ne peut être dissociée de l'ensemble de l'organisation motrice. Plus cette intégration est réalisée précocement, dès les premières minutes de la séance, moins le système nerveux éprouve le besoin de reconstruire les compensations responsables du CAE. Le pré-entraînement devient alors bien davantage qu'un échauffement. Il constitue une véritable préparation neurologique de la performance footballistique. Lorsque cette qualité est restaurée, les effets dépassent largement le seul rachis. Le bassin devient plus stable, les psoas peuvent transmettre plus performativement leur action de pointage du genou, les épaules retrouvent progressivement leur fonction d'équilibration et le CAE perd une partie de son intérêt neurologique. Le système locomoteur fonctionne alors comme une chaîne cinétique continue dans laquelle chaque segment, et chaque muscle, remplit de nouveau sa mission spécifique sans devoir compenser les insuffisances des autres. Les mouvements d'haltérophilie, et plus particulièrement l'arraché, constituent également un moyen particulièrement performant pour restaurer cette fonction réactive du rachis. Contrairement à une idée répandue, leur intérêt ne réside pas uniquement dans le développement de la montée de la puissance musculaire des membres inférieurs. Leur véritable richesse est d'obliger le joueur à transmettre des forces très importantes à travers l'ensemble de la chaîne locomotrice sans rupture de continuité entre le bassin, le rachis et les membres supérieurs. Cette qualité n'apparaît toutefois que si l'exécution respecte un principe technique fondamental. Les épaules doivent demeurer fixées en postériorité pendant toute la phase de tirage. Le joueur doit avoir la sensation de maintenir les scapulas « rangées dans les poches arrières » plutôt que de laisser les épaules partir vers l'avant. Cette consigne empêche la protraction scapulaire et interdit au cerveau de retrouver le schéma compensatoire responsable du CAE. Le tirage cesse alors d'être réalisé par les trapèzes et les épaules. Il devient une transmission continue des forces produites par les membres inférieurs au travers d'un rachis rigidifié de manière réflexe. Cette logique ne concerne d'ailleurs pas uniquement l'arraché. Tous les exercices de tirage de barre, tels que tirage d'arraché, tirage d'épaulé ou variantes adaptées au niveau du joueur, peuvent être utilisés dans cette perspective, à condition que la priorité soit donnée à la qualité de l'organisation corporelle. La fixation postérieure des épaules doit demeurer constante afin que le rachis apprenne à transmettre les forces sans céder à l'enroulement antérieur des épaules. Cette consigne possède un intérêt neurologique majeur. En maintenant les épaules en postériorité, le cerveau ne peut plus utiliser la chaîne antérieure comme stratégie principale de production du mouvement. Il est contraint de recruter davantage les muscles postérieurs du tronc, de stabiliser le bassin. Le rachis retrouve alors sa fonction de relais élastique, capable de devenir instantanément rigide pour transmettre la force, puis de retrouver sa disponibilité mécanique dès que la contrainte disparaît. Les exercices d'haltérophilie deviennent ainsi bien davantage que de simples outils de développement de la qualité de la montée de la puissance musculaire. Correctement exécutés, ils constituent de véritables exercices de rééducation neurologique de la chaîne locomotrice. Ils apprennent au cerveau à organiser une transmission performative des forces en conservant les épaules en arrière, le thorax ouvert et le rachis activement réactif, soit précisément l'organisation corporelle qui s'oppose aux adaptations responsables du CAE. Conclusion Le CAE illustre parfaitement l'une des erreurs les plus fréquentes de la préparation physique footballistique, qui est de vouloir corriger le symptôme plutôt que comprendre le mécanisme qui l'a fait apparaître. À première vue, ce mouvement pourrait être interprété comme un simple défaut technique de déplacement. En réalité, il traduit une réorganisation beaucoup plus profonde du système locomoteur du joueur. À mesure que certaines amplitudes fonctionnelles des psoas cessent d'être recrutées, le cerveau reconstruit progressivement une nouvelle stratégie de déplacement afin de préserver la capacité d'accélération du joueur. Les épaules hissent les genoux, la protraction scapulaire s'installe, les temps d'appui augmentent, le joueur pousse progressivement davantage qu'il ne pointe son genou, avant que n'apparaissent la « précipitationnite » puis la « forcite ». Chacune de ces adaptations permet temporairement de maintenir la locomotion, mais chacune augmente également le coût neurologique, biomécanique et énergétique du déplacement, ce qui ralentit le niveau et la qualité de la vitesse des joueurs. Cette compréhension de la problématique modifie profondément la mission du PPF. Son rôle n'est plus de corriger un geste visible ni de multiplier les consignes techniques. Il consiste à identifier la première défaillance fonctionnelle qui a conduit le cerveau à construire toute cette cascade de compensations. Plus cette intervention est précoce, plus la réorganisation locomotrice devient simple, rapide et durable. Dans cette perspective, une restauration fonctionnelle des psoas ne consiste pas à les rendre plus forts mais à rendre au cerveau l'accès aux amplitudes musculaires qu'il avait progressivement cessé de recruter. Les activations neurologiques, le travail excentrique, le pointage du genou, les sauts de haies, les projections horizontales, la rigidité flexible du bassin et la restitution élastique du rachis ne constituent pas des méthodes indépendantes. Ils représentent les différentes étapes d'un même processus de réorganisation neurologique destiné à replacer les psoas au centre de la locomotion. Cette approche conduit également à repenser la notion même de vitesse footballistique. Elle ne dépend pas uniquement de la quantité de force produite ni de la puissance des appuis. Elle dépend avant tout de la qualité de l'organisation motrice que le cerveau met en œuvre pour déplacer le corps. Un joueur rapide n'est pas celui qui pousse le plus fort contre le sol. C'est celui qui oriente le plus performativement son centre de gravité dans un contexte déséquilibrant grâce notamment à un pointage de genou rapide, précis et économiquement organisé, permettant à l'ensemble de la chaîne locomotrice de fonctionner avec un minimum de co-contractions et un maximum de restitution élastique. C'est précisément sur ce principe que repose l'école de vitesse footballistique de Vitruve-Football.net. Elle vise à ce que le cerveau cherche à résoudre, en toute sécurité et avec le minimum de ressources, un problème de déplacement. Tant que ce problème persiste, les compensations demeurent indispensables et toute correction technique reste fragile. À l'inverse, lorsque la cause première est supprimée, le système nerveux abandonne spontanément les stratégies devenues inutiles et retrouve une locomotion plus fluide, plus économique et plus performante. On comprend alors que la vitesse footballistique ne se construit donc pas d’abord par accumulation de force ou de volume d'entraînement. Elle se révèle progressivement qualitativement à mesure que disparaissent les compensations qui empêchaient son expression. Dès lors, la préparation physique footballistique ne consiste plus à ajouter sans cesse de nouvelles qualités au joueur, mais à lui permettre de retrouver celles que son système nerveux possédait déjà avant que les adaptations propres au football n'en limitent progressivement l'expression. Au fond, la vitesse footballistique n'est pas une qualité que l'on crée. C'est une qualité que l'on doit libérer par plus de fluidité coordinative. En restaurant les amplitudes neurologiques des psoas, en redonnant au genou sa fonction de pointage, au bassin sa rigidité flexible, au rachis son élasticité, à la chaîne antérieure son amplitude et aux épaules leur rôle d'équilibration, le PPF ne fabrique pas un nouveau joueur. Il permet simplement au cerveau de retrouver l'organisation locomotrice la plus économique et la plus performante dont il est naturellement capable. C'est dans cette capacité à restaurer l'organisation locomotrice avant de chercher à développer les qualités physiques, à supprimer les causes des compensations plutôt qu'à combattre leurs manifestations, voire à les renforcer délétèrement par plus de force, et à préserver la disponibilité neurologique du joueur que réside, selon moi, le véritable fondement de la vitesse footballistique. Le PPF ne construit alors plus la vitesse footballistique en ajoutant des capacités à un organisme déjà désorganisé ou en renforçant ce dernier. Il révèle une vitesse déjà présente en redonnant au cerveau les conditions mécaniques, neurologiques et coordinatives nécessaires pour que le joueur puisse exprimer pleinement son talent footballistique.

  • Comment exécuter les montées de genoux et les talon-fesses pour éviter qu’ils détruisent la vitesse, respectivement la technique, footballistiques ?

    Ce post complète techniquement celui sur l’optimisation de la vitesse footballistique, sachant que la qualité de cette dernière relève d’un apprentissage rigoureux des coordinations motrices fines. Dans cette perspective, les exercices utilisés en guise d’échauffement que sont les montées de genoux et les talon-fesses détruisent trop souvent la vitesse maximale footballistique, respectivement la maitrise de la technique du ballon. En effet, la plupart du temps, ils sont exécutés sans être contextualisés, soit non-pensés, footballistiquement, ce qui renforce des schémas moteurs contre-productifs tels que « la forcite », « la précipitationnite » ou encore « le griffé de foulée ». Il convient donc d’expliquer précisément leur exécution technique footballistique afin que toute production gestuelle footballistique soit la plus performante possible. En d’autres termes, de permettre au joueur d’exprimer tout son talent footballistique sans contraintes, donc le plus facilement, fluidement et directement possible. 1. Les montées de genoux est une question de trajectoire du pied et d’activation des psoas Contrairement à une représentation simpliste consistant à « monter haut les genoux », l’enjeu technique des montées de genoux réside avant tout dans la trajectoire du pied libre. Le pied qui se lève doit diriger son talon vers la fesse en suivant l’extension de la jambe opposée. De fait, le pied ne doit en aucun cas passer vers l’avant et devancer ainsi son genou apparenté. Cette cinétique est fondamentale. Lorsque le pied est projeté vers l’avant en passant devant le genou, il induit une ouverture de la foulée prématurée. Ce design moteur oriente le mouvement vers une logique de « poussée du genou » vers l’avant. En effet, comme celui-ci ne se lève pas, cela oblige le joueur à pousser ses foulées par suractivation de ses quadriceps pour prendre les espaces de jeu. Ce comportement, souvent encouragé par des injonctions de préparateur physique footballistique (PPF) du type « poussez, poussez, poussez… » lors des accélérations, conduit directement à de la forcite qui surample les foulées, donc surralentit en correspondance la fréquence gestuelle. Visuellement, cela donne sur le terrain des joueurs puissamment lents. Cette situation est fréquemment liée à une désactivation des psoas. Ces muscles fléchisseurs de hanche, essentiels dans la remontée rapide et compacte du membre inférieur, ne jouent ainsi plus de rôle lorsque cette gestuelle est enclenchée. Le pied est alors « balancé » vers l’avant plutôt que « amené » à la fesse, ce qui rompt le cycle rond naturel de la foulée. Par ailleurs, il est à noter que les techniques liées à la frappe de balle, qui sollicitent une projection antérieure du pied, renforcent ce schéma inadapté. Ainsi, une foulée footballistiquement performante consiste à organiser un cycle précis 1) genou pointé vers l’avant haut par activation première des psoas sans aide des quadriceps 2) pied vers la fesse, en deuxième, en suivant la jambe opposée, ce qui rapproche, par pincement de la jambe sur la cuisse, talon et fessier 3) genou, que le pied suit en troisième, qui pointe vers l’avant, ce qui ample la foulée 4) pied qui se pose, en quatrième, en piston en avant du bassin sans dépasser le genou pour gommer l’existence d’un griffé de foulée et ainsi pouvoir pousser le ballon. Merci de comprendre que cette cinétique est imposée par la maitrise de la technique du ballon, ainsi que son corollaire, le besoin d’équilibration corporelle, ce qui exige des poses médio-pied. Cela projette la ceinture scapulaire des joueurs vers l’avant, ce qui l’antériorise corporellement. Pour corriger cette déformation posturale que la pratique footballistique induit inévitablement, il s’agit de libérer excentriquement la chaîne corporelle postérieure, pour qu’elle puisse faire contrepoids en force et en réactivité et permettre l’activation du psoas sur toute son angulation contractile. Cela se fait par tension d’étirement, donc en excentrique, pour qu’ils augmentent leur fonctionnalité de fléchisseur de jambe générant des montées de genoux réactives. Non seulement cela dynamise les foulées footballistiques, mais cela participe aussi ainsi à l’équilibration corporelle par redressement postural en postérisant la ceinture scapulaire. Il est à noter que cela projette performativement le joueur dans les espaces de jeu, à l’exemple d’un Kylian Mbappé qui se déplace en suivant ses genoux. 2. Les talon-fesses restaurent les cycles avant de foulée Les talon-fesses, souvent réduits à une consigne caricaturale consistant à « toucher les mains placés derrière le dos avec les talons », sont eux aussi fréquemment détournés de leur fonction footballistique. L’élément technique central de cet exercice réside dans la position des genoux. Ceux-ci doivent impérativement rester devant la ligne verticale reliant le bassin au pied d’appui. Cette organisation permet de maintenir un cycle de foulée orienté réactivement vers l’avant par rétroversion du bassin. À l’inverse, lorsque les genoux sont en arrière de cette ligne, le joueur entre dans un cycle arrière de foulée, avec une antéversion du bassin, caractéristique de déplacements par surfréquence de foulée, nommé cycle arrière de foulée. Le joueur se déplace visuellement vite, mais sur place par trop petites foulées. Dans cette logique cinétique, les appuis podaux des joueurs ont tendance « à taper » le terrain, en les fixant juste devant le bassin, ce qui stimule le basculement des ceintures scapulaires vers l’avant. Autrement dit, ils font tomber les joueurs vers l’avant, ce qui provoque bien souvent une suractivation des bras pour l’éviter. Cette posture footballistique génère de la précipitationnite, soit des surfréquences de foulée qui péjorent le niveau de vitesse footballistique par déficit d’amplitude. Cela rend la maitrise de la technique du ballon brouillonne par manque de temps d’exécution et d’équilibre postural. De plus, cela fragilise les ischios parce qu’ils sont surstimulés alors qu’ils sont surtendus, en étant rétractés concentriquement par manque de stimulations angulaires et antéversion du bassin. Ce raidissement péjore leur fonctionnalité excentrique, soit plus précisément leur fonction flexible antagoniste de protection de l’articulation du genou que l’action des quadriceps étend, ce qui explique les nombreuses blessures qu’ils subissent. En synthèse On le comprend, l’intérêt des montées de genou et des talon-fesses footballistiques ne réside donc pas dans leur simple exécution pour activer les joueurs, mais dans leur apport correctif de production de la vitesse footballistique, respectivement de la maitrise de la technique du ballon. Ils doivent être envisagés comme des outils de reprogrammation motrice, visant à corriger les dérives posturales induites par la pratique footballistique elle-même. Faire apprendre à exécuter correctement et corriger systématiquement, soit avec consistance, la trajectoire du pied lors des montées de genoux et la position des genoux lors des talon-fesses permet de désactiver la forcite et la précipitationnite footballistiques. Cela donne du temps d’exécution par « de l’organisation ordonnée séquentiellement, soit de la coordination». Le joueur bénéficie ainsi du temps pour jouer vite, c’est-à-dire d’être disponible dans l’espace-temps que le jeu lui offre pour bien jouer au football. Cette approche technique s’inscrit dans une logique de « less is more », où la recherche d’économie et de justesse prime sur l’intensité énergétique brute, donc brutale pour l’alacrité des joueurs. En réorientant les coordinations footballistiques vers des schémas plus efficients, le joueur peut alors exprimer pleinement et économiquement sa vitesse footballistique, non comme une qualité isolée, mais comme une composante intégrée de son talent. En définitive, il s’agit d’être conscient pour tous les formateurs que la qualité d’exécution de ces deux exercices conditionne directement le niveau de toute la vitesse footballistique, la qualité de la maitrise technique du ballon, voire la disponibilité corporelle à voir le jeu avant en évitant que les capteurs visuels soient projetés vers le bas pour rééquilibrer les corps. Sans une exigence technique d’apprentissage, ils deviennent des routines vides de sens, voire contre-productives. Par contre, leur correction fine et sans concession en constitue au contraire un levier de coaching fondamental pour libérer la vitesse, respectivement la technique du ballon, du joueur, et les mettre au service de sa performance footballistique.

  • La « forcite » ; un des tue-l'amour de la vitesse footballistique

    Même les plus sceptiques et récalcitrants reconnaissent aujourd’hui que la vitesse footballistique s’impose comme une des compétences physiques clés pour performer sur les terrains. Pourtant, son entraînement reste conceptuellement à défricher, pour mieux le comprendre et l’apprendre. Dans cette absence, on tend encore trop souvent à la développer à travers l’endurance ou la force. Or, cela va à l’encontre d’une préparation physique footballistique pertinente, c’est-à-dire que chaque qualité physique doit être entraînée, selon le principe de spécificité de l'entraînement, par elle-même. Le respect de ce principe est incontournable pour performer physiquement, mais il est à noter que l’entraînement footballistique de la qualité de force peut aussi être un moyen pour élever qualitativement un pic de vitesse. Bien manié, cet entraînement bonifie la qualité de vitesse footballistique en la dynamisant. Mal utilisé, il contribue à renforcer la « forcite footballistique». Une « maladie » qui, avec la « précipitationnite », altère la production de la vitesse footballistique. Cet écrit vise justement à éclaircir en quoi consiste ce mal afin d’être en mesure de le prévenir ou d’en guérir. Pour ce faire, il commence par discuter de la force footballistique. Par-là l’idée est d’identifier les provenances de la « forcite afin de les éradiquer par l’éradication de leurs causes ». Ce cheminement aboutit à des propositions d’entraînement du physique footballistique qui préservent de toute « forcite » afin que les joueurs expriment tout leur talent footballistique par leur vitesse. La force footballistique Le football a véritablement pris conscience de l’importance de l’entraînement de la force physique dans les années 90. À cette époque, cet entraînement était principalement axé sur la prise de masse, suivant l’idée encore largement répandue aujourd’hui selon laquelle « de gros muscles signifient une grande force ». Par la suite, sous l’influence de chercheurs comme Carmelo Bosco et Gilles Cometti [1], une approche plus coordinative de la force a émergé, visant à mieux synchroniser les contractions musculaires, soit de mieux « les ordonner ensemble ». Cette évolution repose sur la compréhension que le développement de la force ne se limite pas à l’augmentation de la section des fibres musculaires, mais consiste à optimiser le recrutement spatio-temporel de ces dernières. Cette optimisation repose sur deux stratégies possiblement complémentaires : les développements coordinatifs intra et intermusculaire. · La coordination intramusculaire, qui améliore la synchronisation des fibres au sein d’un même muscle, nécessite des stimuli de force maximale selon une approche force-vitesse. · La coordination intermusculaire, qui favorise une meilleure synergie entre les muscles, nécessite des stimuli de montée de la puissance musculaire (ou force explosive) selon une approche vitesse-force. En fonction des exigences spécifiques d’un sport, ces deux formes de coordination peuvent se superposer, s’exclure ou s’additionner dans l’exécution des gestes. La question qui se pose alors est quels sont les véritables besoins en force du footballeur ? Les besoins footballistiques de la force Pour jouer le deuxième ballon et le conserver, on préconise souvent le développement de la force maximale par hypertrophie. Cependant, la plupart des joueurs ne parviennent pas à être réellement stimulés par les paramètres de la force maximale en raison d’une structure corporelle insuffisamment développée et d’un manque de maîtrise technique des mouvements fondamentaux de la musculation pour soulever les bonnes charges. C’est ce qui justifie l’utilisation fréquente de machines. Celles-ci remplacent la structure corporelle du joueur en déterminant les mouvements, comme les squats et les développés couchés guidés ou la presse et en ciblant localement des groupes musculaires spécifiques. Si elles permettent de soulever des charges adaptées à la stimulation de la force maximale, elles contribuent aussi à accentuer ou à créer des déséquilibres musculaires. Plus encore, elles creusent l’écart entre la force développée et la capacité du corps à la canaliser, générant ainsi des tensions excessives qui s’expriment notamment par des pubalgies, des lombalgies et des discopathies qui à terme arthrosent les hanches pour le plus grand bonheur financier de toute la filière orthopédique. Sans machines, la faiblesse des structures corporelles et le manque de maîtrise des bases techniques de la musculation empêchent donc les joueurs de supporter les charges requises pour un réel gain de force maximale. En conséquence, les faibles calibrages des exercices dits de force maximale ne sollicitent réellement que les capacités réactives des joueurs, et ce, pour autant que les exercices soient exécutés intensivement, sinon, j’avoue que je ne sais pas ce que ces entraînements entraînent. Par ailleurs, bien que l'entraînement de la force maximale facilite la capacité à vaincre l’inertie corporelle, il ne garantit pas une amélioration du taux de montée de la puissance musculaire. Pourtant, nombreux sont ceux qui pensent qu’une dynamisation musculaire de la vitesse maximale en football passe par une spécification de la force maximale en force explosive. Or, sauf erreur de ma part, « cette approche transfert » ne repose sur aucune validation concluante. De plus, le football disposant de très peu de temps pour entraîner l’ensemble de ses paramètres de performance, il est essentiel d’évaluer l’efficience des entraînements de force maximale, c’est-à-dire leur capacité à produire un maximum d’effets positifs avec un minimum de stimuli. Dans cette optique, l’entraînement de la force maximale semble plus coûteux qu’efficace. En effet, pour être réellement bénéfique, il nécessite des séances spécifiques, chronophages et énergivores. De plus, son efficacité repose sur un équilibre hormonal optimal, alors même que la fatigue accumulée par l’enchaînement des entraînements et des matchs compromet constamment cet équilibre, autrement dit « l’homéostasie hormonale » des joueurs. Merci aux entraînements fonctionnels de nous mettre dans le bon chemin Fort heureusement, le football sort progressivement des entraînements de force maximale en proposant des entraînements fonctionnels. Cela signifie qu’on entraîne la force par et dans les mouvements de la gestuelle footballistique. Toutefois, pour que ces entraînements soient efficaces, il est essentiel de comprendre les données techniques footballistiques sous-jacentes. Pour un exemple parlant, il suffit de se pencher sur la plupart des ouvrages spécialisés qui expliquent comment un joueur doit se déplacer rapidement en prenant exemple sur la technique de course des sprinters. Pourtant, si un joueur se déplace techniquement comme un sprinter, il ne peut simplement plus jouer à cause d’un équilibre corporel rendu complétement déficient et inadapté aux besoins d’exécution de la gestuelle footballistique. D'un point de vue fonctionnel, le terrain de jeu nous enseigne avant tout que le football nécessite une gestuelle à 360 degrés et souvent en hauteur, afin de faire face aux situations imprévisibles du jeu. Cette gestuelle doit permettre aux joueurs de maîtriser rapidement le ballon et de se déplacer de manière appropriée, soit sans préférences motrices, pour répondre en toute latitude au déroulement du jeu. Pour y parvenir, mes recommandations sont de travailler, quel que soit le type d’entraînement, l’amplitude, la projection et la variation des mouvements footballistiques. Des mouvements amples visent à corriger les projections avant-bas de la ceinture scapulaire des joueurs. Cette projection a pour effet de couper leurs foulées en les rendant corporellement concaves sagittalement. Pour corriger cela, je demande aux joueurs d’effectuer leurs mouvements en les finissant par la plus grande des amplitudes sur la base d’un alignement rectiligne des épaules, du bassin et des pieds. Ceci afin de les redresser posturalement en activant en force et en réactivité leur chaîne postérieure et en étirant leur chaîne antérieure. Ce redressement vise à ce que les genoux des joueurs puissent plus facilement pointer devant leur bassin, ce qui évite des cycles arrière de foulée qui les surfréquentent, donc potentiellement les « précipitationnent ». Ce redressement a l’avantage de rendre les joueurs plus disponibles pour scanner le jeu par le fait qu’ils n’ont plus besoin de se rééquilibrer par leurs capteurs visuels. Dans ce cadre, nombre des appréciations des arbitres peuvent s'expliquer par un déficit d'équilibre postural. Leurs capteurs visuels fixent le sol pour aider à se rééquilibrer alors qu'ils devraient se focaliser sur le jeu. Cette amplitude corporelle permet aux joueurs de mieux dominer physiquement le jeu, car des joueurs plus grands, tant en termes de taille que de présence, élargissent spatialement leur rayon d'action, réduisant ainsi celui de leurs adversaires. Occuper les espaces de jeu de manière plus étendue est essentielle, mais le faire plus rapidement que l'adversaire est encore plus décisif. Pour cela, je propose que les amplitudes corporelles soient projetées avec qualité, afin de prendre les espaces de manière aussi brève que possible. L'amélioration de cette projection passe, d'une part, par la répétition qualitative et optimisée de courtes accélérations, ce qui permet d'affiner coordinativement leur taux de montée de vitesse en combinant au mieux la fréquence et l’amplitude des déplacements footballistiques cycliques. D'autre part, cela implique une dynamisation directe de la montée de la puissance musculaire, afin que celle-ci soutienne efficacement celle de la vitesse. Le football étant un sport dans lequel chaque geste est unique, à l’exemple d’un penalty qui n'est jamais tiré de la même manière, les joueurs doivent être capables de varier leur gestuelle pour s'adapter aux situations que le jeu invite, demande ou impose. Mais varier pour varier n’a pas de sens dans le sens que ce principe d’entraînement est inopérant si les mouvements des joueurs sont entravés par les limitations articulo-musculaires et s’ils ne sont pas réalisés par le plus haut niveau coordinatif. Dans la même idée de transformation de la force maximale en force explosive, il existe l'idée bien établie que pour atteindre des habiletés motrices de haut niveau, il faut d'abord développer la coordination générale à travers des activités polysportives, avant de la spécifier en une coordination fine par la spécialisation dans un sport. J’y vois ici toute l’influence et les reliquats de « la gymnastique pour tous » qui s’est diffusée pour des raisons sanitaires de la Suède à la Suisse à la fin du XIXème et au début du XXème siècles et dont l’institutionnalisation a donné l’important réseau associatif suisse polysportif FSG [2]. Toutefois, je ne suis pas convaincu qu’une coordination dite générale puisse réellement se spécifier en coordination fine. En revanche, ce dont je suis certain, c’est que le football est déjà un sport polysportif en soi. Ainsi, pour améliorer la qualité des habiletés footballistiques, il convient de cultiver ses plus hautes qualités de coordination fine par des variations gestuelles, dont l'agrégation permettra d'atteindre un très haut niveau de coordination générale. La « forcite » footballistique ? La « forcite » est une surutilisation de la qualité de la force pour produire de la vitesse footballistique. Autrement dit, le cas où les joueurs forcent leurs mouvements de vitesse pour essayer de se déplacer plus vite en « poussant » leur gestuelle. En cela, la force devient une finalité alors qu’elle est seulement un moyen pour performer. Poussé à son extrême, cette conception signifierait que pour potentialiser leur plus haute vitesse, les joueurs doivent devenir des haltérophiles. Mais si cela était vrai, cela signifierait que les footballeurs les plus vites seraient les champions d’haltérophilie. Dans ce cadre, si j’ai assimilé la « précipitationnite » à une voiture en surrégime (surfréquence), la « forcite » s’assimile elle à une voiture en sous-régime (suramplitude) que l’on force à accélérer, malgré un frein à main tiré. Sur le terrain, la « forcite » se manifeste par des amplitudes excessives de mouvement, ce qui donnent des lourdeurs et/ou des « gaucheries » gestuelles qui bloquent l’expression énergétique des joueurs. Ils en péjorent même le potentiel, puisque par les poussées en force qu’elle demande, les suramplitudes coûtent énergétiquement. Pour en donner une illustration, c’est comme si vous rouliez à vélo avec un rapport de vitesse trop élevé, ce qui vous oblige « à vous arracher » en pesant de toutes vos forces sur les pédales en tirant sur vos bras et en vous arquant corporellement pour avancer, ce qui vous épuise très vite. La « forcite » provient et provoque donc des crispations corporelles qui s’observent par des mâchoires serrées, des épaules qui touchent les oreilles ou des poings serrés au préalable de tout mouvement ainsi que l’utilisation des bras pour « tirer » le corps vers l’espace désiré. Lorsque cette crispation devient systématique, elle peut entraîner ce que l’on appelle une «barrière de vitesse», un phénomène qui freine l’expression de la vitesse des joueurs. J’identifie ici deux facteurs principaux qui expliquent cette « forcite ». Le premier est que, faute de stimulation spécifique de la vitesse footballistique et de leur étriquement, les joueurs ont tendance à résoudre la facilité de la Chose en utilisant leur force pour essayer de la produire mieux « ou de la faire sortir d’eux-mêmes ». Le second facteur réside dans des entraînements de la force footballistique qui renforcent, voire provoquent, cette « forcite ». Une force naturelle empêchée La première situation se caractérise par la sensation bien connue de « vide » dans les jambes. Souvent, ce vide est attribué à un manque de force dans les cuisses. Pourtant, le football, par sa nécessité constante d’accélérer, de freiner et d’adopter des appuis bas, développe naturellement une force brute considérable dans les cuisses. La véritable question qui en découle est donc : pourquoi cette force ne parvient-elle pas à dynamiser qualitativement l’expression de la vitesse footballistique ? Selon une approche posturologique, cette force est « enfermée » dans et par le corps. Comme mentionné précédemment, le football projette la ceinture scapulaire des joueurs vers l’avant et vers le bas, ce qui raccourcit leurs foulées et génère des étriquements corporels concaves sagittalement. Par définition, cet étriquement se nourrit du raidissement des corps. Ce raidissement procure une sensation sécurisante de force et de réactivité, grâce à une tonicité accrue qui élève notamment le niveau de « slack musculaire », c’est-à-dire la pré-tension musculaire qui précède chaque mouvement. Cette sensation tonique incite, par cercle vicieux, à forcer encore plus les mouvements pour se sentir fort par sa force, ce qui raidit corporellement encore plus et donc étrique encore plus. Cet étriquement « rétrécit visuellement » les joueurs dans le sens que leur rayon d’action se réduit spatialement tout en augmentant le temps de ses prises d’espaces. Cela les rend plus vulnérables aux interceptions et à la récupération de ballon par l’adversaire, tout en réduisant leur impact physique sur le jeu. En synthèse, les entraînements de force footballistique développent trop souvent des forces inutiles ainsi qu’inappropriées. Elles sont inutiles dans la mesure où un gain de force ne sert à rien s’il ne peut pas s’exprimer correctement, c’est-à-dire s’il ne dynamise pas le taux de montée de la vitesse des joueurs, voire s’il bloque davantage le mouvement en créant des tensions supplémentaires. Elles sont inappropriées, car elles ne favorisent pas les vitesses de déplacement et peuvent même les contrarier. En d’autres termes, le joueur mobilise automatiquement et inconsciemment en premier lieu sa force en lieu et place de sa vitesse pour se déplacer vite. Bref, il force sa qualité de vitesse, ce qui la brusque alors qu’elle a besoin d’harmonie et de fluidité pour s’exprimer pleinement, soit d’être délivrée sur le terrain en toute liberté. L’entraînement de la force footballistique par la coordination intermusculaire Selon ces réflexions, tout entraînement de la force en football doit impérativement respecter des critères de fonctionnalité propres à ce sport pour être réellement efficace. C'est pourquoi j'exclus de mon concept d'entraînement les entraînements axés sur la force maximale. Premièrement, parce que pour la plupart des joueurs il n’est pas indispensable de développer une force maximale supplémentaire chez le joueur, mais plutôt d’optimiser et d’exploiter celle qu’ils possèdent déjà. Deuxièmement, parce que ces entraînements tendent à rigidifier les joueurs en augmentant leur niveau de biotenségrité corporelle. Sans entraînements compensatoires de mobilité, cela limite structurellement l’amplitude des mouvements. Troisièmement, les exercices des entraînements de force maximale ont un design de mouvement qui ralentit de plus en plus à l’exemple de la dernière répétition d’un squat que l’on pousse de toutes ses forces alors que la barre monte de plus en plus doucement vu la fatigue d’effort de plus en plus grande. Or, une projection adopte un design contraire, puisqu’elle demande une fin de mouvement la plus rapide possible, à l’exemple d’un fouet qui claque. Les projections de moins en moins rapides que les entraînements de force maximale instillent malheureusement une culture du mouvement qui force la production de la vitesse maximale en lieu et place de la rendre plus subtile, facile, flexible et fluide… bref, élégante. Quatrièmement, en tant que sport ouvert, le football exige une totale liberté de mouvement sans restriction articulaire ou musculaire, c’est-à-dire sans l’existence de conflits lors de ses retours à l’équilibre et avec une coopération optimale entre tous les muscles pour produire de la fluidité. Cette coopération signifie que les muscles soient chacun les uns par rapport aux autres dans un rapport synergique positif, c’est-à-dire qui s’ordonnent harmonieusement ensemble. Pour garantir et développer cette harmonie, un entraînement de force doit alors être polyarticulaire. Autrement dit, il doit activer les muscles selon leur appartenance à des chaînes musculaires et non les uns indépendamment et après les autres. La modalité qui répond le mieux à ce besoin de synergisation est celle de la coordination intermusculaire. Une autre manière d'améliorer la vitesse des joueurs sur le terrain est de développer leur élasticité musculaire grâce à un entraînement en régime pliométrique. Cependant, bien que de nombreux exercices soient qualifiés de « pliométriques », leur exécution footballistique ne sollicite pas toujours cette élasticité. Pour y parvenir, les stimuli doivent provoquer un étirement suffisant pour déclencher le réflexe myotatique, ce qui est rarement le cas. En conséquence, on travaille davantage les capacités réactives des joueurs que leur véritable élasticité musculaire. C’est dommageable, car le football, avec ses nombreuses accélérations, repose principalement sur un régime de contraction musculaire concentrique. Ce type de contraction réduit l'élasticité des muscles par les étirements limités qu’il induit, ce qui augmente le risque de blessures, particulièrement des ischio-jambiers. Si un entraînement pliométrique n’est pas nécessairement utile pour élever le niveau de vitesse d’un joueur, il est, en revanche, très précieux footballistiquement pour ses vertus prophylactiques. Je le concrétise sur le terrain par des répétitions de 8 à 12 sauts avec barre de 30kg à 50kg et plus. Enfin, pour rappel, si nécessaire, il arrive que des joueurs se supplémentent en apports protéiques pour prendre de la masse. Or, sans entraînements de force et même d’un programme de nutrition, cette supplémentation ne sert à rien dans le sens qu’elle ne remplace pas les entraînements de force, mais bonifie juste leurs effets. En résumé, en entraînant la force à travers la coordination intermusculaire, j’améliore directement l’efficacité de la montée en puissance musculaire dans les gestes spécifiques du football. Cette approche prévient l’apparition de déséquilibres musculaires et contribue même à les corriger. De plus, elle optimise les coordinations fines à leur plus haut niveau, permettant ainsi une meilleure association de la vitesse avec la précision tout en assurant d’amples projections intenses dans les espaces de jeu. La prévention et la correction de la « forcite » footballistique En suivant les recommandations de Jacques Piasenta [3], qui stipule que pour se déplacer rapidement, il faut paradoxalement « contracter ses fibres musculaires dans une totale décontraction » , je préviens et élimine cette « forcite » en priorisant les entraînements de vitesse. J’utilise alors les entraînements de la force footballistique pour dynamiser, mais aussi pour corriger par harmonisation la posture des joueurs. Enfin, je garde toujours en tête que, avant de développer la force des joueurs, il est essentiel de faire émerger celle qui existe par extraction en adoptant une approche fonctionnelle et dynamique d’exécution des exercices. 1. Prioriser l’entraînement de la vitesse footballistique en tant que telle À choisir entre des entraînements de vitesse et de force, les premiers doivent être priorisés en étant stimulés directement par des exercices qui reproduisent les exigences du football. Cela implique : - des courts sprints répétés avec des changements de direction que je propose d’effectuer systématiquement lors des activations des entraînements ou en session Repeat Sprint Ability. Ces entraînements visent à cultiver les sensations de vitesse par le relâchement - des activations réactives systématiques des 3 premiers appuis que les joueurs exercent lors des jeux de possession ou de conservation - l'optimisation technique de la fluidité de ces séquences de vitesse par des écoles de vitesse footballistique qui intègrent des corrections posturales in vivo et in situ 2. Corriger la posture corporelle Un corps rigide et verrouillé limite l’expression de la vitesse. J’entraîne sa libération par: - des exercices de mobilité que j’intègre dans les activations et les séances d’entraînement. Je propose, en cas de besoins identifiés par un bilan postural, des séances spécifiques d’exercices d’étirement balistique par balancement rythmique doux et de Stretching Global Actif. Ce dernier me permet d’étirer excentriquement les muscles dit statiques dont la fonction est de nous tenir posturalement et qui sont souvent surtendus en isométrie - la fixation des tensions corporelles au niveau du bassin. Ceci afin que les joueurs puissent canaliser leur puissance musculaire dans la gestuelle footballistique 3. Adopter une approche fonctionnelle de la force footballistique Plutôt que de développer une force brute déconnectée du football, l’idée est de privilégier des méthodes qui l’entraînent directement dans la gestuelle footballistique et qui permettent de l’exprimer en : - intégrant dans les exécutions des exercices les principes fonctionnels de la gestuelle footballistique qui sont pour ma part l’amplitude, la projection et la variation - cherchant à ce que les chaînes musculaires collaborent mieux ensemble par des stimulations intermusculaires de force pour obtenir par cette harmonisation corporelle de la fluidité gestuelle En conclusion Pour éviter toute « forcite », l’entraînement de la force footballistique ne doit jamais être une finalité, mais un outil au service de la vitesse footballistique. En adoptant une approche plus spécifique, dynamique et fonctionnelle, les joueurs peuvent exploiter pleinement leur potentiel de vitesse sans tomber dans les pièges de la « forcite » qui produit de la suramplitude gestuelle. L’objectif est de libérer le mouvement en assurant une exécution gestuelle harmonieuse et efficace en combinant avec pertinence et sagacité la fréquence et l’amplitude. Cela implique d’éviter l’excès de travail en isolation musculaire sur machines et de privilégier les exercices polyarticulaires, de favoriser les mouvements qui améliorent coordinativement directement le taux de la montée de la puissance musculaire et enfin de limiter toute hypertrophie excessive qui alourdit et rigidifie les joueurs. [1] Lire notamment Franck Taiana, Jean-Francis Gréhaigne et Gilles Cometti, Rapport de recherche, Football et musculation, Université de Bourgogne, Unité de formation et de recherche en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives [2] Pierre Morath, Il y a un siècle... les débuts de l'athlétisme en Suisse, 1892-1924. Edition1996. [3] Jacques Piasenta, L’éducation athlétique, Editions Insep, 1988.

  • « Pointe au lieu de pousser »

    Il m’arrive trop fréquemment d'entendre sur les terrains, notamment à l'occasion des activations, l'injonction faite aux joueurs de « pousser » leurs foulées pour mieux accélérer. Si cette demande peut être louable puisqu’elle vise à aller plus vite, ou encore de résoudre la production de cycle arrière de foulée qui sont par définition petites, elle empêche toutefois la production maximale de la vitesse maximale footballistique. En effet, pousser ses foulées, c'est faire appel à sa force qui crispe et donc empêche d'être fluide, réactif, vivace et véloce... donc rapide. De plus, cela abrège et tasse les foulées des joueurs en faisant supporter tout leur poids de corps sur leurs cuisses. Ceci pour affirmer que le joueur doit en aucun cas « pousser » sa foulée mais « pointer » ses genoux. En effet, dans le football, ce sont les genoux qui sont moteurs des déplacements. Plus les genoux pointent rapidement dans la direction choisie, plus le joueur prend l'espace rapidement. Pointer le genou, consiste d'abord à rapprocher le talon vers la fesse (à pincer vers l’avant ces segments corporels) tout en faisant passer le genou associé devant le bassin. Pointer ce genou signifie ensuite amener celui-ci à hauteur de son articulation coxo-fémorale. Cette élévation du genou va projeter le joueur vers l’avant. Cependant, contrairement au sprinteur, la pose d'appui suivante se fait en piston (de haut en bas) et non en griffé, afin de permettre au joueur de contrôler et de frapper le ballon. Mais comme cela a pour conséquence de projeter la ceinture scapulaire du joueur vers l’avant-bas, il faut limiter cette conséquence biomécanique par redressement corporel en activant fortement et réactivement la chaîne postérieure du joueur et en renforçant son caisson abdominal. Il est à noter ici qu’un bref pointage de genou participe à ce redressement en rééquilibrant dynamiquement les masses musculaires dans la direction désirée, à l’exemple d’un Kylian Mbappé. Attention, brièveté ne signifie pas abréger le mouvement. Il s'agit de laisser le temps aux genoux de venir se fixer vers l’avant, ce qui allonge le temps de suspension de la foulée, donc son amplitude. Pour améliorer ce pointage, je veille à ce que les joueurs n'aient pas de limitations articulo-musculaires qui vont empêcher les muscles phasiques impliqués de donner toute leur mesure. Je veille plus particulièrement à éviter toute rétraction des psoas. Dans ce cas, je les étire excentriquement, ce qui les renforce. Je cherche à automatiser ce pointage de genoux en toutes circonstances. Par exemple, lors de sauts de haies, je demande aux joueurs de pointer le plus vite possible leurs genoux en direction de leurs pectoraux. Pour favoriser ce pointage, il ne faut pas hésiter à proposer des haies hautes afin que leurs genoux passent dessus de la hauteur horizontale de leurs articulations coxo-fémorales. Pour stimuler la brièveté de pointage des genoux, je distancie les haies de 1m environ et demande des contacts au sol, les plus réactifs possible. Une distance trop grande va demander un poussage d’appui que l’on remarque par un temps d’exécution du mouvement qui augmente.

  • L'irradiation et la co-contraction musculaires, des freins à la vitesse footballistique

    Extraire la vitesse maximale des joueurs leur demande d'intégrer et d'accepter de se relâcher en faisant « l'effort » de se décontracter. En effet, trop de joueurs font appel à leur force pour se mouvoir, ce qui les crispe. Cela provient et/ou provoque, selon que l'on se place du point de vue de l'œuf ou de la poule, notamment des phénomènes d'irradiation ainsi que de co-contractions musculaires. Pour rendre opératifs ces deux phénomènes, il s'agit de les expliquer afin de pouvoir, dans un second temps, identifier comment les limiter autant que faire se peut, selon la logique que la suppression des causes supprime de fait les effets. Le but est ainsi d'éviter les injonctions inlassables et trop générales de demande abstraite de décontraction aux joueurs en étant en mesure d'expliquer comment et en quoi ils peuvent se décontracter. Plus précisément, il s'agit d'inculquer à nos footballeurs que l'utilisation de leur force, qui par définition force les mouvements, est un moyen, mais non une finalité pour jouer vite au football. Cela implique une compréhension des mécanismes de la tension musculaire et de la coordination neuromusculaire, ainsi que des techniques spécifiques pour favoriser le relâchement et la fluidité des mouvements. En éduquant les joueurs sur ces concepts et en leur fournissant des outils pratiques pour les mettre en œuvre sur le terrain, un PPF peut les aider à optimiser leur performance. Dans cette optique, le phénomène d'irradiation musculaire, attribué à Sir Charles Scott Sherrington, considéré comme le père des neurosciences et auquel Olivier Bolliet m’a rendu attentif, nous explique que plus on a besoin, ou on a la sensation d'avoir besoin, de force pour résister, pousser, tenir, retenir, déplacer ses masses corporelles, plus on étend automatiquement et/ou inconsciemment le recrutement spatio-temporel de nos fibres musculaires pour, au final, mobiliser tout notre système musculaire. Se serrer la main avec délicatesse ne provoque pas d'irradiation musculaire. Par contre, serrer la main de l'autre de toutes ses forces mobilise la force de l'ensemble de notre corps selon une perspective biotensègre [1]. Quant à la co-contraction musculaire, c'est avant tout un phénomène d'autoprotection [2]. Notre système neuromusculaire limite la contraction des muscles agonistes, qui produisent un mouvement, par contraction précoce des muscles antagonistes impliqués dans ce mouvement. Ceci vise à limiter des extensions, ou ouvertures angulaires des segments corporels, extrêmes et à protéger ainsi les articulations impliquées dans le mouvement. Tout semble bien dans le meilleur des mondes. Sauf que la pratique du football étrique et recroqueville posturalement par recours privilégié aux tensions musculaires par contraction. Sans traitement ou compensation, cela génère des déséquilibres musculaires chroniques qui diminuent la qualité d’exécution des mouvements en générant des mouvements parasites dus à des co-contractions musculaires inopportunes, c'est-à-dire qui se déclenchent trop vite et/ou trop fortement. Cela réduit les angulations articulo-musculaires des mouvements, limitant la longueur des tensions musculaires par étirement, ce qui génère des muscles moins énergétiques donc mois explosifs. En d'autres termes, le niveau du couple de force résultant du calcul ; la puissance musculaire produite par l'agoniste moins la puissance musculaire produite par l'antagoniste se réduit ou n'est pas optimal. Mon problème de PPF est que la nature du football non seulement cultive, mais renforce, ces deux phénomènes. Le football est un sport incertain pratiqué par des généralistes de l'effort qui doivent se mobiliser plus de 1200 fois par match. De plus, si les systèmes tactiques sont là pour cadrer l'animation du jeu, chaque action donne lieu à plusieurs possibilités de réponses motrices. En effet, notre système moteur nous donne, par redondance, ou abondance de bien [3], la possibilité de mobiliser différents muscles et rotations articulaires, ou degré de liberté, pour réaliser un même geste. Qui plus est, il y a autant d'exécution technique d'un même mouvement qu'il y a de joueurs puisque nous sommes tous « différents comme tout le monde ». De surcroît, le même joueur aura plusieurs exécutions techniques possibles pour une même action en fonction de son ressenti du moment, de l'adversité, de son registre technique, de ses états de fatigue et émotionnel ainsi que ceux de ses coéquipiers, de sa compréhension de la situation de jeu ou encore de l'évolution du score. Tout cela ouvre un champ considérable de réponses possibles pour chaque joueur pour chaque situation de jeu. Cette abondance de réponses possibles complique énormément la prise de décision motrice en créant de l’incertitude ou la production multiple de mouvements parfois contradictoires. Cela génère des irradiations et des co-contractions musculaires superflues. En résumé, si le football est un sport de vitesse, cela oblige concrètement ses joueurs à être capables de produire le geste footballistique le plus rapidement possible, en toute décontraction soit sans blocages, dans toute sa complexe variabilité. C'est l'apanage des joueurs exceptionnels et c'est pourquoi ils nous fascinent tant. Leur gestuelle est fluide, simple, agile, alerte, fulgurante, habile, tranchante, acérée, facile, économe, précise, rapide, élégante, incisive, subtile, fine, vive, d'à-propos, coordonnée, ayant du doigté-pied et de la délicatesse, déséquilibrante, déstabilisante, découpante, décisive, incisive, impactante et dense... Pour les autres, soient les 99,999% qui restent, elle nous apparaît, plus nous descendons dans les ligues inférieures, plus grossière, plus brouillonne, plus confuse, plus diffuse, plus pataude, plus indirecte... bref, de plus en plus « brut de décoffrage » à cause d’irradiation musculaire et des co-contractions précipitées ou impromptues. Fort heureusement, il y a la possibilité d'en réduire les occurrences. La réduction de l'irradiation musculaire Je réduis cette irradiation musculaire par le processus d’apprentissage discuté ici. Cette approche pédagogique autorise l'accentuation voulue de la « faute », à la condition de ne pas en dégrader la cinétique générale afin de ne pas se retrouver avec un autre mouvement. L'objectif de cette méthode est de permettre aux joueurs de prendre conscience de la manière dont ils produisent leur gestuelle et de leur (dé)montrer qu'ils peuvent tout aussi bien faire, voire mieux faire, en simplifiant leur action en spécifiant fonctionnement leurs mouvements, c'est-à-dire en mobilisant seulement les muscles nécessaires. Pour atteindre cette efficience fonctionnelle, en sus des principes de relâchement, j’interviens sur : - l’inhibition du serrage des dents (bruxisme) par l’ouverture de la bouche lors d'un exercice de montée de la puissance musculaire ou de vitesse maximale. Cette ouverture peut être agrémentée, en faisant fi des considérations du milieu, en produisant le son Om, soit le son de notre âme ou in fine de notre énergie vitale [5] qui contribue à stimuler notre nerf vague, soit le nerf privilégié de notre système parasympathique qui participe grandement à notre homéostasie nerveuse. - la rétraction des orteils qui survient par réflexe lors d'une perte d'équilibre (on s'agrippe par les pieds pour ne pas tomber), alors qu'il s'agit de les détendre pour favoriser le rééquilibrage postural. Au pire des cas, si un joueur n'arrive pas à décontracter ses orteils, il suffit de lui faire-faire du paddle. Il se rendra compte que la détente de ses orteils est une des conditions pour se maintenir en équilibre. - le timing de l'effort. Si le timing de passe est crucial dans le football, celui de l'effort l'est tout autant. Pour illustrer ce propos, prenons l'exemple de la musculation footballistique. Il est sidérant d’observer comment la plupart des joueurs effectuent des squats. Ils fournissent autant d'efforts en descente qu'en montée, comme s'ils craignaient d’être écrasés par la charge, alors qu'un joueur U20 voire U18 peut facilement supporter une charge de squat en descente de 100kg à 120kg, à condition que ses segments soient techniquement correctement alignés. Ce double effort (freiner puis pousser) les éloigne du vrai moment d'effort qui a lieu lors de la projection de la barre. L’idée est alors de leur faire saisir que le véritable temps d’effort se situe lors de l’extension corporelle, ce qui implique de la décontraction lors de la descente. De fait, cette alternance des efforts contribue fortement à amener de la décontraction gestuelle et éloigne le joueur d’une possible irradiation musculaire. Pour agrémenter ce propos, cette problématique de différentiation des efforts est particulièrement flagrante lors d'un exercice pliométrique. Un véritable exercice pliométrique exploite le réflexe myotatique provoqué par tension d'étirement musculaire pour obtenir une tension par contraction musculaire la plus efficace possible. Dans cette logique, un temps de tension d'étirement réduit, ou perturbé, à cause d’une mobilisation musculaire par irradiation musculaire survenant par crainte de ne pas réussir l’exercice, compromet la qualité de la tension de contraction qui projette le joueur dans l’espace. - la mobilisation spécifique d'un groupe musculaire agoniste par inhibition des capteurs posturaux visuels. Les yeux fermés, le joueur doit notamment faire appel à son système proprioceptif pour produire le mouvement désiré. Comme ce système s'active lors du mouvement, on peut affirmer en rejoignant Alain Berthoz qu'ainsi le mouvement favorise l'apprentissage du mouvement, ce qui l'assimile à un 6ème sens [6]. L’inhibition du capteur visuel permet de mieux percevoir et sentir musculairement le déroulement d'un mouvement, ce qui « l’ouvre » à une exécution plus spécifique. - la progressivité des charges. Si un PPF propose une résistance trop importante lors d'un nouvel exercice, le joueur va privilégier le recours à sa force-vitesse plutôt qu'à sa vitesse-force pour le réaliser. Cela l'amènera à forcer son mouvement en mobilisant, par irradiation musculaire, toutes les capacités de force de son corps. - la répétition régulière des séquences de vitesse maximale permet au joueur de s'habituer à son intensité. À force de les répéter, cette vitesse devient une normalité pour le joueur. Cela lui donne l'impression que cette vitesse est de moins en moins intense, donc plus facile à atteindre, ce qui va l’inciter à aller chercher un plus haut niveau de vitesse. Pour illustrer ce phénomène, si on conduit une voiture à 120km/h pendant 20mn, on va s'habituer à cette vitesse qui nous paraîtra ainsi plus lente que lorsque l'on a accéléré pour l'atteindre. Ce phénomène se manifeste également sur les terrains. Un joueur rapide peut avoir l'impression de ralentir s'il évolue avec des joueurs tout aussi rapides, voire plus rapides que lui, même s'il maintient la même vitesse. Cela le pousse à chercher à être encore plus rapide. Dans cette optique, la vitesse entraîne la vitesse, ce qui explique, en plus des qualités technico-tactiques des joueurs, les différences d'intensité entre les championnats nationaux. Un joueur et un entraîneur de Super League peuvent avoir l'impression de jouer et d'entraîner à un rythme très élevé comparativement à des ligues inférieures, jusqu'à ce qu'ils intègrent un championnat étranger caractérisé par une intensité supérieure. Après un temps d'adaptation pour s'ajuster à un niveau d’animation du jeu plus élevé, ils réalisent que leur vitesse en Super League n'était pas leur vitesse maximale, et donc qu'ils n'avaient pas exploité tout leur potentiel. La réduction de la co-contraction footballistique Les mesures visant à limiter l'irradiation et la co-contraction musculaires sont étroitement liées et peuvent se renforcer mutuellement. D'une part, lorsque le joueur est moins tendu, il est susceptible d’utiliser plus spécifiquement les muscles impliqués dans un mouvement, en faisant moins appel au phénomène d’irradiation musculaire pour effectuer un mouvement, ce qui réduit la co-contraction musculaire. D'autre part, le retardement du déclenchement d'une co-contraction peut également retarder l'irradiation musculaire. Toutefois, alors que l'irradiation musculaire peut être prévenue par les mesures citées précédemment, le déclenchement impromptu d'une co-contraction musculaire peut être limité par des entraînements de souplesse et de mobilité. En travaillant sur la flexibilité musculaire et articulaire, le joueur peut réduire les tensions excessives qui déclenchent souvent les réflexes de protection, limitant ainsi les co-contractions musculaires non désirées. J’entraîne la souplesse structurelle par des entraînements spécifiques d'étirement comprenant du Stretching Global Actif ainsi que du contracté-relâché doux. Je demande aussi aux joueurs d'effectuer quotidiennement, dès leur réveil, des séances de mobilité de 30mn. Bien entendu, d'autres méthodes peuvent être proposées, telles que le yoga. Ce type de pratique a l'avantage d'agir sur les tensions musculaires, mais aussi sur les homéostasies nerveuse et émotionnelle. Il m’arrive aussi, en cas de tensions musculaires avérées, d'utiliser les méthodes Triggers Points et des Bols chantants tibétains. Enfin, je travaille la flexibilité des aponévroses musculaires, ou fascias, par la méthode Fat-Tool. Pour éviter l'apparition de co-contractions impromptues et indésirables lors des entraînements, il s'agit d'abord de proposer de véritables activations des entraînements, incluant une partie d’étirements. Je mets de côté la question de savoir si cela est bénéfique ou non pour produire de la vitesse, car pour moi, c'est un débat faux et éculé. Dans le football, il est indiscutable que les joueurs doivent être suffisamment souples pour avoir les amplitudes articulaires les plus grandes possibles pour être capables d'effectuer la gamme complète de gestes techniques requis. Ici, je privilégie les étirements actifs balistiques par mise en tension progressive. Ces étirements peuvent parfaitement s'intégrer dans les écoles de vitesse footballistique cyclique et acyclique ou s'exercer spécifiquement lors de séances isolées [7]. [1] L'existence de ces deux phénomènes musculaires couplés avec la notion de biotenségrité m’amène à rendre caduc la segmentation actuelle des entraînements de musculation footballistique en bas et haut du corps. Chaque mouvement, quel qu'il soit, mobilise plus ou moins l'ensemble de notre corps. [2] A. Remaud, A. Guevel, C. Cornu, Régulation nerveuse de l’activité des muscles agonistes et antagonistes et influence sur le couple de force, Journée de Médecine Orthopédique et de Rééducation, Paris, Septembre 2007. À lire aussi ML Latash, Muscle coactivation: definitions, mechanisms, and functions, Mars 2028, en cliquant sur le lien https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6093955/ [3] Roby-Brami A, Hoffmann G, Laffont I, Combeaud M, Hanneton S. Redondance du membre supérieur et compensation des déficiences motrices. Coelllo Y, Casalis S, Moroni C : “Vision, espace et cognition : fonctionnement normal et pathologique“. Presses Universitaires du Septentrion, 2005. [4] Selon les propositions de Bernadette de Gasquet, Abdominaux, arrêtez le massacre, Editions Marabout, 2009. [5] François Cheng, De l'âme, Editions Albin Michel, 2016. [6] Alain Berthoz, Le sens du mouvement, Editions Odile Jacob, 2013. [7] Lors de ces séances isolées, je demande aux joueurs d’aller chercher leurs petites tensions et de les résoudre par petits balancements continuels au même titre que ceux que nous prodiguaient nos parents lorsque nous étions bébés. Cette méthode s’inscrit dans les recommandations de Paul Landon de l’IMP et du courant de l’ostéopathie rythmique. Voir à ce propos, Zachary Comeaux, Ostéopathie harmonique, Traitement oscillatoire et techniques rythmiques myofasciales, Edition Sully, 2011.

  • Les corrections techniques des déformations de la vitesse footballistique par «EVF»

    Tout comme la maitrise du ballon, la vitesse maximale footballistique peut être considérablement optimisée sur le plan technique. En parallèle de l’extraction de la vitesse intrinsèque, je propose de la perfectionner techniquement par des écoles de vitesse footballistique (ci-après EVF). La mienne vise ainsi à gagner, avec moins d'effort, 20% d'espace et de temps lors des 3 premières appuis quelles que soient la vitesse innée des joueurs. Autrement dit, les joueurs effectuent 5 m au lieu de 4m (ou 10m au lieu de 8m) pour le même temps de réalisation, tout en mobilisant moins d'énergie chimique et mécanique. Ce mètre de différence suffit pour posséder systématiquement le ballon et l'espace de jeu avant l'adversaire. Mais pour que mon EVF apporte réellement cette plus-value, le préparateur physique footballistique (PPF), ou l'entraîneur, doit être à même de connaître les tenants de la production de la vitesse maximale footballistique pour pouvoir en corriger techniquement la gestuelle. Pour déterminer les points de coaching de cette correction, je m’appuie sur le savoir-faire de l’Association suisse de football (ASF) en matière d’apprentissage de la technique de maitrise du ballon. L’école Vitruve-Football de la vitesse footballistique Pour comprendre la production de la vitesse maximale footballistique, j’utilise l'outil de la posturologie. Cette approche vise à corriger la technique de la vitesse cyclique in situ par le mouvement. Elle nécessite une participation active de l’appreneur, qui corrige selon une vision systémique, c’est-à-dire qui appréhende sensitivement les mouvements comme des séquences d'actions séquentiellement et mutuellement interdépendantes. Il incombe à chaque appreneur de savoir jusqu'où il peut et doit corriger. Pour ma part, je corrige en respectant impérativement, selon les préceptes de l’approche holistique, les personnalités morphologique, physiologique et émotionnelle des joueurs. Ceci afin de ne pas dénaturer la signature gestuelle du joueur. Dans cette perspective, mon approche holistique exclut l'utilisation de typologies pour corriger, car elles réduisent l'individu au sens propre comme au figuré en le contraignant à robotiser des schémas mécaniques de gestes idéaux-types. Cela implique que je comprenne la production de la vitesse footballistique de chaque joueur pour individualiser son optimisation. Ceci afin libérer les énergies mécaniques de leur vitesse maximale en éliminant leurs blocages, ou les freins à main, physiques en corrigeant techniquement leur production de la vitesse maximale. L'ASF présente 3 méthodologies complémentaires du feedback correctif : le ressenti, le verbal et le visuel. Si j’utilise toutes ces méthodologies, je privilégie le ressenti parce que la vitesse est finalement une sensation qui se découvre « en écoutant » ses sensations par le relâchement. Ces sensations ont comme préalable une mentalité vitesse, c'est-à-dire l’envie d'aller toujours le plus vite possible. N'oublions pas ici que notre cerveau est parfois un faux ami dans le sens qu’il n’aime pas du tout que l’on remette en question sa régulation motrice. Les exercices d’une EVF peuvent donc être perçus et vécus comme une agression inconsciente envers un fonctionnement moteur qui prend racine dans l’enfance. Dans cette perspective, s’améliorer grâce à l’EVF revient à reprendre le pouvoir sur sa gestuelle corporelle ou d'arriver à maitriser « s on jeune cheval fougueux gestuel en le débourrant ». Mais comme le joueur vit ses « défauts footballistiques moteurs » comme sa normalité, il est essentiel qu’il soit convaincu par la démarche de son correcteur afin d’être suffisamment en confiance pour accepter de remettre en question son fonctionnement moteur. Le visuel (par captation d'images vidéo) peut alors s’avérer très utile pour aider le joueur à prendre conscience des erreurs de ses exécutions gestuelles. L'analyse posturale de production de la vitesse footballistique Parce que le joueur conduit le ballon et qu’il pose ses pieds en appui médio-pieds pour assurer son retour à l’équilibre, le football le déforme corporellement en projetant sa ceinture scapulaire (sa ligne d'épaule) vers l'avant et le sol. Cette projection avant-bas sursollicite ses quadriceps en faisant passer sa ligne d'épaule devant son bassin, ce qui surtend sa chaine musculaire postérieure. Cette surtension explique les nombreuses blessures des ischios, les blocages du bassin, les contractures des muscles spinaux ainsi que les tassements lombaires. Cette situation est encore accentuée par les accélérations, qui sont le mode préférentiel de déplacement des joueurs, car elles projettent également les ceintures scapulaires des joueurs vers l’avant par penchement corporel excessif. Techniquement, cela a pour conséquence de générer des cycles arrière de foulée. Autrement dit, le joueur pédale en arrière à cause d’une surfréquence ou de la précipitation de déplacement. Le joueur courra ainsi vite, mais sur place. Il arrive que les joueurs compensent cette projection avant-bas en agitant leurs bras pour ne pas tomber ou tirer leur foulée vers l’avant. Les bras deviennent ainsi moteurs des mouvements en amplifiant les foulées des joueurs, alors que leur rôle est d’en être des dynamiseurs. Cette projection vers l’avant-bas provoque de la surfréquence, ce qui rend la circonférence du cycle de foulée plus petite que ce que les muscles fléchisseurs et extenseurs de la hanche impliqués dans la production de foulée le permettraient. De fait, cela restreint leurs longueurs d’étirement, donc leur capacité à produire de l’énergie mécanique. Le tout raidit les joueurs, ce qui les étrique en les rendant concaves sur un plan sagittal. Pour corriger tout cela, les joueurs doivent s’étirer systématiquement. Cependant, ce travail d'étirement seul ne peut pas résoudre tous les problèmes techniques d'expression ou les blocages issus de cet étriquement. En effet, la répétition de mouvements, outre le fait qu'elle détermine la morphologie, engramme neuromusculairement de (faux) schèmes moteurs. C'est ce que mon EVF cherche techniquement à corriger par redressement postural. Son idée est que les joueurs puissent bien se projeter dans l’espace de jeu sans que leur technique du ballon soit altérée. Pour ce faire, l’objectif est qu'ils « coordinativent » mieux leurs mouvements footballistiques, soit de façons plus pertinente, plus efficace et plus efficiente à 360 deg et en hauteur. Les objectifs de mon EVF - Renforcer l'alignement épaule-bassin-pied des joueurs afin d’étirer simultanément et en équilibre réflexif les chaines musculaires antérieure et postérieure - Créer un point de fixation des tensions corporelles sur le caisson abdominal des joueurs pour favoriser leur rééquilibrage corporel par un seul point d’appui dominant facilitant ainsi la dissociation entre les bas et haut du corps et la canalisation d’énergie - Favoriser le pointage des genoux vers l’avant pour rééquilibrer dynamiquement les joueurs et qu’ils développent activement leur foulée vers l'avant sur leurs 3 premiers appuis - Favoriser l’intention d’aller vers l’avant par sollicitation prioritaire de l’appui de la jambe avant - Favoriser le développement de plus en grand des foulées des joueurs par la combinaison heureuse de leur fréquence et de leur amplitude - Inhiber l’implication des bras des joueurs dans leur rééquilibrage corporel afin de renforcer leur rôle de dynamiseurs de la gestuelle footballistique - Stimuler les rôles réactif et adaptatif des pieds des joueurs pour favoriser leurs enchaînements de mouvements cycliques et acycliques, par amélioration de leur vivacité et de leur rééquilibrage corporel. À cette fin, mon EVF encourage les PPFs à proposer des sessions pieds nus - Diagnostiquer des problèmes posturaux en révélant dynamiquement les déséquilibres musculaires ainsi que des limitations articulo-musculaires, qui doivent être traités par un/e posturologue ou des séances de mobilité/étirements isolées Les 14 points de coaching de mon EVF Ces 14 points de coaching visent à améliorer la coordination, la fluidité, l’harmonisation, le rééquilibrage, le relâchement, l’extension, la solidification, la variation et la dynamisation de la gestuelle footballistique : 1. Fixation du bassin en sollicitant les muscles toniques du caisson abdominal par expiration respiratoire diaphragmatique pour recentrer les tensions corporelles sur la ceinture pelvienne, favorisant ainsi le rééquilibrage corporel et libérant l’énergie mécanique. 2. Étirement systématique de l'alignement épaule-bassin-pied pour favoriser une posture plus grande et dominante, caractéristique du football. Dans cet esprit, ce sont les genoux qui vont aux épaules et non l’inverse. 3. Privilégier les exercices pieds nus pour renforcer localement les pieds, en débutant par une pose médio-pied pour l’équilibre, puis en avant-pied pour la projection du corps dans l’espace. À cette fin, les pieds poussent l'alignement épaule-bassin-pied vers le haut. 4. Demander une légère rétroversion du bassin et que les genoux soient devant la verticale bassin-pied lors du pincement talon-fesse. Ceci afin que les genoux pointent plus facilement vers l’avant pour obtenir un cycle avant de foulée. 5. Demander que les genoux pointent au-dessus de l’articulation coxo-fémorale lors des levées de genoux (skippings) avec toujours la jambe d’appui tendue. Ceci afin que les foulées soient projetées vers l'avant et ne tombent pas précipitamment au sol. Pour faciliter cette montée de genoux, il arrive ici très souvent que les joueurs s’assoient et projettent leurs épaules vers l’arrière. Cela est dû à un faible caisson abdominal, à des raideurs musculaires, notamment des psoas, qui empêchent les muscles impliqués d'exprimer toute leur force ou encore simplement à une faiblesse des muscles glutéaux. Merci alors d'insister sur l'alignement épaule-bassin-pied et de corriger ainsi in vivo leur posture tout en sachant que des entraînements compensatoires d'étirement musculaire, de montée de la puissance musculaire des extenseurs et fléchisseurs de la hanche ainsi que de développement des fessiers par squat profond avec ou sans charges seront nécessaires. 6. Demander lors de tous les exercices que les chevilles ne dépassent pas les genoux afin d’éviter des foulées griffées qui sont l’apanage des sprinters. Attention, cela ne signifie pas qu'il faut s'abstenir d'étirer la chaîne postérieure du bassin au pied, puisque le football demande des extensions de jambes pour frapper la balle. Attention aussi au possible tapping des appuis podaux que cela implique, ce que l’on peut éviter en demandant des appuis podaux légers et réactifs que l’on détecte par des sons brefs et claquants. 7. La tête reste droite, mais latéralement flexible par rotation, avec un regard qui scanne le terrain de jeu. Si les joueurs regardent le sol, cela indique la nécessité d'utiliser leurs capteurs visuels pour s'équilibrer. Cette tendance à regarder vers le sol peut provenir aussi d'une concavité corporelle sagittale chronique qui enroule les épaules vers l'avant et projette la tête vers le bas. Autrement dit, ils courbent l’échine. Demander aux joueurs de redresser la tête et de fixer le terrain de jeu est une correction in vivo de cette concavité chronique. 8. Sur les bases d'un point de fixation des tensions corporelles sur le caisson abdominal, l'idée est de favoriser les dissociations latérales et axiales entre le bas et le haut du corps. Ceci afin de faciliter les réponses adéquates au jeu par une mobilité adéquate avec un retour performant à l’équilibre corporel. 9. Dans l'apprentissage de la gestuelle de l'EVF, l'idée est toujours d'aller du vite au plus vite. Le critère pour aller à la vitesse supérieure d'exécution est la stabilité corporelle que l'on remarque par un retour rapide à un alignement épaule-bassin-pied. 10. Comme la modalité principale de la prise d'espace dans le football est l'accélération, l'idée ici est de l'optimiser en harmonisant la fréquence et l'amplitude des foulées selon une logique de développement de foulée de plus en plus grande. Cette logique demande d’accepter que l’extension des segments prenne du temps, qu’il ne s’agit pas d’interrompre par excès de précipitation, soit mentalement de prendre le temps d’aller vite. 11. Il est possible pour chaque EVF de thématiser les exercices sur les pieds, la tenue des genoux au-dessus de l’articulation coxo-fémorale ou encore l'alignement épaule-bassin-pied. Toutefois, l'idée générale est de partir du bas (les pieds) pour finir par le haut (les mains). Ceci afin de mobiliser progressivement et logiquement les chaînes musculaires antérieure et postérieure et ainsi d’améliorer le synergisme musculaire mais aussi de cultiver le sentiment de projection dans la prise d’espace. 12. Rechercher à tout moment le relâchement, puisque c'est d’abord par celui-ci que des contractions musculaires performantes sont produites. Dans cette logique, il s’agit de gommer tout forçage de mouvement pour aller vite. 13. Proposer à volonté l'inhibition des bras afin que ceux-ci restent le plus possible dynamiseurs. 14. Ne pas oublier de varier au maximum les exercices en rythme ou en fréquence, en amplitude, en dissociation bas et haut, mais aussi en bipodal et unipodal. Ceci dans le but systématique d’améliorer la coordination fine des mouvements des joueurs pour que leur agrégation donne une généralité d’action (ou coordination générale) de haute qualité.

  • Désactiver la « forcite » selon le principe « Less is more »

    Dans le football, la quête de la vitesse devient une obligation alors que son entraînement physique reste encore largement méconnu. C’est ce qui explique que certains préparateurs physiques footballistiques (PPF) développent cette qualité physique par les programmes de force musculaire. Pourtant, le post « La forcite : un des tue-l’amour de la vitesse footballistique » met en lumière un paradoxe fondamental… à trop vouloir développer la vitesse par la force, on finit par détruire la vitesse. Cette dérive, que je nomme la « forcite », désigne l’excès de force appliquée à des mouvements où la fluidité, la coordination et le relâchement devraient primer. Le joueur, persuadé que « forcer » son geste le rendra plus explosif, en vient au contraire à le rendre plus lent, plus raide, et donc moins efficace. La « forcite » traduit une erreur de conception dans la préparation physique footballistique qui est de confondre la puissance avec la tension. En effet, la puissance n’est pas seulement la somme brute de la force x la vitesse, elle est aussi une expression de la coordination entre ces deux qualités. Le joueur qui pousse, tire, contracte de manière excessive perd la souplesse nécessaire à la transmission optimale des forces. Pour l’illustrer, je propose l’image d’une voiture à qui l’on demande d’accélérer tout en gardant le frein à main tiré ou sans passer les vitesses. L’énergie est présente, mais elle ne circule pas et donc ne s’exprime pas dans les mouvements désirés. Elle se dissipe par irradiation musculaire dans la résistance interne du corps. Pour désactiver cette « forcite », il s’agit de rétablir une hiérarchie dans les principes de l’entraînement. C’est ici que le principe « Less is more » trouve toute sa pertinence. Dans la culture compétitive footballistique, où l’intensité et la surcharge sont souvent perçues comme des gages de progrès, ce principe agit comme une mise en garde « le plus n’est pas toujours mieux ». Appliquer le « Less is more » à la vitesse footballistique consiste à réduire les stimuli inutiles, à épurer les méthodes, à privilégier la qualité d’exécution plutôt que la quantité d’effort. L’objectif n’est pas d’affaiblir l’entraînement, mais de le rendre plus intelligent, plus spécifique, plus harmonieux… bref, plus efficient donc plus performant. Dans cette perspective, l’idée générale est de chercher la facilité d’exécution et de la cultiver. Ce travail demande au joueur de prendre conscience de sa propre force, non pas dans une logique de dépassement permanent, mais dans une logique de maîtrise. Pour cela, il est essentiel de lui faire vivre l’expérience du geste juste, c’est-à-dire celui qui mobilise uniquement, donc spécifiquement, la force nécessaire à un mouvement, sans excès de tension. Dans la pratique, je demande par exemple aux joueurs d’exécuter un squat profond avec le moins d’effort possible, tout en respectant les critères techniques du mouvement. L’objectif est de leur faire ressentir qu’ils peuvent réaliser le geste demandé sans mobiliser plus d’énergie que nécessaire. Cet exercice provoque souvent une révélation. Ils découvrent que leur corps peut être performant sans être en lutte contre lui-même… ou le « forcer ». Cette approche développe la confiance dans la capacité d’exécution des membres, en particulier des cuisses, qui n’ont plus besoin d’être suractivées pour être efficaces. En expérimentant cette économie d’effort, le joueur comprend qu’il lui reste une réserve de force latente, soit un potentiel qu’il peut mobiliser quand le jeu l’exige vraiment. Cela inverse la logique habituelle de la dépense maximale. Au lieu d’aller constamment à la limite, le joueur apprend à doser, à sentir, à ajuster pour repousser ses limites. Il devient capable d’exprimer la vitesse à partir d’un état de relâchement contrôlé, soit avec facilité, et non par une tension permanente. Cette prise de conscience corporelle constitue une étape fondamentale dans la désactivation de la « forcite ». La vitesse footballistique ne se réduit pas à la seule vitesse linéaire d’une accélération. Elle dépend d’une multitude de facteurs tels que la posture, la lecture du jeu, la réactivité neuromusculaire, la capacité à se relâcher entre deux contractions, la gestion des appuis et des changements de direction. Travailler exclusivement la force, sans intégrer ces variables, revient à isoler un maillon de la chaîne motrice et à la rendre inopérante. Le corps du joueur devient alors « fort, mais bloqué ». Il dispose d’une puissance musculaire réelle, mais ne sait plus l’utiliser dans la temporalité et la gestuelle du jeu. L’excès de tension se traduit par une gestuelle forcée, des crispations visibles, dont des épaules remontées, des mâchoires et des poings serrés, des mouvements heurtés, qui altèrent la fluidité du geste et ralentissent l’exécution motrice. Le « Less is more » invite ainsi à une réhabilitation du relâchement, notion souvent négligée dans la formation des joueurs. Savoir se détendre n’est pas un signe de faiblesse, mais une condition essentielle de la vitesse. Les entraîneurs de sprint le savent. La rapidité naît du relâchement soit de la capacité technique à activer sans surcontracter. Dans cette perspective, désactiver la « forcite » revient à éduquer le corps à produire un effort facile et efficient, c’est-à-dire juste, proportionné, et surtout coordonné. C’est un travail de finesse sensorielle et non de volume d’entraînement. L’entraînement, dans cette optique, doit être fonctionnel. Il s’agit de replacer la force dans un contexte de mouvement global, de gestuelle footballistique coordonnée intermusculairement par la vitesse-force et non dans des séries mécaniques de charges lourdes de coordination intramusculaire. Les exercices d’isolation par de la musculation guidée, s’ils ne sont pas contextualisés, risquent de rigidifier la chaîne musculaire. À l’inverse, les exercices polyarticulaires, les accélérations courtes, la vitesse lancée, les changements de direction, les sauts réactifs ou encore les séquences de coordination entre vitesse et dribble permettent de reconnecter la force à son usage réel qui est la performance motrice spécifique. Dans cette logique, la qualité d’exécution et la sensation de fluidité doivent primer sur la quantité de répétitions ou la charge soulevée. Adopter cette approche « qualitativement minimaliste » exige cependant une réelle expertise coordinative. Réduire l’intensité brute ne signifie pas réduire la rigueur, parce que cette réduction c’est justement de la rigueur. Le « Less is more » n’est pas une invitation à faire moins, mais à faire mieux ou exceller. Il vise à optimiser par l’efficience chaque composante de la préparation en ajustant le dosage des efforts et en respectant les rythmes de récupération. La production de la vitesse footballistique doit intégrer la dimension technique, posturale et neuromusculaire pour l’extraire. C’est à cette condition qu’elle peut s’exprimer pleinement sur le terrain. L’enjeu pour les PPFs est donc de renverser la logique instituée. Il s’agit de ne plus considérer la force comme une fin en soi, mais comme un outil au service d’une vitesse libre. La véritable vitesse footballistique ne s’obtient pas en ajoutant de la force, mais en retirant tout ce qui l’entrave, soit la rigidité, les disbalances, la crispation, la peur de manquer de puissance et la surforce. En d’autres termes, désactiver la « forcite », c’est retrouver la liberté du mouvement. C’est permettre au joueur de s’exprimer sans résistance interne, de faire confiance dans la force mécanique naturelle de ses membres, de mobiliser sa force latente enfermée plutôt que d’en créer inutilement, et de redécouvrir la joie d’une vitesse facile, fluide et maîtrisée. Ainsi, le principe « Less is more » n’est pas seulement un critère performatif de l’entraînement physique footballistique, mais devient une philosophie d’entraînement. En privilégiant la simplicité, la justesse et la facilité d’exécution par le moindre effort, il ouvre la voie à une nouvelle conception de la performance de la force. Celle où la puissance n’est plus une tension accumulée, mais une énergie qui circule. Le joueur rapide, quel que soit son niveau de vitesse, n’est pas celui qui « force », mais celui qui sait laisser sa vitesse advenir et la vivre sensoriellement sans tensions superflues.

  • Désactiver « la précipitationnite » en prenant le temps d’aller vite

    Ce post poursuit la réflexion de celui qui a pour titre « La précipitationnite, un tue-l’amour de la vitesse footballistique ». Il vise à comprendre comment désactiver pratiquement « cette précipitationnite ». Cela suppose d’abord de distinguer vitesse et urgence, deux notions souvent confondues sportivement. Les injonctions et/ou les invitations de l’animation du jeu à (ré)agir le plus rapidement possible séquentiellement conduisent fréquemment les joueurs à adopter une motricité réactive brouillonne, abrupte, contractée et écourtée, en rupture avec la dynamique naturelle d’extension des gestes. Ce phénomène, que je qualifie de « précipitationnite », s’observe lorsqu’un joueur ne se donne pas le temps de construire l’amplitude gestuelle nécessaire à une organisation technique optimale d’un mouvement. En effet, des contractions prématurées et des « brisures segmentaires » perturbent la fluidité gestuelle en minorant les enchaînements ainsi que les superpositions de force. À ce titre, lorsqu’un mouvement est interrompu avant sa pleine extension, le joueur péjore sa coordination motrice, laquelle repose sur la continuité gestuelle, son économie énergétique et l’articulation harmonieuse de ses segments corporels. 1. Prendre le temps d’aller vite, ou l’extension, comme condition nécessaire de production de la vitesse maximale Dans cette perspective, « prendre le temps d’aller vite » ne renvoie pas à un ralentissement, mais à une organisation motrice permettant aux segments de se déployer dans une extension fonctionnelle de la gestuelle footballistique. Ce principe rejoint les travaux de la biomécanique selon lesquels la disponibilité articulaire et la séquence d’extension segmentaire déterminent la capacité d’un système musculo-squelettique à générer une accélération optimale [1]. Amplifier les segments corporels n’implique pas de produire des gestes surdimensionnés, mais de laisser au corps l’espace-temps nécessaire pour établir une continuité interne. Plus un segment corporel, soit un bras, une jambe ou le tronc, dispose de temps d’extension, plus il peut produire une accélération interne progressive, comme l’ont démontré les modèles de cycle étirement–raccourcissement [2]. De ce fait, le niveau de vitesse observable dépend directement de la durée et de la qualité technique de ce moment d’accélération. 2. Extension, accélération et niveau de vitesse maximale entretiennent une causalité biomécanique directe Le lien entre extension, temps d’accélération et niveau de vitesse maximale s’appuie sur un principe mécanique fondamental. La vitesse est « le résultat d’une accélération appliquée sur un intervalle temporel donné ». En ne s’amplifiant pas assez longtemps, le joueur réduit cet intervalle, ce qui limite mécaniquement le niveau de sa vitesse maximale. Les recherches sur la cinématique des gestes sportifs montrent que les mouvements trop abrégés ne permettent pas à la chaîne cinétique d’atteindre son plein potentiel propulsif [3]. La difficulté ne réside pas dans l’abrègement en soi, car certaines situations de jeu l’exigent, mais dans l’interruption de la continuité gestuelle. Un geste compact peut être efficace, à condition que l’onde d’extension ne soit jamais cassée. C’est précisément ce que donnent à voir les meilleurs joueurs, qui, en condensant ou en étendant leur amplitude tout en maintenant une propagation continue de leur énergie segmentaire, produisent des gestes amples qui s’enchaînent de façon continue harmonieusement conformément aux théories de l’optimisation de la coordination [4]. Cela leur donne parfois une impression visuelle de lenteur et/ou de nonchalance alors que leurs gestuelles sont distinctement et objectivement tout aussi rapides que celles des autres, à l’exemple des faux lents Toni Kross et Zinédine Zidane. 3. L’extension comme condition préalable à la projection et à la prise d’espace Ce focus sur l’amplitude gestuelle par intention d’extension améliore également la capacité de projection et de prise d’espace. Les modèles biomécaniques de déplacement rapide démontrent que l’efficacité de la propulsion dépend de la cohérence entre extension segmentaire, alignement postural et transfert d’énergie. Une extension bien conduite prépare mécaniquement des appuis podaux moins déséquilibrés, évite une surcharge sur les quadriceps et donc une inflammation des tendons rotuliens, un angle de propulsion plus précis, soit qui va dans la direction désirée, et une transmission de forces plus homogène entre le tronc et les membres inférieurs. Les jambes peuvent ainsi suivre des pointages de genoux, en conservant des extensions ininterrompues. Le tronc maintient une rigidité-flexibilité, ou une biotenségrité, fonctionnelle, pour autant qu’il soit renforcé en X, ce qui permet de transmettre les forces sans déperdition énergétique. Les bras stabilisent le centre de masse tout en contribuant à dynamiser les mouvements. Ainsi, la prise d’espace ne dépend pas seulement de la vitesse initiale, mais de la capacité d’un corps à s’organiser et à se mobiliser sans rupture dans une projection. Cette dynamique est cohérente avec les analyses actuelles des accélérations courtes, selon lesquelles l’optimisation technique qualitative du geste détermine davantage la performance que la seule intensité musculaire [5]. 4. La « précipitationnite » comme réaction émotionnelle perturbant la coordination À l’inverse, « la précipitationnite » apparaît lorsque l’abrègement du mouvement n’est plus une adaptation au jeu, mais une réaction émotionnelle liée à une urgence, ici à comprendre comme une menace, perçue comme telle. Les neurosciences du mouvement ont montré que l’excès d’activation émotionnelle, dû parfois à la résurgence de réflexes archaïques non inhibés [6], perturbe les programmes moteurs par suractivation du système nerveux sympathique, augmente les co-contractions musculaires inutiles et réduit la capacité à anticiper la trajectoire du geste [7]. Lorsqu’un joueur agit sans intention claire, ses gestes se contractent avant d’avoir été préparés, ce qui augmente le niveau du « slack musculaire », brisant l’extension et supprimant la possibilité d’atteindre une accélération optimale. Le résultat est une vitesse apparente par sa surfréquence, mais peu fonctionnelle, une prise d’espace limitée et une dépense énergétique accrue, soit autant d’effets négatifs sur la performance [8]. 5. Entraîner la continuité du geste par l’extension construit la production de la vitesse footballistique « Prendre le temps d’aller vite » implique alors un mouvement continu, centré sur l’intention gestuelle, la régulation énergétique et la conservation qualitative du flux gestuel. Les théories de l’apprentissage moteur soulignent que la construction d’une trajectoire interne cohérente précède même la maîtrise de la vitesse [9]. Les joueurs apprennent, par des écoles de vitesse footballistique à l’exemple de celle de Vitruve-Football, à abréger un geste sans l’interrompre, à compacter l’amplitude sans sacrifier l’extension et à maintenir une continuité segmentaire même dans les contraintes temporelles les plus fortes. C’est cette continuité qui permet à la vitesse de surgir, de s’amplifier et de se transmettre jusqu’à la projection corporelle dans l’espace de jeu. 6. La patience motrice et relâchement confiant comme contenus d’apprentissage de l’amplitude motrice Désactiver la « précipitationnite » suppose également un travail spécifique sur deux contenus d’apprentissage fondamentaux que sont la patience motrice et le relâchement, compris non comme une passivité, mais comme un lâcher prise actif fondé sur la confiance dans les capacités corporelles. L’amplitude n’est pas seulement une affaire de biomécanique. Elle est aussi une mentalité, une disponibilité attentionnelle et tonique qui conditionne la possibilité d’étendre un geste jusqu’à son plein développement. La patience motrice consiste à accepter l’idée que la vitesse ne peut advenir qu’à travers un certain délai volontairement assumé. Elle implique de tolérer un micro-espace-temps où le corps organise ses segments, régule sa tonicité, oriente ses intentions et prépare la propagation interne du geste. Cette patience n’est pas un ralentissement, mais un non-raccourcissement prématuré. Elle constitue la compétence proprioceptive qui permet de sentir si le geste est prêt à s’étendre, et donc à accélérer. Apprendre la patience, c’est apprendre à laisser à son corps l’opportunité de se mettre en ordre, de se disposer pour produire une accélération lisible, continue et efficiente. Le deuxième contenu, le relâchement, renvoie au fait de laisser les segments corporels se libérer de tensions inutiles et de co-contractions réflexes afin d’autoriser l’extension. Relâcher ne signifie pas diminuer la force, mais optimiser la distribution tonique pour permettre au geste d’exister dans sa continuité. Ce relâchement suppose un lâcher prise mental vis-à-vis de la peur de mal faire, ou plutôt d’avoir peur d’avoir peur de mal faire, ou de la volonté de tout contrôler. Lorsque le joueur tente de « maîtriser son geste en le tenant », il le rigidifie. Lorsqu’il accepte de faire confiance, ou qu’il se fie à, dans ses capacités corporelles, les coordinations naturelles peuvent apparaître, révélant une amplitude plus fluide, plus stable et plus ancrée. La combinaison entre patience motrice et relâchement confiant crée une forme de disponibilité gestuelle qui rend possible l’extension. Le joueur perçoit mieux les appuis, le centrage du tronc, la qualité du ressort élastique, et surtout le moment opportun pour déployer la montée de sa puissance musculaire, autrement dit à son explosivité. Ce sont ces états psycho-corporels qui permettent de « prendre le temps d’aller vite ». Ils désactivent la « précipitationnite » en transformant l’urgence perçue en intention contrôlée. L’amplitude devient alors un produit de la qualité de présence du joueur à son geste, et non un simple paramètre mécanique. En s’entraînant à développer par l’extension cette patience incarnée et ce relâchement volontaire, les joueurs découvrent que la vitesse n’est pas le fruit d’une « forcite », mais d’une construction calme, pleinement ressentie, où le corps se donne l’autorisation de s’exprimer entièrement avec facilité et élégance. En synthèse Désactiver « la précipitationnite » ne consiste pas à freiner le joueur, mais à réhabiliter la logique profonde d’existence du geste. Un mouvement ne devient rapide qu’à condition qu’on lui donne le temps et l’espace de s’établir. La vitesse véritable n’est pas celle que l’on exige, mais celle que l’on construit et que l’on vit par les sensations de l’extension qui donne la continuité gestuelle. Elle offre au corps le temps nécessaire pour accélérer, la capacité de se projeter pleinement et la possibilité d’atteindre une vitesse désirée réellement optimale. La performance physique footballistique ne s’obtient pas en allant « plus vite que ses gestes », mais en permettant à ces gestes d’aller jusqu’au bout d’eux-mêmes pour exprimer le talent footballistique du joueur. Bibliographie [1] P. McGinnis, Biomechanics of Sport and Exercise (3rd ed.). Human Kinetics. 2013. R. Enoka, Neuromechanics of Human Movement (5th ed.). Human Kinetics. 2015. [2] P. V. Komi, Stretch-shortening cycle: A powerful model for performance enhancement. Journal of Biomechanics, 33(10), 1197–1206. 2000. [3] C. A. Putnam, C. A. Sequential motions of body segments in striking and throwing skills: Descriptions and explanations. Journal of Biomechanics, 26(S1), 125–135. 1993. A. Lees, T. Asai, T. Andersen, H. Nunome, T. Sterzing, The biomechanics of kicking in soccer. Sports Biomechanics, 9(3), 197–217. 2010. [4] R. Schmidt, T. Lee, Motor Learning and Performance (6th ed.). Human Kinetics. 2019. [5] K. P Clark, P.G. Weyand, P. G., Are running speeds maximized with simple-spring stance mechanics? Journal of Applied Physiology, 117(1), 33–45. 2014. [6] J. Bastière, Influence des réflexes primitifs sur les blessures, les performances athlétiques et technico-tactiques des footballeurs, thèse de doctorat, Besançon, Université Marie et Louis Pasteur, 2025. [7] K. Yarrow, P. Brown, J.W. Krakauer, J. W. Inside the brain of an elite athlete: Reflections on motor learning and performance. Nature Reviews Neuroscience, 10(9), 698–708. 2009. [8] A. Nieuwenhuys, R.R.D. Oudejans, Anxiety and Perceptual-Motor Performance: Toward an Integrated Model of Concepts, Mechanisms, and Processes. Psychological Research, 76, 747-759. 2012. [9] A. M. Gentile, Skill acquisition: Action, movement, and neuromotor processes. In J. Carr & R. Shepherd (Eds.), Movement Science (2nd ed.). 2000.

  • Les conditions d'un entraînement physique footballistique combinatoire performatif

    La préparation physique footballistique d'aujourd'hui est confrontée à une contradiction fondamentale. Le joueur doit répondre à une grande diversité de contraintes physiques alors que le temps disponible pour développer chacune des qualités nécessaires à la performance est limité. Cette contrainte temporelle conduit naturellement le préparateur physique footballistique (PPF) à rechercher des formes d'entraînement sollicitant plusieurs dimensions de la performance physique au sein d'un même processus d'adaptation. La solution ne consiste pas à rajouter des exercices dans des séances déjà denses. Une telle réponse produit une augmentation quantitative des contenus sans garantir celle des adaptations utiles, voire provoque l'effet inverse lorsque les stimuli des exercices entrent en concurrence, lorsque la fatigue altère la qualité de l'exercice suivant ou lorsque la charge globale compromet la récupération nécessaire à l'expression de la performance. C'est dans cette perspective que la pensée de Norbert Krantz et Anne-Laure Morigny prend une importance particulière. Leur approche de la musculation combinatoire conduit à dépasser une représentation additive des qualités physiques. La performance n'est pas seulement la somme des adaptations produites séparément par la force, la vitesse, l'endurance…, mais aussi le résultat de leurs interactions. Je présente cette approche comme le passage d'une logique additive à une logique multiplicative, dans laquelle les effets des entraînements devraient se renforcer par des phénomènes de débordement positif. Cette perspective modifie profondément la méthodologie d’entraînement. Il ne s'agit plus seulement de déterminer quelles qualités développer, mais de comprendre dans quelles conditions leur association au sein d'exercices footballistiques produit de la progression pour le joueur. L'entraînement combinatoire devient une problématique d'organisation des contraintes. Sa réussite dépend de la compatibilité systémique des stimuli, de leur ordre, de leur dosage, de leur proximité avec les exigences du football, de la disponibilité du joueur et de leur inscription dans le temps. Dans ce cadre, le présent article examine les conditions de la construction performative des entraînements combinatoires qui favorisent par des interférences physiques positives le développement du joueur. Cette réflexion conduit à remettre en question la segmentation traditionnelle des entraînements en isolés, orientés et intégrés. Cette classification a un intérêt descriptif, mais elle peut entretenir l'idée que ces formes constituent des catégories distinctes qu'il suffirait de juxtaposer pour obtenir des entraînements performants. Or, dans une approche combinatoire, la question essentielle n'est plus de déterminer dans quelle catégorie se situe un exercice, ni d'opposer l'entraînement isolé à l'entraînement intégré, mais de comprendre toutes les interactions qu'il provoque dans et par les qualités physiques footballistiques qu'il mobilise. L'enjeu est d'identifier, pour chaque objectif et pour chaque joueur, quelles associations de contraintes produisent les adaptations recherchées avec le meilleur rapport entre leur pertinence, leur efficacité et leur efficience. Un entraînement peut mobiliser simultanément des contraintes physiques, techniques, mentales et tactiques sans cesser d'être analysable séparément. À l'inverse, une situation dite « intégrée » ne devient pas nécessairement combinatoire par le seul fait qu'elle reproduit des conditions du jeu. L'entraînement combinatoire n'est donc pas une catégorie supplémentaire venant s'ajouter aux modèles existants, mais une autre manière de penser l'organisation performative de la préparation physique footballistique. Il s’agit d’étudier, en regardant différemment, la nature des interactions que les exercices produisent, les adaptations qu'ils favorisent et les coûts qu'ils génèrent, afin que l'association des contraintes produise une valeur supérieure à leur simple juxtaposition. 1. Le fondement de l'approche combinatoire 1.1. Dépasser la logique des silos Selon le principe de spécificité, la préparation physique doit entraîner la force par la force, l'endurance par l'endurance et la vitesse par la vitesse. Cette exigence possède une utilité pédagogique puisqu'elle oblige à identifier les qualités sollicitées par le sport entraîné. Or le football ne présente jamais ces qualités sous forme séparée. Une accélération exige une montée de puissance musculaire de qualité, une organisation coordinative adaptée, une disponibilité neuromusculaire et une capacité à répéter l'action. Un changement de direction associe freinage, production de puissance, orientation corporelle et décision. Une prise d'espace dépend simultanément de la perception, de l'intention tactique, de la technique de déplacement et de la capacité énergétique du joueur. L'approche multiplicative que je défends critique cette fragmentation, sachant que le joueur est un système dans lequel les qualités interagissent en complexité. L'objectif n'est donc pas de développer chaque facteur séparément, mais de rechercher les conditions permettant à ces facteurs de se potentialiser, ou de se bonifier, mutuellement. Cela n'exclut pas le principe de spécificité, mais impose de comprendre les interactions mutuelles des qualités physiques impliquées dans la production de l’effort footballistique. 1.2. La combinaison comme interaction plutôt que juxtaposition Une combinaison ne devient véritablement combinatoire que lorsqu'il existe une relation fonctionnelle entre les stimuli qui la composent. Deux exercices réalisés dans la même séance ne constituent pas nécessairement une combinaison sagace. Ils peuvent être de simples interventions successives. La combinaison suppose que l'état produit par le premier stimulus influence le second et que cette influence soit recherchée par le PPF. Un premier exercice prépare ainsi le système neuromusculaire pour le deuxième en facilitant son expression, en réduisant son coût énergétique ou en permettant son utilité footballistique. Il peut au contraire provoquer une fatigue qui dégrade le stimulus suivant. La question fondamentale devient celle de l'interaction, soit « que produit le premier stimulus sur le second, et en quoi l'entraînement d'une qualité modifie-t-il les autres ? ». Cette interrogation constitue le véritable point de départ d'une méthodologie d’entraînement combinatoire. 1.3. Du cumul des effets aux effets de débordement Une adaptation produite par un exercice peut dépasser le cadre de cet exercice en influençant favorablement une autre expression de la performance physique footballistique. Une amélioration de l'organisation coordinative de la force peut modifier la capacité d'accélération du joueur. Une meilleure coordination des appuis peut réduire le coût énergétique d'un déplacement. Une production plus rapide de puissance musculaire peut rendre plus performant un changement de direction. Dans chacun de ces cas, le bénéfice ne se limite pas au contenu initialement travaillé. L'entraînement combinatoire cherche précisément à exploiter ces relations. Gagner du temps non pas en s'entraînant davantage, mais en construisant des interventions dont les adaptations débordent positivement sur les autres qualités physiques. 2. La première condition est la cohérence des stimulations 2.1. Une combinaison doit avoir une logique interne Une séance doit se construire selon une progression logique dans laquelle chaque situation prépare la suivante et contribue à un objectif commun qui est de mieux jouer en exprimant mieux son talent footballistique. La séance performative n'est pas une collection d'exercices, mais une organisation progressive de contraintes selon son concept d’entraînement. Si plusieurs contenus sont associés, leur relation doit pouvoir être justifiée par l'objectif poursuivi. La cohérence constitue ainsi un filtre méthodologique. Elle permet d'écarter les associations qui paraissent intéressantes isolément mais dont l'interaction est inutile ou défavorable pour la performance globale du joueur. 2.2. La cohérence neuromusculaire Les exercices demandant une grande qualité de production de force, de vitesse ne peuvent être organisés indépendamment de l'état de fraîcheur du joueur, ou de son alacrité, et de leur modus commun coordinatif. Une sollicitation fortement fatigante placée avant une expression de vitesse maximale footballistique diminue la qualité de la vitesse réellement produite. Le PPF peut croire avoir entraîné la vitesse alors que le joueur a surtout appris à accélérer sous fatigue. Ce contenu peut être pertinent pour travailler la répétabilité, mais il ne répond plus au même objectif qu'un entraînement visant l'expression maximale de la vitesse. La combinaison doit donc être construite à partir de la qualité que l'on souhaite améliorer, c’est-à-dire que le stimulus prioritaire doit bénéficier des conditions nécessaires à son expression. 2.3. La cohérence métabolique Associer plusieurs stimuli à coût métabolique élevé peut conduire à une accumulation de fatigue qui dégrade la qualité d'exécution et allonge la récupération inter-effort. Il s'agit donc de rechercher l'efficience énergétique, soit obtenir le maximum d'effets avec le minimum de stimuli. Cela nécessite de connaître les coûts associés aux exercices, notamment leurs temps de récupération. Le problème n'est pas de supprimer les exercices coûteux, mais de savoir quand leur coût est justifié et avec quels autres stimuli ils peuvent être associés sans compromettre la suite du processus pour cause de surfatigue. 3. La deuxième condition est l'ordre des stimuli 3.1. Combiner signifie aussi ordonner Deux stimuli identiques associés dans deux ordres différents ne produisent pas nécessairement les mêmes effets. L'ordre constitue donc une variable méthodologique à part entière. Lorsqu'une qualité exige une forte disponibilité neuromusculaire, elle doit bénéficier d'un contexte permettant son expression qualitative. Mais lorsque l'objectif est au contraire de repousser l'apparition de la fatigue, celle-ci peut devenir une contrainte volontairement recherchée. L'ordre des exercices ne peut donc pas être déterminé indépendamment de l'objectif. Il dépend de ce que le PPF veut préserver, développer ou transformer. 3.2. La priorité du stimulus déterminant Le stimulus déterminant de la séance doit disposer des conditions les plus favorables lorsque sa qualité d'expression constitue l'objectif principal. Cette règle, bien qu'évidente, possède une conséquence importante. Tout ne peut pas être prioritaire simultanément. Une séance qui prétend développer au maximum la puissance musculaire, la vitesse et l'endurance risque de ne maximiser aucune de ces qualités. L'entraînement combinatoire n'est pas l'art de rendre tous les stimuli équivalents, mais l'art de les hiérarchiser pour que les associations secondaires servent l'objectif principal. 3.3. Préparer plutôt que perturber Une combinaison devient particulièrement intéressante lorsque le premier stimulus prépare le second, que cette préparation soit neuromusculaire, coordinative, perceptive ou technique. Une activation de qualité précédant une séance d'intermittent Repeat Sprint Ability (RSA) en constitue un exemple typique. Le premier contenu ne sert pas seulement à « chauffer » le joueur, il prépare les conditions d'organisation nécessaires à l'expression de la vitesse. Je propose ainsi des activations progressives, allant de l'activation vers des répétitions d'accélérations, puis vers des départs sous contraintes et des accélérations orientées dans des espaces variables. La logique combinatoire devient alors une logique de continuité. Le joueur n'est pas constamment replacé dans un état initial, chaque situation exploite ce que la précédente a produit. 4. La troisième condition est de maîtriser l'interférence 4.1. Comprendre l'interférence négative L'interférence négative apparaît lorsqu'un stimulus réduit la possibilité d'obtenir l'adaptation recherchée. Elle est immédiate lorsque la fatigue réduit la capacité à produire la vitesse, la force ou la qualité coordinative attendue ; elle est différée lorsqu'un exercice génère une fatigue suffisamment importante pour perturber une séance ultérieure. Cette distinction est essentielle. Un exercice peut être performant pris isolément et pourtant imperformatif à l'échelle du microcycle parce que son coût empêche ou péjore la réalisation d'une séance plus importante. 4.2. L'interférence n'est pas nécessairement négative Il serait toutefois erroné de considérer toute interaction comme une interférence à éviter. La question n'est pas « comment supprimer l'interférence ? », mais « quelle interférence est souhaitable pour l'adaptation recherchée ? ». Comme la perturbation demeure nécessaire à l'adaptation, ce qui doit être contrôlé n'est pas l'existence de la fatigue qu'elle provoque, mais son niveau, son moment et sa fonction. 4.3. L'interférence positive comme objectif méthodologique L'objectif supérieur de la méthode combinatoire consiste donc à produire des interactions positives entre les exercices. Un stimulus devient intéressant lorsqu'il augmente la valeur fonctionnelle d'un autre ou permet d'obtenir plusieurs adaptations à coût limité. C'est ici que la logique multiplicative prend toute sa portée. Si chaque intervention renforce les conditions d'expression des suivantes, l'entraînement devient cumulatif. À l'inverse, si chaque intervention dégrade la suivante, le système accumule de la fatigue plutôt que de la performance. Il entraîne entropiquement la méforme plutôt que la forme. L'enjeu est donc de construire une dynamique d'adaptations compatibles afin qu’elles soient positives, afin que la boule de neige des qualités physiques footballistiques grossisse centrifugement. 5. La quatrième condition est le dosage de la charge 5.1. L'intensité ne suffit pas à définir le stimulus Un exercice est caractérisé par son intensité, mais aussi par son volume, sa densité, ses temps de récupération, sa nature mécanique et son contexte d'exécution, qui déterminent ensemble son coût physiologique. Deux exercices proposant le même nombre d'accélérations peuvent produire des effets très différents selon la distance, la vitesse réellement atteinte, la qualité des sols, les types et les temps de récupération accordés, les contraintes perceptives et la fatigue préalable du joueur. L'entraînement combinatoire nécessite donc une lecture multidimensionnelle de la charge. Le PPF doit connaître non seulement ce qu'il fait faire, mais ce que cette intervention coûte individuellement au joueur. 5.2. La fatigue comme coût et non comme objectif La fatigue possède une valeur ambivalente. Elle peut être une conséquence nécessaire d'un entraînement performant, mais elle ne constitue pas en elle-même la preuve de sa qualité. Sachant que la fatigue n'est pas une qualité qui s'entraîne, il convient de distinguer une logique de surcharge et une logique de juste charge. L'objectif n'est pas d'amener systématiquement le joueur à l'épuisement, mais de créer une perturbation suffisante et nécessaire pour obtenir l'adaptation recherchée. Cette distinction est fondamentale pour les entraînements combinatoires. Lorsque deux stimuli peuvent produire une adaptation comparable, celui qui génère le moindre coût devient méthodologiquement préférable. C'est le sens des principes de sobriété et du « Less is more » que j'aborde par ailleurs. 6. La cinquième condition est la spécificité footballistique 6.1. Combiner les qualités dans les conditions du jeu Une combinaison d'entraînement physique ne doit pas perdre de vue la finalité footballistique. La préparation physique footballistique ne cherche pas à augmenter des capacités physiologiques abstraites, ou déconnectées du jeu. Elle doit contribuer à la capacité du joueur à résoudre les problèmes posés par le jeu et à exprimer tout son talent. Cette conception est particulièrement visible dans l'approche de la vitesse footballistique que j'ai développée. La vitesse y est considérée non comme une qualité autonome, mais comme un phénomène émergent de l'interaction entre organisation corporelle, orientation des forces, perception et décision. La conséquence méthodologique est majeure. Une combinaison perspicace permet aux qualités physiques de conserver leur possibilité de réinvestissement dans l'activité footballistique, autrement dit leur utilité. 6.2. Du physique au physico-technique, puis au physico-tactique L'association entre physique et technique devient une forme particulièrement intéressante d'entraînement combinatoire. Le joueur produit une accélération, un freinage ou un changement de direction tout en conservant une qualité technique adaptée à la situation. Cette association évite la fragmentation et rapproche progressivement les contraintes physiques de celles rencontrées réellement en match, réduisant le nombre de situations d'entraînement tout en augmentant leur richesse fonctionnelle. À ce titre, la technique prime toujours sur le physique car elle en est une des prémices. Il s’agit aussi ici d’intégrer la dimension décisionnelle. Une accélération n'a pas la même signification lorsqu'elle est imposée par une consigne mécanique ou lorsqu'elle répond à l'apparition d'un espace exploitable. Je défends la conception selon laquelle la décision et l'action sont interdépendantes, les deux faces d'une même pièce. La performance physique est alors indissociable de la perception, de la décision, des émotions et de la coordination. L'entraînement combinatoire se doit de tenir compte de cette interdépendance selon une approche holistique. 7. La sixième condition est de respecter l'intégrité du joueur 7.1. Le joueur comme système unifié L'approche combinatoire n'a de sens que si elle s'inscrit dans une conception systémique du joueur. Cela suppose du PPF qu'il refuse, par intégrité, une fragmentation excessive du joueur en qualités indépendantes. Dès lors, toute combinaison doit être appréciée à partir de ses effets sur l'ensemble du système. Un exercice peut produire une adaptation locale intéressante tout en détériorant l'organisation globale du joueur. La question qui s’impose au PPF devient « ce stimulus améliore-t-il globalement le fonctionnement du système ou seulement une variable isolée au détriment de l'organisation globale ? » 7.2. La réserve fonctionnelle comme condition de disponibilité Le joueur doit conserver suffisamment de ressources pour exprimer son football. Une préparation physique footballistique qui développe une capacité mais détruit temporairement la disponibilité du joueur peut être contre-performante. Elle doit ainsi construire des capacités tout en préservant une réserve fonctionnelle permettant leur expression. Cette conception rapproche la prévention de la performance. Préserver le joueur ne signifie pas réduire systématiquement la stimulation, mais éviter les perturbations inutiles qui diminuent sa capacité à s'exprimer. 8. La septième condition est d'individualiser la combinaison 8.1. Une même charge n'a pas la même signification pour tous L'entraînement combinatoire ne peut être totalement standardisé. Deux joueurs exposés au même stimulus peuvent présenter des réponses différentes selon leur profil physique, leur historique d'entraînement, leur état de récupération, leur état émotionnel et leur rapport individuel aux contraintes. En conséquence, je propose de passer progressivement d'une individualisation des charges à une personnalisation des interventions. Il ne s'agit pas d'ajuster uniquement les volumes, mais parfois la nature même de la combinaison, dont la valeur dépend de sa capacité à produire une amélioration fonctionnelle utile au joueur concerné. 8.2. La personnalisation comme recherche du meilleur rapport coût-bénéfice Pour un joueur, une combinaison vitesse-force peut être particulièrement appropriée. Pour un autre, son coût peut être excessif au regard du bénéfice recherché. La bonne combinaison n'est donc pas celle qui est théoriquement optimale, mais celle qui présente le meilleur rapport entre l'adaptation recherchée et les ressources mobilisées par ce joueur. Cette conception renforce l'importance de la sagacité du PPF dans le sens que la programmation des exercices n'est pas algorithmique. Elle doit intégrer l'observation, le contexte et l'interprétation des réponses du joueur, ce qui oblige le PPF à savoir le lire et l'écouter. 9. La huitième condition est d'inscrire la combinaison dans le microcycle 9.1. La séance n'est pas une unité isolée Une combinaison d'exercices ne doit jamais être jugée uniquement à l'intérieur d'une séance. Ses véritables effets doivent être observés dans le continuum du microcycle. Une séance très productive à J peut devenir une mauvaise décision si elle dégrade la séance déterminante à J+1. À l'inverse, une séance volontairement sobre peut être extrêmement performante si elle permet au joueur d'arriver dans des conditions optimales à la prochaine échéance. L'efficience doit donc être pensée à l'échelle du temps de récupération disponible, et non simplement à l'échelle de la séance. La réflexion combinatoire concerne autant l'inter-entraînement que l'infra-entraînement. 9.2. Le calendrier compétitif comme contrainte supérieure Le match constitue la référence permettant de hiérarchiser les combinaisons. Plus la compétition est dense, plus la question du coût de récupération devient importante. L'objectif n'est pas de maximiser toutes les adaptations simultanément, mais de maintenir une disponibilité alacrite suffisante pour que le joueur puisse exprimer son potentiel lors des échéances prioritaires. L'entraînement combinatoire devient alors un outil de gestion du compromis entre développement et disponibilité selon une logique de surcompensation modérée constante. 10. Construire une méthodologie des entraînements combinatoires 1. Identifier l'objectif cardinal. Déterminer stratégiquement l'objectif principal de l'entraînement physique entre la capacité d'accélération, la qualité de la montée de la puissance musculaire, la répétabilité, l’économie du déplacement, la capacité à maintenir une qualité gestuelle qui repousse la fatigue, ou la disponibilité générale du joueur. Sans cette hiérarchisation, la combinaison risque de devenir une accumulation d'objectifs. Une fois l'objectif défini, les autres stimuli peuvent être sélectionnés en fonction de leur capacité à le soutenir. 2. Identifier les interactions recherchées. Le PPF doit pouvoir répondre à une question simple « pourquoi ces deux stimuli doivent-ils être associés ? ». S'ils n'ont aucune relation fonctionnelle, leur association doit être questionnée. S'ils se renforcent, leur combinaison peut être pertinente. S'ils se perturbent, leur ordre, leur dosage ou leur séparation temporelle doivent être reconsidérés. 3. Réduire les coûts inutiles. Rechercher la sobriété ou produire les adaptations nécessaires avec le minimum de ressources. Cette sobriété ne signifie pas faire moins par principe, mais supprimer ce qui n'apporte pas suffisamment de valeur. Un exercice supplémentaire n'est justifié que s'il augmente la qualité du système d'entraînement. 4. Vérifier la cohérence avec le football. Vérifier que les adaptations produites peuvent être utiles pour jouer mieux. Une combinaison qui produit une excellente adaptation générale mais éloigne le joueur de ses besoins footballistiques peut être moins pertinente qu'une intervention plus modeste mais directement utile. La pertinence constitue le premier filtre de la combinaison, avant même son efficacité. 5. Observer les effets réels. Évaluer la combinaison à partir de ses effets et non de son contenu. Le nombre d'exercices, le volume de course ou la quantité de travail accomplie ne suffisent pas à déterminer la qualité d'une intervention terrain. Le PPF doit observer si le joueur produit les adaptations recherchées, s'il conserve une bonne qualité de mouvement, s'il récupère dans les délais prévus et si la combinaison améliore réellement sa disponibilité pour jouer. Les certitudes d'entraînement doivent pouvoir redevenir des hypothèses lorsqu'elles ne résistent pas à l'observation. Conclusion L'intérêt fondamental de l'entraînement combinatoire réside dans sa capacité à répondre à la contrainte temporelle du football. Lorsque plusieurs adaptations peuvent être obtenues par une intervention cohérente, le football gagne du temps à condition que ce gain ne dégrade ni la qualité des adaptations, ni la disponibilité du joueur. L'efficience n'est donc pas une simple économie de temps, mais une optimisation du rapport entre les ressources investies et les effets obtenus. Dans une culture actuelle de l'accumulation selon le principe du No Pain, No Gain, la sobriété peut sembler contre-intuitive. Pourtant, si une stimulation supplémentaire ne produit qu'un faible bénéfice au prix d'une fatigue importante, son intérêt devient discutable. La fatigue doit être considérée comme un coût à gérer et non comme une preuve de compétence. Ici, le « Less is more » ne signifie pas moins d'ambition, mais davantage de précision délicate et élégante. La finalité ultime de la combinaison reste la performativité de l'entraînement physique footballistique. Une intervention doit être pertinente parce qu'elle correspond aux contraintes du football et aux besoins du joueur et du jeu, efficace parce qu'elle produit réellement l'adaptation recherchée et efficiente parce qu'elle y parvient avec un coût maîtrisé, sans perturbation excessive du système. L'entraînement combinatoire constitue précisément un moyen de réunir ces trois dimensions.

  • La « précipitationnite » ; un des tue-l'amour de la vitesse footballistique

    La précipitation est un défaut bien connu dans le football. Preuve de son importance: son mot est couramment utilisé pour décrire un joueur ou le style de jeu d’une équipe. Pourtant, si vous demandez à un footeux comment elle se manifeste en vrai sur le terrain, outre un vague « c’est agir trop vite », un silence flottant, rempli d’incertitude s’installe plus ou moins longtemps. Cet écrit vise alors à mieux comprendre ce phénomène sous l’angle de la préparation physique footballistique. Son objectif est de proposer des solutions pour le réduire en allant plus loin que le faire pour faire en approfondissant le comment faire-faire de l’entraînement physique footballistique. 1. Les sens des mots déterminent les pouvoirs et les qualités d’intervention des PPFs ! En affirmant que le football est un sport de vitesse, je m’oblige à préciser les termes de ses éléments constitutifs positifs et négatifs pour en saisir ses conséquences d’entraînement. Sans cet effort de clarté, je risque, selon l’adage d’Albert Camus, grand gardien de football amateur, d’apporter mon écot aux maux de mon domaine d’intervention à cause de définitions et par-là d’utilisations inappropriées, car pas assez explicites des mots. En aidant à découvrir ce qu’il convient d’entraîner en mettant dans la bonne direction d’explication, d’intervention et donc de réalisation, cette recherche sémantique est très loin d’être vaine. Les mots donnent de la substance et de la profondeur pédagogiques au savoir technique des préparateurs physiques footballistiques (PPFs) puisqu’ils sont le contenu de leur boîte à outils d’enseignement. Pour éviter des « situations où l’on se tire des balles dans le pied », l’idée est de retourner aux sources en découvrant les multiples sens des mots de la préparation physique footballistique. Cette démarche révèle la richesse et la complexité de son vocabulaire, soulignant la nécessité de le contextualiser footballistiquement. Cela indique aussi que la préparation physique footballistique, ce n’est pas n’importe quoi à disposition de n’importe qui, pour faire-faire n’importe quoi à n’importe qui !! 1.1. Les enjeux de la définition de la précipitation footballistique J’ai choisi présentement de discuter de la précipitation footballistique pour deux raisons. D’abord, parce qu’avec la « forcite » (une surutilisation de sa force), elle représente l’un des principaux problèmes de l’expression de la vitesse footballistique. Ensuite, parce que je dois constamment expliquer aux joueurs que j’entraîne la différence entre vitesse et précipitation, ce qui en démontre le besoin d’éclaircissement. L’objectif de mon propos est alors d’établir, par une « exégèse footballistique » de la précipitation, un lexique pertinent susceptible d’améliorer l’enseignement et l’apprentissage techniques de la gestuelle concernée. Sous l’égide de leur PPF, dont le cahier des charges consiste aussi à enseigner comment apprendre à apprendre, les joueurs sont invités à mettre des mots sur leurs sensations gestuelles [1]. Ils aiguisent ainsi leur compétence verbale pour exprimer et comprendre leurs exécutions gestuelles. Les mots deviennent alors un outil essentiel pour affiner leur perception de leurs mouvements ou à se découvrir footballistiquement, ce qui va optimiser leur possibilité de correction et donc en fin de chaîne leur performance. 1.2. La définition de la précipitation footballistique Le CNRTL définit la précipitation comme une « hâte excessive qui rend une action irréfléchie et désordonnée ». Appliquée à la vitesse footballistique, je la traduis par « une exécution gestuelle non optimale », qui limite la performance du joueur. Elle détériore, ou affecte, à la fois la rapidité et la qualité technique des gestes. D’après mes observations du terrain, cette « précipitationnite » prend la forme d’un brouillage des mouvements du joueur. Sa gestuelle devient confuse, superflue, mal synchronisée, parfois illisible et peu efficace. Au lieu d’une action fluide et maîtrisée, elle donne à voir un enchaînement gestuel chaotique, où tout semble « se faire en même temps, sans ordre ni direction précise ». Ce désordre gestuel provient donc par définition d’un manque d’ordonnancement gestuel ou plus précisément d’une faible qualité des coordinations spatiale et temporelle des gestes des mouvements. En identifiant les causes de ce manque, puis en les annihilant, cela atténue ou annule, selon le principe « en éradiquant une cause, cela éradique ses conséquences », la survenance de la « précipitationnite ». 2. Ses causes et ses conséquences footballistiques En couplant ma définition de la « précipitationnite » avec celle systémique du football qui le subdivise en composantes mentale, physique, technique et tactique, j’identifie, par ces 4 angles d’analyse, quoi elle est et quels sont ses effets sur le physique footballistique. 2.1. Du point de vue du physique footballistique Le « tout faire gestuel en même temps » consomme beaucoup d’énergie en faisant aller partout, donc nulle part. Pour quand même aller dans le sens du jeu, ce gaspillage gestuel oblige inconsciemment le joueur à se rééquilibrer corporellement avant chaque mouvement pour se mettre en ordre de jouer, c’est-à-dire que ses techniques de maîtrise du ballon et de déplacement s’expriment correctement. Pris isolément, cet effort semble minime, mais sur un match, avec plus de 10 000 gestes par joueur, un surplus gestuel de 5 à 10 % augmente significativement la charge physique d’un match. D’autant plus que nous dépensons déjà environ 100 calories par heure pour juste maintenir notre équilibre, c’est-à-dire éviter de chuter. Il signifie aussi que les joueurs abrègent leurs gestes en passant trop vite, ou sans distinction chronologique, de l’un à l’autre. Cela est possiblement dû aux étriquements corporels générés par la déformation posturale que le football génère sur les joueurs. En effet, l’étriquement raidit les muscles, ce qui réduit leur amplitude d’étirement, ce qui déclenche des co-contractions musculaires involontaires, inopinées et impromptues. Cette agitation gestuelle provoque des tensions musculaires supplémentaires qui induisent des coûts énergétiques de rééquilibrage qui finissent par limiter l’engagement physique des joueurs dans le jeu. Dans la même veine de réflexion, mais en partant du point de vue et du principe que plus les muscles sont étirés, plus ils donnent d’énergie musculaire contractile, on comprend alors très vite que la « précipitationnite » obère le rendu énergétique des muscles en empêchant leur amplitude. Je ne peux pas occulter ici le fait qu’une préparation physique footballistique bien conduite peut paradoxalement produire de la « précipitationnite ». par effet pervers. Une des plus grandes difficultés d’un PPF, vu les déséquilibres musculaires que génèrent le football, n’est pas seulement d’obtenir un état général de forme corporelle des joueurs, mais que cet état de forme global provient d’un cumul positif des états de forme corporelle locale. Autrement dit, qu’il y ait une concordance selon une logique « glocale » dans les mises en forme des différentes parties corporelles. Sans cela, vous pouvez avoir un gap de tensions grandissant entre les dimensions macro et micro d’un corps. Ces surtensions produisent inévitablement de la désharmonie et de la désynchronie coordinatives qui précipitent les gestes et expliquent nombre de blessures. Si le football à son plus haut niveau physique est encore aujourd’hui de niveau régional, il demande énormément énergétiquement pour repartir lors de chaque action dans l’espace par des projections corporelles de qualité. La capacité que le football demande alors aux joueurs est de rester consistants dans leur mobilisation énergétique. Pour se maintenir vaille que vaille dans le jeu, malgré la fatigue de plus en plus grande, les joueurs ont tendance à abréger de plus en plus leurs mouvements par économie d’efforts… ce qui produit de la « précipitationnite » par surplus gestuel. Pour rester compétitifs malgré la dépense énergétique excessive de la « précipitationnite », il arrive que le métabolisme aérobique des joueurs soit développé à outrance par intermittent vitesse maximale aérobie. Cela revient à soigner un symptôme en combattant le mal (trop de dépenses énergétiques) par le mal (en investissant plus d’énergie que nécessaire pour tenir un surplus énergétique non-nécessaire), ce qui génère de fait des surcharges inappropriées d’entraînement. Ce « remède métabolique » ne supprime pas la maladie, il peut même l’aggraver. En favorisant la fatigue chronique par burn-in, il rend les joueurs nerveusement instables, plus fébriles ou surexcités, ce qui nourrit potentiellement une tendance à la « précipitationnite ». 2.2. Du point de vue du mental footballistique Comme nous le suggère Lucrèce, « rien ne vient de rien ». Cela nous informe que les joueurs expriment dans leur jeu ce qu’ils sont. Leurs mouvements reflètent leur personnalité et leur état d’âme, d’autant plus que « émotion » et « mouvement » partagent la même racine latine, « movere ». Ainsi, un empressement gestuel excessif découle souvent d’un tempérament impétueux, nerveux, d’un manque de confiance, d’une insécurité ou encore de l’envie de trop bien faire qui s’illustre concrètement par le proverbe « le mieux est l’ennemi du bien ». Autrement dit, la précipitation et les émotions sont étroitement liées, par le fait que les secondes déterminent la première. Dans ce cadre, un distress émotionnel altère par fébrilité la prise de décision ce qui accélére le traitement de l’information de manière contre-productive. Sous pression, un joueur atteint de « précipitationnite » tend à privilégier les immédiatetés des actions au détriment de solutions footballistiques plus pertinentes. On comprend bien ici comment la « précipitationnite » réduit mentalement la lucidité, favorise les erreurs techniques et compromet la lecture du jeu. 2.3. Du point de vue de la technique footballistique Pour véritablement bien exister dans le football d’aujourd’hui et plus encore de demain, les techniques footballistiques de maitrise du ballon et de déplacement doivent concilier la plus haute vitesse possible avec la plus grande précision possible. Or, selon la loi de Fitts, la vitesse et la précision ont une relation contraire. Plus on est vite, moins on est précis. À ce titre, si un niveau de vitesse détériore la qualité de la précision technique, comprise ici comme la capacité d’atteindre une cible et/ou d’être dans le bon espace de jeu au bon moment, le joueur souffre de « précipitationnite ». Je comprends alors celle-ci comme un niveau de vitesse gestuelle qui brusque le déroulement harmonieux et fluide des designs moteurs de la gestuelle technique. Pour illustrer ce propos, cette situation s’assimile à une voiture en surrégime dont on veut élever le niveau de vitesse en appuyant sur la pédale des gaz au lieu de passer une vitesse supérieure. 2.4. Du point de vue de la tactique footballistique Pour le profane que je suis, il semblerait que la tactique footballistique, « c’est mettre en place son équipe afin que ses actions soit performante, c’est-à-dire tout à la fois efficace, efficiente et pertinente ». Pour faire comprendre cette mise en place et la concrétiser sur le terrain, des systèmes de jeu ont été développés au fil du temps. Ceci afin d’optimiser les prises d’espaces selon les qualités des joueurs de son équipe ou d’en minimiser les faiblesses pour être en mesure de gagner le match. Mais toute organisation peut rester lettre morte, si son animation n’est pas bien coordonnée, à savoir que les actions des joueurs « s’ordonnent ensemble ». Pour donner une image parlante de cette obligation tactique, la « précipitationnite » s’apparente à « jouer plus vite que la musique ». Dès lors, on peut considérer métaphoriquement qu’un match réussi s’assimile à une symphonie gestuelle bien jouée. Pour ce faire, ses musiciens interprètent ensemble sous l’égide et l’impulsion d’un chef (l’entraîneur) des partitions équivalentes ici à des systèmes de jeu. Le tout s’ordonne sur les tempos de ses partitions, soit grossièrement en moderato (rythme modéré ou ni lent ni rapide), allegro (rythme rapide et vif) et presto (rythme très rapide). Le tempo coordonne ainsi les jeux des musiciens en les ordonnant rythmiquement. Cela n’empêche pas, bien au contraire, les variations, soit notamment des envolées de solistes virtuoses. Les rythmes des tempos régulent ainsi harmonieusement l’action commune ou le jeu d’une équipe. Ils permettent à chacun de s’exprimer individuellement tout en jouant avec son ensemble musical en s’éloignant et en revenant toujours dans le rang, ou le système de jeu, grâce au rythme du tempo de la partition. Dans cette perspective, le design de la circulation du ballon d’une équipe s’assimile à la mélodie d’une symphonie. Selon cette appréhension, un joueur qui exécute ses gestes trop hâtivement, c’est-à-dire qui a 1 ou 2 temps d’avance sur la cadence rythmique du jeu de son équipe, perturbe les synchronisations collectives. Il créé des décalages inopportuns qui rendent ses actions de jeu illisibles pour ses partenaires, ce qui l’exclut momentanément du jeu. Une équipe sujette à la « précipitationnite » d’un ou de plusieurs de ses membres aura tendance à gaspiller ses temps de possession, à perdre rapidement le ballon et à multiplier les fausses notes ou des actions désordonnées. Ainsi, le pouvoir d’ajuster physiquement la rythmique de ses vitesses de maitrise de la technique du ballon et de ses déplacements en fonction du tempo du jeu de son équipe, qui découle de ses Momentum de jeu forts ou faibles, c’est une compétence clé pour jouer footballistiquement juste, soit sans précipitation. 2.5. La prévention et la guérison de la « précipitationnite » footballistique Pour résumer ce que j’ai passé en revue, la précipitation ne se limite pas à une simple action trop rapide, mais englobe un ensemble cumulatif de facteurs physiques, mentaux, techniques et tactiques qui nuisent à la performance du joueur et de l'équipe. C’est un mal qui a plusieurs facettes qui proviennent de multiples causes. Selon les propos précédents et du seul point de vue physique, je diagnostique que la « précipitationnite » est une problématique générale d’efficience de la performativité de l’entraînement physique footballistique. Dans cet esprit, il s’agit de faire comprendre, et par là de faire accepter, aux joueurs l’idée « de prendre le temps d'aller vite ». 2.6. Qu'ils prennent bien soin d’eux afin qu'ils cessent de s'agiter énergétiquement Il est possible que certains ne distinguent pas le lien entre la santé et la précipitation. Pourtant, si on considère, selon une approche holistique, que la santé pour l’OMS « c’est un état complet de bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas en une absence de maladie ou d’infirmité », ma proposition garde tout son sens. En effet, partant du principe qu’il n’y a pas de performance pour les « mal-heureux », un footballeur qui veut performer doit prendre soin de lui pour bien vivre son football. Concrètement, cela signifie que le joueur se doit fondamentalement de créer et d’entretenir précieusement son énergie vitale, sachant que, in fine, c’est la ressource à l’origine de la production mécanique des mouvements. Plus cette énergie sera haute, ou vibrera intensément, plus le joueur résonnera donc fera rayonner spatialement et temporellement son espace de jeu. Pour favoriser l’existence de cette énergie, il est de la responsabilité du joueur, malgré nos tendances à l'acrasie, de s’offrir une vie qui le nourrit à satiété physiquement, socialement, affectivement, spirituellement et psychologiquement. Mais cela n'est pas suffisant puisque cette énergie n’a aucun impact positif terrain si sa transformation en mouvement donne une gestuelle erratique. Pour prévenir celle-ci, je développe, en tant que PPF, l’harmonie des mouvements en recherchant leur fluidité. Cette fluidité s’obtient par la production coordinativement calme, ou en prenant le temps d’aller vite, des mouvements que l’on remarque par des gestes amples aux enchaînements sans blocages. Pour obtenir cette sérénité gestuelle, j’insiste pour que les joueurs se relâchent musculairement sur la base d’un caisson abdominal fort soit qui fixe les tensions corporelles. Ceci afin qu’ils se contractent mieux par la suite en laissant la possibilité à leurs muscles et à leurs chaînes musculaires de s’étirer. Le but est d’éviter qu’ils contractent des muscles déjà contractés, ce qui conduit à créer de la surtension de contraction qui réduit par irradiation musculaire l'amplitude des mouvements, ce qui induit automatiquement de la précipitation. De fait, ce relâchement exclut toute irradiation musculaire, ce qui permet d’activer, donc de renforcer, les muscles directement impliqués dans une production gestuelle. Cela rend celle-ci plus facile à réaliser, c’est-à-dire qu’elle n’est pas perturbée par la participation de muscles dont les apports inutiles ou indésirables vont produire de la « précipitationnite ». Physiologiquement, je cultive cette sérénité en stimulant l’homéostasie nerveuse des joueurs. Je le fais parce que le football les malmène en les agressant, ce qui suractive leur système nerveux sympathique ce qui les adrénalise. Cette suractivation a pour conséquence de les rendre plus nerveux donc susceptibles de se précipiter. Je veille à cette homéostasie en renforçant préventivement leur système nerveux parasympathique. J’essaie de le faire en activant leur nerf vague et en leur faisant prendre conscience de l’importance de leur récupération de leurs efforts mais surtout de leur régénération. Le but ici est de maintenir un haut niveau d’alacrité des joueurs que je préserve aussi par le principe de surcompensation modérée constante lors du calibrage des charges physiques. Dans ce cadre, j’interviens par ma casquette de thérapeute en médecine complémentaire par des massages classiques, de la réflexo-plantaire, des resets nerveux selon la méthode de l’IMP, de la respiration diaphragmatique et l’utilisation de bols tibétains. Dans cette logique, je me réjouis que les clubs proposent de plus en plus de séances de yoga, mais je déplore l’utilisation de la cryothérapie trop froide. En effet, ses températures excessivement basses « flinguent » le système nerveux parasympathique alors qu’un des buts de ces bains est notamment de le renforcer pour contrebalancer la suractivation du système nerveux sympathique. Des bains d’eau à 12 deg - 14deg suffise et la remplace très avantageusement. Je favorise la sérénité corporelle des joueurs en leur apprenant à apprendre afin qu’ils soient en capacité de résoudre en toute quiétude cognitive les difficultés des tâches qu’ils rencontrent sur le terrain. Pour ce faire, je donne un cadre sécurisant d’apprentissage en combinant exigence et bienveillance. Autrement dit, j’accepte les erreurs, les fautes et les limitations et même je les encourage parce que ce sont des informations qui vont mettre en situation et en capacité de comprendre les fonctionnements gestuels pour les résoudre. Dans cette perspective, les critiques correctives ne sont pas des dénigrements des capacités des joueurs, mais l’identification opportune de potentiels progrès physiques. Dans cet esprit, tout processus d’apprentissage bien mené favorise la confiance des joueurs qui en se découvrant se fient progressivement dans leur capacité corporelle pour résoudre les difficultés. Ce lâcher-prise corporel par définition détend, ce qui protège de toute agitation superflue. Je veille aussi à ce que le calibrage de mes exercices respecte et concrétise les objectifs sportifs de joueurs. S’ils ne concordent pas, nous nous retrouvons soit dans des situations d’entraînements trop faciles, qui ennuient et gaspillent du temps précieux, soit trop difficiles, dont les échecs d’exécution créent des sentiments d’incompétence qui insécurisent et rendent fébrile. Dans le cas où le joueur vit une situation difficile, c’est-à-dire qui le surtend, nous la déconstruisons de concert selon les principes de l’action collective que j’évoque dans le cadre d’un management contextuel de la préparation physique footballistique. Ceci afin que le joueur soit à même de comprendre rationnellement et de dépersonnaliser la problématique. Cette rationalisation a pour but de prévenir l’apparition de réactions émotionnelles éruptives instinctives et passionnées pas toujours bonnes conseillères. Cette capacité de recul favorise la gestion adéquate des situations délicates, voire injustes, qui prolifèrent dans le football à cause de ses enjeux. Ces propositions coulent de source. Pourtant, dans la réalité, elles sont souvent négligées ou mise sous le tapis vert. Par inconscience, pour ne pas dire plus, mais aussi parce que les joueurs cachent leurs restrictions corporelles et les tensions qui en résultent, donc leur réel état de santé, pour jouer. Sans compter, que les staffs nient ces restrictions en appliquant le principe « nécessité faisant loi » en faisant jouer des joueurs plus ou moins blessés. Bref, nous occultons tous, tout mal-être en prônant le fait que dans le football on est solidaire, gaillard et que les bobos font partie de ce jeu. Or « en serrant continuellement les fesses » pour paraître fort, ou passer au-dessus de la douleur, cela affaiblit inexorablement les joueurs en obérant leur alacrité en les rendant fragiles, insécures, fébriles, énervés, agités soit tous les ingrédients pour être atteint de « précipitationnite », de candidater à une blessure et d’accumuler les cartons jaunes et rouges. Dans cet esprit, un calme footballistique soutient positivement l’expression du talent footballistique des joueurs. Cela leur permet d’avoir la réserve, ou le tampon, nécessaire pour affronter les ascenseurs émotionnels des matchs eux-mêmes mais aussi des coulisses du football. Il nourrit l’endurance mentale nécessaire pour affronter les inévitables tempêtes footballistiques qui déstabilisent et ainsi suraiguisent les sensibilités des joueurs, ce qui fait le lit mental de la précipitation. À la lecture de ces propos, on pourrait penser que la « précipitationnite » se règle aussi par les outils de la préparation mentale. Oui, pour le très haut niveau soit lorsque l’entraînement, qui est le premier coach mental, ne remplit plus ses fonctions d’apprentissage. Pour les autres niveaux, l’entraînement et le match suffisent pour apprendre au joueur à vivre et assumer ses émotions en toute quiétude. Mais il est aussi possible que le joueur soit mis corporellement en tension parce qu’il doit gérer des émotions qui ne lui appartiennent pas dans le sens qu’il subit, et parfois est victime, des projections malvenues de son entourage et de son environnement proches. Je considère que cela est du domaine de la psychologie par le fait que cette problématique, que le football révèle mais dont il n’est pas la cause, touche, et par-là concerne, la stricte sphère privée. Il en est de même lorsque le joueur surjoue, selon le principe que « le mieux est l’ennemi du bien » par passion ou pour exister aux yeux du monde. Bref, au joueur de bien organiser sa vie pour que son jeu s’ordonne bien. 2.7. La réduction de l’étriquement corporel Lorsque le niveau de l’étriquement corporel limite la production mécanique de la vitesse corporelle, je le traite fonctionnellement dans le mouvement lors des exercices de mon école de la vitesse footballistique ainsi que par de la musculation. J’applique ici les principes d’amplification et de variation des mouvements. Si un niveau d’étriquement empêche carrément des mouvements ou les détermine, ce qui nous indique que leur niveau de biotenségrité n’est pas optimal, j’interviens par des séances isolées de Stretching Global Actif matinées de contracté-relâché. Je propose aussi des séances de mobilité et d’étirement par balancement harmonique. Ce type de travail limite notamment l’apparition de co-contractions musculaires. Lors d’un effort, j’essaie de faire comprendre aux joueurs qu’il s’agit d’affronter la difficulté en gardant leur amplitude de mouvement par de la décontraction, soit « en ayant mal sans se faire du mal », pour absorber les douleurs qui surgissent selon le principe… « les contractions sont mes amies ». Ce processus limite de fait des étriquements corporels dus à la douleur de l’effort qui précipite et qui incite à utiliser la force pour forcer musculairement la réalisation des mouvements. Je saisis l’occasion des séances de musculation pour proposer des exercices de bases d’haltérophilie tels que des arrachés. Ces mouvements permettent de diagnostiquer dynamiquement les disharmonies corporelles lors de la production gestuelle, sachant que plus les zones corporelles sont utilisées, plus elles sont saillantes et/ou massives. Je résous ces déséquilibres musculaires in situ en entraînant l’harmonie du synergisme musculaire selon la coordination intermusculaire de la modalité de la vitesse-force. 2.8. La recherche de la simplicité gestuelle J’identifie deux champs d’investigation pour éviter qu’une technique de la maitrise du ballon et des déplacements soit affectée par de la « précipitationnite ». La première est de bien (faire) comprendre aux joueurs que toute gestuelle de qualité, c’est-à-dire ici non-précipitée, a une chronologie soit que les mouvements se décomposent selon un chemin gestuel moteur qui a un début et une fin. La seconde, complémentaire à la première, est de reconstituer ce chemin par un séquençage simple des gestes [2]. Un geste devient simple lorsqu’il est dépouillé, ou épuré, de double ou de triple tâches, tel un rééquilibrage corporel, non nécessaire normalement pour le réaliser. En favorisant le mariage de la vitesse et de la précision par cette recherche de simplicité gestuelle, cette dernière devient une des compétences clés rendant toute gestuelle plus directe et tranchante, soit le contraire d’une précipitationnite ». Ce ciselage séquentiel qui appartient à chaque joueur à cause de sa singularité va alors organiser, en respect des principes plein de bon sens « l’heure, c’est l’heure, avant l’heure, ce n’est pas l’heure, après l’heure, ce n’est plus l’heure » ou « avoir raison avant l’heure ou après l’heure, ce n’est pas avoir raison », dans les bons ordre et tempo, la réalisation technique voulue. Cela doit créer l’espace-temps nécessaire au temps nécessaire de réalisation pour produire de la précision technique. Le tout se remarque par des techniques de maitrise du ballon et de déplacement sereines, tranquilles, amples et exécutées aux bons moments du jeu. Cela donne paradoxalement l’impression visuelle qu’elle est lente. Ce n’est pourtant pas le cas selon l’exemple de Toni Kross dont le contrôle-passe et le jeu direct accéléraient systématiquement le jeu, cassaient les lignes ou créaient de dangereux décalages. Certains joueurs, notamment les grands gabarits ou les coordinativement excellents à l’exemple d’un Alvyn Sanches, sont même victime de ces fausses impressions et perceptions en faisant à voir de la nonchalance, alors qu’ils sont objectivement à leur plus haute vitesse d’exécution. Mes propos s’appliquent aux techniques conjointes de maitrise du ballon et de déplacement. La question se pose alors de savoir comment ces deux types de techniques se combinent pour ne pas se péjorer mutuellement. J’ai évoqué le séquençage simple de la gestuelle technique. Je complète ce dispositif en priorisant toujours la qualité de la technique de maitrise du ballon à celle de déplacement. Ce garde-fou s’explique tout simplement parce que la première détermine, selon moi, la seconde. 2.9. Le tempo des efforts Les logiciels de captation des efforts délivrent les statistiques (ou datas) de la performance physique des joueurs selon les intensités de vitesse des distances parcourues, les niveaux d’accélération et le nombre de répétitions des efforts. Or, en osant penser différemment, on peut considérer qu’un match ce sont 1200 actions cumulées par joueur. Cette perspective nous indique que le vrai effort physique footballistique consiste dans la capacité de réitérer incessamment des actions impactantes pour rester dans le jeu et/ou imposer son jeu. Dans ce cas, l’effort physique footballistique est assimilable à un cœur qui pulse plus ou moins vite et fort en fonction de la rythmique du jeu. Selon cette vision rythmique du match, le physique footballistique du joueur est à niveau quand il est capable physiquement de se mettre au diapason du tempo joué par son équipe et de le maintenir pour rester dans le Game en en étant un acteur qui pèse. En suivant la logique mécanique qu’un mouvement s’enclenche par un premier geste qui déclenche un second puis un troisième et ainsi de suite jusqu’à la réalisation du mouvement désiré, le premier point clé d’une activation dans le bon timing d’une prise d’espace, c’est la qualité de la production du tout premier geste. Pour qu’il soit de première qualité, cela demande une haute mobilisation énergétique. Pour mettre le joueur dans cette disponibilité d’action, je lui propose d’identifier par l'écoute de ses sensations corporelles, le premier geste d’un mouvement et de favoriser son activation en accompagnant l’effort de mobilisation par une expiration correspondante. Simple comme bonjour ? Pas si sûr ! Il est toujours très instructif de regarder comment est produit le tout premier geste d’un mouvement d’un exercice. Il est très rare qu’il soit exécuté par les seuls muscles vraiment concernés, c’est-à-dire suffisants pour réaliser la flexion ou l’extension désirée. Pour un exemple parlant, j’ai pour principe d’activer les flexions de hanche, ou levé de genou, afin qu’ils les pointent dans la direction du jeu. Pour ce faire, le premier geste est de juste, et pas plus, décoller un pied du sol. Or, on en est souvent loin avec des rééquilibrages corporels préalables, des serrages de mâchoires, des mobilisations prématurées des bras ou encore des épaules pour faciliter ce décollage de pied, respectivement pour monter les genoux. Cela désactive les psoas, alors que ce sont eux que l’on cherche à activer en premier lieu. Comme le cerveau, par sa fonction vitale d’économie d’énergie, sélectionne les muscles les plus usuellement actifs, cela va les renforcer de telle sorte que progressivement ils se substituent aux muscles dont c’est la tâche et la raison d’exister. Si le mouvement existe, cela sera grâce à des muscles indirectement concernés par sa production, ce qui brouillera possiblement son exécution et donne de la « précipitationnite ». Pour aider les joueurs à se mettre dans le bon tempo d’exécution, ou dans le bon ordre temporel d’exécution, je demande que leur mobilisation énergétique permettant de faire l’effort soit marqué par une forte expiration. L’idée est que les joueurs libèrent à ces occasions leur énergie, à l’image des cris des lanceurs en athlétisme, des boxeurs ou des tennis(wo)mans lors de leur frappe. Attention, je ne demande pas que les joueurs accompagnent chacune de leur production gestuelle par des cris stridents, mais qu’ils prennent conscience que le moment de l’effort à faire se situe en début de mouvement et non à leur fin. Si j’en suis arrivé à proposer cela, outre le fait que de profondes expirations vont mieux oxygéner, c’est parce que systématiquement, je dois leur apprendre à éviter de contenir leur souffle pendant un effort. Comme s’ils voulaient augmenter leur pression interne pour performer. Or, cela ne fait rien d’autre que d’enfermer une énergie, telle une cocotte-minute, alors que son rôle est d’être libéré pour produire des mouvements. Non seulement cela n’aide pas à l’activation de la prise d’espace, mais cela risque de la péjorer en s’exprimant chronologiquement faux, ce qui s’apparente à de la « précipitationnite ». Selon la métaphore musicale évoquée, mais aussi parce qu’un élément constitutif de la coordination est le rythme, j’utile des rythmes sonores pour apprendre au joueur à exécuter en restant dans le rythme proposé pour obtenir une gestuelle harmonieuse, c’est-à-dire ordonnée séquentiellement. Cette option m’aide à harmoniser les masses du corps des joueurs pour les faire résonner d’une seule et même voix donc qu’elles participent au jeu sans bruits superflus. Je stimule cette harmonisation à toute occasion. Notamment lors des exercices de musculation où je présente les exercices comme un mouvement constitué d’un ensemble de geste dont la chronologie séquentielle doit être respectée. Cela va produire des enchaînements gestuels sans blocage et sans frein permettant à l’énergie cinétique créée par ses gestes de se développer dans le sens du jeu et par là de rendre les joueurs plus impactant. En conclusion J’espère que cet écrit démontre que la « précipitationnite », ce n’est pas un quelconque « agir trop vite ». C’est une maladie footballistique à prendre très au sérieux, c’est-à-dire qu’il s’agit d’éradiquer, car elle empoisonne la qualité de l’ensemble de la performance footballistique. Heureusement, des mesures existent pour l’atténuer ou la corriger. Toutefois, il est possible que le dispositif que je propose charge trop le cahier des charges des PPFs. Dans ce cas, je les invite juste à développer l’élégance motrice de chaque joueur en les incitant à cultiver leur délicatesse gestuelle. [1] Pour un exemple édifiant comment apprendre à voir et ainsi ressentir, lire Thomas Schlesser, Les Yeux de Mona, Edition Albin-Michel, 2024. [2] Selon la proposition de François Bonnetblanc, Conflit vitesse-précision et loi de Fitts, Dans Movement & Sport Sciences 2008/1 (n° 63), pages 63 à 82.

  • Le 100% de la vitesse maximale footballistique s’entraîne très bien à 85-90% d’intensité

    Si le football exige physiquement une combinaison heureuse d’endurance, de force et de vitesse, cette dernière représente toutefois la charge mécanique la plus élevée imposée au corps des joueurs. Sa modalité maximale en fait d’ailleurs un facteur de risque majeur de blessure musculaire. Certains préparateurs physiques footballistiques (PPF) contournent (in)consciemment cette problématique en ne l’entraînant tout simplement pas. D’autres, certainement sensibilisés par les intensités intermittentes de plus en plus saccadées des matchs de Champion’s League, s’interrogent désormais sur comment entraîner optimalement la vitesse footballistique en termes de volume et d’intensité pour le bien de leurs joueurs. Ce questionnement est plus que jamais actuel et ne peut plus être ignoré. En effet, la vitesse maximale constitue indubitablement l’élément déterminant de la performance physique footballistique d’aujourd’hui et encore plus de demain. Un PPF doit donc être en mesure de bien l’entraîner, c’est-à-dire de la maintenir et de la développer sans freins ni blessures. Pour ce faire, il semblerait que l’entraîner à des intensités comprises entre 85% et 90% concilie la poursuite de ces deux objectifs. Pour le volume, il s’agit d’appliquer, selon une approche qualitative, le principe de l’extension de la réitération de cette qualité physique, à savoir que lorsque la qualité de la production de la vitesse maximale footballistique se péjore, les séances sont interrompues ou les pauses inter-effort sont rallongées. Ce post explore alors en quoi et pourquoi un entraînement de la vitesse maximale footballistique à intensité 85-90% est performatif. Il le fait en exposant brièvement les fondements physiologiques de cette option d’entraînement, en expliquant comment il contribue à cultiver la forme des joueurs, en abordant son efficacité, son efficience et sa pertinence et enfin en évoquant son application concrète sur le terrain. Reporté aux principes de la préparation physique footballistique, il consiste à saisir plus précisément comment spécifiquement entraîner la vitesse maximale footballistique par elle-même. Il complète ainsi techniquement les posts de Vitruve-Football.net notamment La réalisation incrémentale du 20x20m d’accélérations maximales, Les preneurs et les défenseurs des grands espaces footballistiques doivent désormais entraîner leur endurance-vitesse footballistique, Pour éviter les blessures de reprise, faites préalablement de la vitesse maximale footballistique. Les fondements physiologiques d’un entraînement à 85-90% d’intensité En termes d’activations neuromusculaires, les déplacements à 85-90% de l’intensité maximale sollicitent par définition les unités motrices rapides, des niveaux élevés de raideur musculotendineuse et une coordination intermusculaire comparable à celle observée lors d’un déplacement maximal. Ces paramètres constituent les principaux stimuli qui améliorent le recrutement spatio-temporel des fibres musculaires dites rapides, la synchronisation musculaire et l’amélioration du cycle étirement-raccourcissement. Au niveau de la contrainte mécanique, il est à noter qu’elle augmente de manière disproportionnée lorsque l’on dépasse 90–95 % de la vitesse maximale. Cela signifie que si un PPF propose des intensités de plus de 90%, les gains de vitesse sont minimes alors que les risques de blessures augmentent fortement, notamment à cause des tensions excentriques sur les ischio-jambiers, de la haute stimulation des fibres rapides et les stress tendineux cumulés. Ces succinctes informations nous informent déjà que des entraînements à intensité de 85%-90% semblent suffisants pour stimuler le 100% de la vitesse maximale footballistique. La gestion de l’intensité préserve des blessures Les blessures musculaires liées aux déplacements à vitesse maximale footballistique représentent l’une des causes principales d’indisponibilité. Ces déplacements « max » génèrent des pics de charge neuromusculaire bien plus élevés que les déplacements juste sous-maximaux. À ce titre, un entraînement privilégiant les intensités de 85-90% réduit la fatigue nerveuse centrale, limite les dommages musculaires retardés, diminue l’exposition aux phases les plus à risque du cycle de foulée, notamment l’extension terminale de la hanche. Un entraînement à intensité 85-90% permet ainsi de maintenir une exposition régulière aux stimuli de vitesse, tout en limitant les risques de blessure. Il est donc protecteur. La gestion de l’intensité entraîne la forme Lors de la phase de compétition, un entraînement à 85-90% d’intensité maintient la vitesse mécanique sans surcharge excessive. Ce type d’entraînement est donc essentiel dans la préservation de la forme physique des joueurs sur le temps long. Il permet d’entraîner leur vitesse maximale footballistique alors qu’ils sont hebdomadairement perclus de raideurs et d’œdèmes dus à la compétition. Des entraînements à 85–90 % de la vitesse maximale footballistique favorisent une expression technique décontractée de la vitesse, ce qui permet au système neuromusculaire de se stabiliser à un niveau plus intensif. À ces intensités sous-maximales, la tendance à la crispation excessive, que je désigne par de la « forcite », est volontairement évitée. Cette réduction des tensions superflues facilite, par le principe induit « Less is more », l’acquisition de schémas moteurs optimaux en permettant au joueur de « vivre » pleinement ses sensations corporelles pendant sa production de vitesse. Cela est essentiel pour automatiser fluidement les coordinations complexes des déplacements footballistiques. Alacritement, cette approche s’inscrit dans une stratégie d’entraînement fondée sur le principe de la surcompensation modérée constante. Plutôt que de rechercher des pics de charge agressifs susceptibles de submerger la capacité adaptative du joueur pour préparer le prochain match, il s’agit d’équilibrer rigoureusement et sagacement le couple stimulations-récupérations afin de favoriser des adaptations durables sans burn-in. Dans cette logique, chaque séance est pensée pour stresser suffisamment l’organisme afin d’initier une réponse adaptative positive, puis pour lui donner le temps de récupérer et de surcompenser, c’est-à-dire de dépasser son niveau de départ en capacité, sans accumulation de fatigue ni de dommages physiologiques chroniques. Cette gestion fine des charges, ni excessive ni insuffisante, c’est-à-dire sous-entraînante, permet de maintenir le joueur dans un état de forme physique positif tout au long de la saison en évitant les ruptures d’adaptation ou les phases de méforme liées à un surentraînement latent. Concrètement, un travail calibré autour de 85–90 % de la vitesse maximale footballistique, répété de manière maîtrisée et oscillant harmonieusement entre phases d’effort et de récupération, soutient une progression continue sans créer de déséquilibres physiologiques. Il facilite ainsi l’intégration technique des coordinations fines tout en respectant l’homéostasie du joueur, ce qui est indispensable pour préserver son alacrité, sa qualité de mouvement et sa capacité à performer match après match dans un contexte compétitif élevé. La performativité de ce type d’entraînement L’entraînement du 100% de la vitesse maximale footballistique par des intensités comprises entre 85 % et 90 % n’est pas seulement une question de charge neuromusculaire ou de réduction des risques de blessure. C’est aussi une démarche performative, au sens où il mobilise de manière cohérente les objectifs, les ressources et les résultats attendus d’un processus d’entraînement. Passé au crible du triangle de la performance de Patrick Gibert, ce type d’entraînement se distingue en tant que levier méthodologique pour maximiser l’impact physique des joueurs tout en respectant leur intégrité. L’entraînement à 85–90 % d’intensité aligne avec pertinence les ressources misent en œuvre (temps de travail, intensité neuromusculaire, récupération) avec les objectifs centraux du football. Plutôt que de proposer systématiquement des séances à 100 % qui saturent le système nerveux et s’écartent parfois des exigences réelles du jeu, ce calibrage d’intensité répond directement à la spécificité de la vitesse footballistique tout en restant cohérent avec la périodisation des charges. Dans cette logique performative, l’entraînement physique footballistique n’est pas jugé uniquement sur l’atteinte d’un pic de vitesse instantanée, mais sur sa capacité à générer efficacement des progrès durables dans le jeu. En travaillant dans une zone d’intensité qui sollicite suffisamment les systèmes neuromoteurs sans provoquer de surcharge excessive, il y a effectivement une amélioration fonctionnelle de la vitesse maximale footballistique. Cette amélioration se manifeste notamment par une meilleure gestion du cycle étirement-raccourcissement, une synchronisation musculaire affinée ainsi qu’une répétabilité technique accrue. En réduisant les efforts superflus et en optimisant les phases de récupération, ce mode d’entraînement utilise avec efficience les ressources disponibles (temps, énergie, fraîcheur neuromusculaire) de façon plus rationnel qu’un modèle basé sur la recherche de performance absolue. Il en résulte une performance atteinte avec un moindre coût physiologique, en utilisant le minimum de ressources nécessaires, tout en préservant la forme globale du joueur et en limitant le risque de blessure, pour obtenir le maximum de performance. Ainsi, l’entraînement d’intensité 85–90 % ne se résume pas à une simple prescription de vitesse sous-maximale. Il devient un instrument de management stratégique du physique footballistique, dont la qualité et la cohérence des stimuli priment sur la quantité brute, et où l’articulation positive entre objectifs, moyens et résultats crée un véritable avantage compétitif durable. Il est à noter que certains pensent que l’amélioration qualitative de la vitesse maximale passe par des exercices de survitesse, donc au-delà des 100 % d’intensité. Je l’exclus de la discussion tout simplement parce que ce type d’exercice suppose que les joueurs expriment déjà 100% de leur vitesse maximale. Or, vu les effets délétères de la pratique du football sur la production de la vitesse maximale, on est plutôt en moyenne à 60% d’expression de leur potentiel maximal de vitesse. Introduire des exercices de survitesse alors que les fibres musculaires sont activées à 60% de leur capacité, c’est les brusquer considérablement, ce qui amène au refus de l’obstacle par la blessure. Applications concrètes à l’entraînement physique footballistique Cet entraînement de la vitesse maximale footballistique par intensité de 85-90% s’articule hebdomadairement autour de séries de 0 à 20m et de vitesse lancée de 20m précédées d’une distance de lancement de 10m (donc un cumul de 30m) avec récupération complète, soit 1 mn par 10m parcourus. Pour ma part, j’entraîne les distances de 0 à 20m par des activations qui activent vraiment. Pour les entraînements de vitesse lancée, je les propose en lieu et place des omniprésents intermittents. Ce paramétrage d’intensité s’applique aussi aux entraînements de type Repeat Sprint Ability. Il est important de noter ici que ce type d’entraînement se situe, après un échauffement digne de ce nom, à chaque fois en début d’entraînement, car ils demandent de la fraîcheur neuromusculaire. À défaut, le PPF entraînera plus le métabolisme de la vitesse maximale footballistique que sa coordinativité, donc sa qualité gestuelle. Plus grave encore, si un entraînement de vitesse maximale footballistique est placé en fin d’entraînement, la fatigue induite par ce dernier péjore le niveau de vitesse, voire même augmente considérablement le risque de blessures et/ou ses récidives.

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