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L’entraînement de la vraie pliométrie footballistique

  • Photo du rédacteur: xavierblanc
    xavierblanc
  • il y a 2 jours
  • 7 min de lecture

L’explosivité, ou techniquement la qualité de la montée de la puissance musculaire, est aujourd’hui une qualité physique incontournable dans le football, où les actions brèves et intenses telles que les accélérations, les sauts, les changements de direction ou les frappes dynamiques déterminent de plus en plus souvent l’issue d’un match. Pourtant, comme le veut le principe de spécificité de la préparation physique footballistique, « l’explosivité s’entraîne en faisant de la vraie explosivité ».


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Cette capacité ne s’améliore donc pas directement par des méthodes génériques ou des exercices de musculation dits classiques, souvent mal adaptés, ou non utiles, aux exigences du terrain. Dans ce contexte, la pliométrie émerge comme une solution performante, soit efficiente, efficace et pertinente, pour développer une explosivité appropriée au terrain. Le problème est que trop fréquemment on met sous son chapeau tout et n’importe quoi, ce qui permet à n’importe qui de la galvauder, notamment sur les réseaux sociaux. Cela induit des préparations physiques footballistiques délétères. Pour corriger cette dérive, il convient de bien définir le mot pliométrique, selon l’exigence d’avoir un référentiel d’intervention commun, afin d’éviter bien des maux aux joueurs.

 

1. Sans réflexe myotatique, pas de vraie pliométrie footballistique

La pliométrie repose sur un mécanisme neuromusculaire complexe qui est le cycle étirement-raccourcissement (CER). Ce phénomène physiologique exploite l’énergie élastique des tissus musculaires et tendineux pour amplifier la force produite lors d’une contraction. Concrètement, lors de la phase excentrique (étirement rapide du muscle), les éléments élastiques du muscle, soit la titine et/ou les tendons, emmagasinent de l’énergie potentielle, qui est ensuite restituée lors de la phase concentrique (raccourcissement rapide du muscle). Ce processus s’appuie sur trois piliers que sont l’énergie élastique elle-même, le réflexe myotatique (activation des fuseaux neuromusculaires en réponse à l’étirement) et des coordinations intra et intermusculaire de qualité. Le tout est optimisé par une sensibilité accrue du système nerveux central.

 

Il est toutefois important de préciser que tous les exercices utilisant un cycle étirement-raccourcissement ne relèvent pas d’un processus pliométrique. Dans sa vraie acception, la pliométrie correspond à une action où l’étirement rapide du muscle déclenche un réflexe myotatique suffisamment intense pour provoquer une réponse motrice réflexe immédiate. La vraie pliométrie est donc avant tout une sollicitation neuromusculaire réflexe et non simplement un enchaînement mécanique entre une phase excentrique et une phase concentrique. Pour que ce mécanisme soit pleinement exploité, le temps de transition entre l’étirement et le raccourcissement musculaire doit être extrêmement bref, généralement inférieur à 0,15 seconde. Lorsque ce délai s’allonge, l’énergie élastique accumulée se dissipe progressivement et l’intervention du réflexe myotatique diminue fortement. Le mouvement utilise alors un cycle étirement-raccourcissement sans pour autant constituer une véritable action pliométrique.

 

Dans ce cadre, il convient de comparer pliométrie et musculation dite traditionnelle. La pliométrie développe une force réactive et explosive, avec un temps de contact au sol réduit (0,1 à 0,2 seconde), et améliore le recrutement des fibres musculaires dites rapides (type II). À l’inverse, la musculation cible davantage l’acquisition de la force maximale par hypertrophie, sans spécificité temporelle, et peut induire des déséquilibres musculaires si elle n’est pas bien planifiée. Le risque de blessure est modéré en pliométrie (à condition que la technique soit correcte), mais plus élevé en musculation en cas de renforcement de déséquilibres ou de dysfonctions musculaires

 

Par ailleurs, dans les communications sur les réseaux et même les documents de formation, on postule trop souvent que dès qu’il y a un CER, il y aurait pliométrie. Cela permet de distinguer plusieurs types de pliométrie, classés selon leur intensité, leur complexité et le type de muscle sollicité. La pliométrie basique concerne des mouvements simples avec un CER court (moins de 0,2 seconde), comme les sauts sur place ou les talons-fesses. La pliométrie réactive met l’accent sur la rapidité du CER (moins de 0,1 seconde) et développe la réactivité, avec des exercices comme les sauts avec contre-mouvement rapide ou les bonds latéraux. La pliométrie complexe qui combine plusieurs phases (excentrique-concentrique-excentrique) et inclut des sauts en profondeur avec rebond immédiat. La pliométrie spécifique qui intègre des gestes techniques du football, comme les frappes après un appui dynamique ou les tacles explosifs, pour une utilité optimale sur le terrain. Enfin, la pliométrie excentrique accentuée implique une phase excentrique ralentie (par exemple, des sauts depuis une hauteur de 30 à 60 cm) afin de maximiser l’étirement et l’accumulation d’énergie élastique. Le passage d’un type à l’autre n’est généralement pas indiqué, tout comme le nombre de répétitions et de séries ainsi que les exécutions techniques qui conditionnent la capacité du joueur à absorber et restituer l’énergie sans perte.

 

En résumé, la pliométrie est trop fréquemment aujourd’hui un fourre-tout qui repose sur le seul cycle étirement-raccourcissement. Or tout cycle étirement-raccourcissement n’est pas nécessairement pliométrique. La présence d’un réflexe myotatique demeure le critère fondamental permettant de distinguer la vraie pliométrie des simples exercices utilisant l’élasticité musculotendineuse. Sinon tous nos mouvements, comme marcher, se lever, changer de direction, se retourner dans un lit… seraient des exercices de pliométrie. Ce qui est un absolu non-sens.

 

2. L’entraînement pliométrique footballistique

L'objectif principal de la véritable pliométrie footballistique est le développement de la force réactive, c'est-à-dire la capacité à produire une force élevée dans un temps extrêmement court. Cette qualité conditionne directement la performance lors des accélérations, des changements de direction, des impulsions verticales, des reprises d'appui et des frappes explosives. La pliométrie participe également à l'amélioration de la raideur musculotendineuse fonctionnelle, de l'efficacité neuromusculaire et de la coordination intermusculaire spécifique aux gestes footballistiques. Enfin, lorsqu'elle est correctement planifiée, elle contribue au renforcement des structures passives de soutien et participe à la prévention de certaines blessures, notamment celles touchant les membres inférieurs, par le maintien des qualités élastiques des muscles dégradées par les terrains en herbe ou sursollicités par les terrains synthétiques.

 

Dans ce cadre, l'entraînement de la véritable pliométrie footballistique repose sur la recherche systématique, avec le préalable obligatoire d’un étirement des muscles ciblés, d'un temps de contact extrêmement court avec le sol, généralement inférieur à 0,15 seconde, afin de favoriser l'expression maximale du réflexe myotatique. Les exercices doivent être réalisés à intensité maximale ou quasi maximale, avec une récupération complète entre les répétitions et les séries, pour éviter toute dérive vers un travail d'endurance ou de résistance à la fatigue. Les volumes de travail demeurent volontairement faibles, car l'objectif n'est pas l'épuisement musculaire mais la qualité neuro-musculaire de chaque répétition. Les surfaces d'appui doivent être stables et suffisamment fermes pour permettre une restitution optimale des forces de réaction au sol. La progression pédagogique impose également un passage graduel des exercices de faible amplitude vers des sollicitations plus importantes, en fonction des capacités individuelles d'absorption et de restitution des forces. Pour stimuler l'automatisme du réflexe myotatique, chaque exercice doit être réalisé avec une technique irréprochable, soit comprendre un atterrissage silencieux, un alignement corporel rectiligne des épaules aux pieds et une chaîne cinétique fluide, c'est-à-dire un mouvement continu non interrompu par des contractions impromptues. Ils doivent aussi être exécutés en décontraction afin de permettre l'étirement des muscles sollicités jusqu'au déclenchement du réflexe susdit.

 

L'entraînement pliométrique doit être intégré lorsque le joueur présente les qualités minimales de contrôle moteur, de stabilité articulaire et de force permettant d'absorber des contraintes mécaniques élevées. Au cours de la saison, dans une approche qualitative de l’entraînement, il est pertinent à toutes ses phases pour développer de la puissance explosive ou maintenir des qualités neuromusculaires. Dans la semaine d'entraînement, il trouve idéalement sa place à J-3 avant les situations génératrices de fatigue importante, car l'efficacité du réflexe myotatique dépend directement de la fraîcheur du système nerveux central. Chez le joueur en rééducation, son utilisation nécessite une progression extrêmement prudente et ne peut intervenir qu'après récupération complète des capacités d'amortissement et de contrôle moteur.

 

La quantité de travail pliométrique ne peut être définie uniquement par le nombre de répétitions ou de contacts au sol. Elle doit être ajustée selon l'âge, le niveau d'entraînement, l'expérience pliométrique et les capacités de récupération du joueur. Chez le footballeur entraîné, les séances comportent généralement entre 20 et 60 contacts, répartis sur 3 à 6 séries, avec des récupérations complètes comprises entre 1 et 2 minutes selon l'intensité des exercices. La fréquence hebdomadaire varie habituellement de 1 ou à 3 séances en micro-dosing, en fonction de la charge globale d'entraînement. Toute dégradation technique ou augmentation du temps de contact constitue un critère d'arrêt immédiat de l'exercice.

 

Dans ce cadre footballistique, pour ma part, seuls des sauts uni et bipodaux en profondeur et contre mouvement, des sauts avec barre de musculation en modalité vitesse-force qui marient plusieurs phases excentriques-concentriques-excentriques ou encore des sauts de pieds de puissance réactive sur bancs curvés sont pertinents pour entraîner pliométriquement l’explosivité footballistique.

 

4. En conclusion

La confusion actuelle autour du concept de pliométrie conduit fréquemment à qualifier de pliométriques des exercices qui ne sollicitent pourtant pas les mécanismes neurophysiologiques qui la caractérisent. En effet, la véritable pliométrie ne peut être réduite à la simple succession d'une phase excentrique et d'une phase concentrique. Elle repose avant tout sur l'exploitation optimale du réflexe myotatique dans le cadre d'un cycle étirement-raccourcissement extrêmement bref.

 

Dans le football, cette distinction revêt une importance particulière, puisque les exigences de performance imposent le développement d'une explosivité spécifiquement adaptée aux contraintes du jeu. Ainsi, seuls les exercices capables de provoquer une réponse réflexe myotatique rapide doivent être considérés comme relevant de l’entraînement pliométrique footballistique. Cette clarification conceptuelle permet non seulement d'améliorer la pertinence des contenus d'entraînement, mais également de mieux contrôler les charges appliquées aux joueurs et de limiter les risques de blessures. Cela ne signifie pas exclure les exercices de dynamisation que l’on place sous la pliométrie. Mais de les entraîner pour ce qu’ils sont et dans les buts qu’ils servent.

 

En définitive, si l'explosivité s'entraîne effectivement en faisant de l'explosivité, encore faut-il définir précisément ce que l'on entraîne et comment on l’entraîne. La véritable pliométrie footballistique apparaît alors moins comme une catégorie générale d'exercices que comme une méthode d'entraînement neuromusculaire hautement spécifique, exigeante dans sa mise en œuvre et déterminante dans l'optimisation de la performance du footballeur. Cela demande des préparateurs physiques footballistiques compétents, à savoir qui savent ce qu’ils font faire, pour quoi et comment le faire.

 

 
 
 

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