
LA PRÉPARATION PHYSIQUE DU FOOTBALLEUR
PAR L'ENTRAÎNEMENT DE SA VITESSE MAXIMALE

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- « Footballeur ! Pour rester performant mange un arc-en-ciel par semaine »
Ce post est complémentaire avec celui sur l’entraînement invisible et plus particulièrement sa partie sur le bien manger. Si tout le monde sait qu’il faut varier son alimentation, éviter le trop sucré ou le trop salé, rares sont les personnes qui connaissent les valeurs nutritives des aliments. Pourtant, c’est une compétence nécessaire pour performer, récupérer et prévenir des blessures. Outre les macronutriments classiques (glucides, protéines, lipides), ce post s’intéresse donc aux fruits et aux légumes qui apportent une large gamme de phytonutriments qui jouent un rôle prépondérant dans la physiologie humaine. Les composés bioactifs de ces phytonutriments, tels que caroténoïdes, flavonoïdes, anthocyanines, chlorophylles, bétalaïnes, sont responsables des couleurs vives des végétaux et possèdent des effets antioxydants, anti-inflammatoires, protecteurs cardiovasculaires et neuromodulateurs [1] [2]. Cependant, la biodisponibilité de ces composés dépend de leur préparation culinaire. Par exemple, les caroténoïdes liposolubles (soluble dans la graisse) comme le lycopène ou la lutéine sont mieux absorbés lorsqu’ils sont cuits et consommés avec une source de lipides [3], alors que la vitamine C et certains polyphénols sont sensibles à la chaleur et se conservent mieux crus ou légèrement cuits à la vapeur [4]. À ce stade, les constats sont clairs. Premièrement, les phytonutriments sont précieux pour la bonne physiologie de tous les sportifs qui compètent alors que, secondement et en parlant vrai, force est de constater que les fruits et les légumes ne sont pas les aliments les plus usuels de l’assiette des footballeurs alors qu'ils leur sont essentiels pour leur santé sportive. Pour corriger cela, et plus particulièrement pour que l’alimentation ne soit pas une charge mentale qui nous dirige vers des plats déjà cuisinés donc dénutris, je propose une approche plus lisible pour manger pertinemment et efficacement. Elle consiste à encourager les footballeurs à « manger un arc-en-ciel par semaine » afin qu’ils couvrent tous leurs besoins nutritifs pour performer. L’idée est de réunir par jour des fruits et des légumes de même couleur, ce qui au bout d’une semaine couvre l’ensemble des besoins en phytonutriments par un magnifique arc-en-ciel. Les apports des fruits et légumes selon leur couleur, leurs bienfaits et leurs préparations Couleur Nutriments principaux Exemples Bienfaits physiologiques Préparation conseillée 🔴 Rouge Lycopène, anthocyanines, vitamine C Tomate, poivron rouge, fraise, cerise, grenade, betterave Santé cardiovasculaire, protection peau/UV, récupération Lycopène → cuisson douce avec huile. Fruits rouges crus pour anthocyanines Améliore l’endurance (meilleure oxygénation grâce à la betterave riche en nitrates) + accélère la récupération après sprints répétés (anthocyanines) + réduit le stress oxydatif après un match intense (lycopène) 🟠🟡 Orange / Jaune Bêta-carotène, vitamine C, flavonoïdes Carotte, patate douce, agrumes, mangue, courge Immunité, vision, énergie, peau Légumes racines vapeur + huile. Agrumes crus/jus pour vitamine C Réduction du stress oxydatif après un match (caroténoïdes) + soutien du système immunitaire en période d’enchaînement de matchs (vitamine C) + maintien de la vision périphérique pour la prise d’informations sur le terrain (lutéine/bêta-carotène) 🟢 Vert Lutéine, chlorophylle, vitamine K, folates Épinard, brocoli, avocat, chou kale, haricots verts Santé osseuse, récupération musculaire, détoxification Cuisson vapeur douce (brocoli). Crudités + lipides pour meilleure absorption Optimise la récupération musculaire (magnésium, lutéine) + protection des articulations (vitamine K, folates) + améliore la capacité de concentration et la résistance à la fatigue mentale lors de matchs prolongés 🔵🟣 Bleu / Violet Anthocyanines, resvératrol, polyphénols Myrtille, mûre, prune, aubergine, chou rouge, raisin noir Mémoire, protection cardiovasculaire, anti-inflammatoire Crus (baies, prunes, raisins). Smoothies/jus pour préserver pigments Accélère la récupération après efforts intermittents de haute intensité (anthocyanines) + réduit l’inflammation musculaire post-match (polyphénols) + améliore les fonctions cognitives pour la prise de décision rapide et la mémoire de jeu (resvératrol) ⚪️ 🤍 Blanc / Beige Allicine, fibres, potassium, minéraux Ail, oignon, chou-fleur, champignon, poire, banane Immunité, digestion, santé intestinale Ail/oignon hachés repos 10 min avant cuisson (allicine). Fruits crus pour fibres/potassium Améliore la récupération digestive après matchs (fibres, prébiotiques) + réduit le risque de blessures musculaires par maintien de l’équilibre électrolytique (potassium) + stimule l’immunité en période de surcharge (allicine) Proposition d’un menu hebdomadaire arc-en-ciel avec quantités et préparations Lundi – Rouge : cœur et circulation - Petit-déjeuner : Smoothie cru (fraises 150 g + cerises 100 g + yaourt 150 g + flocons d’avoine 50 g + lait 200 ml). Préserver les anthocyanines. - Déjeuner/Dîner : Salade crue tomates 200 g + poivrons rouges 150 g + quinoa 80 g (sec) + poulet 150 g + huile d’olive 10 ml. → Lycopène mieux absorbé avec huile. - Dîner/Souper : Saumon grillé 180 g + purée de betteraves rôties 150 g + haricots rouges 100 g (cuits) + riz basmati 60 g (sec). → Cuisson douce concentre les bétalaïnes. Mardi – Vert : récupération et os - Petit-déjeuner : Omelette (3 œufs + épinards 100 g sautés légèrement à l’huile + brocoli vapeur 100 g) + pain complet 60 g. → Cuisson vapeur préserve la vitamine C. - Déjeuner/Dîner : Salade crue chou frisé 150 g + concombre 100 g + avocat 70 g + lentilles 100 g (cuites) + graines de tournesol 15 g. → L’association cru + lipides augmente l’absorption de la lutéine. - Dîner/Souper : Poulet sauté 160 g + haricots verts vapeur 150 g + petits pois vapeur 100 g + riz complet 70 g (sec). Mercredi – Orange/jaune : énergie et immunité - Petit-déjeuner : Smoothie cru mangue 150 g + jus d’orange pressée 200 ml + carotte crue râpée 100 g + graines de chia 10 g. → Vitamine C préservée. - Déjeuner/Dîner : Courge rôtie 200 g + poivrons jaunes crus 100 g + saumon 160 g + quinoa 70 g (sec). → Caroténoïdes mieux absorbés après cuisson douce + huile. - Dîner/Souper: Poulet au curry 170 g + patate douce rôtie 200 g + maïs vapeur 100 g. Jeudi – Bleu/violet : mémoire et anti-inflammatoire - Petit-déjeuner : Yaourt grec 150 g + myrtilles 100 g + mûres 80 g + granola 40 g. → Consommer cru pour préserver les anthocyanines. - Déjeuner/Dîner : Salade chou rouge cru 150 g + aubergine grillée 150 g + pois chiches 100 g (cuits) + riz complet 70 g (sec). - Dîner/Souper : Thon ou saumon 180 g + purée d’aubergine cuite 120 g + brocoli vapeur 100 g + patate douce 150 g. Vendredi – Blanc/beige : défense et digestion - Petit-déjeuner : Porridge (flocons d’avoine 60 g + lait 200 ml + banane crue 120 g + noix 20 g + graines de lin 10 g). - Déjeuner/Dîner : Soupe ail haché (laisser reposer 10 min avant cuisson pour activer l’allicine) + champignons sautés 150 g + poireaux 100 g + pain complet 60 g + dinde 150 g. - Dîner/Souper : Poulet rôti 180 g + chou-fleur vapeur 200 g + pommes de terre au four 200 g + huile d’olive 10 ml. Samedi – Arc-en-ciel : récupération globale - Petit-déjeuner : Smoothie mixé cru : fraises 100 g + mangue 100 g + épinards 50 g + myrtilles 80 g + banane 100 g. - Déjeuner/Dîner : Salade multicolore (tomates crues 100 g + poivrons crus 100 g + betteraves cuites 100 g + carottes râpées crues 100 g + haricots noirs 100 g cuits + poulet 150 g). - Dîner/Souper : Riz sauté 70 g (sec) + légumes multicolores vapeur douce (brocoli, carottes, poivrons, aubergines : 300 g total) + tofu ou poulet 150 g. Dimanche – Mix libre mais équilibré - Objectif : inclure au moins 3 couleurs par repas, en variant cru (préserver vitamine C, anthocyanines) et cuit (favoriser absorption des caroténoïdes). Autres propositions Cette proposition de « manger un arc-en-ciel par semaine » est certes ludique et possiblement attractive par sa simplicité et sa praticité, mais on peut aussi organiser le contenu alimentaire autrement tout en restant intéressant pour les footballeurs par des repères pratiques. Voici trois propositions alternatives d’organisation, avec des exemples de menus correspondants. Organisation par bénéfices physiologiques On catégorise ici les aliments selon leurs impacts directs sur la performance. - Énergie & endurance (glucides + caroténoïdes + vitamine C) Mangue, carotte, patate douce, agrumes, quinoa. Exemple de repas : Curry de poulet + patate douce rôtie + salade d’orange. - Récupération musculaire & réparation (protéines + polyphénols + lutéine) Épinards, avocat, brocoli, lentilles, saumon. Exemple repas : Saumon + brocoli vapeur + lentilles vertes + avocat. - Cerveau & concentration (anthocyanines + oméga-3 + polyphénols) Myrtilles, mûres, aubergine, noix, graines de chia. Exemple de repas : Yaourt grec + myrtilles + noix + graines de chia. - Défenses immunitaires & prévention blessures (vitamine C + allicine + fibres) Ail, oignon, champignons, kiwi, agrumes. Exemple de repas : Soupe ail & champignons + salade de kiwi & orange. Organisation par moments de la journée du footballeur L’idée ici est d’associer les aliments aux besoins selon les moments d’entraînement, de récupération ou de repos. - Avant entraînement / match (énergie rapide, peu de fibres) Banane, riz, pastèque, pain complet, miel. Exemple : Smoothie banane + pastèque + flocons d’avoine. - Pendant l’effort (hydratation + sucres rapides + électrolytes) Orange, raisin, boisson eau + citron + sel. - Après entraînement (protéines + antioxydants pour limiter inflammation) Poulet, patate douce, myrtilles, brocoli, avocat. Exemple : Poulet grillé + patate douce rôtie + salade avocat/myrtilles. - Repos / récupération (digestion + micronutriments protecteurs) Ail, champignons, courgette, aubergine. Exemple : Soupe courgette + champignons + huile d’olive. Organisation par systèmes du corps Il s’agit ici de mettre en avant des alicaments importants pour un footballeur. - Cœur & circulation (lycopène, flavonoïdes) Tomate, betterave, grenade. Exemple : Salade tomate + grenade + huile d’olive. - Muscles & os (lutéine, vitamine K, protéines végétales) Brocoli, chou kale, pois chiches Exemple : Salade kale + pois chiches + brocoli vapeur. - Cerveau & mémoire (anthocyanines, resvératrol) Myrtilles, raisin noir. Exemple : Yaourt grec + myrtilles + granola. - Digestion & immunité (fibres, allicine) Ail, oignon, champignon, poire. Exemple : Soupe ail/oignon + champignons sautés + poire en dessert. Conclusion Pour les footballeurs, manger un arc-en-ciel de fruits et de légumes est un outil concret pour couvrir ses besoins physiologiques hebdomadaires Non seulement les couleurs garantissent une variété de phytonutriments, mais les méthodes de préparation adaptées (cru, vapeur douce, cuisson avec huile, hachage) maximisent leur biodisponibilité. Ainsi, l’approche colorée et culinaire contribue à optimiser le bien manger pour de la performance sportive, la récupération musculaire et la prévention des blessures. Finalement, l’idée d’invoquer un arc-en-ciel, c’est dans le souci de mieux interpeller les footballeurs afin qu’ils se nourrissent selon leurs besoins physiologiques dans un contexte d’effort très énergivore. Cela n’exclut pas d’autres organisations. J’ai ainsi proposé 3 approches nutritives par les couleurs afin de toujours montrer en quoi les aliments sont utiles pour la performance. [1] H. E., Khoo, K. N., Prasad, K. W., Kong, Y., Jiang, A., Ismail, Carotenoids and anthocyanins in fruits and vegetables: Role in health and disease. Food & Nutrition Research, 61(1), 165–188. 2017. [2] J. S., Dias, Nutritional quality and health benefits of vegetables: A review. Food and Nutrition Sciences, 3(10), 1354–1374. 2012. [3] N. Z., Unlu, T., Bohn, S. K., Clinton, S. J., Schwartz, Carotenoid absorption from salad and salsa by humans is enhanced by the addition of avocado or avocado oil. Journal of Nutrition, 135(3), 431–436. 2005. [4] C., Miglio, E., Chiavaro, A., Visconti, V., Fogliano, N., Pellegrini, Effects of different cooking methods on nutritional and physicochemical characteristics of selected vegetables. Journal of Agricultural and Food Chemistry, 56(1), 139–147. 2008.
- L'entraînement de la récupération
La qualité du processus de récupération des efforts d’entraînement est déterminée à 80 % par une alimentation saine, un sommeil adéquat et une hydratation appropriée, et à 20 % par des mesures actives de récupération [1], telles que la méditation, le qi-gong, le yoga, le shiatsu, le reiki, l'acupuncture, la moxibustion, la phytothérapie, les massages, les bains sonores, d'air, d'eau, de forêt (Shinrin-Yoku en japonais), et autres mesures [2]. De nombreux entraîneurs désignent ces 80 % comme étant «l'entraînement footballistique invisible». Il consiste à ce que les joueurs prennent soin d'eux au quotidien en veillant à leur mode de vie. Si cela est qualifié « d'entraînement », c'est surtout pour souligner son importance et sensibiliser les joueurs à ses répercussions sur la qualité de leurs performances footballistiques. En vrai, de connecter en responsabilité leurs vies hors et in football. Si les joueurs le ressentent, le comprennent et adhèrent au bon sens de l'importance de cet entraînement, rares sont ceux qui peuvent expliquer en quoi il consiste. C'est précisément l'objectif, respectivement l'ambition, de cette discussion qui vise ainsi à optimiser le processus de récupération des efforts. Plus cette phase de récupération sera de qualité, plus les adaptations souhaitées seront significatives anaboliquement, et moins de temps sera nécessaire aux joueurs pour assumer les charges des entraînements suivants. Ainsi, ils seront en capacité d'entraîner leur forme plutôt que leur méforme. « Cet entraînement invisible » contribue donc pleinement au développement et au maintien des capacités des joueurs, ainsi qu'à leur santé globale, qu'elle soit liée au sport ou non. Il peut se résumer par les bien dormir, bien manger et bien s'hydrater. Le Bien dormir !? Une chose que nous savons tous est que dormir est essentiel à notre survie. En termes concrets, si nous ne dormons pas pendant 72 heures, les bras de Morphée se transforment en cercueil pour accueillir notre dernier repos. Ceci dit mal dormir ne nous est pas directement fatal, mais cela entraine des conséquences néfastes sur notre santé. Notre mémoire se détériore, notre vigilance diminue, nos humeurs deviennent plus instables, nous sommes plus sujets à l'irritabilité et à la fatigue physique et mentale. De plus, nous prenons du poids plus facilement, nous sommes plus susceptibles de développer du diabète, de la dépression, des maladies cardiovasculaires et le cancer. L'importance de la durée du sommeil est telle qu'il semble que dormir moins de 7 heures en moyenne réduise notre espérance de vie en affaiblissant notre système immunitaire, en augmentant nos niveaux d'inflammation et de distress, ainsi qu’en provoquant des troubles métaboliques. Plus inquiétant encore pour le devenir de l’humanité, certaines études ont établi un lien direct entre notre manque de sommeil et la détérioration de notre ADN. Transposé au contexte footballistique, un joueur qui manque de sommeil est plus enclin à l'irritabilité, moins enclin à accepter les critiques et les corrections, met plus de temps à récupérer des efforts, exécute des mouvements de moins bonne qualité, tolère moins bien les exigences physiques, dispose de moins d'énergie pour s'entraîner et est plus exposé aux blessures, telles que des entorses, ainsi qu'aux maladies saisonnières. Ainsi, ce joueur devient moins attentif et moins motivé. Il réfléchit et assimile les informations plus lentement tandis que sa mémoire est altérée. Plus le niveau de compétition est élevé, plus ces conséquences indésirables surgissent. Ce qui est préoccupant dans cette situation, c'est que le sommeil ne peut être remplacé par une autre méthode de récupération. Cependant, ce qui est encourageant, c'est que le joueur peut agir directement sur la qualité de son sommeil, et par conséquent, sur son état de forme physique. Le sommeil se compose de cycles répétitifs de sommeil léger, profond et paradoxal, totalisant en tout environ 90 minutes. Ces 90 minutes sont indicatives, car selon l'heure de la nuit, notre âge et nos activités, la durée de ces cycles peut varier. Le sommeil léger correspond à un état de somnolence où les muscles se relâchent, tandis que la tension artérielle et le rythme cardiaque diminuent. Le sommeil profond est caractérisé par une respiration ralentie, une baisse de la tension artérielle et du rythme cardiaque, ainsi qu'un relâchement musculaire (ce qui peut entraîner des ronflements). Pendant cette phase, le système hormonal devient très actif, avec une sécrétion importante d'hormones de croissance essentielles à la régénération des tissus cellulaires. Après ces phases de sommeil survient le sommeil paradoxal, au cours duquel le cerveau devient très actif, la circulation sanguine s'intensifie et la fréquence cardiaque ainsi que la respiration s'accélèrent. C'est à ce moment que nous rêvons, pendant quelques minutes, avant que le cycle général ne recommence. Ce cycle se répète avec des phases de sommeil léger et paradoxal de plus en plus longues. Pour bénéficier d'un bon sommeil réparateur (c'est-à-dire se sentir en forme au réveil sans avoir besoin d'être brusquement réveillé par une alarme assourdissante), l'ensemble de ces stades doit se reproduire intégralement de 4 à 6 fois, selon les besoins. Pour les footballeurs actifs, qui s'entraînent 3 à 4 fois par semaine en plus d'un match hebdomadaire, cela implique un investissement quotidien de 9 heures de sommeil, en sachant que les phases de sommeil profond sont les plus réparatrices. N'oublions pas que nous passons un tiers de notre vie à dormir, et que ce tiers conditionne la qualité des deux autres tiers. Il est donc important de prendre soin de cette partie de notre vie en y apportant une attention particulière pour améliorer sa qualité récupérative. Pour ce faire, s'endormir doivent devenir un rituel composé de rendez-vous quotidiens avec soi-même. Les clés d'un bon rendez-vous sont d'aller se coucher régulièrement à la même heure, sans attendre d'être fatigué ou de bâiller de façon excessive, et de créer un environnement propice au sommeil. Cela signifie un espace confortable et apaisant, avec une odeur agréable et relaxante, éventuellement aidé par des produits tels que le spray Sommeil et détente de Puressentiel, une température adaptée, une bonne ventilation, doté d'une literie qui nous accueille à propos, c'est-à-dire tout à la fois moelleuse en surface et ferme en profondeur. En plus de l'environnement, il est important de porter des vêtements confortables qui ne restreignent pas les mouvements et la circulation sanguine, de se choisir un/e partenaire de nuit qui nous rend heureux, de prendre le temps de se détendre en pratiquant des respirations diaphragmatiques profondes et/ou en buvant une tisane apaisante et d'éviter toute stimulation nerveuse, notamment en réduisant son exposition à la lumière bleue des écrans en activant leur fonction «Night Mode». Il est également crucial de ne pas forcer le sommeil (À ce titre et sauf erreur, les somnifères nous anesthésient, ou nous assomment, mais ne nous endorment pas), car cela peut avoir l'effet inverse. Si le sommeil ne vient pas immédiatement il s'agit de l'accepter sereinement pour au final se faire cueillir par lui. Si les 9 heures de sommeil footballistiques recommandées ne sont pas réalisables en raison du manque de temps ou si elles ne suffisent pas à revitaliser le joueur pour l'entraînement et le match à venir, une sieste peut être bénéfique. Cependant, elle ne doit pas dépasser 30 minutes pour éviter d'entrer dans un sommeil profond dont le réveil peut laisser une sensation de fatigue, ou de torpeur, persistante. À la lecture de ces propos, il est évident que le sommeil est une composante importante à ne pas négliger pour recouvrer et maximiser les capacités physiques et mentales des joueurs. Cependant, il est également important de ne pas transformer cette nécessité en une obsession contreproductive. Dans ce cadre, le plus essentiel est de respecter au minimum le principe des horaires réguliers de sommeil tout au long de la semaine. En effet, notre corps fonctionne mieux lorsqu'il est soumis à des rythmes réguliers d'activité et de repos, car cela favorise une physiologie harmonieuse et stable. C'est donc l'inverse des croyances et coutumes footballistiques qui pensent trop souvent que «bien dormir» la nuit précédant le match peut potentiellement suffire. En effet, à tout prendre et à bon entendeur, il vaut mieux bien dormir tous les jours de la semaine et avoir une courte nuit (je n'ai pas écrit une nuit blanche et festive) avant le match, que mal dormir toute la semaine et faire l'effort de bien dormir la veille du match. Ceci pour autant que le joueur y arrive miraculeusement, soudainement et instantanément. Si c'est le cas, c'est surtout dû au fait que le joueur est en grave manque de sommeil ou est simplement très, très fatigué de sa semaine, ce qui augure d'une performance footballistique non optimale. Une seule nuit enfin récupératrice est donc bien insuffisante pour retrouver un niveau d'alacrité nécessaire à la production d'un football de qualité. De plus, une nuit de sommeil exceptionnellement réparatrice avant un match peut perturber le rythme physiologique du joueur, car le corps peut interpréter cela comme un signal pour se reposer davantage en se mettant en mode ralenti, ce qui peut affecter négativement la performance physique à venir. Le Bien manger !? Tout le monde est familier avec l'aphorisme vieux de deux siècles «Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es» du gastronome Jean Brillat-Savarin, une vérité indéniable qui souligne la relation étroite entre notre alimentation et notre identité. Cependant, sommes-nous véritablement conscients que notre régime alimentaire quotidien influence directement notre composition corporelle et notre état de santé ? En d'autres termes, lorsque nous consommons régulièrement des pizzas, des burgers, des frites, des sodas et de la bière... sommes-nous bien conscient que notre corps devient essentiellement de la graisse saturée et des sucres rapides. Des aliments pauvres en nutriments, qui ne fournissent pas les éléments nécessaires à la production d'énergie et à la réparation physique. Il est regrettable de constater que la plupart des joueurs s'alimentent de cette manière, sauf lors des repas d'équipe avant les matchs, où l'on prévoit généralement des repas plus équilibrés par la trilogie usuelle et traditionnelle d'une viande blanche, d'une pâtée de glucides et d'une salade. Cependant, ces repas ne produisent pas d'effets immédiats sur la performance lors du match, car les nutriments ne sont assimilés qu'après celui-ci. Au mieux, cette alimentation peut contribuer à la récupération après le match, en favorisant par exemple la reconstitution des réserves de glycogène. De manière paradoxale, le recours fréquent à la malbouffe pousse souvent les joueurs à recourir à des suppléments d'acides aminés et de protéines, alors même que cela ne serait pas nécessaire s'ils adoptaient une alimentation équilibrée. Ainsi, je soutiens, tout comme pour le sommeil, que l'attention portée à l'alimentation ne doit pas se limiter à la veille ou au jour du match, mais doit être une préoccupation constante tout au long de la semaine précédant la rencontre. De plus en plus de clubs ont d'ailleurs compris cette nécessité, en mettant en place des infrastructures d'entraînement qui offrent des repas quotidiens équilibrés aux joueurs. Se nourrir correctement tout au long de la semaine dans le contexte du football signifie consommer des aliments qui fournissent les macro et micronutriments nécessaires pour produire l'énergie requise lors des entraînements et des matchs, ainsi que pour réparer les dommages causés par ces efforts. Les macronutriments, tels que les lipides, les glucides et les protéines, fournissent l'énergie essentielle pour alimenter le corps, tandis que les micronutriments, tels que les vitamines, les minéraux et les oligo-éléments, participent aux réactions chimiques nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme. Dans un contexte tel que le football, où les dépenses énergétiques sont élevées, une mauvaise alimentation peut facilement conduire à un épuisement des réserves nutritionnelles et favorise l’apparition d’un burn-in conduisant à un burn-out. La qualité de ce que les joueurs mangent est donc décisive pour leur performativité. Malheureusement, de nos jours, de nombreux aliments sur le marché sont pauvres en macro et micronutriments, ce qui signifie que les joueurs mangent de tout, sauf ce dont leur corps a réellement besoin pour fonctionner de manière optimale. Au contraire, ils se retrouvent souvent à consommer des produits qui leur nuisent, contribuant potentiellement à des problèmes de santé futurs tels que le diabète, le cholestérol élevé et les déséquilibres hormonaux dus aux additifs alimentaires. Fort heureusement, ils peuvent s'en préserver par choix. C'est d'ailleurs ce libre-choix qui justifie et dédouane les manières de faire de l'industrie agroalimentaire puisque finalement se nourrir correctement relève de notre responsabilité. Cela même si les étals de nos magasins sont constitués et engorgés par de mauvais aliments qui titillent nos penchants addictifs et profite de notre paresse ainsi que de notre difficulté à prendre bien soin de nous. Comme les vrais aliments sont fréquemment plus coûteux, et que le matraquage publicitaire ainsi que les promotions nous incitent inconsciemment à acheter des produits malsains, il est bien difficile de gérer l’affaire. Cette bouffonnerie transforme et réduit nos corps à «des sacs à graisse» dont le remplissage rapporte de plus en plus gros pour qui nous gave comme des oies captives et victimes de leurs addictions. Sans être devin, il ne serait pas étonnant que l'industrie agroalimentaire soit bientôt poursuivie pour crime contre notre santé, à l'exemple de l'industrie du tabac. Dans le but que les joueurs (re)prennent le contrôle de leur alimentation, il est important alors de rappeler quelques principes de base, même si la plupart d'entre eux sont connus : · Manger de tout avec modération puisque nous sommes des omnivores. Il est essentiel de varier son alimentation pour obtenir tous les nutriments qui nous sont nécessaires. · Prendre le temps de manger et savourer les aliments, en évitant de se remplir rapidement. Une bonne mastication est le début d'une bonne digestion. À éviter également les mastications inutiles, comme les chewing-gums, qui peuvent augmenter l'acidité corporelle et favoriser l'inflammation. · Éviter les aliments transformés autant que possible et privilégier la cuisine maison avec des ingrédients de qualité qui nourrissent réellement. Pour le savoir, il suffit d'utiliser des applications gratuites qui se fondent sur l'échelle de notation des aliments Nutri-Score telles que Yuka ou Open Food Facts. Il est à noter ici que ce n'est pas parce qu'un aliment est bio qu'il est nutritif. · Manger à des heures régulières et éviter le grignotage entre les repas. · Limiter l'ajout de sel et de sucre dans les plats. Il est recommandé de saler et sucrer les plats une seule fois, et pas plus d'une cuillerée à café. · Éviter les aliments sucrés au petit-déjeuner pour éviter les pics glycémiques. · Limiter la consommation de liquides durant les repas afin de ne pas diluer les sucs gastriques. Cela ne signifie pas d'éviter toute boisson pendant les repas, mais de ne pas remplacer les aliments solides par des liquides. · Consommer des aliments riches en fibre pour favoriser le péristaltisme intestinal et limiter l'absorption de sucre. À éviter par exemple les jus de fruits pressés, qui sont donc dépourvus de fibres et par là trop sucrés. · Éviter de consommer des protéines lors du repas du soir pour faciliter la digestion et permettre au corps de se concentrer sur sa tâche régénératrice pendant la nuit. Le défi réside dans le fait que bien se nourrir peut devenir une charge mentale, surtout lorsque la malbouffe semble offrir un réconfort rapide face aux aléas de la vie quotidienne. Il est humain de faire des écarts de temps en temps. Ils sont acceptables tant qu'ils ne deviennent pas la norme en privant les joueurs de leur pouvoir de contrôle sur leur alimentation en étant les esclaves de leurs envies compulsives. Dans ce contexte, il est impératif que les encadrants fournissent aux joueurs des informations sur les raisons et les moyens de bien se nourrir. L'intégration de ces connaissances peut transformer l'acte de manger en quelque chose de gratifiant, de plaisant et de facile, ce qui sera d’autant bénéfique pour performer sur le terrain. Le Bien s'hydrater !? L'eau est un élément fondamental de notre composition corporelle en représentant 65% de celle-ci. Elle joue un rôle essentiel dans le maintien de l'homéostasie physiologique, en régulant la température corporelle grâce à la sudation lors d'efforts physiques ou par temps chaud. En bref, l'eau nous est consubstantielle sachant qu'elle compose pour 90% notre plasma sanguin et pour 1% l'émail de nos dents. Son ingestion nous apporte également des sels minéraux essentiels et favorise la fluidité du plasma sanguin, ce qui affecte directement le niveau de VO2 max des joueurs. En effet, un plasma plus fluide permet un transport plus efficace de l'oxygène vers les muscles et les organes, ce qui influence directement la performance physique. Il est largement admis que les besoins hydriques quotidiens d'un individu sont approximativement de 2,5 litres. Une partie de cette quantité est fournie par l'alimentation, à hauteur d'environ 1 à 1,5 litre, laissant ainsi un besoin d'ingestion directe d'eau de 1 à 1,5 litre par jour, voire plus en cas d'activité physique intense. Un bon moyen de vérifier son état d'hydratation est de surveiller la couleur de son urine. Une urine de couleur brune indique un niveau d'hydratation insuffisant et nécessite une hydratation immédiate. Cependant, il est important de noter qu'une urine trop claire, ou transparente, peut indiquer une surhydratation, ce qui peut notamment diluer les niveaux de sodium dans le corps. Pour maintenir un niveau d'hydratation adéquat, les joueurs doivent suivre les principes suivants : · Boire avant que la soif n'apparaisse : Il est essentiel d'anticiper ses besoins en eau en buvant régulièrement tout au long de la journée, même avant de ressentir la soif. Cela permet de maintenir un niveau d'hydratation constant et d'éviter la déshydratation. · Fractionner sa consommation d'eau : Plutôt que de boire de grandes quantités d'eau à la fois, ce qui provoque des chocs diurétiques qui fatiguent les reins, il est recommandé de consommer 1 dl toutes les heures. Cette approche favorise une meilleure absorption de l'eau par le corps. · Adapter sa consommation d'eau à son activité physique : Lors de pratiques sportives intenses, il est nécessaire d'augmenter la quantité d'eau ingérée pour compenser les pertes hydriques dues à la transpiration. Boire environ 2 dl d'eau toutes les 30 minutes pendant les entraînements et les matchs permet de maintenir un bon niveau d'hydratation et d'optimiser les performances sportives. · Éviter de boire avant de dormir : Il est préférable de limiter la consommation d'eau avant le coucher afin d'éviter de devoir se lever fréquemment durant la nuit pour se vider la vessie. Cela peut perturber le sommeil en entraînant une interruption du cycle de repos et de récupération. · En cas de forte chaleur, et donc de transpiration importante, il est essentiel de remplacer les électrolytes perdus par la sueur. Pour cela, il suffit de presser un citron ou une orange dans 1 litre d’eau, puis d’y ajouter de 4 à 6 cuillères à café de sucre et 1/2 à 1 cuillère à café de sel. En conclusion, alors que le football devient de plus en plus exigeant, l'importance de son « entraînement invisible » augmente en conséquence. Cela ne signifie pas nécessairement exclure les 3ème mi-temps, qui permettent de resserrer les liens après une défaite ou de célébrer une victoire. Au contraire, ces moments contribuent à réduire les niveaux d'excitation post-match, ce qui favorise la relaxation qui est essentielle pour une bonne récupération. Cependant, l' « entraînement invisible » va bien au-delà des événements ponctuels comme les matchs. Il implique pour les joueurs de prendre soin de d'eux tout au long de la semaine, et non pas seulement la veille ou le jour du match. Cette approche est une nécessité pour optimiser les effets des entraînements et minimiser leurs effets néfastes sur le corps. En fin de compte, tout reste très simple, puisqu'il s'agit pour les joueurs d'articuler leur mode vie footballistique sur 9h de sommeil quotidien, de manger de tout tant que ce tout n'est pas transformé, de ne de pas grignoter et de boire 1dl d'eau toutes les heures. [1] Améliorer sa récupération en sport, collectif sous la direction de Christophe Hausswirth, Xavier Bigard et Véronique Rousseau, INSEP-Editions, Paris, 2013. Nutrition et performance en sport : La science au bout de la fourchette, collectif sous la direction de Christophe Hausswirth, INSEP-Editions, Paris, 2012. [2] Je ne cite pas ici à dessein la cryothérapie parce qu’elle prend des formes tellement « violentes » pour le système parasympathique que plutôt que de le stimuler, ce qui est l’une de ses finalités, elle le « flinge ». Surtout qu’elle peut être avantageusement, tout simplement et gratuitement remplacer par des bains de pieds, ou de mains, de 10mn à une eau comprise entre 12 et 15 deg. Grâce à la recirculation sanguine, le corps entier sera ainsi suffisamment « refroidi ».
- Cessons de nous préparer physiquement par les réseaux sociaux qui ont juste pour but de revendre notre attention
L'essor des réseaux sociaux a profondément modifié la diffusion des connaissances en préparation physique footballistique. Chaque jour, des millions de joueurs amateurs, semi-professionnels et professionnels consomment des contenus pour améliorer leur vitesse, leur montée de puissance musculaire, ou explosivité, leur endurance, pour mieux récupérer ou prévenir des blessures. Pourtant, cette démocratisation apparente du savoir s'accompagne d'un phénomène préoccupant. Cette prolifération d’informations constituées de conseils décontextualisés, scientifiquement fragiles, est trop souvent produite par des individus dont l'expertise réelle est difficile à établir. Dès lors, pour se prémunir de toutes informations viciées, ce post défend l'idée qu'un footballeur souhaitant optimiser sa progression physique doit s'affranchir des injonctions des réseaux sociaux en étant en capacité de les critiquer. Pour ce faire, il doit devenir, autant que faire se peut, son propre préparateur physique footballistique. 1. Attention, le produit c’est nous ! La première erreur consiste à croire que les réseaux sociaux ont pour unique objet de transmettre des connaissances. En fait, ils sont avant tout des systèmes optimisés pour capter l'attention. L'objectif principal d'un créateur de contenu n'est généralement pas d'améliorer notre performance footballistique, mais d'augmenter les indicateurs mesurables que sont les vues, les abonnements, le temps de visionnage, les interactions et les ventes de prestations de sa page. Dans cette logique économique, la valeur d'une information n'est pas corrélée à sa validité scientifique ou à sa performativité pratique, mais à sa capacité de susciter des réactions dopaminées émotionnelles. Il est entendu qu’il y a des exceptions qui confirment la règle. Ce sont les pages qui expliquent, démontrent et proposent objectivement. Généralement, on les reconnait par leur acceptation devant tous de la critique argumentée. Dans ce cadre, n’oublions jamais que le produit des réseaux sociaux, c’est nous. Plus précisément, ce que les plateformes vendent à la publicité n'est pas l'information qu'elles diffusent, par l’intermédiaire des créateurs de contenu, mais notre temps d'attention, nos données comportementales et notre disponibilité cognitive. Chaque seconde passée à regarder une vidéo, chaque interaction, chaque abonnement ou partage alimente des algorithmes dont l'objectif est avant tout de nous cibler pour nous maintenir captifs le plus longtemps possible. Notre progression physique footballistique n'est donc pas la finalité du système, mais une accroche d’information marketing parmi d'autres. Comprendre cette réalité est essentiel lorsque nous consommons du contenu de préparation physique footballistique sur les réseaux sociaux. En finalité, nous ne sommes pas le bénéficiaire du service, nous sommes la ressource qui permet à ce service d'exister et de prospérer. Ainsi, les exercices les plus diffusés, empruntés par ailleurs et commentés par d’autres que leurs créateurs, ne sont pas nécessairement les plus pertinents. Ils ont plus souvent vocation à être les plus spectaculaires avec des exercices d'explosivité réalisés sur des surfaces instables, des protocoles de vitesse prétendument révolutionnaires ayant comme support des sprinters comme Usain Bolt, qui est tout sauf un footballeur, des séances « secrètes » de joueurs professionnels, des exercices de prévention des blessures présentés comme universels et des méthodes miracles promettant des gains physiques extraordinaires en quelques semaines. Il y a aussi ceux qui expliquent ce que font les autres sans même savoir pourquoi ces derniers font ce qu’ils font, soit en ne comprenant rien, comme dirait Luis Enrique. Cette logique produit un paradoxe. Lorsque les contenus susceptibles d'améliorer réellement la performance physique footballistique sont peu spectaculaires, ils se diffusent moins car de loin pas les plus sexy, ou accrocheurs, à l’exemple de concepts tels que la surcompensation, la planification, la gestion de la fatigue, le développement des facultés de récupération inter-effort ou encore celle de la vitesse footballistique, qui constituent pourtant les véritables déterminants de la progression physique footballistique. 2. Le biais d'autorité numérique ou confondre popularité et compétence Une autre erreur très fréquente consiste, par mauvais biais d’autorité, à attribuer automatiquement de la crédibilité à des individus possédant un grand nombre d'abonnés, un physique athlétique, des vidéos esthétiquement réussies, des collaborations avec des joueurs connus et des certifications dont la valeur réelle est rarement vérifiée. Rappelons-nous que lorsque c’est flou, c’est qu’il y a un loup, sachant qu’aucun de ces éléments ne constitue une preuve d'expertise. L'histoire des sciences du sport montre d'ailleurs que de nombreuses pratiques populistes se sont révélées inefficaces, voire contre-productives. De fait, comme annoncé précédemment, la préparation physique footballistique repose sur des principes physiologiques exigeants, à l’exemple de la spécificité, de l’individualisation, de la progressivité, de la gestion des efforts donc de l’adaptation biologique. La capacité à expliquer simplement ces principes est infiniment plus importante que la capacité à produire une vidéo virale qui nous dit ce que nous avons envie d’entendre, à savoir que nous aussi nous allons performer sans effort. Le pire dans le genre est de systématiquement prendre des exemples du plus haut niveau pour nous expliquer comment faire. En effet, les joueurs de haut niveau ne sont pas automatiquement les meilleurs exemples et par ailleurs leurs besoins diffèrent de ceux des footballeurs communs. Les prendre comme référence pour expliquer la préparation physique footballistique est donc nul et non avenu dans le sens que leur exemple ne s’applique pas à nous, mais à eux seuls. Désolé, mais il n’y a, et il n’y aura qu’un Messi, Maradona, 2 Ronaldo, Mbappé, Olise, Dembélé… Dans ce contexte, plus le volume d'informations disponibles augmente, plus les joueurs croient savoir alors qu’ils ne connaissent pas les mécanismes fondamentaux de leur propre entraînement physique. Aujourd'hui, beaucoup de footballeurs savent reproduire des exercices complexes, mémoriser des routines Instagram et citer des influenceurs sportifs populaires. En revanche, ils peinent souvent à expliquer ce qu'est une adaptation physiologique, pourquoi ils réalisent un exercice donné, comment se développe la vitesse maximale, quelles qualités énergétiques sont sollicitées et comment planifier une progression physique sur plusieurs mois. Cette situation crée une dépendance intellectuelle permanente. Le joueur attend continuellement qu'un influenceur lui dise quoi faire ou cherche une réponse à ses besoins sans les avoir identifiés. Or, un joueur incapable d'expliquer par lui-même son entraînement est condamné à subir l'entraînement des autres, donc inadapté à lui. Dans cette logique, un contenu réseau social de préparation physique footballistique est valide seulement lorsqu’il explique comment faire, pour qui et pourquoi le faire par une argumentation et une démonstration objectives. À défaut, nous sommes devant « un bullshit commercial » dont l’objectif est de revendre notre attention ou de nous fourguer des prestations sans substance délivrées en DM. 3. Pour se prémunir des réseaux, connaissons-nous nous même L'objectif n'est pas ici de rejeter toute information donnée par les réseaux sociaux, mais de développer suffisamment de connaissances et d’esprit critique pour pouvoir l’évaluer en se connaissant soi-même. Cela signifie répondre par soi-même, ou avoir les réponses aux questions fondamentales qui sont de savoir de quel entraînement physique j’ai besoin ? Est-ce que ce que l’on me propose est de qualité ? Quelle qualité physique est réellement entraînée par cet exercice ? Quel est l'objectif physiologique recherché ? Quelle adaptation est attendue ? Comment mesurer les progrès ? Quel est le coût et le type de fatigue d’un exercice ? Quelle place cette séance occupe-t-elle dans la planification globale ?... Cette démarche transforme progressivement le joueur passif en acteur de sa propre progression physique. Dans cette perspective, la préparation physique footballistique n'est pas une collection d'exercices. Elle constitue un processus d'hypothèses, d'observations, d'expérimentations et d'ajustements. Dans ce cadre, un joueur autonome est celui qui est en capacité d’observer, de mesurer, de tester, d’analyser et de corriger. Bref, de penser, de réfléchir et de critiquer, ou de remettre en question, une préparation physique footballistique. Cela signifie qu’un joueur doit comprendre qu'aucun exercice n'est intrinsèquement bon ou mauvais. Un exercice n'est pertinent qu'en fonction d'un objectif précis, d'un contexte particulier, d'un niveau de pratique, d'une période de saison et d'un profil individuel. Cette approche méthodologique protège naturellement contre les dérives des réseaux sociaux, car elle oblige à se poser deux questions véritablement importantes « pourquoi et comment cet exercice fonctionnerait-il dans mon cas précis ? » et « est-ce qu’il va répondre à mes besoins ? » (Re)prenons la main sur notre physique footballistique En synthèse, le principal danger des réseaux sociaux footballistiques n'est pas qu'ils diffusent de mauvaises informations et qu’ils accueillent de pseudo préparateurs physiques. Mais que nous ne soyons pas capables de séparer le bon grain de l’ivraie informative. Le footballeur qui souhaite réellement progresser physiquement en consultant les réseaux sociaux doit alors impérativement abandonner la posture de consommateur de contenu pour adopter celle d’acteur de sa propre performance physique footballistique. Ainsi, la véritable liberté du joueur ne consiste pas à trouver le meilleur influenceur à suivre. Elle consiste à ne pas avoir besoin d’en suivre un.
- Si les réseaux hyperstimulent malencontreusement les footballeurs, la lecture les apaise
Le football constitue aujourd’hui l’un des terrains privilégiés de la société numérique. Les réseaux sociaux offrent à ce sport, à ses acteurs et à ses communautés, une interconnectivité directe et une visibilité sans précédent. Ils permettent d’interagir sans frein en commentant, en informant, en regardant, en partageant, en discutant, en admirant et en critiquant. La diversité et l’importance de ses communautés interrogent sur le pouvoir de séduction de ces plateformes. Comme premier indice explicatif, Bruno Patino nous informe dans La civilisation du poisson rouge : petit traité sur le marché de l’attention [1], que les réseaux sociaux reposent « sur une logique économique de captation attentionnelle qui transforme l’utilisateur en « produit » et son temps en ressource marchande ». Patino illustre cette captation par la métaphore du « poisson rouge », dont la mémoire serait limitée à huit secondes, à l’exemple de la touchante et inoubliable Dory. Selon lui, l’attention moyenne des individus connectés se rapprocherait désormais de cette temporalité. Cette attention devient fragmentée, volatile et sans profondeur. Le flux continu des notifications, des vidéos courtes et des « likes » pousse le cerveau à s’adapter à un mode de consommation rapide, où chaque information est aussitôt remplacée par une autre. Ce phénomène est étroitement lié au fonctionnement du système de récompense dopaminergique. Chaque notification, chaque nouveau contenu agit comme un micro-stimulus qui libère de la dopamine, neurotransmetteur associé au plaisir anticipé et à la motivation [2]. Or, cette succession de micro-gratifications enferme l’utilisateur dans une boucle de dépendance puisqu’il revient sans cesse chercher le prochain signal, incapable de tolérer l’ennui ou le silence. Ce mécanisme engendre un état de fébrilité nerveuse. La stimulation répétée active en continu le cortex préfrontal et les circuits de l’attention, ce qui maintient le cerveau en alerte permanente. Au lieu d’alterner entre des phases de vigilance et des phases de récupération, nécessaires à la consolidation de la mémoire et au repos cognitif, le cerveau reste en surchauffe. Cette hyperactivation empêche l’installation de véritables temps de repos, réduit la profondeur du sommeil, et favorise une fatigue mentale chronique. À long terme, cette fébrilité nerveuse augmente la vulnérabilité au stress, provoque une irritabilité accrue et affaiblit les capacités de concentration. Sur le plan scientifique, il est désormais bien établi que le cerveau ne « s’éteint » jamais totalement. Même durant le sommeil, il traverse différentes phases, dont certaines, comme le sommeil lent profond, sont essentielles à la récupération synaptique et à l’élimination des déchets neurotoxiques par le système glymphatique [3]. Or, la surstimulation induite par les écrans et les réseaux sociaux perturbe ce processus. L’hyperactivation du cortex préfrontal et du système limbique se prolonge jusque dans le sommeil, générant des micro-éveils et une fragmentation des cycles. De plus, l’exposition à la lumière bleue retarde la sécrétion de mélatonine et désorganise l’architecture circadienne [4]. En conséquence, le cerveau n’entre pas pleinement dans les phases de sommeil profond réparateur et reste en état d’alerte, comme si une partie de lui continuait à « scroller » durant la nuit. Ce déficit de récupération altère la plasticité synaptique, réduit l’efficacité de la mémoire de travail et affaiblit la consolidation mnésique, autant de fonctions cruciales pour l’apprentissage moteur et la prise de décision rapide dans le football. Autrement dit, même lorsque le joueur pense se reposer, son cerveau reste partiellement activé, incapable de se régénérer pleinement. La fatigue cognitive s’accumule ainsi jour après jour, avec un impact direct sur la lucidité, la gestion émotionnelle et la performance sportive. Au-delà de cette fébrilité, les algorithmes des réseaux sociaux exercent un effet délétère plus profond encore sur le développement du cerveau et nos facultés de raisonnement. En proposant des contenus calibrés pour maximiser notre engagement, ils orientent nos choix, conditionnent nos préférences et influencent notre manière de penser. Sur le plan neuroscientifique, ils exploitent directement la plasticité synaptique. Le cerveau, hautement malléable, renforce les connexions neuronales associées aux comportements répétés. Ainsi, l’exposition répétée aux logiques binaires des plateformes, que sont cliquer, liker, partager, favorise des automatismes au détriment de processus cognitifs complexes. Le cortex préfrontal, siège du raisonnement critique, de la planification et de la prise de décision, est particulièrement vulnérable à cette stimulation constante. Au lieu d’être mobilisé pour des tâches de haut niveau, il se retrouve saturé par la gestion de micro-stimuli, ce qui entraîne une réduction de la flexibilité cognitive et une difficulté à maintenir une attention soutenue [5]. Par ailleurs, les circuits du striatum, impliqués dans la recherche de récompenses immédiates, deviennent suractivés, ce qui accroît la dépendance et diminue la capacité à différer une gratification. Chez les plus jeunes, dont le cerveau est encore en développement, cette exposition façonne durablement les circuits neuronaux. Comme l’a montré Manfred Spitzer [6], l’hyperstimulation numérique peut perturber la maturation des réseaux frontaux et altérer les capacités d’apprentissage, de mémoire de travail et de régulation émotionnelle. En enfermant les individus dans des bulles informationnelles [7], les algorithmes ne se contentent pas de proposer du contenu. Ils finissent par modéliser nos manières de penser, orientant subtilement nos jugements et nos décisions. Pour les footballeurs, dont la performance repose sur la lucidité décisionnelle et la capacité à analyser rapidement des situations complexes, cette réduction de la flexibilité cognitive est particulièrement préoccupante. Elle peut limiter la créativité sur le terrain, ralentir la prise de décision en contexte de jeu et affaiblir la capacité d’adaptation stratégique. Dans ce contexte, la lecture constitue une pratique régulatrice et thérapeutique. Contrairement à la consommation fragmentée des contenus numériques, l’expérience de lecture engage des circuits neuronaux qui favorisent la concentration prolongée et l’immersion [8]. Elle induit un ralentissement attentionnel qui contrebalance la logique des 8 secondes du poisson rouge. Sur le plan neurophysiologique, la lecture stimule le cortex préfrontal impliqué dans le contrôle exécutif, tout en activant des processus de visualisation et de narration qui apaisent le système nerveux autonome [9]. En réhabilitant des temps de silence, de continuité et de réflexion, la lecture favorise la régénération des ressources attentionnelles et réduit le stress induit par la boucle dopaminergique des réseaux. Elle pourrait ainsi être intégrée comme outil de récupération psychologique et de régénération nerveuse dans les routines des footballeurs, au même titre que la nutrition, le sommeil ou les étirements. En somme, face à une captation numérique qui fragmente l’attention en segments de 8 secondes et qui aliène le repos par la répétition incessante de micro-récompenses, la lecture apparaît comme une pratique d’« hygiène attentionnelle ». Elle permet non seulement de préserver la santé cognitive et émotionnelle des sportifs, mais également d’optimiser leur performance en leur redonnant la possibilité de se concentrer pleinement sur le jeu. [1] B., Patino, La civilisation du poisson rouge : Petit traité sur le marché de l’attention. Grasset. 2019. [2] K. C., Berridge et T. E. Robinson, "Liking, wanting, and the incentive-sensitization theory of addiction." American Psychologist, 71(8), 670–679. 2016. [3] L., Xie, et al. "Sleep drives metabolite clearance from the adult brain." Science, 342(6156), 373–377. 2013. [4] C., Cajochen, "Alerting effects of light." Sleep Medicine Reviews, 11(6), 453–464. 2007. [5] J. M., Fuster, The Prefrontal Cortex. Academic Press. 2008. [6] M., Spitzer, Digitale Demenz : Comment nous privons nos enfants et nous-mêmes de nos capacités. Laffont. 2012. [7] E., Pariser, The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You. Penguin. 2011. [8] S., Dehaene, Les neurones de la lecture. Odile Jacob. 2007. [9] N., Carr, Internet rend-il bête ? Robert Laffont. 2011.
- Le coaching mental footballistique et les pratiques fallacieuses de la préparation mentale
Le football fascine et suscite, par là même, de nombreuses vocations. Il donne notamment à chacun le sentiment qu’il est possible d’y réussir. Ainsi, le moindre talentueux, ou celui perçu comme tel par son entourage, se projette rapidement au firmament du football. Mais très vite, le terrain vert ramène ses pieds sur terre, ou à la réalité, par sa dureté et la concurrence exacerbée qui y règne. Pour illustrer la situation, il suffit de prendre conscience qu’il est, en nombre d’élus, plus facile de devenir médecin que footballeur professionnel, c’est-à-dire de signer un contrat digne de ce nom. Ne pas entendre cette réalité rend tout talent initial dangereux, car il alimente et instille l’illusion qu’il suffit à lui seul pour réussir. Certes, le talent est une condition nécessaire à la performance, mais il n’est pas suffisant. Sans un travail acharné sur plusieurs années, ce talent reste une simple promesse ou même, selon les mots de Georges Brassens, une « sale manie ». Ceci acquis, il ne reste plus aux talents qu’à emprunter le chemin ardu du succès, celui qui mène à la véritable réussite. Ce chemin vers le succès passe par l’entraînement terrain, dont le rôle est de développer progressivement la consistance du joueur en termes technique, mental, tactique et physique. À travers ce processus, les progrès grandissent petit à petit le joueur, lui apportant confiance et sérénité grâce à la découverte de l’étendue et de la qualité de ses capacités. Cependant, de nos jours, par méconnaissance ou en raison d’un excès d’ambition et de précipitation, on tend à priver les entraînements de leurs vertus d’apprentissage. Cela se traduit par le recours trop précoce, donc souvent superfétatoire, à des moyens habituellement réservés à ceux qui ont déjà atteint les sommets, des outils dernier cri ou jugés « sexy ». Cette tendance explique la popularisation d’outils tels que le Neurotracker ou encore la préparation mentale. Ces outils ont pour objectif de grappiller les derniers pourcentages de progrès possibles afin de performer au plus haut niveau. À titre d’exemple, le Neurotracker, selon les explications personnelles fournies par Philippe Arnau, son référent officiel en France, est particulièrement utile pour améliorer la perception et la cognition des pilotes de Rafale. Grâce à cet outil, l’objectif est qu’ils maîtrisent 34 % des fonctionnalités de leurs avions, contre le plafond de 32 % qu’ils atteignent après des années de formation intensive. Ces 2 % supplémentaires, bien que modestes en apparence, sont déterminants. Ils prennent une importance énorme lorsqu’il s’agit de piloter un avion à près de 2000 km/h, où chaque décision et chaque réaction doivent se faire en une fraction de seconde. On peut facilement imaginer les avantages qu’un tel outil offre pour le mental footballistique des joueurs, contraints de se déplacer et d’exécuter leurs actions de plus en plus rapidement pour créer des opportunités et faire la différence sur le terrain. Si la préparation mentale a véritablement émergé au cours des dix dernières années dans le sport de compétition, il ne se passe pas un jour sans qu’un(e) médaillé(e) des Jeux olympiques de Paris 2024 ne remercie son/sa préparateur/trice mental(e) pour l’avoir aidé(e) à performer au moment T. Cependant, bien que la préparation mentale puisse apporter ces « plus » décisifs qui mènent à la victoire, rappelons qu’elle repose sur plusieurs années d’entraînement rigoureux, sans lesquelles elle n’existerait tout simplement pas. Il est donc essentiel de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. C’est avant tout grâce à l’entraînement que le joueur, consciemment ou inconsciemment, apprend à visualiser, à gérer ses émotions, à se concentrer et à se relaxer. La préparation mentale, quant à elle, joue le rôle de cerise sur le gâteau. Elle devient particulièrement précieuse lorsque la pression du haut niveau est si intense que le joueur éprouve des difficultés à mobiliser ou à optimiser ses compétences longuement acquises, ce qui fragilise sa compétitivité. Ce que ces deux outils ont en commun footballistiquement, c’est qu’ils se révèlent utiles lorsque les joueurs doivent dépasser leurs compétences d’être et de faire pour atteindre, puis se maintenir, au plus haut niveau. Cela concerne donc uniquement les 0,001 % des footballeurs. Pour tous les autres, ces outils sont inutiles, car l’entraînement footballistique a précisément pour vocation de développer leurs compétences perceptivo-cognitives et leurs savoirs être et faire. Il est intéressant de noter que le système scolaire poursuit un objectif similaire à travers des matières telles que les mathématiques, la logique, l’algèbre ou encore la philosophie, sans compter le vivre-ensemble. Quant aux compétences sportives de savoir-être, la compétition elle-même joue un rôle fondamental dans leur développement. Chaque match est une occasion d’apprendre à gérer pour soi et pour les autres la victoire comme la défaite et à maîtriser la pression des enjeux et du jeu. Pourtant, l’utilisation de ces coûteux outils croît auprès de joueurs et surtout des jeunes en formation. Ce paradoxe m’interpelle et me motive à tenter de comprendre les raisons derrière cette tendance. Premièrement, je pense qu’il y a une mauvaise interprétation des propos des sportifs ayant eu recours à ces outils. Aucun d’entre eux n’affirme que c’est uniquement grâce à ces outils qu’ils ont gagnés ou qu’ils performent. Si ces outils les ont aidés, c’est parce qu’ils étaient déjà très performants auparavant. Les joueurs qui croient que l’utilisation de ces outils leur permettra d’acquérir de nouvelles compétences se trompent, car ce n’est ni leur rôle ni leur fonction. Ces outils servent uniquement à bonifier des compétences déjà existantes, mais ils ne les créent pas hors du terrain. Deuxièmement, je suppose qu’il existe une confusion des genres. Le football met souvent en lumière des problématiques psychoaffectives qui devraient être traitées par des professionnels agréés en psychologie du sport. Cette discipline vise à gérer les effets, positifs ou négatifs, de la pratique sportive afin que le joueur, quel que soit son niveau, puisse atteindre dans sa vie un état de bien-être durable. Il est important de rappeler que, si tout le monde peut légalement se prétendre préparateur mental, en tous les cas en Suisse, les psychologues du sport, eux, sont des experts bénéficiant de formations médicales universitaires rigoureuses. Un exemple notable est celui de Lucio Bizzini, ex-footballeur international et psychologue du sport émérite. En résumé, ces spécialistes interviennent, tout en pouvant aussi officier en tant que préparateur mental, lorsque le football révèle des problèmes psychologiques qui ne lui sont pas intrinsèquement liés. Dans ce cadre, on ne peut que souhaiter que les préparateurs mentaux, dont le rôle consiste juste et pas plus à maximiser la performance, agissent avec une déontologie irréprochable, en orientant les joueurs vers des spécialistes compétents lorsque cela est nécessaire. N’oublions pas que chacun de nous a le droit de ne pas être un champion. Trop souvent, je rencontre, dans ma pratique, des (jeunes) joueurs écrasés par le poids des ambitions multiples qu’ils portent sur leurs épaules. La plupart du temps, ces joueurs finissent par se saborder sportivement pour se libérer de leur « cage dorée footballistique ». Troisièmement, ce qui me frappe dans l’utilisation de ces outils, c’est qu’ils sont, à quelques rares exceptions près, entre les mains de spécialistes qui n’ont jamais vécu l’expérience du sport de haut niveau. Ces derniers rétorquent souvent que l’utilisation de bonnes méthodes rend leurs pratiques objectives et garantit la pertinence de leurs interventions. Sur ce point, je suis parfaitement d’accord. Cependant, il arrive trop fréquemment que les méthodes employées en préparation mentale soient issues du domaine du développement personnel, un champ dont le corpus scientifique est, pour le dire poliment, assez minçolet [1]. On tombe alors rapidement dans le registre de la croyance, avec l’application de recettes dénuées de fondements solides. Les « gourous » qui instrumentalisent ce type de contexte pour vendre leurs services ne sont alors, malheureusement, jamais très loin. C’est peut-être ce qui explique que des préparateurs mentaux autoproclamés écrivent des livres dont la vacuité est abyssale. Ces ouvrages, bien que dépourvus de substance, servent à impressionner et à les établir comme des experts aux yeux d’un public peu averti. Tout récemment, un prétendu préparateur mental sportif, lui aussi en train d’écrire son livre-vérité, m’a confié que son principal objectif est de convaincre ses clients de croire en lui et en ses paroles, ce qui suffit à les faire progresser, peu importe le contenu réel de ses dires. En résumé, le fond, donc le client, est relégué au second plan au profit sonnant et trébuchant de la forme. On peut me rétorquer que cela relève de la loi du commerce, où chacun est responsable de ce qu’il consomme. Certes, mais encore faut-il que le consommateur soit correctement informé et orienté sur ce qu’il achète. Il est inacceptable de profiter de la vulnérabilité d’individus, souvent alimentée par des ambitions footballistiques irrationnelles. J’aimerais ici rappeler les innombrables vertus du simple entraînement, que l’on soit joueur ou entraîneur. Il nous apprend à accepter de composer avec ce que nous sommes et ce que nous avons. Il nous confronte à nos limites, non pour nous briser, mais pour nous pousser à les dépasser et, ainsi, devenir pleinement nous-mêmes. C’est précisément là que réside la véritable beauté du sport que certains assimilent à une école de la/sa vie. Dans cette optique, le meilleur coaching mental que je connaisse repose sur des entraînements plaisants, bienveillants et de qualité. Cela n’exclut pas un recours ponctuel à des spécialistes, mais cela implique de se poser au préalable une question essentielle : pourquoi je souhaite consulter ? Il est tout aussi crucial de vérifier avec soin la formation, l’expérience et la déontologie des personnes à qui vous confiez votre « être » ou celui de votre enfant footballeur [2]. Enfin, si vous ne comprenez pas le fonctionnement ou bien que vous n’êtes pas à l’aise avec un outil de coaching, cela signifie probablement qu’il n’est pas adapté à vos besoins. Cela ne signifie en aucun cas qu’il vous est nécessaire à cause d’un prétendu manque de compétences, comme ces outils mal utilisés peuvent parfois vous le faire croire. Pour conclure ce post, voici quelques questions à poser à un préparateur mental pour « savoir ce qu'il a dans le ventre », soit voir plus clairement dans son jeu : - Comment la préparation mentale sportive (PMS), utile uniquement pour ceux qui sont déjà des champions, en vient-elle à être diffusée comme une méthode généralisée, donc d’être une « marchandisation de l’espoir » ? - Comment la PMS peut-elle prétendre « fabriquer » des champions footballeurs par des méthodes standardisées alors qu’un champion relève d’une singularité par définition unique, au point d’essayer de nous faire gober qu’il suffirait d’appliquer une solution « magique » pour le devenir ? - Comment la PMS peut-elle justifier d’exploiter la vulnérabilité de réussir à tout prix des footballeurs, et par transfert de leurs parents, en remplaçant la fonction du sport comme espace de découverte de soi ? À ce titre, un paiement suffit-il réellement à légitimer une PMS ou donne-t-il artificiellement de la valeur à ce qui est vendu ? - Comment une partie de la PMS peut s’appuyer sur des problématiques relevant de la psychologie ou de la psychiatrie, que le sport ne crée pas mais qu’il révèle, au risque d’entretenir un fonctionnement circulaire où la PMS contribuerait à produire des malaises d’être pour ensuite en proposer la résolution ? - Comment une partie de la PMS peut-elle être cynique alors même que sa légitimité repose sur une éthique irréprochable de bienveillance, au point de laisser penser que ses praticiens méconnaissent l’essence de leur métier ? - Comment une partie de la PMS peut-elle s’exposer sans vergogne avec ses clients footballeurs, au mépris de la discrétion et de l’éthique propres à un accompagnement intime, au point de laisser penser que la communication du praticien prime sur tout ? - Comment la vraie PMS peut-elle reconnaître l’existence de dérives tout en s’en excluant, au point de produire un discours où les problèmes existent sans jamais être assumés par quiconque ? - Comment la PMS, qui est un vrai métier exigeant, peut-elle être accessible au tout venant, ce qui laisse planer le doute sur la formation de ses praticiens et sur la valeur des méthodes qu’elle mobilise ? - Comment la PMS peut-elle revendiquer une identité claire en restant floue dans ses contours, au point de laisser s’y mêler des pratiques très diverses sans autorégulation ni critique interne visible et lisible ? [1] Christophe Genoud, Leadership, agilité, bonheur au travail...bullshit ! : En finir avec les idées à la mode et revaloriser (enfin) l'art du management, Editions Vuibert, 2023. P. 187 et ss. [2] Notamment en prenant pour cadre de référence, celui de la Swiss Association of Sport Psychology (SASP).
- La différence entre le bon et le très bon joueur est très petite mais très difficile à franchir
Le football contemporain donne une impression paradoxale. D’un côté, le niveau moyen des joueurs n’a probablement jamais été aussi élevé. Les formations sont plus structurées, l’accès aux connaissances scientifiques s’est démocratisé, les méthodes d’entraînement se sont rationalisées et la détection s’est considérablement densifiée. De l’autre, il n’a jamais été aussi difficile d’accéder au niveau professionnel. Cela nous indique que la distance qui sépare un bon joueur d’un très bon joueur, puis un très bon joueur d’un joueur professionnel, devient étonnamment mince lorsqu’elle est observée à travers le prisme d’une action isolée. Un joueur évoluant dans une division inférieure peut, sur une rencontre, produire une performance comparable à celle d’un joueur professionnel établi. Un attaquant peut enchaîner 6 ou 8 buts et devenir soudainement l’objet de l’attention de clubs de niveau supérieur. Une équipe professionnelle peut également se retrouver en difficulté dès les premiers tours d’une coupe nationale face à un adversaire théoriquement inférieur, parce que certains joueurs de celui-ci sont capables, pendant quatre-vingt-dix minutes, de produire des séquences de jeu d’un niveau remarquablement élevé. Cette réalité nourrit une représentation séduisante mais trompeuse. Le statut de joueur professionnel n’a jamais été aussi difficile à acquérir. Cela signifie que la perception de la frontière entre les deux niveaux est artificielle, ou sous-estimée, et que la différence de carrière ne réside pas dans les circonstances, la confiance, la détection, la qualité de l’agent, le bon environnement ou la rencontre avec le bon entraîneur au bon moment. Ces facteurs existent incontestablement. Mais cette observation ne doit pas conduire à sous-estimer la difficulté réelle du passage entre le bon et le très bon joueur. Car le problème n’est pas tant la hauteur apparente du palier que sa densité. La frontière peut être mince en termes de différence observable sur une action, tout en étant extrêmement difficile à franchir en termes de quantité, de précision, de répétition et de stabilité des comportements performants. Le très bon joueur n’est pas nécessairement celui qui sait faire beaucoup plus de choses que le bon joueur. Il est souvent celui qui réalise beaucoup mieux, beaucoup plus vite, beaucoup plus souvent et dans beaucoup de configurations ce que le bon joueur sait déjà faire. 1. Le principe de Pareto et la concentration des déterminants C’est précisément ici que le principe de Pareto offre une grille de lecture particulièrement féconde. Il convient toutefois de l’utiliser avec rigueur. La fameuse relation dite des « 80/20 » ne constitue pas une loi universelle selon laquelle, dans toute situation, 20 % des causes produiraient exactement 80 % des effets. Le travail de Vilfredo Pareto portait initialement sur des distributions très inégales de la richesse, alors que l’usage ultérieur du principe a généralisé cette observation à des systèmes dans lesquels une minorité de facteurs contribue de manière disproportionnée au résultat. Dans le football, son intérêt est donc moins de rechercher mécaniquement un ratio de 20/80 que de comprendre une idée fondamentale. La performance n’est pas distribuée uniformément entre les différentes qualités qui produisent le jeu. Quelques déterminants particulièrement sensibles peuvent produire une part considérable de la différence finale. Appliqué au passage du bon au très bon joueur, le principe de Pareto permet ainsi de comprendre pourquoi un joueur peut posséder 80 ou 90 % des qualités nécessaires pour évoluer à un niveau élevé sans pour autant être capable d’atteindre ce niveau. La difficulté réside dans les derniers pourcentages, non parce qu’ils représenteraient simplement une quantité supplémentaire de travail, mais parce qu’ils concentrent une multitude de contraintes qualitatives. Le joueur sait faire une passe du plat du pied. Il sait contrôler un ballon. Il sait accélérer. Il sait se démarquer. Il sait frapper. Il sait défendre. Il comprend globalement le jeu. Mais le très bon joueur exécute ces mêmes opérations avec une précision supérieure, dans un temps inférieur, sous davantage de contraintes, avec moins d’informations disponibles, après un déplacement intense, avec un adversaire proche, parfois sur son mauvais pied, et surtout avec une très faible probabilité d’erreur. 2. Le détail comme lieu de l’excellence La différence peut alors devenir presque microscopique. Une passe correcte ne peut pas arriver à destination avec 50cm de trop ou de moins. Elle sera considérée comme réussie dans un contexte d’entraînement ordinaire, alors que cette même variation peut empêcher le partenaire professionnel de jouer en une touche, ralentir la circulation du ballon ou permettre au défenseur de fermer l’espace. Le bon joueur réussit la passe. Le très bon joueur la place exactement là où elle permet à l’action suivante d’exister. Le premier maîtrise le geste. Le second maîtrise les conséquences du geste. C’est dans cette logique que la notion de coordination fine prend tout son sens. L’approche que je propose insiste sur le fait que la coordination générale « ne se transfère pas » en coordination fine spécifique au football. Les exigences du contrôle, de la passe, du dribble, de la frappe ou de l’ajustement gestuel sous pression doivent être travaillées dans des contextes suffisamment spécifiques, variables et contraints pour construire une capacité d’adaptation véritablement footballistique. L’enjeu n’est donc pas seulement de posséder une bonne motricité générale, mais de parvenir à stabiliser des coordinations fines capables de conserver leur précision malgré les perturbations du jeu. Cette distinction permet de comprendre pourquoi les dernières fractions de compétence sont si difficiles à acquérir. Le bon joueur possède déjà le vocabulaire technique. Le très bon joueur en maîtrise la syntaxe temporelle. Il sait non seulement quoi faire, mais à quel moment, avec quelle intensité, avec quelle orientation corporelle, dans quelle zone de l’espace et avec quelle marge d’erreur. L’excellence ne se situe donc pas nécessairement dans l’apparition d’un geste nouveau. Elle se situe dans l’optimisation de paramètres qui deviennent de plus en plus fins. 3. Du volume de travail à la qualité de l’adaptation Le phénomène peut être représenté par une courbe de rendement décroissant. Les premiers apprentissages produisent des progrès visibles et rapides. Apprendre à frapper du pied droit, à conduire un ballon, à réaliser une passe courte ou à accélérer correctement produit immédiatement des gains importants. Mais lorsque ces compétences sont déjà acquises, chaque amélioration supplémentaire devient plus difficile à obtenir et exige davantage de précision dans l’entraînement. Le joueur ne peut plus se contenter de « s’entraîner plus ». Il doit « s’entraîner mieux », soit sur les bons déterminants, avec une qualité d’exécution suffisamment élevée pour que chaque répétition ait une véritable valeur adaptative. C’est précisément ce qui m’a amené à proposer d’adopter une approche qualitative de l’entraînement physique footballistique. Cette approche consiste à considérer que l’objectif n’est pas d’accumuler indifféremment du travail, mais de sélectionner les stimulations susceptibles de produire les adaptations footballistiques les plus performatives. Dans cette perspective, l’entraînement doit être pensé en fonction de la qualité de la réponse recherchée plutôt qu’en fonction du seul volume de travail. Cette orientation rejoint directement la logique du principe de Pareto. Si certains déterminants expliquent une part disproportionnée de la performance, alors leur identification et leur entraînement deviennent prioritaires. C’est ce qui explique que, selon une analyse stratégique, je caractérise le football comme un sport de vitesse. Pour donner une application concrète de l’importance de cette identification, les activations des entraînements en sont un exemple parfait. Selon le principe de Pareto, une fraction relativement réduite du temps d’entraînement, lorsqu’elle est consacrée à des stimulations orientées vers la vitesse, peut contribuer de manière majeure à réaliser le cahier des charges physique footballistique. L’intérêt de cette proposition dépasse toutefois le chiffre lui-même. Elle affirme surtout que le temps d’entraînement doit être hiérarchisé selon la valeur fonctionnelle des contenus plutôt que distribué uniformément entre toutes les qualités imaginables. Cette hiérarchisation devient fondamentale lorsque l’on cherche à faire franchir au joueur le dernier palier. Le bon joueur peut progresser grâce à une quantité importante de travail relativement général. Le très bon joueur, lui, nécessite une architecture d’apprentissage dans laquelle chaque stimulus est suffisamment performatif pour consolider les qualités qui font réellement la différence. Le passage du bon au très bon n’est donc pas une simple accumulation. Il relève davantage de la sélection, de la précision et de la répétition qualitative de toute la gestuelle footballistique. 4. La spécificité comme condition de la maîtrise C’est ici que la spécificité devient déterminante. Une compétence ne peut être considérée comme pleinement acquise que lorsqu’elle résiste aux contraintes qui caractérisent son utilisation réelle. Un joueur peut réaliser 100 passes parfaites sans opposition et perdre une part considérable de cette précision lorsqu’il doit contrôler son orientation corporelle, percevoir simultanément un adversaire, accélérer son déplacement, recevoir le ballon sur son mauvais pied et transmettre en une touche. L’écart entre ces deux situations mesure précisément la distance entre la maîtrise apparente et la maîtrise fonctionnelle. Le football est un sport dans lequel les contraintes changent continuellement. La distance à l’adversaire varie, la vitesse du ballon varie, les angles de transmission varient, la position des partenaires varie, le temps disponible varie et l’état de fatigue varie. Une compétence véritablement supérieure est donc une compétence robuste à la variation. Non pas en y résistant mais en l’absorbant pour devenir un atout fonctionnel. C’est pourquoi la coordination fine ne peut être pensée comme une répétition mécanique d’un geste identique. Elle doit devenir une capacité de régulation. C’est pourquoi j’insiste sur l’entraînement par variations, soit des perturbations contrôlées et la recontextualisation des gestes techniques dans des environnements instables. Le très bon joueur est alors celui dont la précision survit à la complexité, la domine ou plus simplement la maitrise. Cette définition est fondamentale. Dans un environnement stable, de nombreux joueurs peuvent produire des gestes de haut niveau. La sélection se fait lorsque l’environnement devient instable. La qualité d’un joueur ne se mesure plus seulement à son meilleur geste, mais à sa capacité à maintenir un haut niveau de qualité lorsque les conditions internes (le corps) et externes (le jeu de l’équipe) d’exécution se dégradent. 5. La performance exceptionnelle n’est pas de la consistance Cela permet également de comprendre pourquoi une performance exceptionnelle sur un match ne constitue pas nécessairement la preuve qu’un joueur possède le niveau professionnel. Une rencontre peut permettre à un joueur de mobiliser momentanément ses ressources dans des conditions favorables. Il peut bénéficier d’un contexte émotionnel exceptionnel, d’une forte motivation, d’un adversaire qui lui convient, d’un scénario de match favorable ou d’une succession d’actions dans lesquelles ses qualités s’expriment particulièrement bien. Le très haut niveau exige autre chose. La capacité à reproduire cette qualité dans une succession de contextes différents. La consistance devient alors l’un des concepts les plus importants pour comprendre l’excellence. Je la présente comme « la capacité à maintenir une densité d’impact élevée et constante ». Cette notion permet de résoudre une contradiction apparente. Comment un joueur peut-il être suffisamment bon pour rivaliser ponctuellement avec des professionnels sans être lui-même un joueur professionnel établi ? La réponse est que le niveau professionnel ne correspond pas simplement au niveau maximal qu’un joueur peut atteindre. Il correspond davantage au niveau qu’il est capable de reproduire, sous contraintes, dans la durée. Autrement dit, le bon joueur possède un plafond élevé. Le très bon joueur possède un plafond quasiment équivalent mais, en plus il bénéficie d’un plancher élevé. Il y a entre les deux une différence fondamentale de variance. Le premier peut produire des séquences extraordinaires puis revenir à un niveau ordinaire. Le second réduit progressivement l’écart entre ses meilleures et ses moins bonnes productions. Il transforme ainsi son exceptionnel en normalité. 6. L’apprentissage des microdifférences Cette transformation est extrêmement coûteuse en termes d’apprentissage. Pour reprendre l’exemple de la passe, le joueur ne doit pas simplement apprendre à envoyer le ballon à une distance donnée. Il doit être capable de reproduire la trajectoire, la vitesse et la zone de réception avec une marge d’erreur réduite, indépendamment des variations de posture, de déplacement, de pression temporelle et d’environnement. L’apprentissage porte donc moins sur le geste lui-même que sur l’équilibration de la relation entre intention, perception et exécution. Le principe de Pareto peut ici être approfondi par une seconde idée. Les petits écarts peuvent avoir de grands effets lorsqu’ils se répètent. Une différence de quelques centimètres d’ouverture angulaire du pied lors de la frappe d’une passe, de quelques centièmes de seconde dans une prise de décision ou de quelques degrés dans l’orientation du corps peut sembler insignifiante alors qu’elle se transforme systématiquement 10 m plus loin en un écart de 1 mètre, donc en mauvaise passe. Reproduite plusieurs dizaines de fois par match, cette différence insignifiante devient structurelle. Elle modifie le nombre d’actions réussies, la vitesse de circulation du ballon, la capacité à conserver l’avantage positionnel et finalement la probabilité de produire une action décisive. L’excellence est ainsi moins spectaculaire qu’on ne l’imagine. Elle est souvent constituée d’une multitude de détails presque invisibles. Le très bon joueur ne donne pas nécessairement au spectateur l’impression de faire quelque chose de radicalement différent. Parfois, il semble même être plus pauvre techniquement alors qu’il joue simplement plus juste. Son contrôle l’emmène un peu mieux vers l’action suivante. Sa passe arrive un peu plus tôt. Son appel commence un peu plus tard. Son orientation corporelle lui fait gagner un temps infime. Son accélération est déclenchée au moment exact. Sa décélération lui permet de conserver une meilleure position. Pris séparément, ces écarts sont minuscules. Agrégés, ils constituent un autre niveau de joueur. 7. Une préparation physique footballistique au service des exigences du jeu Cette accumulation explique pourquoi le dernier palier à franchir est particulièrement dense. En effet, il ne suffit pas de corriger un défaut majeur. Il s’agit d’identifier et de traiter une multitude de microdéfauts aux effets négatifs dévastateurs. Or, plus le niveau augmente, plus les défauts deviennent difficiles à percevoir. Ils ne sont plus grossiers. Ils deviennent contextuels. Le joueur ne manque plus sa passe de manière évidente. Il la réussit, mais elle pourrait être plus rapide. Il ne perd plus systématiquement ses duels, mais son orientation initiale pourrait être meilleure. Il ne manque plus de vitesse, mais il pourrait mieux exploiter sa vitesse maximale dans les situations footballistiques qui la requièrent. C’est pourquoi l’approche qualitative de l’entraînement devient indissociable du très haut niveau. Lorsque les qualités générales sont déjà importantes, le gain marginal produit par une charge supplémentaire non spécifique peut devenir faible, tandis que le gain obtenu par une intervention extrêmement ciblée peut être considérable. La question n’est donc plus « combien entraîner ? », mais « quelle qualité d’adaptation voulons-nous provoquer ? ». La préparation physique footballistique que je défends s’inscrit dans cette logique lorsqu’elle cherche à rendre la difficulté facile, non pas en diminuant les exigences du football, mais en développant la capacité du joueur à les supporter et à les exécuter avec moins de coûts. À ce titre, il revient au préparateur physique footballistique (PPF) de corriger l’invisible. La formule est particulièrement sagace pour comprendre la transition entre les niveaux. Le joueur moyen subit la difficulté. Le bon joueur la surmonte. Le très bon joueur finit par la rendre presque invisible. Ce dernier n’a pas nécessairement moins de contraintes que les autres. Il possède une organisation motrice, perceptive, énergétique et décisionnelle qui lui permet de les absorber avec davantage d’efficience. La difficulté demeure objective, mais elle devient subjectivement et fonctionnellement plus facile à traiter. 8. Sortir d’une conception purement quantitative Cela conduit à remettre en question une conception quantitative de la préparation physique footballistique. Le volume de travail demeure important, mais il ne garantit pas la qualité de l’adaptation. Cela explique pourquoi je critique le modèle traditionnel d’une préparation physique footballistique qui chercherait d’abord à construire une base extensive avant d’introduire progressivement l’intensité et la spécificité. L’alternative que je propose consiste à intégrer beaucoup plus tôt les exigences de vitesse et de qualité propres au football, puis à développer la capacité du joueur à répéter ces actions. Cette conception est cohérente avec le problème du passage du bon au très bon joueur. Si le joueur doit devenir exceptionnellement précis sous des contraintes élevées, il paraît difficile de repousser constamment l’exposition à ces contraintes à une phase ultérieure. Au contraire il s’agit dès la première exécution, de ne tolérer que ce qui est juste et exact d’autant plus, que cela ne coûte pas plus énergétiquement, voire moins, même si cela exige de la concentration donc, de l’investissement cognitif qui fatigue nerveusement. La qualité des activations constitue, dans cette perspective, un autre exemple révélateur. Une activation correctement conçue peut être considérée comme une fraction de temps relativement réduite, mais à forte valeur ajoutée, capable de préparer simultanément les dimensions motrices, techniques, perceptives et énergétiques du joueur. Le principe de Pareto ne consiste alors pas à travailler moins pour travailler moins, mais à concentrer le travail sur les déterminants qui ont le meilleur rendement footballistique. 9. La rigueur, la patience et la maturation La rigueur devient alors une condition de réalisation de cette approche. Lorsque les progrès portent sur des détails extrêmement fins, la moindre approximation dans la conception ou l’exécution de l’entraînement peut compromettre l’apprentissage recherché. La rigueur ne doit toutefois pas être confondue avec de la rigidité. Dans le sens qu’elle correspond davantage au maintien d’une exigence qualitative dans la durée, à la capacité de questionner en permanence la qualité de ce qui est proposé et à la volonté de ne pas dévier de la ligne de conduite malgré les pressions extérieures. Cette conception permet également de comprendre pourquoi la précipitation constitue un obstacle majeur au développement des joueurs. Le football contemporain produit une pression considérable pour obtenir rapidement des résultats, détecter rapidement les talents et valoriser rapidement les joueurs. Or, la maturation et l’engrammation d’une compétence complexe ne répondent pas nécessairement aux temporalités du marché. Le talent peut rendre le joueur visible avant qu’il ne soit prêt. Il peut alors être exposé à des exigences pour lesquelles il ne possède pas encore les ressources pour les satisfaire de manière stable. Le paradoxe est alors saisissant… Plus un joueur se rapproche du très haut niveau, plus son développement doit devenir précis et moins il peut être accéléré de manière brutale. Il doit même avoir été programmé depuis très longtemps. Les gains ne sont plus obtenus par de grands changements, mais par une succession de petites améliorations consolidées. L’impatience peut donc être contre-productive. Elle pousse à changer trop souvent de méthode, de club, d’environnement ou de contenu d’entraînement alors que l’apprentissage a précisément besoin de continuité pour produire ses effets. Cette solidification des compétences n’est cependant pas l’immobilisme. Il ne s’agit pas de répéter éternellement les mêmes exercices, mais de conserver une direction tout en faisant varier les contraintes. La véritable consistance ne consiste pas à reproduire toujours la même séance. Elle consiste à reproduire une exigence de qualité à travers des situations différentes. C’est précisément cette combinaison entre stabilité du niveau d’exigence et variabilité du contexte qui permet au joueur de transformer une compétence fragile en compétence robuste. 10. Le passage d’un bon joueur à un très bon joueur est un changement de nature d’action Le passage du bon au très bon joueur peut donc être envisagé comme un changement de nature plutôt que comme une simple augmentation de quantité de capacité. Le bon joueur sait. Le très bon joueur maîtrise. Le bon joueur peut réussir. Le très bon joueur réussit fréquemment. Le bon joueur est capable d’exécuter. Le très bon joueur exécute avec une précision compatible avec le rythme du jeu. Le bon joueur peut produire une performance exceptionnelle. Le très bon joueur transforme cette performance exceptionnelle en niveau de référence. Cette distinction explique également pourquoi le recrutement professionnel ne peut jamais être réduit à l’observation de quelques performances spectaculaires. Le recruteur qui regarde uniquement ce qu’un joueur peut faire risque de confondre potentiel maximal et niveau fonctionnel. La question plus sagace consiste à déterminer ce que le joueur produit habituellement, dans combien de configurations il peut le produire, avec quelle marge d’erreur et avec quelle capacité de répétition. Autrement dit, la question n’est pas seulement de savoir si le joueur peut atteindre le niveau professionnel, mais s’il peut y (sur)vivre durablement. C’est probablement là que se situe la véritable difficulté du franchissement du dernier palier. La concurrence ne se joue pas uniquement entre des joueurs qui savent faire et des joueurs qui ne savent pas faire. Elle oppose de nombreux joueurs qui savent déjà faire beaucoup de choses. Le nombre de joueurs possédant un niveau technique, athlétique et tactique élevé est considérable. Ce qui devient rare est la combinaison d’une très grande précision, d’une forte vitesse d’exécution, d’une capacité d’adaptation élevée, d’une disponibilité physique suffisante et surtout d’une consistance permettant de maintenir ces qualités dans le temps. Le marché professionnel sélectionne donc moins les joueurs capables de produire une action de niveau professionnel que ceux capables de produire une succession suffisamment longue d’actions de niveau professionnel. Cette nuance est essentielle. Elle permet de comprendre pourquoi une équipe professionnelle peut être mise en difficulté par une équipe inférieure lors d’un match de coupe sans que cela signifie que les deux effectifs possèdent le même niveau. Sur une rencontre, les distributions de performance peuvent se rapprocher. Sur une saison entière, les écarts de consistance, de profondeur de banc, de récupération, de vitesse, de maîtrise technique et de capacité à répéter les performances apparaissent. 11. Une excellence constituée de détails Le football de haut niveau est ainsi moins une compétition entre des joueurs qui savent faire et des joueurs qui ne savent pas faire qu’une compétition entre des degrés de maîtrise. Et plus le niveau s’élève, plus les différences deviennent petites dans leur manifestation mais grandes dans leurs conséquences. C’est cette apparente contradiction qui rend le passage du bon au très bon si difficile à comprendre. Le principe de Pareto permet finalement d’en proposer une lecture synthétique. Dans un système complexe comme le football, une partie relativement réduite des déterminants de performance peut produire, selon des logiques systémique et multiplicative, une part disproportionnée de la différence observée entre les joueurs. Mais lorsque tous les joueurs ont déjà acquis ces déterminants à un niveau élevé, l’avantage ne disparaît pas. Il se déplace vers des facteurs plus fins. Les « 20 % » les plus déterminants deviennent eux-mêmes plus difficiles à identifier et à perfectionner. L’amélioration se concentre alors dans une succession de détails qui, pris isolément, semblent dérisoires mais dont l’agrégation produit un effet considérable. C’est pourquoi l’excellence footballistique est probablement moins une affaire de rupture que de convergence. Le très bon joueur ne devient pas nécessairement un autre joueur. Il devient une version plus précise, plus robuste, plus rapide, plus efficiente et plus consistante de celui qu’il était déjà. Son évolution est parfois presque invisible à l’œil nu, alors que ses conséquences sur ses performances individuelles et collectives sont considérables. Il faut donc se méfier de l’idée selon laquelle le dernier palier serait mince donc facile à franchir. Il est mince dans l’écart observable entre deux actions réussies, mais il est dense dans le nombre de variables qu’il faut simultanément maîtriser pour rendre ces actions reproductibles. Entre un bon plat du pied et une passe parfaite, il n’y a peut-être que quelques dizaines de centimètres. Entre le joueur qui réussit occasionnellement cette passe et celui qui la réalise avec la bonne vitesse, au bon endroit, au bon moment, sous pression et avec une constance remarquable, il existe en revanche des années d’apprentissage, d’ajustements et de travail qualitatif. 12. Transformer la possibilité en normalité Le très bon joueur est donc celui qui a appris à réduire l’incertitude de son propre comportement sans chercher à réduire l’incertitude du jeu. Il devient plus précis alors que son environnement reste imprévisible. Il devient plus consistant sans devenir rigide. Il devient plus rapide sans précipitation. Il devient plus explosif sans forcer et garde ainsi toute sa finesse gestuelle. Il transforme la répétition en maîtrise et la maîtrise en disponibilité pour le jeu. Ainsi, le véritable enjeu de la formation n’est peut-être pas de fabriquer davantage de joueurs capables d’atteindre ponctuellement un très haut niveau. Ils sont déjà nombreux. L’enjeu est que la plus grande partie possible de ces bons joueurs soient capables de vivre à ce niveau, c’est-à-dire capables de reproduire leur excellence lorsque la difficulté, la pression, la fatigue, l’incertitude et la concurrence augmentent. C’est là que se situe la véritable sélection. Au contraire de ce que pensent certains joueurs talentueux, le passage du bon au très bon joueur n’est donc ni une frontière magique, ni la conséquence exclusive du talent, du hasard, d’un agent ou d’une opportunité. Ces éléments peuvent ouvrir une porte, mais ils ne suffisent pas à permettre au joueur de franchir cette porte. Le véritable passage repose sur une accumulation de détails, sur une hiérarchisation intelligente des déterminants de performance, sur la spécificité de l’apprentissage, sur la qualité des stimulations, sur la patience nécessaire à la maturation et sur la rigueur indispensable à leur répétition. Le palier est mince, certes, mais il est extraordinairement dense, donc considérablement grand. Et c’est précisément parce que tous les bons joueurs savent déjà faire beaucoup de choses que les derniers détails deviennent, paradoxalement, les plus difficiles à résoudre. L’excellence footballistique commence ainsi peut-être là où cesse la simple capacité à réussir. Elle commence lorsque réussir devient suffisamment précis, suffisamment rapide, suffisamment adaptable et suffisamment fréquent pour ne plus constituer un événement. Le très bon joueur n’est pas celui qui réussit parfois ce que les professionnels réussissent. C’est celui qui a progressivement transformé par l’entraînement cette possibilité en normalité en bénéficiant d’un encadrement qui l’a compris.
- Arrêtons d’infantiliser les joueurs en les activant comme des enfants et de désactiver ces derniers par l’absence d’échauffement
Deux scènes se répètent inlassablement sur les terrains de football chaque week-end. D’un côté, les joueurs professionnels, respectivement de haut niveau, qui s’apprêtent à entrer sur le terrain bénéficient d’activations de match minutieusement préparées, organisées et chronométrées. Ils sont accompagnés par un ou plusieurs préparateurs physiques footballistiques (PPF) qui les dirigent, les guident, les observent, ajustent les contenus, régulent les intensités pour s’assurer que chaque joueur aborde la rencontre dans les meilleures dispositions possibles. De l’autre côté, sur les terrains de jeunes, notamment dans les catégories de formation, ou encore des niveaux amateurs, l’échauffement est souvent juste considéré comme une formalité nécessaire pour ne pas se blesser pour le match à venir. Quelques minutes de course, quelques mouvements généraux, parfois quelques étirements, quelques passes et les joueurs sont considérés comme « échauffés », donc prêts à l’action car au mieux de leur capacité. Plus fréquemment encore, le jeune remplaçant, tout comme l’amateur, est très souvent laissé seul pour préparer son entrée en jeu. Une forme de paradoxe apparaît alors. Le football d’aujourd’hui demande au joueur performant, donc pertinent, efficace et efficient, d’être autonome dans le jeu en prenant des décisions, en assumant ses choix, en faisant preuve de personnalité, en comprenant les situations avant les autres joueurs et en s’adaptant à ses partenaires et à ses adversaires pour dominer le jeu. Or plus ils sont compétents pour le faire, donc payés à ce titre très grassement, plus on les encadre en leur disant comment s’occuper d’eux-mêmes lors des échauffements. Bref, on les échauffe à leur place. Par contre, pour le joueur en phase d’apprentissage, donc en acquisition de compétence, son échauffement est confié au capitaine de son équipe, à l’assistant de l’entraîneur ou encore à un jeune PPF qui n’ont pas nécessairement les connaissances nécessaires pour bien échauffer des jeunes corps. Cette situation est poussée à son paroxysme, lorsque le jeune joueur prépare tout seul son entrée en cours de match comme s’il savait exactement quoi et comment le faire. Ces situations peuvent s’expliquer parce que l’échauffement est considéré comme une partie négligeable de la compétitivité footballistique dans les jeunes catégories et une partie essentielle pour les joueurs confirmés, notamment pour bien débuter les matchs. Or si l’on part de l’évidence, d’une part, que ce sont les joueurs qui militent au plus haut des niveaux qui sont les plus compétents et, d’autre part, que ce sont ces joueurs qui connaissent et/ou sentent le mieux leur corps, donc qui savent exactement ce dont ils ont besoin, ils ne peuvent pas déléguer leur échauffement à une tierce personne. En effet, à ce niveau, l’échauffement est un processus de régulation individuelle. Pour donner une image de la situation, la mise au point d’une Ferrari pour performer sur un circuit se fait par son pilote, non par ses mécaniciens. Cette absurdité situationnelle footballistique, ou mauvais-sens, doit être interrogée. Je le fais ici à l’aune des échauffements que bien évidemment tout le monde connait. Sauf, lorsque l’on demande à ce monde d’expliquer précisément leurs mécanismes et leurs multiples fonctions. À ce moment, un long silence réflexif s’installe. Cet article ambitionne justement de le combler. S’il semble malgré tout futile, je me permets de souligner que l’Association suisse de football cherche systématiquement à améliorer les procédures d’échauffement des équipes pour qu’elles puissent intensifier qualitativement leurs séances d’entraînement, respectivement des matchs. 1. De la mise en température à la mise en disponibilité par l’échauffement L’échauffement remplit une évidence que tout le monde connait intuitivement. Avant de demander à un corps de produire des efforts importants, il faut le « mettre en température ». Cette appréhension n’est bien entendu pas fausse, mais elle est aujourd’hui trop limitée pour rendre compte de ce qui se joue réellement dans les minutes qui précèdent un match ou un entraînement. Aujourd’hui, on a bien compris que l’échauffement footballistique est multifonctionnel. Il modifie la température musculaire et corporelle, mais aussi la cinétique de consommation d’oxygène, les réponses métaboliques corporelles, l’activation neuromusculaire, la disponibilité mécanique des muscles et des tendons, la coordination, l’attention et la préparation psychologique. L’échauffement doit donc être une intervention structurée qui vise à optimiser le « readiness » des joueurs aux matchs et aux entraînements. Cette conscientisation de la Chose s’avère particulièrement nécessaire pour le football, qui est un sport complexe. Un joueur ne doit pas simplement passer du repos à une température corporelle supérieure pour performer. Il doit devenir progressivement capable d’accélérer, de freiner, de changer de direction, de sauter, de lutter, de frapper, de répéter des efforts à intensité maximale, de percevoir son environnement et de prendre des décisions tout en maîtrisant techniquement le ballon le mieux possible. L'objectif de l’échauffement footballistique est donc moins de « chauffer corporellement » le joueur que de le rendre progressivement disponible pour jouer le mieux possible. Il y a ici plusieurs manières complémentaires de l’amener à le faire. Avant de débuter cette discussion, il est à noter que l’échauffement que j’interroge ici est la partie physique d’une activation footballistique. 1.1. Les différentes composantes de l’échauffement footballistique La première composante est donc celle de la température. L’augmentation de la température musculaire contribue à modifier favorablement les processus physiologiques et mécaniques de la production de la performance. Elle facilite les réactions métaboliques, augmente le débit sanguin et influence les propriétés contractiles des muscles. Elle propose une entrée progressive dans l’activité au lieu d’un passage brutal du repos à un effort maximal. Cette conception reste sagace aujourd’hui, mais elle ne suffit plus. Un joueur peut être « chaud » sans être réellement prêt à produire une gestuelle footballistique performante. C’est pourquoi la composante de la température doit être complétée par celle de l’activation neuromusculaire. L’activation neuromusculaire vise à préparer le système neuromusculaire aux actions footballistiques. Si le joueur doit accélérer, sauter, changer de direction ou être explosif et réactif, il est logique d’intégrer progressivement ces mouvements et leur niveau d’intensité dans un échauffement préparatoire. Les accélérations, les décélérations, les changements de direction, les impulsions et les mouvements dynamiques d’échauffement deviennent alors des moyens de préparer la motricité footballistique du jeu. Une troisième composante concerne la spécificité. Un échauffement performant ne doit pas être seulement général. Il doit préparer à la spécificité de la tâche. Le footballeur ne prépare pas son corps comme un nageur ou un haltérophile. Même au sein du football, les contraintes peuvent varier selon le poste, le rôle, le profil athlétique, les habitudes du joueur et le contexte de la rencontre. Cette spécificité ne signifie toutefois pas de reproduire un match pendant vingt minutes. Elle signifie que les sollicitations choisies doivent avoir un rapport avec ce que le joueur devra réellement produire dans le match. Cette spécificité comprend la potentialisation post-activation, aujourd’hui plus largement désignée par le terme post-activation performance enhancement (PAPE). Le principe est d'utiliser, après un échauffement général, une sollicitation suffisamment intense mais suffisamment brève pour favoriser ensuite une meilleure expression physiologique du joueur. Mais cette stratégie exige de la prudence. Une charge trop importante par un volume trop élevé en vitesse, en explosivité footballistiques ou une récupération insuffisante peuvent produire exactement l'effet inverse, soit de la fatigue plutôt qu'une amélioration de la performance. La règle est ici simple. L'échauffement doit laisser le joueur plus disponible qu'il ne l'était avant de commencer. Une intensification lactique peut toutefois être envisagée comme un apport à la préparation physiologique des joueurs. Les sollicitations intenses et brèves pré-match qui provoquent une élévation transitoire importante de la lactatémie du joueur activent non seulement son processus oxydatif mais, par le cycle de Krebs, fournissent un apport supplémentaire d’ATP. C'est a priori ce que l’on peut comprendre par le fameux « deuxième souffle ». Une quatrième composante concerne la mobilité. L'histoire de l'échauffement sportif a longtemps accordé une place importante aux étirements musculaires statiques pour que le corps accepte des angulations segmentaires plus amples. Mais leur utilisation immédiatement avant des actions explosives doit être réfléchie car ils baissent le niveau de pré-tension musculaire déterminant la qualité du déclenchement d’une action, ou slack musculaire. De fait, ce type d’étirements doit être suivi par des étirements dynamiques. L'effet produit par des étirements dépend donc de leur durée, de leur volume et des exercices qui les suivent. La question n'est donc plus « faut-il faire des étirements ? » mais plutôt « pourquoi, lesquels, quand, combien de temps et pour quelle tâche ? ». C'est précisément ce changement de raisonnement qui distingue une routine quelconque d'un véritable échauffement. Dans ce cadre et plus spécifiquement pour le football, le programme FIFA 11+ illustre une évolution importante. Celle d'un échauffement footballistique pensé également comme un outil de prévention et de développement neuromusculaire. Ce programme associe notamment course, contrôle neuromusculaire, force, équilibre et exercices spécifiques. Son adoption a montré des bénéfices sur une réduction du nombre de blessures. Mais, il faut distinguer un programme de prévention à moyen ou long terme d'un échauffement pré-compétitif. Si le FIFA 11+ est intéressant dans la construction d'une culture de prévention, il ne signifie pas pour autant que l'intégralité du programme doit être reproduite telle quelle avant chaque match, indépendamment de l'état du joueur, du moment de la saison et des exigences de la rencontre. Il faut donc résister à la tentation de remplacer une routine universelle, ou son absence, par une (autre) routine universelle. Si on considère que le football est un sport de vitesse, on se doit de se préoccuper de l’état des systèmes neuromusculaires des joueurs, sachant que la qualité de vitesse demande qu’ils soient frais et disponibles, ou alacrites. Dans cette perspective, l'échauffement footballistique ne consiste pas uniquement à augmenter progressivement l'intensité physiologique des joueurs. Il doit également stimuler le système nerveux pour qu’il soit dans les meilleures conditions possibles. Pour ce faire, je propose d’intégrer aux échauffements footballistiques des composantes de reset neuromusculaire par l'Intégration motrice primordiale (IMP). Concrètement, je propose que les échauffements footballistiques adoptent le protocole pré-entraînement Vitruve-Football.net qui mobilise coordinativement la respiration diaphragmatique, les mouvements croisant la ligne médiane, les mouvements controlatéraux, la mobilisation du système vestibulaire par les mouvements de tête ainsi que des déplacements et des mouvements coordonnés. L'ensemble vise à favoriser une meilleure organisation et une meilleure disponibilité du système neuromoteur avant l'activité. Il convient cependant, comme pour les autres composantes de l'échauffement footballistique, de ne pas transformer cette approche en nouveau protocole universel. L'IMP ne doit pas être ajoutée mécaniquement à toutes les séances. Son utilisation dépend de l'état du joueur, de la nature de la séance et de l'objectif recherché. Ce protocole prend surtout son sens lorsqu'il répond à un besoin identifié qui est de retrouver de la disponibilité, de la coordination et de la fraîcheur neuromusculaire pour bien et mieux produire et exprimer de la vitesse footballistique. L'échauffement footballistique apparaît alors comme un ensemble beaucoup plus riche qu'une simple succession d'exercices. Il peut successivement ou simultanément agir sur la température, le métabolisme, le système neuromusculaire, la mobilité, la coordination, la perception et la disponibilité cognitive au jeu. La question n'est donc plus seulement de savoir quels exercices réaliser, mais dans quel état le joueur se trouve, dans quel niveau de compétitivité il doit parvenir et quelles sollicitations permettent de l'y conduire avec le moins de fatigue possible. 1.2. Vers un modèle pratique d’échauffement de match en trois temps À partir de ces différentes explications, il est possible de construire un modèle d’échauffement simple pour le football. Il ne s'agit pas d'un protocole universel, mais d'une architecture permettant au joueur de se construire, et pour le PPF de transmettre une disponibilité compétitive la plus adéquate pour aborder les matchs et les entraînements. Première étape : augmenter progressivement le niveau physiologique du joueur (10mn à 15mn) La première phase vise à faire passer individuellement progressivement l'organisme du repos à l'activité en élevant la température corporelle. Elle dure environ 10 minutes à 15mn en comprenant des activités continues de type séance de course ou de vélo. Ces activités continues peuvent aussi faire l’office d’un apprentissage fonctionnel footballistique de ses mouvements cycliques, à l’exemple de l’Ecole de vitesse de Vitruve-Footall.net. Ici, l'objectif est de créer une première élévation de l'activité physiologique dont la conséquence est une élévation de la température corporelle que l’on remarque par des fronts qui commencent à perler de sueur. Deuxième étape : augmenter progressivement l’activation neuromusculaire du joueur (10mn à 15mn) La deuxième phase s’oriente vers les exigences fonctionnelles du football. Pour ma part, je propose de les débuter par des étirements statiques selon des séquences de surtensions de 15 secondes, qui sont complétées par la suite par des étirements balistiques tels que des : - exercices d’équilibration et de contrôle moteur; - mobilités de cheville et de hanche ; - fentes dynamiques ; - mobilités dynamiques ; - rotations contrôlées ; - … A leur suite, l’idée est d’activer fonctionnellement la vitesse des joueurs par des exercices tels que : - montées de genoux et talons-fesses dynamiques ; - petits sauts de course ; - accélérations progressives ; - freinages contrôlés ; - changements de direction par absorption des forces cinétiques ; - accélérations sur signal ; - … Cette phase se termine par quelque 6 à 8 accélérations de 15m à 20m à vitesse maximale, ou de 85% à 90%, qui va de vite à plus vite, dans lesquelles on peut intégrer des exercices de réaction. Les pauses sont complètes entre les séquences de course, à savoir d’une durée au minimum de 1mn Troisième étape : préparer fonctionnellement le joueur individuellement et en équipe (15mn à 25 mn) La dernière phase doit connecter le joueur au jeu avec l’introduction ici du ballon. D’abord par des ajustements techniques tels que : - passes courtes à intensité croissante ; - contrôles orientés ; - frappes progressives ; - déplacements après passe ; - changements de direction avec ballon ; - duels ou oppositions très courtes ; - ... Puis par des jeux réduits à faible volume mais à haute intensité - jeux réduits à haute intensité mais à faible volume - tir aux buts et autres réglages individuels Retour au vestiaire pour la préparation finale du match. 1.3. Le re-warm-up de la mi-temps Une réflexion portant sur l'échauffement footballistique doit également aborder la problématique de la mi-temps. La première chose à conscientiser est qu’après 15mn de pause, le joueur n’a pas perdu ses adaptations de match. Ceci même si sa température musculaire et son niveau d’excitation neuromusculaire diminuent un petit peu. Dans ce cadre, il est de plus en plus habituel de réactiver les joueurs à leur sortie des vestiaires. Mais de deux choses l’une. Soit on le fait sérieusement, auquel cas ce type de séances dure de 5mn à 10mn, soit on ne le fait pas. En effet, 2 ou 3 petits exercices de réactivité exécutés pour le moins en dilettante ne servent strictement à rien si ce n’est à rendre ridicule aux yeux de tous l’intervention des PPF. Par ailleurs, penser que les joueurs sont complètement désactivés, ou endormis, après 15mn de pause, c’est bien mal connaître la physiologie sportive. Les capacités des joueurs n’ont rien perdu de leur valeur, voire se sont bonifiées. Surtout après les discours de motivation de cadrage très souvent enlevés des entraîneurs. C’est d’ailleurs pour cela que les mi-temps existent. À savoir rendre les joueurs plus disponibles neuromusculairement. De fait, si les joueurs ont besoin d’être réveillés pour se remettre dans le jeu, cela signifie qu’ils sont fatigués. Ils sont donc moins aptes à jouer une seconde mi-temps à cause d’une préparation physique footballistique déficiente. Ce n’est pas ici quelques exercices de réactivité qui vont résoudre cet état de fatigue. 1.4. Le re-warm-up d’entrée en cours de match À l’origine, les remplacements en cours de match n’étaient pas autorisés. Puis, ils l’ont été sur blessure, puis à la convenance des entraîneurs à partir de 1967 pour 1 joueur, de 1976 pour 2 joueurs, de 1992 pour 3 joueurs, mais en cas de blessure du gardien, puis dès 1995 pour 3 joueurs. En 2018, un changement supplémentaire a été autorisé en cas de prolongations. Suite à la Covid-19, 5 remplacements sont autorisés (6 en cas de prolongations). La tendance est claire. Il y aura de plus en plus de remplacements autorisés dans le football. Cela offre davantage de possibilités aux entraîneurs de maintenir un haut niveau de jeu et/ou de réagir aux événements d’un match. Il est donc possible que l’on demande à l’avenir aux joueurs potentiellement remplaçants de se tenir constamment en éveil physique. Cette exigence est d’ailleurs déjà vécue dans les catégories juniors pour lesquelles les joueurs peuvent sortir et réintégrer le jeu en cours de match. Il y a ici une règle simple. Il ne s’agit pas de demander aux joueurs potentiellement remplaçants de se rééchauffer constamment mais de maintenir leur disponibilité physique. À ce titre, les joueurs doivent rester actifs avec et sans le ballon. Cette activation permanente ne signifie pas de faire le match sur les bords du terrain mais de garder son niveau de disponibilité physique de match en combinant étirements statiques et balistiques ainsi que sa température corporelle par de petites accélérations décontractées. Des exercices de rappel le permettent. Comme ce re warm up est de l’ordre du ressenti, il doit être effectué individuellement mais peut être tempéré par des PPF. 2. L'échauffement est une compétence qui doit être donnée aux jeunes joueurs et assumée individuellement par les professionnels L’échauffement footballistique ne doit pas être considéré comme un simple protocole imposé au joueur, mais comme une véritable compétence que celui-ci doit progressivement apprendre à maîtriser et à assumer. Puisqu’il est de nature individuelle car il dépend de l’état du joueur, de ses besoins et du contexte, le footballeur doit être capable de comprendre ses signaux corporels, d’identifier ce qu’il doit préparer, de choisir les sollicitations adaptées et de savoir quand il est réellement prêt à jouer. Il ne s’agit pas pour lui de devenir un PPF, mais de devenir progressivement l’acteur de son échauffement footballistique. Cette responsabilisation doit cependant être différente selon le niveau de pratique. Pour le joueur professionnel, qui devrait posséder par définition une grande expérience de son propre corps, le rôle du PPF n’est pas de penser et d’agir à sa place. Son objectif est de mettre en place une relation de collaboration et des conditions d’exercice dans lesquelles le professionnel et/ou le joueur de haut niveau peut exprimer ses besoins, tandis qu’il observe, questionne, objectivise, corrige et adapte. L’expertise du PPF ne disparaît pas avec l’autonomie du joueur. Elle consiste au contraire à savoir quand prescrire, expliquer, questionner, observer, conseiller, tranquilliser, rassurer ou laisser décider. À l’inverse, le jeune joueur, voire les joueurs dits amateurs, doivent être davantage accompagnés, car leur autonomie est encore en construction ou simplement absente. Le fait de leur demander simplement de « se chauffer » ne suffit pas à les préparer à débuter ou à entrer compétitivement dans un match. C’est une compétence qui s’acquiert progressivement grâce à l’apprentissage. Le rôle du PPF est donc d’abord de montrer, d’expliquer, d’accompagner puis de lâcher l’affaire. Cette progression peut être résumée par le passage de la prescription à la compréhension, puis à la participation, à la décision et enfin à l’autonomie. L’échauffement footballistique doit ainsi être enseigné comme une véritable compétence dans les académies et les processus de formation. Le jeune joueur doit apprendre à comprendre les objectifs de son échauffement footballistique, à gérer progressivement ses intensités, à préparer ses articulations et ses groupes musculaires, à s’exposer et s’exercer à la vitesse, à interpréter ses sensations, à identifier ses besoins et à adapter sa préparation à son poste, à son rôle et au contexte. Il doit également savoir quand solliciter le staff et comment se réactiver après une période d’inactivité. L’objectif n’est pas d’en faire un spécialiste de la physiologie, mais de lui transmettre suffisamment de connaissances pour qu’il puisse progressivement prendre en charge son échauffement. Si ses propos sont évidents aux yeux de tous, alors merci de m’expliquer pourquoi je n’ai jamais rencontré, lors de mes expériences de PPF dans le football élite junior et professionnel, un joueur sachant s’échauffer correctement. Cette conception fait également évoluer le rôle du PPF. Celui-ci ne doit plus seulement être celui qui construit le meilleur protocole d’échauffement, mais également celui qui apprend au joueur à construire et à adapter son propre protocole. La réussite du PPF peut alors se mesurer à sa capacité à transmettre son expertise jusqu’à rendre progressivement le joueur moins dépendant de sa présence. Chez le jeune, cet accompagnement est essentiel parce que sa compétence est encore en construction. Chez le professionnel, ou le joueur de haut niveau, il peut davantage prendre la forme d’une ressource permettant la personnalisation et l’optimisation de la préparation par l’échange de conseils. Il faut enfin distinguer clairement autonomie et abandon. L’objectif n’est pas de laisser le jeune seul au nom de l’autonomie, mais de l’accompagner pour qu’il puisse progressivement agir seul. La responsabilité doit augmenter au même rythme que la compétence. À terme, un joueur autonome doit être capable d’observer son état, de comprendre ses besoins, d’adapter son échauffement, de communiquer avec le staff sur son état. L’échauffement footballistique devient alors un outil de formation du joueur. Il ne sert plus uniquement à le préparer à un match, mais contribue à former de futurs professionnels ou simplement de vrais joueurs, c’est-à-dire capables de gérer leur propre performance et santé physiques.
- On ne devient pas un « GRAND » joueur… en restant « petit » !
Le football est souvent décrit comme un sport d’intensité physique, de précision technique et d’intelligence tactique. Pourtant, sa lecture plus contextualisée permet d’affirmer qu’il s’agit aussi d’un sport de domination. Dominer physiquement footballistiquement consiste à posséder le ballon et/ou à imposer son jeu par un rythme de jeu séquencé en coups de boutoir. Cela suppose que les joueurs soient en capacité d’occuper, de contrôler et d’influencer l’espace de jeu réactivement avec consistance. Dans cette perspective, plus un joueur est « GRAND », non pas par sa taille anthropométrique, mais par son énergie alacrite, son déploiement corporel, ses impacts physico-tactico-technico-mentaux, sa couverture spatiale et sa disponibilité énergétique… plus il est dominant. La domination physique footballistique repose ainsi sur la capacité des joueurs à agir sur les espaces de jeu dans un temps contraint. Pour ma part, cela implique : - une posture corporelle libre énergétiquement, - une capacité coordinative à se projeter (ré)activement sans se contracter, - une capacité métabolique à maintenir la réitération d’action à intensité maximale Le tout donne des joueurs qui rayonnent en s’appropriant de plus grands espaces de jeu plus densément pendant plus longtemps. Ce rayonnement suppose un corps capable d’absorber et de redistribuer les tensions musculaires sans se refermer sur lui-même. Cet état corporel agrandit son rayon d’action et réduit de fait celui de l’adversaire, ce qui le rend plus impactant. Or, un paradoxe majeur traverse la préparation physique footballistique actuelle. Le football, tel qu’il est préparé, entraîné et vécu physiquement, tend à rétrécir, respectivement à étriquer, l’aura footballistique des joueurs. Ce post propose d’analyser ce phénomène en articulant contraintes biomécaniques, adaptations neuro-musculaires et logiques d’entraînement pour le corriger par des agrandissements postural, coordinatif et métabolique. 1. L’agrandissement postural footballistique L’objet de cet agrandissement est de refuser l’étrécissement, en restaurant un corps ouvert, soit ample et disponible. 1.1. L’étrécissement postural induit par la pratique du football. La pratique du football induit une organisation corporelle projetée vers l’avant-bas, ce qui implique une antériorisation de la ceinture scapulaire, une fermeture thoracique et un tassement axial. Cette posture restrictive s’installe progressivement sous l’effet des gestes répétés et des contraintes émotionnelles du jeu. Elle se traduit par : - une réduction des amplitudes articulaires, - une perte de verticalité fonctionnelle, comme si le corps tombait incessamment, ce qui oblige le joueur à corriger cette problématique déséquilibrante avant d`être en mesure de jouer une action - une respiration moins ample et motile, donc une VO2max restreinte - une gestuelle précipitée donc raccourcie, ce qui péjore le niveau de vitesse Le joueur en devient compacté, contraint de lutter d’abord contre son propre corps avant même de lutter contre l’adversaire pour occuper l’espace de jeu. 1.2. Les réflexes de protection qui ferment corporellement Le football, par la lutte de domination qu’il impose pour gagner, est un sport agressant. À ce titre, les contacts, les duels, l’incertitude permanente et les émotions du jeu déclenchent des réflexes de protection par : - des surcontractions musculaires, - des postures de repli, - une fermeture médiale du tronc, - une mémorisation neuro-tissulaire de la raideur contractile. À la longue, ces mécanismes inscrivent chroniquement la douleur et la surtension dans le système nerveux du joueur, parfois indépendamment de toute lésion identifiable. Le joueur se replie alors réflexivement foetalement sur lui-même, réduisant sa capacité à s’allonger, à respirer et à se projeter dans l’espace. 1.3. Burn-in, hypersensibilité et compaction chronique Le burn-in correspond à un état d’hyper-engagement permanent sans récupération-régénération réelles. Si le joueur reste actif, son système nerveux devient alors hypersensible, notamment par un niveau PH perturbé, ce que l’on remarque par : - une vigilance excessive - une réactivité exacerbée, - une surexcitation émotionnelle, - une surcontraction de fond, ou de stress contractif, ce qui péjore la coordination footballistique. Le corps n’accède plus aux phases de relâchement nécessaires à l’élargissement postural par le fait qu’il tend ce qui est déjà tendu, ce qui provoque une surtension chronique. Le joueur semble plein de vitalité par suragitation, alors que cela le rapetisse énergétiquement de plus en plus. Pour l’éviter, il s’agit d’appliquer le principe que la qualité d’une contraction provient de sa décontraction préalable sachant que cela génère in fine de l’énergie contractile par étirement. 1.4. Terrains synthétiques et désynchronisation gestuelle Les surfaces synthétiques accentuent le phénomène d’étrécissement par une restitution d’énergie excessive qui désynchronise les cycles de foulée. L’organisme répond par une augmentation du tonus de fond, ou slack musculaire, et des co-contractions protectrices, ce qui réduit encore les amplitudes et trouble la disponibilité réactive corporelle. Le joueur victime de désynchronisation gestuelle devient brouillon, ce qui l’amène à couvrir moins d’espace avec moins de qualité de ce qu’il pourrait faire. 1.5. Désajustement de la biotenségrité et perte d’angulation Le manque de mobilité musculo-articulaire est le symptôme d’un déséquilibre postural profond qui affecte le niveau de biotenségrité nécessaire pour jouer fluidement, c’est-à-dire sans freins et blocages posturaux. Sans cet ajustement du niveau de biotenségrité à l’effort : - les tensions s’accumulent, - les chaînes myofasciales se raccourcissent, - les articulations perdent leur amplitude physiologique. Le corps adopte une posture rigide tel un chêne plutôt que la posture flexible, donc absorbante, du roseau. Cette rigidité induit un petit fonctionnement gestuel, car le joueur « en se mouvant petit » occupe petitement les espaces de jeu. 2. Agrandissement coordinatif L’objet de cet agrandissement est que le joueur (re)devienne coordinativement ample, fluide et tridimensionnel dans le mouvement. Mais avant de l’évoquer, il s’agit d’expliquer les notions de « précipitationnite » et de « forcite » qui réduisent la qualité coordinative des joueurs. 2.1. Les dynamiseurs du rétrécissement coordinatif Ces dynamiseurs sont ici au nombre de deux, soit « la précipitionnite » et « la forcite ». 2.1.1. La « précipitationnite » ou lorsque la surfréquence rétrécit La quête de vitesse maximale footballistique pousse de nombreux joueurs à augmenter excessivement leur fréquence gestuelle par petits pas. Cela génère : - de la suractivation neuromusculaire, - ce qui fatigue précocement les tissus musculaires - et réduit réflexivement les amplitudes. La surfréquence n’est alors pas synonyme de vitesse maximale footballistique en entraînant une auto-réduction du geste. Le joueur se contracte prématurément trop pour aller vite. Or, s’il est gestuellement plus vite, il l’est objectivement sur place, ce qui le rend lent dans sa capacité à dominer l’espace. 2.1.2. La « forcite » qui verrouille la coordination en la forçant Le recours systématique à la force (musculation lourde, poussées massives, les « pousse ta foulée »…) altère la coordination fine footballistique en provoquant : - une hypertonie, - l’absence de relâchement des muscles antagonistes, - des temps de contact au sol des appuis podaux plus longs que nécessaire. Le joueur perd sa « fluidité coordinative » en forçant ses mouvements. Il en devient puissamment et réactivement lent. Autrement dit, il est fort, mais cette force le retarde « d’une bataille » dans l’animation du jeu et la maitrise technique du ballon. C’est une domination statique, alors que la nature du jeu footballistique demande de la domination dynamique. Il découle de cette perspective, l’idée de s’appuyer sur la vitesse-force et non la force-vitesse pour dynamiser intercoordinativement la vitesse des prises des espaces de jeu. 2.2. Les facteurs de l’agrandissement coordinatif Sur la base des affirmations précédentes, un agrandissement coordinatif footballistique repose sur la réappropriation de son allongement fonctionnel footballistique et l’amélioration tridimensionnelle de sa proprioception. 2.2.1. Réappropriation de l’allongement fonctionnel footballistique Cette réappropriation passe par : - un allongement axial (épaule–bassin–appuis), rectiligne - la dissociation des ceintures scapulaire et pelvienne par un gainage en X qui solidifie la posture en fixant les points de tension corporelle sur la région pelvienne, - la capacité à se projeter sans raccourcissement réflexe « en prenant le temps d’aller vite », c’est-à-dire d’abord d’amplifier le mouvement puis ensuite d’en augmenter le nombre de répétition. 2.2.2. Tridimensionnalité proprioceptive Le football est un sport multi-plan qui segmente par tensions intersegmentaires le corps, ce qui réduit son harmonisation. L’agrandissement coordinatif nécessite alors un entraînement proprioceptif pour instituer un corps « glocalement » harmonieux par : - l’activation des capteurs posturaux, - des transferts progressifs de charge, - la continuité des séquences unipodales appuis–membres inférieurs- tronc–membres supérieurs pour autant que cela se fasse avec une gestion harmonieuse de l’énergie cinétique que chaque mouvement engendre à l’exemple des appuis podaux. Cette stimulation proprioceptive tridimensionnelle permet au joueur de mieux percevoir son schéma corporel ainsi que ses mouvements segmentaires dans l’espace, ce qui améliore son occupation des zones de jeu. 3. Agrandissement métabolique Trop souvent, la préparation physique footballistique entraîne durablement en état de fatigue résiduelle. Cela provient du fait que si un préparateur physique footballistique (PPF) se retrouve à devoir entraîner une équipe fatiguée, le réflexe est d’entraîner encore plus pour gommer la fatigue. Dans les faits, cela signifie résoudre une situation de fatigue par la fatigue. Cet entraînement de la méforme entraîne : - une sursensibilisation nerveuse, - une baisse des seuils de contraction, - une surcontraction généralisée. Cela aboutit tôt ou tard à une fatigue chronique, c’est-à-dire que le corps adopte un mode défensif en se rigidifiant, en réduisant son amplitude et en appauvrissant le niveau coordinatif du joueur. Il en devient énergétiquement « petit » spatialement. Dans cette logique, un cercle vicieux énergétique s’installe selon le processus suivant : 1. une fatigue chronique hypersensibilise, 2. cette hypersensibilité surcontracte, 3. cette surcontraction réduit l’amplitude, 4. cette réduction d’amplitude implique un surcoût énergétique, 5. ce surcoût énergétique génère une fatigue chronique accrue qui hypersensibilise… Ce processus négatif affecte autant le corps que la perception et la prise de décision. Dans ce cadre, l’objet de l’agrandissement métabolique consiste à soutenir en capacité et en puissance énergétiquement tout un match les amplitudes de projection corporelle par de la fraîcheur neuro-musculaire. 3.1. Les corrections du rétrécissement métabolique Outre une gestion ondulo-pointilliste des charges d’entraînement, un « rétrécissement métabolique » se corrige par le principe de « surcompensation modérée constante », l’activation ample de la chaîne postérieure ainsi que l’adoption du principe « de l’extension des efforts spécifiques ». 3.1.1. La surcompensation modérée et constante En pratique, le principe de « surcompensation modérée constante » consiste à gérer les charges d’entraînement de façon à stimuler l’adaptation du joueur sans jamais aller dans l’excès, en alternant efforts adaptés et récupération suffisante pour que le corps s’améliore de manière durable plutôt que de s’épuiser. Il s’agit d’entraîner chaque jour 90% des 100% capacités énergétiques disponibles, mais à des intensités de 100 % tout en programmant des séances régénératrices. L’objectif n’étant pas « d’en faire toujours plus », mais de « faire continuellement bien ». Ce modèle de gestion des charges physiques se fonde sur : - une charge suffisante, mais non saturante, - une récupération intégrée et fonctionnelle, - une progression continue sans rupture énergétique, Ce principe permet au corps de s’adapter en se déployant progressivement par réserve énergétique plutôt que de s’étioler progressivement par trop de charges. 3.1.2. Une extension du spécifique L’agrandissement métabolique vise à augmenter le nombre de réitération d’efforts maximaux tout en gardant leur qualité dans le temps. Ceci pour répondre au cahier des charges d’un match de football, lors duquel des intensités maximales doivent pouvoir être produites, maintenues et réactivées tout au long d’un match sans altérations coordinative et/ou décisionnelle. À cette fin qualitative, j’utilise le principe « d’extension qualitative des efforts spécifiques » pour amener les joueurs à répéter des actions à intensité maximale pour arriver à un cumul de quelque 400m de vitesse maximale footballistique. Ainsi, cet entraînement vise à : - maintenir un niveau d’intensité maximale par un corps toujours détendu, - préserver l’allongement axial et la fluidité gestuelle malgré la contrainte énergétique, - éviter des fonctionnements prolongés dans des états de contraction défensive. Dans cette logique, la charge d’entraînement devient auto-régulée par la qualité. Dès que les marqueurs qualitatifs se dégradent, tels que le raccourcissement des amplitudes, la perte de verticalité posturale, la précipitation gestuelle, la rigidification des appuis, un appauvrissement de la qualité du traitement de l’information, l’objectif n’est plus d’insister ou de forcer pour obtenir de la performance, mais d’ajuster immédiatement les charges et les types de travail. Concrètement, lorsque la qualité n’y est plus, plusieurs leviers peuvent être privilégiés pour la retrouver ou empêcher sa dégradation en : - stoppant momentanément la charge pour la reprendre plus tard dans la séance ou dans la semaine, - diminuant les distances d’effort afin de préserver l’extension du nombre de séquences de vitesse maximale footballistique, - augmentant les temps de récupération pour restaurer la disponibilité neuromusculaire, - réduisant la densité des répétitions sans réduire leur intensité. Cette régulation qualitative permet au joueur d’apprendre à produire de l’intensité sans se fermer, à reconnaître ses seuils d’alerte internes d’épuisement et à développer une extension des efforts par endurance réitérative des efforts. L’intensité maximale n’est alors plus un pic isolé en début de match, mais une capacité durable, c’est-à-dire mobilisable à tout moment du jeu. Le joueur ne survit plus à l’effort. Il l’habite pleinement, dans un corps disponible, économe et spatialement dominant. Conclusion Physiquement, le football actuel ne souffre pas nécessairement d’un manque d’intensité, mais d’une intensité mal organisée. À force de préparer les joueurs à résister, à encaisser et à répéter sous fatigue, on les rend plus compacts, plus contractés donc moins dominants dans l’espace et le temps de jeu. Mais être un joueur « GRAND » ne relève ni d’une morphologie idéale ni d’un volume d’entraînement supérieur. C’est avant tout une organisation corporelle, coordinative et énergétique qui lui permet de rayonner sur le terrain. Par l’agrandissement postural qui (re)donne de l’ouverture et de la disponibilité, l’agrandissement coordinatif qui restaure la fluidité, la tridimensionnalité et la capacité à aller vite sans se raccourcir ainsi que l’agrandissement métabolique qui permet de soutenir ces qualités dans la durée, le but est de refuser l’étrécissement physique des joueurs induit par la pratique du football. Cela ne signifie pas entraîner moins, mais entraîner méthodologiquement autrement : - en intégrant l’extension corporelle comme principe directeur, - en privilégiant la qualité d’organisation à la quantité de charge, - en considérant le corps du joueur comme un système vivant, adaptatif et intelligent. En bref, dominer footballistiquement, c’est occuper plus d’espace le plus rapidement possible par et avec le moins de tensions pour impacter plus. Ce post explique que la clé de voûte de ce système d’entraînement est la décontraction qui génère une version ample des joueurs, soit d’être « GRAND » ou de « JOUER GRANDEMENT AU FOOTBALL » jusqu’au coup de sifflet final. Aider les joueurs à le faire physiquement pour soutenir l’expression de leur talent footballistique, c’est le cœur de la mission du PPF.
- Savoir reconnaître et traiter son stress footballistique est une compétence-joueur devenue obligatoire
À l’heure où de plus en plus de champions osent enfin parler publiquement de la charge mentale de la compétition qui les traumatise profondément, la question du stress footballistique ne peut plus être éludée. Derrière le spectacle qu’il nous offre à voir, le football de compétition constitue un environnement hautement stressant, marqué par des exigences de performance permanentes, une concurrence intense, des enjeux financiers, médiatiques et sociaux considérables. Ce stress est pourtant difficilement perceptible. Selon l’image des 3 singes de la sagesse, c’est un mal qui ne s’entend pas, ne se voit pas et reste peu verbalisé. Il s’inscrit dans une culture sportive où l’expression des émotions, en particulier la reconnaissance du mal-être, est encore trop souvent perçue comme une fragilité, voire comme une faiblesse incompatible avec la compétition alors qu’il est inhérent à celle-ci. Cette norme tacite pousse de nombreux joueurs à intérioriser leurs tensions psychiques, jusqu’à perdre la conscience même de leur état de stress. Il n’est pas rare qu’un joueur, objectivement sous pression, affirme ne pas se sentir stressé, jusqu’à ce que son corps, par des symptômes de stress, parle à sa place. Les manifestations physiques ou psychologiques peuvent alors être nombreuses. Il y a la fatigue chronique, les troubles du sommeil, des palpitations, des douleurs musculosquelettiques, de l’agressivité, des ruminations, des pertes de motivation, des troubles digestifs, de la baisse de la concentration ou des blessures à répétition. Ces signaux sont souvent les signes tardifs d’un stress prolongé, dont l’intensité n’a pas été détectée ou traitée à temps [1]. De plus, le football est un sport de contact. Il génère une usure corporelle constante. Les petites blessures, banales en apparence, mais récurrentes, agissent comme de petites agressions physiques, à l’image des petites vagues qui finissent par ronger un littoral. Elles déstabilisent l’équilibre physique par inflammation des tissus, et deviennent, à force, une source majeure de stress chronique. Ce stress, en retour, altère la capacité de récupération, augmente le risque de rechute et contribue à un cycle délétère de surmenage physique et mental. Il est essentiel de rappeler et de prendre conscience ici que le stress concerne absolument tous les joueurs, sans distinction. À ce titre, il n’est ni une tare, ni un signe d’incompétence, mais bien une réaction absolument normale pour (sur)vivre à un contexte d’exigence extrême. La différence entre les joueurs ne réside alors pas dans l’absence de stress, mais dans leur capacité à le reconnaître pour le gérer avec lucidité et régularité. Dès lors, la gestion du stress footballistique n’est pas un luxe, mais une compétence que doit détenir les joueurs. Savoir reconnaître ses phases de tension, les comprendre et les anticiper devient un prérequis à la longévité sportive. Enfin, si a priori, la gestion de ce stress se situe dans la discussion de la composante mentale du football, je la discute dans l’entraînement physique parce que le stress détermine en partie la qualité du physique du joueur. Comprendre le stress par sa nature, ses origines et ses effets Le stress est « une réponse adaptative du corps à un déséquilibre ou à une contrainte perçue ». Il peut être positif, ce que l’on qualifie d’eustress, en étant une source de motivation, d’engagement et d’optimisation de la performance, ou négatif, ce que l’on qualifie de distress, lorsqu’il dépasse les capacités d’adaptation du joueur [2]. L’eustress permet une mobilisation efficace des ressources. Il participe à une concentration accrue ainsi qu’à de meilleures vigilance et réactivité. Mais lorsque la pression s’intensifie de manière chronique, qu’elle dépasse la marge de contrôle perçue, ou qu’elle s’accompagne d’un contexte émotionnel instable (incertitude, blessure, critique, peur de l’échec), elle se transforme en distress. Le distress, ou stress négatif, entraîne une série de réactions physiologiques et psychiques, soit une élévation du cortisol, une perturbation des cycles hormonaux, une baisse de l’immunité, un repli émotionnel, des troubles de l’attention, de l’irritabilité… Dans le contexte footballistique, cela peut conduire à - des erreurs techniques plus fréquentes, - une perte de lucidité tactique, - des décisions précipitées, - des gestes mal coordonnés, - une vulnérabilité accrue aux blessures. Lorsque cette exposition au stress est prolongée sans possibilité de récupération-régénération suffisante, on parle alors de stress chronique. Celui-ci agit en toile de fond, mine la confiance et altère profondément la santé mentale et physique du joueur. Gérer et prévenir le stress footballistique Comme la nature du football est d’être stressante, le footballeur doit savoir gérer cette caractéristique pour bien y jouer. Cela implique un travail d’observation, de prévention et de régulation active. Plusieurs leviers peuvent alors être activés tels que reconnaître les signaux précoces, adopter des routines de récupération, en parler pour renforcer son sentiment de contrôle et s’offrir un environnement sécurisant et régénérant. a) Reconnaître les signaux précoces Le premier pas vers la régulation de son stress est de savoir identifier ses manifestations corporelles ou mentales, c’est-à-dire un niveau de tension musculaire excessif, des palpitations, de l’agitation, de la difficulté à dormir, de la baisse d’envie et des comportements d’évitement… Cette auto-observation permet d’éviter les débordements silencieux. b) Adopter des routines de récupération Le sommeil, la nutrition, les temps de déconnexion cognitive (hors football), les moments de relaxation active (respiration, méditation, cohérence cardiaque) et les soins corporels doivent être intégrés comme parties prenantes de l’entraînement. Une récupération de qualité réinitialise le système nerveux et protège des effets du stress chronique. c) S’exprimer, parler, nommer Briser le tabou du stress passe par une libération de la parole, encadrée ou spontanée. Parler à un coach bienveillant, à un coéquipier de confiance ou à un professionnel de santé peut aider à recontextualiser les émotions, à relativiser l’enjeu, et à réactiver des leviers de régulation émotionnelle. d) Renforcer son sentiment de contrôle Travailler sur la visualisation positive et sur des stratégies simples de centrage (comme les routines de concentration avant match ou la respiration guidée) permet au joueur de se sentir acteur face à l’enjeu, ce qui limite la dérive vers le distress. e) S’offrir un environnement sécurisant et régénérant La capacité d’un joueur à faire face au stress ne repose pas uniquement sur sa force mentale individuelle et l’utilisation d’outils, mais aussi sur la qualité de l’environnement dans lequel il évolue. Se créer un environnement sécurisant et régénérant constitue une forme essentielle de préservation psychique de soi. Un environnement sécurisant est un cadre dans lequel le joueur peut exprimer ses doutes, ses émotions et ses difficultés sans crainte du jugement ou de la stigmatisation. Il repose sur des relations de confiance avec l’encadrement, les coéquipiers, la famille ou encore des professionnels du soin. Dans un tel contexte, il devient possible de reconnaître les signaux du stress, d’en parler, et donc de le réguler de manière plus saine. Cela suppose une culture d’équipe ouverte à la parole émotionnelle, où vulnérabilité ne rime pas avec faiblesse, mais avec lucidité et maturité. Un environnement régénérant, quant à lui, intègre des rituels précités de récupération active et mentale par des moments de déconnexion, de l’hygiène du sommeil, des pratiques corporelles douces (étirements, respiration, relaxation), mais aussi des loisirs non compétitifs et des espaces de vie équilibrés. La gestion du stress ne s’improvise pas dans l’urgence, elle se prépare au quotidien par une attention portée à la régularité des pauses, au respect des besoins physiologiques, et à la capacité de se recentrer loin des sollicitations permanentes de la performance. Choisir un environnement sécurisant et régénérant, c’est donc aussi savoir poser des limites en s’entourant de personnes qui permettent de maintenir une forme de stabilité intérieure dans un monde sportif où les incertitudes, les blessures et la pression sont omniprésentes. En synthèse Le stress est une donnée structurelle du football de compétition, non une anomalie ou encore une maladie conjoncturelles. Il est consubstantiel au football. À ce titre, il est inévitable, en étant parfois moteur, mais aussi destructeur s’il n’est ni reconnu, ni accompagné. Dans une discipline aussi exigeante que le football, où le corps est à la fois l’outil et le lieu de la performance, savoir gérer le stress devient une compétence joueur stratégique, au même titre que la technique, la nutrition, les étirements... Loin d’être un aveu de faiblesse, reconnaître son stress et apprendre à le réguler est un acte de maturité qui garantit la continuité, la santé et la performativité du joueur sur la durée. En faire une priorité, c’est permettre aux footballeurs de performer sans se brûler. [1] C., Le Scanff, J., Bertsch, Le stress dans le sport : approches théoriques et pratiques. Editions De Boeck Supérieur, Paris, 2014. [2] C., Le Scanff, J., Bertsch, Psychologie du sport et de la performance, Edition Dunod, Paris, 2015.
- Pour devenir un pro, il s'agit d'être pro avant !
Rares sont les activités aussi attractives pour notre jeunesse que le football, notamment parce qu’il a le pouvoir de concrétiser des rêves. Ces rêves sont d’autant plus palpables que presque chaque jeune footballeur suisse connaît personnellement un joueur qui a réussi. En cela, le football permet de dépasser sa condition, en rendant accessible, par le biais du corps et de la passion, le succès et la reconnaissance, pour devenir « quelqu’un qui compte ». En Suisse, le symbole de cette réussite prend souvent la forme de la signature d’un contrat professionnel. Dans tous les métiers, la signature d’un contrat atteste généralement que l’on a acquis les compétences nécessaires pour exercer une profession. Dans le football suisse, cependant, cette signature signifie avant tout qu’un jeune joueur est perçu comme suffisamment talentueux pour représenter un capital en devenir pour le club. Il devient ainsi un potentiel actif financier qu’il convient de sécuriser et de capter par le biais d’un contrat. L’effet pervers, c’est que ce contrat confère un statut souvent en complet décalage avec les compétences réelles, tant en savoir-faire qu’en savoir-être, requises pour exercer le métier de footballeur. Plus grave encore, il donne au jeune joueur l’impression, voire la conviction, qu’il est arrivé au bout du chemin. Cela crée, chez certains, une telle dissonance cognitive qu’ils ne comprennent pas, sur le plan émotionnel, pourquoi on continue à les considérer comme des « gamins » en formation et post-formation, alors qu’eux se projettent sur le terrain en tant que titulaire indiscutable faisant vibrer les foules. Ils s’identifient alors aux mauvais exemples des Jamal et Pedri, qui ont débuté des carrières professionnelles intensives sans avoir fini leur croissance, ce qui laisse présager, sans le leur souhaiter, inévitablement des blessures d’usures prématurées. À l’inverse, certains sont perçus comme des professionnels à part entière, accomplis et prêts à évoluer au plus haut niveau, dès la signature de leur contrat, alors qu’ils ne sont encore que des embryons de joueurs professionnels. Nombreux sont ceux qui, dans ces cas, ne font pas long feu dans le football professionnel. Ils avaient sans doute le talent nécessaire pour atteindre ce niveau, mais non la consistance pour s’y maintenir. Dès lors, ils doivent assumer un statut qu’ils ne parviennent pas à justifier. Ce statut devient même un fardeau, une « casserole » qu’ils traînent, alimentant mépris et moqueries. Cela les relègue rapidement, dans le meilleur des cas, sur le banc, puis en équipe réserve, avant d’être prêtés dans une ligue inférieure. Dans le pire des cas, une blessure survient, les éjectant brutalement du monde professionnel. Certains abandonnent. D’autres, après avoir ouvert les yeux sur l’exigence du football professionnel et sur ses lois impitoyables où seuls les plus forts survivent, tentent de se hisser au niveau requis en comblant leurs lacunes par un investissement dans des préparations individuelles. Pourtant, éviter ces situations malheureuses et frustrantes est relativement simple. Il suffirait de proposer un contrat uniquement aux joueurs qui possèdent les compétences professionnelles nécessaires pour l’assumer. Si le club ne leur offre pas la formation requise et correspondante, il revient au jeune joueur de se former en parallèle, de manière privée, afin de se donner une réelle chance de saisir pleinement l’opportunité de jouer lorsqu’elle se présentera. En tant que préparateur physique footballistique (PPF), il ne m’appartient pas de m’exprimer sur les composantes tactique, mentale et technique footballistiques. En revanche, en ce qui concerne sa composante physique, je propose que son apprentissage fasse prendre conscience que le football se joue, donc se vit, ici et maintenant, et qu’en se connaissant soi-même, les joueurs sont armés pour vivre le haut niveau. C’est ici et maintenant ! Ce qui est interpellant dans le football, c’est la petite différence de niveau qu’il peut avoir entre des joueurs professionnels et les autres. C’est ce qui poussent de nombreux joueurs à penser qu’eux aussi pourraient évoluer plus haut. Mais, ce dont ils ne se rendent pas compte, c’est à quel point cette dernière marche est dure à franchir. Notamment parce qu’elle résulte d’une accumulation de petits détails qu’il faut être capable de maitriser grâce à un investissement personnel préalable sans faille. Par cet investissement, j’entends que le jeune joueur fasse preuve d’une exigence constante envers lui-même. Cela implique également d’être résilient, c’est-à-dire capable d’absorber et de digérer les aléas et les injustices propres au football sans que ceux-ci n’entament sa confiance. Au contraire, l’adversité devrait le stimuler, voire le motiver. Mais surtout, il doit comprendre que l’acquisition des compétences footballistiques s’inscrit dans un temps long. Avant de récolter, il faut semer sans relâche pendant de longues années. Cela signifie se donner corps et âme à chaque entraînement, à chaque geste. Autrement dit, concrétiser un rêve, cela commence ici et maintenant, lors de chaque exercice. Ainsi, c’est jour après jour qu’une carrière professionnelle se construit, à l’instar de l’adage : « c’est en forgeant qu’on devient forgeron », et non par des projections, des promesses ou des espoirs illusoires. J’invite ici les jeunes joueurs à méditer sur la phrase, qui paraphrase un célèbre slogan du mouvement hippie : « le football professionnel, c’est aujourd’hui qu’il se joue, puisque demain n’existe pas ». Pour insister sur la temporalité de cet investissement, j’ai convoqué un memento mori footballistique. Il met en lumière le fait qu’une carrière professionnelle marque en réalité le début de la fin de l’activité footballistique. En effet, sur une durée d’environ 25 ans d’activité (par exemple de 8 à 33 ans), on compte en moyenne 12 ans de formation, suivis de 3 ans de post-formation, puis 4 ans au haut niveau. Les 6 années restantes correspondent à des périodes d’absence dues à des blessures, des temps passés sur le banc ou encore des prêts dans des clubs moins prestigieux. Si un joueur n’est pas formé au moment de la signature de son contrat, on comprend qu’il est déjà trop tard pour qu’il puisse exploiter pleinement son potentiel. Certains s’en contentent, et cela leur appartient. Mais cette mentalité utilitariste, fondée sur un calcul coûts-bénéfices, constitue une limite pour atteindre ses objectifs sportifs, donc ses rêves. Au final, ce que je soutiens, c’est que réaliser ses rêves revient à les vivre pleinement au jour le jour. Cela s’apparente à une profession de foi que j’exprime par une reprise iconoclaste et footballistique de la prière « La vie est la vie » de Mère Teresa. Connais-toi toi-même ainsi que ton foot ! N’oublions pas que jouer au football, c’est exprimer son talent. Bien souvent, le problème pour performer ne réside pas dans le niveau du talent, mais ce qui brouille son expression. Le football de haut niveau est un football physiquement fluide, fin, simple, direct, libéré, consistant, explosif, percutant, économique et réactif. Pour parvenir à conjuguer sur le terrain ces qualités à travers la gestuelle footballistique, il faut éliminer les freins qui limitent l’expression du joueur. Pour se faire, il s’agit de se découvrir soi-même, en respect de l’injonction socratique « gnothi seauton ». Selon mon expérience terrain, cela signifie que le joueur doit cocher les cases suivantes : - Apprendre à prendre soin de soi soit de son outil de travail selon le principe « si tu veux aller loin ménage ta monture » - Apprendre à apprendre, c’est-à-dire : réfléchir à sa façon d’apprendre :"Est-ce que ma méthode marche ? Pourquoi je bloque ici ? Que puis-je changer ?" savoir comment apprendre le mieux (visuellement, en pratiquant, en écoutant, etc.) comprendre ses disbalances ainsi que les forces et les faiblesses de sa morphologie reconnaître une douleur afin de s’entraîner par « le mal sans se faire du mal » prévenir plutôt que guérir par le slogan « écoute ton corps chuchoter avant qu’il ne crie » sentir et comprendre ses sensations corporelles apprendre à être attentif aux corrections et pouvoir les appliquer savoir se fixer des objectifs d’apprentissage clair, c’est à dire smart être capable de s’auto-évaluer en s'objectivant être curieux de soi-même et de son activité en les questionnant - Connaître les filières énergétiques ainsi que les modalités de la contraction musculaire dont notamment le concept de compliance - Connaître les types d’étirement et savoir quand les utiliser et dans quel but - Savoir exécuter techniquement les mouvements basiques de musculation tels que l’arraché et le squat - Savoir quand se reposer et se régénérer, ce qui signifie savoir quand, comment et combien dormir savoir quand et quoi manger et boire savoir calmer son corps par des mesures relaxantes veiller à sa santé Pour conclure, on pourrait penser que ce cahier des charges est tellement exigeant qu’il détruit les rêves. Or, c’est tout le contraire. Il les rend possible. Mais son acquisition demande du temps, afin que ces savoir-faire et être ne deviennent plus une charge physico-mentale, donc un coût à payer, mais une normalité intégrée au métier de footballeur.
- « Attention footballeur ! Méfie-toi de ton cerveau qui peut t'empêcher de progresser »
Pour corriger techniquement la gestuelle physique footballistique in situ, j’utilise la méthode d’apprentissage séquentielle bien connue suivante : 1. prise de conscience par explication technique de la faute gestuelle inconsciente 2. correction consciente de cette faute gestuelle inconsciente 3. répétition consciente du geste corrigé pour consolider l'acquis technique 4. répétition inconsciente du geste juste pour l'ancrer définitivement. Ce processus d'apprentissage est toutefois soumis à l'épreuve lors de chaque entraînement, chaque exercice et pour chaque joueur. Ceci à cause d'automatismes moteurs nuisibles à la production de la vitesse footballistique. Il m’arrive alors d'avoir, en toute conscience, un coaching qui oscille entre le très vigoureux ou le très doux afin d’essayer « de casser » les chemins neuromoteurs engrammés pour sortir les joueurs de ces néfastes habitudes motrices. Mais si les joueurs comprennent mes explications techniques sur la production de leur vitesse footballistique, y adhèrent, désirent progresser ils n'arrivent pas toujours à corriger leur gestuelle. En effet, même s'ils le VEULENT ils NE LE PEUVENT PAS. Tout simplement parce que leur cerveau leur « ment » selon une approche posturologique ! La posture est « la capacité d’un corps à s'adapter et interagir avec son environnement gravitaire, afin de se tenir en équilibre statique et dynamique ». Pour ce faire, ce corps mobilise inconsciemment et automatiquement ses muscles toniques (dénommés des effecteurs) sur la base d'informations reçues puis traitées par le cerveau (à toutes fins utiles il semblerait qu’un cerveau reçoit quelque 11 millions d'informations par seconde [1]). Ces informations proviennent d’exocapteurs (les yeux, les pieds, les articulations temporales mandibulaires, le système vestibulaire) qui captent les informations provenant de l’environnement et, d'autre part, d’endocapteurs ou propriocepteurs (la peau, les muscles, les fascias, les organes digestifs) qui sont des capteurs sensoriels d'informations. Sur cette base d’information, le cerveau régule perpétuellement par rétroaction la posture pour produire l’équilibre nécessaire à la production des mouvements. Dans la mission d’assurer notre survie, notre cerveau tend toujours vers la solution qui nous est la plus confortable et la plus économique vitalement. Le problème pour le joueur est que cette régulation s’effectue alors parfois au détriment de sa performance footballistique. En effet, le cerveau trouve parfois des solutions musculaires toniques malvenues, c'est-à-dire des solutions qui altèrent d’abord la posture ainsi que la production de mouvement, ce qui à terme détériore ensuite la qualité des capteurs et donc leur transmission au cerveau d’informations de bonne qualité. Ce fonctionnement en cercle vicieux, ou par dysfonctionnements, peut alors générer des douleurs qu’il convient de traiter. Cela peut aussi amener à construire un schéma corporel semblant tout à fait sain, c’est-à-dire fonctionnel, alors qu'en réalité, il ne l'est objectivement pas. Pour l’illustrer, nous sommes nombreux à nous (res)sentir bien droit lorsque nous déambulons, mais il suffit que notre regard croise notre silhouette dans une vitrine pour nous rendre compte que nous sommes voutés. Bien que la présentation de ce fonctionnement postural soit quelque peu rudimentaire, elle a l'avantage de faire comprendre que la répétition d’une erreur gestuelle peut provenir d’un cerveau qui ment au joueur en lui donnant l’illusion et l’impression qu’il exécute correctement un mouvement alors que cela n’est pas le cas. Outre une confiance aveugle dans les explications correctives de son entraîneur, l'utilisation de la vidéo devient alors un outil très intéressant pour qu’il prenne conscience de la réalité de sa production gestuelle. [1] Christophe Haag, La contagion émotionnelle, Editions Albin Michel, 2019, p. 12.
- « Jeune footballeur... ne mets pas tes muscles avant ton football »
L'engouement pour le football est immense, et avec lui, l'envie de se hisser parmi les meilleurs. Nombreux sont alors les jeunes joueurs qui, inspirés, comme toi, par les physiques des stars du ballon rond, se lancent individuellement dans la musculation afin de prendre de la masse, d’acquérir plus de force et d’avoir des corps attirants. On est loin, jeune footballeur, de tes générations précédentes, pour qui faire du physique, « c’était péché », donc honteux. Cela signifiait que tu n'étais pas un bon footballeur, puisque ton talent technico-tactique n’était pas suffisant pour performer sur le terrain. Aujourd'hui, la perception du football a bien changé. On reconnait désormais l’importance du développement physique dans la performance footballistique. C'est une excellente nouvelle pour améliorer à la fois ton niveau global du jeu et ta santé. Mais attention : faire du physique footballistique, c’est une affaire très sérieuse ! En réalité, pour être réellement performant, le physique footballistique doit relever du «gros bon sens», comme disent les Canadiens. Mais pour qu’il soit « gros », ce « sens » doit respecter ton intégrité physique et préserver ton potentiel physique futur. Ensuite, pour le rendre vraiment « gros », c’est-à-dire pertinent, il doit servir à canaliser ton impétuosité, ton ambition et ta motivation, afin qu’elles ne se retournent pas contre toi. Un corps jeune est en construction et n’est pas abouti Il est crucial que tu comprennes que lors de ton adolescence et jusqu'à tes 20 à 21 ans, ton corps est en pleine croissance. Il n’est donc pas celui d’un footballeur professionnel aguerri. Vouloir te renforcer physiquement est une donc excellente initiative, mais ta démarche ne doit pas copier ce que tu vois, ou te plaît, mais de s’appuyer sur des principes simples et essentiels, qui respectent ton âge, ton développement physiologique, tes objectifs, ainsi que ton historique de blessures. Sinon, sache qu'un entraînement en musculation peut entraîner : - des blessures sérieuses (tendinites, déchirures, douleurs articulaires), - des déséquilibres musculaires néfastes, - un ralentissement de ta croissance, - une perte de ta mobilité et de ton agilité - une production de la vitesse maximale empêchée Bref, pour que ta musculation soit réellement efficace, elle doit avant tout reposer sur un travail de la mobilité, de la posture, un retour performant à l'équilibre et de la prévention des blessures. L’harmonisation corporelle avant la performance physique Beaucoup de jeunes associent, à tort, puissance et volume musculaire. Ils confondent parfois l’efficacité sur le terrain avec l’apparence en dehors. Or, avoir des abdominaux saillants ou des épaules imposantes ne te garantit en rien une bonne performance en match. Ce qui compte réellement, c’est que tu aies un corps harmonieusement équilibré, c’est-à-dire capable de se déplacer, de changer de direction, de résister aux contacts, de bondir, de freiner, de relancer… rapidement, avec fluidité et réactivité. En somme, un corps qui ne limite pas tes mouvements, mais les dynamise. Ton corps deviendra alors « fort » footballistiquement, s'il fonctionne comme une unité cohérente et non comme une collection et une superposition de muscles hypertrophiés. Pour ce faire, voici quelques conseils concrets : - Fais-toi accompagner par un préparateur physique footballistique (PPF) digne de ce nom. Evite ceux qui pensent savoir sans réellement comprendre ce que demande le football. Un vrai PPF possède des compétences que tu ne soupçonnes même pas. Merci de laisser de côté les PPFs qui se présentent comme tels sans en avoir les compétences. Pour savoir si un PPF en a, tu es en droit de savoir ce qu’il veut faire avec toi, pourquoi et en quoi cela va améliorer ton football. S’il est en incapacité de te répondre clairement, alors choisis en un autre. - Respecte, surtout lorsque tu t'entraines seul, les fondamentaux de l’entraînement tels que ses principes d’échauffement, de récupération, de sommeil et d’alimentation. - Évite les charges trop lourdes avant la fin de ta croissance. Par lourde, je comprends des charges qui t’écrasent et te dominent. Tu dois toujours être en mesure d’accélérer tes mouvements de musculation. Cela est le signe que c’est toi qui maîtrises la charge en la dominant et non l’inverse. - Concentre-toi sur la qualité du geste avant la quantité ou l’intensité. N’oublie pas qu’acquérir de la force n’a de sens que si cela te permet de mieux exprimer ton talent footballistique. À ce titre, la force est un moyen et jamais une finalité d’entraînement. Si c'était l'inverse, cela signifierait que les culturistes, les haltérophiles ou les crossfiters seraient les meilleurs footballeurs. Copier les pros, une fausse bonne idée ! Ceci dit, nombreux sont les jeunes qui s’inspirent de vidéos montrant Ronaldo, Ramos, Benzema… faire du gainage ou soulever des charges conséquentes. Mais ce que tu vois à l’écran, ce sont des années de travail progressif, d’accompagnement quotidien, de surveillance médicale et une hygiène de vie rigoureuse. Ces vidéos, aussi motivantes soient-elles, ne sont pas des modèles à suivre à l’identique. Les stars que tu admires n’ont ni ton âge, ni ta morphologie, ni ton mode de vie. Et surtout, leurs objectifs ne sont pas les tiens. Cela signifie qu’elles ne constituent pas des exemples pour toi. Dans ce cadre, l’essentiel est de : - te construire une base solide de force fonctionnelle, c’est-à-dire que tu utilises la musculation uniquement pour mieux réaliser ta gestuelle footballistique - améliorer ta coordination et ta proprioception, ou la perception de ton corps par ton corps - apprendre à écouter ton corps, afin d’être en mesure de gérer tes efforts d’entraînement et leur qualité d’exécution et de prévenir des blessures Comment peux-tu faire ? Comme tu le constates, et si tu l’as bien compris, prendre du muscle a des conséquences directes sur ton football. Sans expertise, une prise de force et de masse peut détruire ta qualité gestuelle. Je t’invite alors à respecter les grands principes suivants pour que ta musculation footballistique t'apportes sans danger ce que tu veux : - La technique avant la charge : apprend à bien exécuter techniquement chaque mouvement avant de chercher à augmenter les poids. La qualité prime toujours sur la quantité. Par ailleurs, n’utilise pas de machines qui imposent à ton corps d’effectuer des mouvements qui ne servent à rien pour produire l’énergie mécanique nécessaire pour bien jouer. - La progressivité : adapte l’intensité de l’entraînement à ton niveau de forme et à ton âge. Ne brûle pas les étapes. Pars du principe que « le plus est l’ennemi du bien » - Le gainage en X et la mobilité : je t’invite à laisser de côté les développés couchés, les abdos droits et les tractions qui développent en Y et qui t’étriquent, ce qui t'empêche de te développer en X. Je te laisse lire, respectivement écouter, ce que cela signifie en cliquant sur ce post. - L’écoute de ton corps : une douleur n’est jamais fortuite. Surtout, si elle perdure plus de 2 ou 3 jours. C’est le signal qu’il te faut consulter un spécialiste, tel qu’un médecin du sport, un posturologue ou un physiothérapeute. Reste donc attentif, aux informations que te donne ton corps. - Le choix et les exécutions des exercices : le football n’aime pas les exercices qui corsètent ton énergie musculaire. Ainsi, je te propose plutôt de te muscler par des exercices de vitesse-force directement utile sur le terrain comme tu peux le lire ou l’écouter dans ce post. Conclusion : Inspire toi des meilleurs, mais ne les copie pas pour devenir toi-même ! La musculation est un formidable outil pour progresser physiquement, à condition qu’elle soit pratiquée avec méthode, sagacité et encadrement. Ce n’est pas une course à la masse musculaire, mais à l’acquisition d’un corps footballistiquement équilibré et fonctionnel. Pour cela, ne deviens pas une pâle copie de Ronaldo et compagnie, mais bâti ton propre profil physique, en harmonie avec tes qualités, tes besoins, ta sensibilité, ta progression et ton talent footballistique. Au final, comme ton physique est au service de ton football, le renforcer par la musculation c'est soutenir son expression, le sublimer, mais il ne doit pas déterminer ton football. Cette perspective peut se résumer par le dicton : « Jeune homme ; Ne mets pas ton physique avant ton football, sinon il risque de réduire ce dernier… à néant ».











