Cessons de nous préparer physiquement par les réseaux sociaux qui ont juste pour but de revendre notre attention
- xavierblanc

- il y a 2 jours
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L'essor des réseaux sociaux a profondément modifié la diffusion des connaissances en préparation physique footballistique. Chaque jour, des millions de joueurs amateurs, semi-professionnels et professionnels consomment des contenus pour améliorer leur vitesse, leur montée de puissance musculaire, ou explosivité, leur endurance, pour mieux récupérer ou prévenir des blessures. Pourtant, cette démocratisation apparente du savoir s'accompagne d'un phénomène préoccupant.

Cette prolifération d’informations constituées de conseils décontextualisés, scientifiquement fragiles, est trop souvent produite par des individus dont l'expertise réelle est difficile à établir. Dès lors, pour se prémunir de toutes informations viciées, ce post défend l'idée qu'un footballeur souhaitant optimiser sa progression physique doit s'affranchir des injonctions des réseaux sociaux en étant en capacité de les critiquer. Pour ce faire, il doit devenir, autant que faire se peut, son propre préparateur physique footballistique.
1. Attention, le produit c’est nous !
La première erreur consiste à croire que les réseaux sociaux ont pour unique objet de transmettre des connaissances. En fait, ils sont avant tout des systèmes optimisés pour capter l'attention. L'objectif principal d'un créateur de contenu n'est généralement pas d'améliorer notre performance footballistique, mais d'augmenter les indicateurs mesurables que sont les vues, les abonnements, le temps de visionnage, les interactions et les ventes de prestations de sa page. Dans cette logique économique, la valeur d'une information n'est pas corrélée à sa validité scientifique ou à sa performativité pratique, mais à sa capacité de susciter des réactions dopaminées émotionnelles. Il est entendu qu’il y a des exceptions qui confirment la règle. Ce sont les pages qui expliquent, démontrent et proposent objectivement. Généralement, on les reconnait par leur acceptation devant tous de la critique argumentée.
Dans ce cadre, n’oublions jamais que le produit des réseaux sociaux, c’est nous. Plus précisément, ce que les plateformes vendent à la publicité n'est pas l'information qu'elles diffusent, par l’intermédiaire des créateurs de contenu, mais notre temps d'attention, nos données comportementales et notre disponibilité cognitive. Chaque seconde passée à regarder une vidéo, chaque interaction, chaque abonnement ou partage alimente des algorithmes dont l'objectif est avant tout de nous cibler pour nous maintenir captifs le plus longtemps possible. Notre progression physique footballistique n'est donc pas la finalité du système, mais une accroche d’information marketing parmi d'autres. Comprendre cette réalité est essentiel lorsque nous consommons du contenu de préparation physique footballistique sur les réseaux sociaux. En finalité, nous ne sommes pas le bénéficiaire du service, nous sommes la ressource qui permet à ce service d'exister et de prospérer.
Ainsi, les exercices les plus diffusés, empruntés par ailleurs et commentés par d’autres que leurs créateurs, ne sont pas nécessairement les plus pertinents. Ils ont plus souvent vocation à être les plus spectaculaires avec des exercices d'explosivité réalisés sur des surfaces instables, des protocoles de vitesse prétendument révolutionnaires ayant comme support des sprinters comme Usain Bolt, qui est tout sauf un footballeur, des séances « secrètes » de joueurs professionnels, des exercices de prévention des blessures présentés comme universels et des méthodes miracles promettant des gains physiques extraordinaires en quelques semaines. Il y a aussi ceux qui expliquent ce que font les autres sans même savoir pourquoi ces derniers font ce qu’ils font, soit en ne comprenant rien, comme dirait Luis Enrique.
Cette logique produit un paradoxe. Lorsque les contenus susceptibles d'améliorer réellement la performance physique footballistique sont peu spectaculaires, ils se diffusent moins car de loin pas les plus sexy, ou accrocheurs, à l’exemple de concepts tels que la surcompensation, la planification, la gestion de la fatigue, le développement des facultés de récupération inter-effort ou encore celle de la vitesse footballistique, qui constituent pourtant les véritables déterminants de la progression physique footballistique.
2. Le biais d'autorité numérique ou confondre popularité et compétence
Une autre erreur très fréquente consiste, par mauvais biais d’autorité, à attribuer automatiquement de la crédibilité à des individus possédant un grand nombre d'abonnés, un physique athlétique, des vidéos esthétiquement réussies, des collaborations avec des joueurs connus et des certifications dont la valeur réelle est rarement vérifiée. Rappelons-nous que lorsque c’est flou, c’est qu’il y a un loup, sachant qu’aucun de ces éléments ne constitue une preuve d'expertise. L'histoire des sciences du sport montre d'ailleurs que de nombreuses pratiques populistes se sont révélées inefficaces, voire contre-productives. De fait, comme annoncé précédemment, la préparation physique footballistique repose sur des principes physiologiques exigeants, à l’exemple de la spécificité, de l’individualisation, de la progressivité, de la gestion des efforts donc de l’adaptation biologique.
La capacité à expliquer simplement ces principes est infiniment plus importante que la capacité à produire une vidéo virale qui nous dit ce que nous avons envie d’entendre, à savoir que nous aussi nous allons performer sans effort. Le pire dans le genre est de systématiquement prendre des exemples du plus haut niveau pour nous expliquer comment faire. En effet, les joueurs de haut niveau ne sont pas automatiquement les meilleurs exemples et par ailleurs leurs besoins diffèrent de ceux des footballeurs communs. Les prendre comme référence pour expliquer la préparation physique footballistique est donc nul et non avenu dans le sens que leur exemple ne s’applique pas à nous, mais à eux seuls. Désolé, mais il n’y a, et il n’y aura qu’un Messi, Maradona, 2 Ronaldo, Mbappé, Olise, Dembélé…
Dans ce contexte, plus le volume d'informations disponibles augmente, plus les joueurs croient savoir alors qu’ils ne connaissent pas les mécanismes fondamentaux de leur propre entraînement physique. Aujourd'hui, beaucoup de footballeurs savent reproduire des exercices complexes, mémoriser des routines Instagram et citer des influenceurs sportifs populaires. En revanche, ils peinent souvent à expliquer ce qu'est une adaptation physiologique, pourquoi ils réalisent un exercice donné, comment se développe la vitesse maximale, quelles qualités énergétiques sont sollicitées et comment planifier une progression physique sur plusieurs mois.
Cette situation crée une dépendance intellectuelle permanente. Le joueur attend continuellement qu'un influenceur lui dise quoi faire ou cherche une réponse à ses besoins sans les avoir identifiés. Or, un joueur incapable d'expliquer par lui-même son entraînement est condamné à subir l'entraînement des autres, donc inadapté à lui. Dans cette logique, un contenu réseau social de préparation physique footballistique est valide seulement lorsqu’il explique comment faire, pour qui et pourquoi le faire par une argumentation et une démonstration objectives. À défaut, nous sommes devant « un bullshit commercial » dont l’objectif est de revendre notre attention ou de nous fourguer des prestations sans substance délivrées en DM.
3. Pour se prémunir des réseaux, connaissons-nous nous même
L'objectif n'est pas ici de rejeter toute information donnée par les réseaux sociaux, mais de développer suffisamment de connaissances et d’esprit critique pour pouvoir l’évaluer en se connaissant soi-même. Cela signifie répondre par soi-même, ou avoir les réponses aux questions fondamentales qui sont de savoir de quel entraînement physique j’ai besoin ? Est-ce que ce que l’on me propose est de qualité ? Quelle qualité physique est réellement entraînée par cet exercice ? Quel est l'objectif physiologique recherché ? Quelle adaptation est attendue ? Comment mesurer les progrès ? Quel est le coût et le type de fatigue d’un exercice ? Quelle place cette séance occupe-t-elle dans la planification globale ?...
Cette démarche transforme progressivement le joueur passif en acteur de sa propre progression physique. Dans cette perspective, la préparation physique footballistique n'est pas une collection d'exercices. Elle constitue un processus d'hypothèses, d'observations, d'expérimentations et d'ajustements. Dans ce cadre, un joueur autonome est celui qui est en capacité d’observer, de mesurer, de tester, d’analyser et de corriger. Bref, de penser, de réfléchir et de critiquer, ou de remettre en question, une préparation physique footballistique.
Cela signifie qu’un joueur doit comprendre qu'aucun exercice n'est intrinsèquement bon ou mauvais. Un exercice n'est pertinent qu'en fonction d'un objectif précis, d'un contexte particulier, d'un niveau de pratique, d'une période de saison et d'un profil individuel. Cette approche méthodologique protège naturellement contre les dérives des réseaux sociaux, car elle oblige à se poser deux questions véritablement importantes « pourquoi et comment cet exercice fonctionnerait-il dans mon cas précis ? » et « est-ce qu’il va répondre à mes besoins ? »
(Re)prenons la main sur notre physique footballistique
En synthèse, le principal danger des réseaux sociaux footballistiques n'est pas qu'ils diffusent de mauvaises informations et qu’ils accueillent de pseudo préparateurs physiques. Mais que nous ne soyons pas capables de séparer le bon grain de l’ivraie informative.
Le footballeur qui souhaite réellement progresser physiquement en consultant les réseaux sociaux doit alors impérativement abandonner la posture de consommateur de contenu pour adopter celle d’acteur de sa propre performance physique footballistique. Ainsi, la véritable liberté du joueur ne consiste pas à trouver le meilleur influenceur à suivre. Elle consiste à ne pas avoir besoin d’en suivre un.





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