On ne devient pas un « GRAND » joueur… en restant « petit » !
- xavierblanc

- il y a 5 jours
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Le football est souvent décrit comme un sport d’intensité physique, de précision technique et d’intelligence tactique. Pourtant, sa lecture plus contextualisée permet d’affirmer qu’il s’agit aussi d’un sport de domination. Dominer physiquement footballistiquement consiste à posséder le ballon et/ou à imposer son jeu par un rythme de jeu séquencé en coups de boutoir. Cela suppose que les joueurs soient en capacité d’occuper, de contrôler et d’influencer l’espace de jeu réactivement avec consistance. Dans cette perspective, plus un joueur est « GRAND », non pas par sa taille anthropométrique, mais par son énergie alacrite, son déploiement corporel, ses impacts physico-tactico-technico-mentaux, sa couverture spatiale et sa disponibilité énergétique… plus il est dominant.

La domination physique footballistique repose ainsi sur la capacité des joueurs à agir sur les espaces de jeu dans un temps contraint.
Pour ma part, cela implique :
- une posture corporelle libre énergétiquement,
- une capacité coordinative à se projeter (ré)activement sans se contracter,
- une capacité métabolique à maintenir la réitération d’action à intensité maximale
Le tout donne des joueurs qui rayonnent en s’appropriant de plus grands espaces de jeu plus densément pendant plus longtemps. Ce rayonnement suppose un corps capable d’absorber et de redistribuer les tensions musculaires sans se refermer sur lui-même. Cet état corporel agrandit son rayon d’action et réduit de fait celui de l’adversaire, ce qui le rend plus impactant.
Or, un paradoxe majeur traverse la préparation physique footballistique actuelle. Le football, tel qu’il est préparé, entraîné et vécu physiquement, tend à rétrécir, respectivement à étriquer, l’aura footballistique des joueurs. Ce post propose d’analyser ce phénomène en articulant contraintes biomécaniques, adaptations neuro-musculaires et logiques d’entraînement pour le corriger par des agrandissements postural, coordinatif et métabolique.
1. L’agrandissement postural footballistique
L’objet de cet agrandissement est de refuser l’étrécissement, en restaurant un corps ouvert, soit ample et disponible.
1.1. L’étrécissement postural induit par la pratique du football.
La pratique du football induit une organisation corporelle projetée vers l’avant-bas, ce qui implique une antériorisation de la ceinture scapulaire, une fermeture thoracique et un tassement axial. Cette posture restrictive s’installe progressivement sous l’effet des gestes répétés et des contraintes émotionnelles du jeu.
Elle se traduit par :
- une réduction des amplitudes articulaires,
- une perte de verticalité fonctionnelle, comme si le corps tombait incessamment, ce qui oblige le joueur à corriger cette problématique déséquilibrante avant d`être en mesure de jouer une action
- une gestuelle précipitée donc raccourcie, ce qui péjore le niveau de vitesse
Le joueur en devient compacté, contraint de lutter d’abord contre son propre corps avant même de lutter contre l’adversaire pour occuper l’espace de jeu.
1.2. Les réflexes de protection qui ferment corporellement
Le football, par la lutte de domination qu’il impose pour gagner, est un sport agressant. À ce titre, les contacts, les duels, l’incertitude permanente et les émotions du jeu déclenchent des réflexes de protection par :
- des surcontractions musculaires,
- des postures de repli,
- une fermeture médiale du tronc,
- une mémorisation neuro-tissulaire de la raideur contractile.
À la longue, ces mécanismes inscrivent chroniquement la douleur et la surtension dans le système nerveux du joueur, parfois indépendamment de toute lésion identifiable. Le joueur se replie alors réflexivement foetalement sur lui-même, réduisant sa capacité à s’allonger, à respirer et à se projeter dans l’espace.
1.3. Burn-in, hypersensibilité et compaction chronique
Le burn-in correspond à un état d’hyper-engagement permanent sans récupération-régénération réelles. Si le joueur reste actif, son système nerveux devient alors hypersensible, notamment par un niveau PH perturbé, ce que l’on remarque par :
- une vigilance excessive
- une réactivité exacerbée,
- une surexcitation émotionnelle,
- une surcontraction de fond, ou de stress contractif, ce qui péjore la coordination footballistique.
Le corps n’accède plus aux phases de relâchement nécessaires à l’élargissement postural par le fait qu’il tend ce qui est déjà tendu, ce qui provoque une surtension chronique. Le joueur semble plein de vitalité par suragitation, alors que cela le rapetisse énergétiquement de plus en plus. Pour l’éviter, il s’agit d’appliquer le principe que la qualité d’une contraction provient de sa décontraction préalable sachant que cela génère in fine de l’énergie contractile par étirement.
1.4. Terrains synthétiques et désynchronisation gestuelle
L’organisme répond par une augmentation du tonus de fond, ou slack musculaire, et des co-contractions protectrices, ce qui réduit encore les amplitudes et trouble la disponibilité réactive corporelle. Le joueur victime de désynchronisation gestuelle devient brouillon, ce qui l’amène à couvrir moins d’espace avec moins de qualité de ce qu’il pourrait faire.
1.5. Désajustement de la biotenségrité et perte d’angulation
Le manque de mobilité musculo-articulaire est le symptôme d’un déséquilibre postural profond qui affecte le niveau de biotenségrité nécessaire pour jouer fluidement, c’est-à-dire sans freins et blocages posturaux.
Sans cet ajustement du niveau de biotenségrité à l’effort :
- les tensions s’accumulent,
- les chaînes myofasciales se raccourcissent,
- les articulations perdent leur amplitude physiologique.
Le corps adopte une posture rigide tel un chêne plutôt que la posture flexible, donc absorbante, du roseau. Cette rigidité induit un petit fonctionnement gestuel, car le joueur « en se mouvant petit » occupe petitement les espaces de jeu.
2. Agrandissement coordinatif
L’objet de cet agrandissement est que le joueur (re)devienne coordinativement ample, fluide et tridimensionnel dans le mouvement. Mais avant de l’évoquer, il s’agit d’expliquer les notions de « précipitationnite » et de « forcite » qui réduisent la qualité coordinative des joueurs.
2.1. Les dynamiseurs du rétrécissement coordinatif
Ces dynamiseurs sont ici au nombre de deux, soit « la précipitionnite » et « la forcite ».
2.1.1. La « précipitationnite » ou lorsque la surfréquence rétrécit
La quête de vitesse maximale footballistique pousse de nombreux joueurs à augmenter excessivement leur fréquence gestuelle par petits pas.
Cela génère :
- de la suractivation neuromusculaire,
- ce qui fatigue précocement les tissus musculaires
- et réduit réflexivement les amplitudes.
La surfréquence n’est alors pas synonyme de vitesse maximale footballistique en entraînant une auto-réduction du geste. Le joueur se contracte prématurément trop pour aller vite. Or, s’il est gestuellement plus vite, il l’est objectivement sur place, ce qui le rend lent dans sa capacité à dominer l’espace.
2.1.2. La « forcite » qui verrouille la coordination en la forçant
Le recours systématique à la force (musculation lourde, poussées massives, les « pousse ta foulée »…) altère la coordination fine footballistique en provoquant :
- une hypertonie,
- l’absence de relâchement des muscles antagonistes,
- des temps de contact au sol des appuis podaux plus longs que nécessaire.
Le joueur perd sa « fluidité coordinative » en forçant ses mouvements. Il en devient puissamment et réactivement lent. Autrement dit, il est fort, mais cette force le retarde « d’une bataille » dans l’animation du jeu et la maitrise technique du ballon. C’est une domination statique, alors que la nature du jeu footballistique demande de la domination dynamique. Il découle de cette perspective, l’idée de s’appuyer sur la vitesse-force et non la force-vitesse pour dynamiser intercoordinativement la vitesse des prises des espaces de jeu.
2.2. Les facteurs de l’agrandissement coordinatif
Sur la base des affirmations précédentes, un agrandissement coordinatif footballistique repose sur la réappropriation de son allongement fonctionnel footballistique et l’amélioration tridimensionnelle de sa proprioception.
2.2.1. Réappropriation de l’allongement fonctionnel footballistique
Cette réappropriation passe par :
- la dissociation des ceintures scapulaire et pelvienne par un gainage en X qui solidifie la posture en fixant les points de tension corporelle sur la région pelvienne,
- la capacité à se projeter sans raccourcissement réflexe « en prenant le temps d’aller vite », c’est-à-dire d’abord d’amplifier le mouvement puis ensuite d’en augmenter le nombre de répétition.
2.2.2. Tridimensionnalité proprioceptive
Le football est un sport multi-plan qui segmente par tensions intersegmentaires le corps, ce qui réduit son harmonisation. L’agrandissement coordinatif nécessite alors un entraînement proprioceptif pour instituer un corps « glocalement » harmonieux par :
- l’activation des capteurs posturaux,
- des transferts progressifs de charge,
- la continuité des séquences unipodales appuis–membres inférieurs- tronc–membres supérieurs pour autant que cela se fasse avec une gestion harmonieuse de l’énergie cinétique que chaque mouvement engendre à l’exemple des appuis podaux.
Cette stimulation proprioceptive tridimensionnelle permet au joueur de mieux percevoir son schéma corporel ainsi que ses mouvements segmentaires dans l’espace, ce qui améliore son occupation des zones de jeu.
3. Agrandissement métabolique
Trop souvent, la préparation physique footballistique entraîne durablement en état de fatigue résiduelle. Cela provient du fait que si un préparateur physique footballistique (PPF) se retrouve à devoir entraîner une équipe fatiguée, le réflexe est d’entraîner encore plus pour gommer la fatigue. Dans les faits, cela signifie résoudre une situation de fatigue par la fatigue.
Cet entraînement de la méforme entraîne :
- une sursensibilisation nerveuse,
- une baisse des seuils de contraction,
- une surcontraction généralisée.
Cela aboutit tôt ou tard à une fatigue chronique, c’est-à-dire que le corps adopte un mode défensif en se rigidifiant, en réduisant son amplitude et en appauvrissant le niveau coordinatif du joueur. Il en devient énergétiquement « petit » spatialement.
Dans cette logique, un cercle vicieux énergétique s’installe selon le processus suivant :
1. une fatigue chronique hypersensibilise,
2. cette hypersensibilité surcontracte,
3. cette surcontraction réduit l’amplitude,
4. cette réduction d’amplitude implique un surcoût énergétique,
5. ce surcoût énergétique génère une fatigue chronique accrue qui hypersensibilise…
Ce processus négatif affecte autant le corps que la perception et la prise de décision. Dans ce cadre, l’objet de l’agrandissement métabolique consiste à soutenir en capacité et en puissance énergétiquement tout un match les amplitudes de projection corporelle par de la fraîcheur neuro-musculaire.
3.1. Les corrections du rétrécissement métabolique
Outre une gestion ondulo-pointilliste des charges d’entraînement, un « rétrécissement métabolique » se corrige par le principe de « surcompensation modérée constante », l’activation ample de la chaîne postérieure ainsi que l’adoption du principe « de l’extension des efforts spécifiques ».
3.1.1. La surcompensation modérée et constante
En pratique, le principe de « surcompensation modérée constante » consiste à gérer les charges d’entraînement de façon à stimuler l’adaptation du joueur sans jamais aller dans l’excès, en alternant efforts adaptés et récupération suffisante pour que le corps s’améliore de manière durable plutôt que de s’épuiser. Il s’agit d’entraîner chaque jour 90% des 100% capacités énergétiques disponibles, mais à des intensités de 100 % tout en programmant des séances régénératrices. L’objectif n’étant pas « d’en faire toujours plus », mais de « faire continuellement bien ».
Ce modèle de gestion des charges physiques se fonde sur :
- une charge suffisante, mais non saturante,
- une récupération intégrée et fonctionnelle,
- une progression continue sans rupture énergétique,
Ce principe permet au corps de s’adapter en se déployant progressivement par réserve énergétique plutôt que de s’étioler progressivement par trop de charges.
3.1.2. Une extension du spécifique
L’agrandissement métabolique vise à augmenter le nombre de réitération d’efforts maximaux tout en gardant leur qualité dans le temps. Ceci pour répondre au cahier des charges d’un match de football, lors duquel des intensités maximales doivent pouvoir être produites, maintenues et réactivées tout au long d’un match sans altérations coordinative et/ou décisionnelle.
À cette fin qualitative, j’utilise le principe « d’extension qualitative des efforts spécifiques » pour amener les joueurs à répéter des actions à intensité maximale pour arriver à un cumul de quelque 400m de vitesse maximale footballistique.
Ainsi, cet entraînement vise à :
- maintenir un niveau d’intensité maximale par un corps toujours détendu,
- préserver l’allongement axial et la fluidité gestuelle malgré la contrainte énergétique,
- éviter des fonctionnements prolongés dans des états de contraction défensive.
Dans cette logique, la charge d’entraînement devient auto-régulée par la qualité. Dès que les marqueurs qualitatifs se dégradent, tels que le raccourcissement des amplitudes, la perte de verticalité posturale, la précipitation gestuelle, la rigidification des appuis, un appauvrissement de la qualité du traitement de l’information, l’objectif n’est plus d’insister ou de forcer pour obtenir de la performance, mais d’ajuster immédiatement les charges et les types de travail.
Concrètement, lorsque la qualité n’y est plus, plusieurs leviers peuvent être privilégiés pour la retrouver ou empêcher sa dégradation en :
- stoppant momentanément la charge pour la reprendre plus tard dans la séance ou dans la semaine,
- diminuant les distances d’effort afin de préserver l’extension du nombre de séquences de vitesse maximale footballistique,
- augmentant les temps de récupération pour restaurer la disponibilité neuromusculaire,
- réduisant la densité des répétitions sans réduire leur intensité.
Cette régulation qualitative permet au joueur d’apprendre à produire de l’intensité sans se fermer, à reconnaître ses seuils d’alerte internes d’épuisement et à développer une extension des efforts par endurance réitérative des efforts.
L’intensité maximale n’est alors plus un pic isolé en début de match, mais une capacité durable, c’est-à-dire mobilisable à tout moment du jeu. Le joueur ne survit plus à l’effort. Il l’habite pleinement, dans un corps disponible, économe et spatialement dominant.
Conclusion
Physiquement, le football actuel ne souffre pas nécessairement d’un manque d’intensité, mais d’une intensité mal organisée. À force de préparer les joueurs à résister, à encaisser et à répéter sous fatigue, on les rend plus compacts, plus contractés donc moins dominants dans l’espace et le temps de jeu.
Mais être un joueur « GRAND » ne relève ni d’une morphologie idéale ni d’un volume d’entraînement supérieur. C’est avant tout une organisation corporelle, coordinative et énergétique qui lui permet de rayonner sur le terrain.
Par l’agrandissement postural qui (re)donne de l’ouverture et de la disponibilité, l’agrandissement coordinatif qui restaure la fluidité, la tridimensionnalité et la capacité à aller vite sans se raccourcir ainsi que l’agrandissement métabolique qui permet de soutenir ces qualités dans la durée, le but est de refuser l’étrécissement physique des joueurs induit par la pratique du football.
Cela ne signifie pas entraîner moins, mais entraîner méthodologiquement autrement :
- en privilégiant la qualité d’organisation à la quantité de charge,
- en considérant le corps du joueur comme un système vivant, adaptatif et intelligent.
En bref, dominer footballistiquement, c’est occuper plus d’espace le plus rapidement possible par et avec le moins de tensions pour impacter plus. Ce post explique que la clé de voûte de ce système d’entraînement est la décontraction qui génère une version ample des joueurs, soit d’être « GRAND » ou de « JOUER GRANDEMENT AU FOOTBALL » jusqu’au coup de sifflet final. Aider les joueurs à le faire physiquement pour soutenir l’expression de leur talent footballistique, c’est le cœur de la mission du PPF.





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