Arrêtons d’infantiliser les joueurs en les activant comme des enfants et de désactiver ces derniers par l’absence d’échauffement


Deux scènes se répètent inlassablement sur les terrains de football chaque week-end. D’un côté, les joueurs professionnels, respectivement de haut niveau, qui s’apprêtent à entrer sur le terrain bénéficient d’activations de match minutieusement préparées, organisées et chronométrées. Ils sont accompagnés par un ou plusieurs préparateurs physiques footballistiques (PPF) qui les dirigent, les guident, les observent, ajustent les contenus, régulent les intensités pour s’assurer que chaque joueur aborde la rencontre dans les meilleures dispositions possibles. De l’autre côté, sur les terrains de jeunes, notamment dans les catégories de formation, ou encore des niveaux amateurs, l’échauffement est souvent juste considéré comme une formalité nécessaire pour ne pas se blesser pour le match à venir. Quelques minutes de course, quelques mouvements généraux, parfois quelques étirements, quelques passes et les joueurs sont considérés comme « échauffés », donc prêts à l’action car au mieux de leur capacité. Plus fréquemment encore, le jeune remplaçant, tout comme l’amateur, est très souvent laissé seul pour préparer son entrée en jeu.

Une forme de paradoxe apparaît alors. Le football d’aujourd’hui demande au joueur performant, donc pertinent, efficace et efficient, d’être autonome dans le jeu en prenant des décisions, en assumant ses choix, en faisant preuve de personnalité, en comprenant les situations avant les autres joueurs et en s’adaptant à ses partenaires et à ses adversaires pour dominer le jeu. Or plus ils sont compétents pour le faire, donc payés à ce titre très grassement, plus on les encadre en leur disant comment s’occuper d’eux-mêmes lors des échauffements. Bref, on les échauffe à leur place. Par contre, pour le joueur en phase d’apprentissage, donc en acquisition de compétence, son échauffement est confié au capitaine de son équipe, à l’assistant de l’entraîneur ou encore à un jeune PPF qui n’ont pas nécessairement les connaissances nécessaires pour bien échauffer des jeunes corps. Cette situation est poussée à son paroxysme, lorsque le jeune joueur prépare tout seul son entrée en cours de match comme s’il savait exactement quoi et comment le faire.
Ces situations peuvent s’expliquer parce que l’échauffement est considéré comme une partie négligeable de la compétitivité footballistique dans les jeunes catégories et une partie essentielle pour les joueurs confirmés, notamment pour bien débuter les matchs. Or si l’on part de l’évidence, d’une part, que ce sont les joueurs qui militent au plus haut des niveaux qui sont les plus compétents et, d’autre part, que ce sont ces joueurs qui connaissent et/ou sentent le mieux leur corps, donc qui savent exactement ce dont ils ont besoin, ils ne peuvent pas déléguer leur échauffement à une tierce personne. En effet, à ce niveau, l’échauffement est un processus de régulation individuelle. Pour donner une image de la situation, la mise au point d’une Ferrari pour performer sur un circuit se fait par son pilote, non par ses mécaniciens.
Cette absurdité situationnelle footballistique, ou mauvais-sens, doit être interrogée. Je le fais ici à l’aune des échauffements que bien évidemment tout le monde connait. Sauf, lorsque l’on demande à ce monde d’expliquer précisément leurs mécanismes et leurs multiples fonctions. À ce moment, un long silence réflexif s’installe. Cet article ambitionne justement de le combler. S’il semble malgré tout futile, je me permets de souligner que l’Association suisse de football cherche systématiquement à améliorer les procédures d’échauffement des équipes pour qu’elles puissent intensifier qualitativement leurs séances d’entraînement, respectivement des matchs.
1. De la mise en température à la mise en disponibilité par l’échauffement
L’échauffement remplit une évidence que tout le monde connait intuitivement. Avant de demander à un corps de produire des efforts importants, il faut le « mettre en température ». Cette appréhension n’est bien entendu pas fausse, mais elle est aujourd’hui trop limitée pour rendre compte de ce qui se joue réellement dans les minutes qui précèdent un match ou un entraînement.
Aujourd’hui, on a bien compris que l’échauffement footballistique est multifonctionnel. Il modifie la température musculaire et corporelle, mais aussi la cinétique de consommation d’oxygène, les réponses métaboliques corporelles, l’activation neuromusculaire, la disponibilité mécanique des muscles et des tendons, la coordination, l’attention et la préparation psychologique. L’échauffement doit donc être une intervention structurée qui vise à optimiser le « readiness » des joueurs aux matchs et aux entraînements.
Cette conscientisation de la Chose s’avère particulièrement nécessaire pour le football, qui est un sport complexe. Un joueur ne doit pas simplement passer du repos à une température corporelle supérieure pour performer. Il doit devenir progressivement capable d’accélérer, de freiner, de changer de direction, de sauter, de lutter, de frapper, de répéter des efforts à intensité maximale, de percevoir son environnement et de prendre des décisions tout en maîtrisant techniquement le ballon le mieux possible. L'objectif de l’échauffement footballistique est donc moins de « chauffer corporellement » le joueur que de le rendre progressivement disponible pour jouer le mieux possible. Il y a ici plusieurs manières complémentaires de l’amener à le faire. Avant de débuter cette discussion, il est à noter que l’échauffement que j’interroge ici est la partie physique d’une activation footballistique.
1.1. Les différentes composantes de l’échauffement footballistique
La première composante est donc celle de la température. L’augmentation de la température musculaire contribue à modifier favorablement les processus physiologiques et mécaniques de la production de la performance. Elle facilite les réactions métaboliques, augmente le débit sanguin et influence les propriétés contractiles des muscles. Elle propose une entrée progressive dans l’activité au lieu d’un passage brutal du repos à un effort maximal. Cette conception reste sagace aujourd’hui, mais elle ne suffit plus. Un joueur peut être « chaud » sans être réellement prêt à produire une gestuelle footballistique performante. C’est pourquoi la composante de la température doit être complétée par celle de l’activation neuromusculaire.
L’activation neuromusculaire vise à préparer le système neuromusculaire aux actions footballistiques. Si le joueur doit accélérer, sauter, changer de direction ou être explosif et réactif, il est logique d’intégrer progressivement ces mouvements et leur niveau d’intensité dans un échauffement préparatoire. Les accélérations, les décélérations, les changements de direction, les impulsions et les mouvements dynamiques d’échauffement deviennent alors des moyens de préparer la motricité footballistique du jeu.
Une troisième composante concerne la spécificité. Un échauffement performant ne doit pas être seulement général. Il doit préparer à la spécificité de la tâche. Le footballeur ne prépare pas son corps comme un nageur ou un haltérophile. Même au sein du football, les contraintes peuvent varier selon le poste, le rôle, le profil athlétique, les habitudes du joueur et le contexte de la rencontre. Cette spécificité ne signifie toutefois pas de reproduire un match pendant vingt minutes. Elle signifie que les sollicitations choisies doivent avoir un rapport avec ce que le joueur devra réellement produire dans le match.
Cette spécificité comprend la potentialisation post-activation, aujourd’hui plus largement désignée par le terme post-activation performance enhancement (PAPE). Le principe est d'utiliser, après un échauffement général, une sollicitation suffisamment intense mais suffisamment brève pour favoriser ensuite une meilleure expression physiologique du joueur. Mais cette stratégie exige de la prudence. Une charge trop importante par un volume trop élevé en vitesse, en explosivité footballistiques ou une récupération insuffisante peuvent produire exactement l'effet inverse, soit de la fatigue plutôt qu'une amélioration de la performance. La règle est ici simple. L'échauffement doit laisser le joueur plus disponible qu'il ne l'était avant de commencer.
Une intensification lactique peut toutefois être envisagée comme un apport à la préparation physiologique des joueurs. Les sollicitations intenses et brèves pré-match qui provoquent une élévation transitoire importante de la lactatémie du joueur activent non seulement son processus oxydatif mais, par le cycle de Krebs, fournissent un apport supplémentaire d’ATP. C'est a priori ce que l’on peut comprendre par le fameux « deuxième souffle ».
Une quatrième composante concerne la mobilité. L'histoire de l'échauffement sportif a longtemps accordé une place importante aux étirements musculaires statiques pour que le corps accepte des angulations segmentaires plus amples. Mais leur utilisation immédiatement avant des actions explosives doit être réfléchie car ils baissent le niveau de pré-tension musculaire déterminant la qualité du déclenchement d’une action, ou slack musculaire. De fait, ce type d’étirements doit être suivi par des étirements dynamiques. L'effet produit par des étirements dépend donc de leur durée, de leur volume et des exercices qui les suivent. La question n'est donc plus « faut-il faire des étirements ? » mais plutôt « pourquoi, lesquels, quand, combien de temps et pour quelle tâche ? ». C'est précisément ce changement de raisonnement qui distingue une routine quelconque d'un véritable échauffement.
Dans ce cadre et plus spécifiquement pour le football, le programme FIFA 11+ illustre une évolution importante. Celle d'un échauffement footballistique pensé également comme un outil de prévention et de développement neuromusculaire. Ce programme associe notamment course, contrôle neuromusculaire, force, équilibre et exercices spécifiques. Son adoption a montré des bénéfices sur une réduction du nombre de blessures. Mais, il faut distinguer un programme de prévention à moyen ou long terme d'un échauffement pré-compétitif. Si le FIFA 11+ est intéressant dans la construction d'une culture de prévention, il ne signifie pas pour autant que l'intégralité du programme doit être reproduite telle quelle avant chaque match, indépendamment de l'état du joueur, du moment de la saison et des exigences de la rencontre. Il faut donc résister à la tentation de remplacer une routine universelle, ou son absence, par une (autre) routine universelle.
Si on considère que le football est un sport de vitesse, on se doit de se préoccuper de l’état des systèmes neuromusculaires des joueurs, sachant que la qualité de vitesse demande qu’ils soient frais et disponibles, ou alacrites. Dans cette perspective, l'échauffement footballistique ne consiste pas uniquement à augmenter progressivement l'intensité physiologique des joueurs. Il doit également stimuler le système nerveux pour qu’il soit dans les meilleures conditions possibles. Pour ce faire, je propose d’intégrer aux échauffements footballistiques des composantes de reset neuromusculaire par l'Intégration motrice primordiale (IMP).
Concrètement, je propose que les échauffements footballistiques adoptent le protocole pré-entraînement Vitruve-Football.net qui mobilise coordinativement la respiration diaphragmatique, les mouvements croisant la ligne médiane, les mouvements controlatéraux, la mobilisation du système vestibulaire par les mouvements de tête ainsi que des déplacements et des mouvements coordonnés. L'ensemble vise à favoriser une meilleure organisation et une meilleure disponibilité du système neuromoteur avant l'activité.
Il convient cependant, comme pour les autres composantes de l'échauffement footballistique, de ne pas transformer cette approche en nouveau protocole universel. L'IMP ne doit pas être ajoutée mécaniquement à toutes les séances. Son utilisation dépend de l'état du joueur, de la nature de la séance et de l'objectif recherché. Ce protocole prend surtout son sens lorsqu'il répond à un besoin identifié qui est de retrouver de la disponibilité, de la coordination et de la fraîcheur neuromusculaire pour bien et mieux produire et exprimer de la vitesse footballistique.
L'échauffement footballistique apparaît alors comme un ensemble beaucoup plus riche qu'une simple succession d'exercices. Il peut successivement ou simultanément agir sur la température, le métabolisme, le système neuromusculaire, la mobilité, la coordination, la perception et la disponibilité cognitive au jeu. La question n'est donc plus seulement de savoir quels exercices réaliser, mais dans quel état le joueur se trouve, dans quel niveau de compétitivité il doit parvenir et quelles sollicitations permettent de l'y conduire avec le moins de fatigue possible.
1.2. Vers un modèle pratique d’échauffement de match en trois temps
À partir de ces différentes explications, il est possible de construire un modèle d’échauffement simple pour le football. Il ne s'agit pas d'un protocole universel, mais d'une architecture permettant au joueur de se construire, et pour le PPF de transmettre une disponibilité compétitive la plus adéquate pour aborder les matchs et les entraînements.
Première étape : augmenter progressivement le niveau physiologique du joueur (10mn à 15mn)
La première phase vise à faire passer individuellement progressivement l'organisme du repos à l'activité en élevant la température corporelle. Elle dure environ 10 minutes à 15mn en comprenant des activités continues de type séance de course ou de vélo. Ces activités continues peuvent aussi faire l’office d’un apprentissage fonctionnel footballistique de ses mouvements cycliques, à l’exemple de l’Ecole de vitesse de Vitruve-Footall.net. Ici, l'objectif est de créer une première élévation de l'activité physiologique dont la conséquence est une élévation de la température corporelle que l’on remarque par des fronts qui commencent à perler de sueur.
Deuxième étape : augmenter progressivement l’activation neuromusculaire du joueur (10mn à 15mn)
La deuxième phase s’oriente vers les exigences fonctionnelles du football. Pour ma part, je propose de les débuter par des étirements statiques selon des séquences de surtensions de 15 secondes, qui sont complétées par la suite par des étirements balistiques tels que des :
- exercices d’équilibration et de contrôle moteur;
- mobilités de cheville et de hanche ;
- fentes dynamiques ;
- mobilités dynamiques ;
- rotations contrôlées ;
- …
A leur suite, l’idée est d’activer fonctionnellement la vitesse des joueurs par des exercices tels que :
- petits sauts de course ;
- accélérations progressives ;
- freinages contrôlés ;
- accélérations sur signal ;
- …
Cette phase se termine par quelque 6 à 8 accélérations de 15m à 20m à vitesse maximale, ou de 85% à 90%, qui va de vite à plus vite, dans lesquelles on peut intégrer des exercices de réaction. Les pauses sont complètes entre les séquences de course, à savoir d’une durée au minimum de 1mn
Troisième étape : préparer fonctionnellement le joueur individuellement et en équipe (15mn à 25 mn)
La dernière phase doit connecter le joueur au jeu avec l’introduction ici du ballon. D’abord par des ajustements techniques tels que :
- passes courtes à intensité croissante ;
- contrôles orientés ;
- frappes progressives ;
- déplacements après passe ;
- changements de direction avec ballon ;
- duels ou oppositions très courtes ;
- ...
Puis par des jeux réduits à faible volume mais à haute intensité
- jeux réduits à haute intensité mais à faible volume
- tir aux buts et autres réglages individuels
Retour au vestiaire pour la préparation finale du match.
1.3. Le re-warm-up de la mi-temps
Une réflexion portant sur l'échauffement footballistique doit également aborder la problématique de la mi-temps. La première chose à conscientiser est qu’après 15mn de pause, le joueur n’a pas perdu ses adaptations de match. Ceci même si sa température musculaire et son niveau d’excitation neuromusculaire diminuent un petit peu.
Dans ce cadre, il est de plus en plus habituel de réactiver les joueurs à leur sortie des vestiaires. Mais de deux choses l’une. Soit on le fait sérieusement, auquel cas ce type de séances dure de 5mn à 10mn, soit on ne le fait pas. En effet, 2 ou 3 petits exercices de réactivité exécutés pour le moins en dilettante ne servent strictement à rien si ce n’est à rendre ridicule aux yeux de tous l’intervention des PPF. Par ailleurs, penser que les joueurs sont complètement désactivés, ou endormis, après 15mn de pause, c’est bien mal connaître la physiologie sportive. Les capacités des joueurs n’ont rien perdu de leur valeur, voire se sont bonifiées. Surtout après les discours de motivation de cadrage très souvent enlevés des entraîneurs. C’est d’ailleurs pour cela que les mi-temps existent. À savoir rendre les joueurs plus disponibles neuromusculairement. De fait, si les joueurs ont besoin d’être réveillés pour se remettre dans le jeu, cela signifie qu’ils sont fatigués. Ils sont donc moins aptes à jouer une seconde mi-temps à cause d’une préparation physique footballistique déficiente. Ce n’est pas ici quelques exercices de réactivité qui vont résoudre cet état de fatigue.
1.4. Le re-warm-up d’entrée en cours de match
À l’origine, les remplacements en cours de match n’étaient pas autorisés. Puis, ils l’ont été sur blessure, puis à la convenance des entraîneurs à partir de 1967 pour 1 joueur, de 1976 pour 2 joueurs, de 1992 pour 3 joueurs, mais en cas de blessure du gardien, puis dès 1995 pour 3 joueurs. En 2018, un changement supplémentaire a été autorisé en cas de prolongations. Suite à la Covid-19, 5 remplacements sont autorisés (6 en cas de prolongations). La tendance est claire. Il y aura de plus en plus de remplacements autorisés dans le football. Cela offre davantage de possibilités aux entraîneurs de maintenir un haut niveau de jeu et/ou de réagir aux événements d’un match. Il est donc possible que l’on demande à l’avenir aux joueurs potentiellement remplaçants de se tenir constamment en éveil physique. Cette exigence est d’ailleurs déjà vécue dans les catégories juniors pour lesquelles les joueurs peuvent sortir et réintégrer le jeu en cours de match.
Il y a ici une règle simple. Il ne s’agit pas de demander aux joueurs potentiellement remplaçants de se rééchauffer constamment mais de maintenir leur disponibilité physique. À ce titre, les joueurs doivent rester actifs avec et sans le ballon. Cette activation permanente ne signifie pas de faire le match sur les bords du terrain mais de garder son niveau de disponibilité physique de match en combinant étirements statiques et balistiques ainsi que sa température corporelle par de petites accélérations décontractées. Des exercices de rappel le permettent. Comme ce re warm up est de l’ordre du ressenti, il doit être effectué individuellement mais peut être tempéré par des PPF.
2. L'échauffement est une compétence qui doit être donnée aux jeunes joueurs et assumée individuellement par les professionnels
L’échauffement footballistique ne doit pas être considéré comme un simple protocole imposé au joueur, mais comme une véritable compétence que celui-ci doit progressivement apprendre à maîtriser et à assumer. Puisqu’il est de nature individuelle car il dépend de l’état du joueur, de ses besoins et du contexte, le footballeur doit être capable de comprendre ses signaux corporels, d’identifier ce qu’il doit préparer, de choisir les sollicitations adaptées et de savoir quand il est réellement prêt à jouer. Il ne s’agit pas pour lui de devenir un PPF, mais de devenir progressivement l’acteur de son échauffement footballistique.
Cette responsabilisation doit cependant être différente selon le niveau de pratique. Pour le joueur professionnel, qui devrait posséder par définition une grande expérience de son propre corps, le rôle du PPF n’est pas de penser et d’agir à sa place. Son objectif est de mettre en place une relation de collaboration et des conditions d’exercice dans lesquelles le professionnel et/ou le joueur de haut niveau peut exprimer ses besoins, tandis qu’il observe, questionne, objectivise, corrige et adapte. L’expertise du PPF ne disparaît pas avec l’autonomie du joueur. Elle consiste au contraire à savoir quand prescrire, expliquer, questionner, observer, conseiller, tranquilliser, rassurer ou laisser décider.
À l’inverse, le jeune joueur, voire les joueurs dits amateurs, doivent être davantage accompagnés, car leur autonomie est encore en construction ou simplement absente. Le fait de leur demander simplement de « se chauffer » ne suffit pas à les préparer à débuter ou à entrer compétitivement dans un match. C’est une compétence qui s’acquiert progressivement grâce à l’apprentissage. Le rôle du PPF est donc d’abord de montrer, d’expliquer, d’accompagner puis de lâcher l’affaire. Cette progression peut être résumée par le passage de la prescription à la compréhension, puis à la participation, à la décision et enfin à l’autonomie.
L’échauffement footballistique doit ainsi être enseigné comme une véritable compétence dans les académies et les processus de formation. Le jeune joueur doit apprendre à comprendre les objectifs de son échauffement footballistique, à gérer progressivement ses intensités, à préparer ses articulations et ses groupes musculaires, à s’exposer et s’exercer à la vitesse, à interpréter ses sensations, à identifier ses besoins et à adapter sa préparation à son poste, à son rôle et au contexte. Il doit également savoir quand solliciter le staff et comment se réactiver après une période d’inactivité. L’objectif n’est pas d’en faire un spécialiste de la physiologie, mais de lui transmettre suffisamment de connaissances pour qu’il puisse progressivement prendre en charge son échauffement. Si ses propos sont évidents aux yeux de tous, alors merci de m’expliquer pourquoi je n’ai jamais rencontré, lors de mes expériences de PPF dans le football élite junior et professionnel, un joueur sachant s’échauffer correctement.
Cette conception fait également évoluer le rôle du PPF. Celui-ci ne doit plus seulement être celui qui construit le meilleur protocole d’échauffement, mais également celui qui apprend au joueur à construire et à adapter son propre protocole. La réussite du PPF peut alors se mesurer à sa capacité à transmettre son expertise jusqu’à rendre progressivement le joueur moins dépendant de sa présence. Chez le jeune, cet accompagnement est essentiel parce que sa compétence est encore en construction. Chez le professionnel, ou le joueur de haut niveau, il peut davantage prendre la forme d’une ressource permettant la personnalisation et l’optimisation de la préparation par l’échange de conseils.
Il faut enfin distinguer clairement autonomie et abandon. L’objectif n’est pas de laisser le jeune seul au nom de l’autonomie, mais de l’accompagner pour qu’il puisse progressivement agir seul. La responsabilité doit augmenter au même rythme que la compétence. À terme, un joueur autonome doit être capable d’observer son état, de comprendre ses besoins, d’adapter son échauffement, de communiquer avec le staff sur son état. L’échauffement footballistique devient alors un outil de formation du joueur. Il ne sert plus uniquement à le préparer à un match, mais contribue à former de futurs professionnels ou simplement de vrais joueurs, c’est-à-dire capables de gérer leur propre performance et santé physiques.





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