La préparation physique footballistique féminine est un métier spécifique à part entière
- xavierblanc

- 8 août 2025
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 sept. 2025

Les football féminin et masculin partagent un jeu strictement identique en termes de dimensions du terrain, de durée du match, du nombre de joueurs, du poids du ballon et de la taille des buts. Cet alignement du féminin sur le masculin implique que les joueuses doivent donner plus, à cause a priori « d’une nature moins puissante », pour pratiquer le même football. Dans la mesure où les règles du football ne s’adaptent pas à ce surcroit d’efforts, cela signifie que les footballs féminin et masculin ne sont physiquement pas le même sport en termes notamment d’intensité, de vitesse de déplacement, de distances parcourues et de puissance de frappes. Ce constat m’incite à me poser la question de savoir si le football féminin nécessite alors une préparation physique footballistique qui lui est spécifique ?

Pour répondre à cette question, j’utilise la notion de charge physique interne et externe pour savoir dans quelle mesure les footballs féminin et masculin diffèrent. Par les informations recueillies, la seconde partie de cet écrit fait l’inventaire des spécificités de l’entraînement physique du football féminin. Puis, sur la base de cette analyse succincte, sa conclusion présente les arguments pour que la préparation physique footballistique soit considérée comme un métier spécifique à part entière.
1. Une uniformité des règles, mais pas des corps
Si le sport est le même, les coûts physiologique et biologique diffèrent entre les footballs féminin et masculin. Pour saisir ces différences, je remercie Georges Gacon [1] d’avoir formulé le concept de charges d’effort externes et internes. La charge externe mesure objectivement l’effort en termes de mètres parcourus, de nombre de sprints, de temps d'effort, etc. La charge interne correspond à la réaction du corps à cette charge externe mesurée par des critères d’évaluation tels que la fréquence cardiaque, la perception de l’effort (RPE), la lactatémie, la cortisolémie, etc.
Ainsi, pour une même intensité d’effort, les femmes présentent une fréquence cardiaque plus élevée, une mobilisation différente des filières énergétiques, une capacité de récupération plus lente et une fatigue neuromusculaire plus marquée [2], [3]. Autrement dit, le football féminin est plus coûteux énergétiquement que le masculin pour produire la même performance physique footballistique quel que soit le niveau joué.
Cela provient du fait que le physique footballistique féminin est déterminé par sa biologie hormonale, comprenant le cycle menstruel et les niveaux d’œstrogènes et de testostérone, la composition corporelle en termes de masse maigre et de la répartition de la masse musculaire, la réponse neuromusculaire à la fatigue, des valeurs de la VO₂max et de la fréquence cardiaque maximale [4], [5].
Pour s’approcher de l’intensité de l’animation du jeu masculin, il serait alors logique d’adapter la charge externe à l’instar des sports de combat avec des catégories de poids et la durée des combats différents, de l’athlétisme qui adapte les distances, les hauteurs et les poids ou encore du volley ou du basketball avec des hauteurs de filet ou la taille du ballon qui varient selon le genre.
Mais en football, aucune adaptation règlementaire n’est prévue, en partie pour des raisons d’infrastructures partagées et de normalisation globale. À ce jour, il semble, en effet, inenvisageable que la gent féminine bénéficie de terrains et des durées de match adaptés à leurs réelles capacités physiques. Même dans l’hypothèse où des terrains seraient disponibles en suffisance, je ne suis pas sûr que cela soit le désir du football féminin, sachant que depuis le début du 20ième siècle, il s’est battu pour être reconnu comme l’égal du football masculin. En retour, cela l’oblige à le jouer comme lui. Fort heureusement, des événements comme l’Euro 2025 participent à cette reconnaissance dans le sens qu’ils amènent le public à appréhender le football féminin indépendamment du masculin, soit sans faire de comparaison avec ce dernier. Cependant, si socialement je reconnais ce combat de reconnaissance et même y adhère, je dois admettre en tant que PPF qu’il est susceptible de mettre l’intégrité physique des joueuses en danger. Cela dit, il revient au football féminin de décider quel football il veut pour lui.
2. Entraîner différemment des corps qui réagissent différemment
Si on prend en compte les spécificités du corps féminin, les préparations physiques footballistiques féminine et masculine ne peuvent pas être conceptuellement identiques. En effet, le préparateur physique footballistique (PPF) d’une équipe féminine doit prendre en compte le cycle menstruel qui modifie la thermorégulation, la force musculaire, la perception de l’effort et les risques de blessure [6]. Ces spécificités impliquent qu’une approche linéaire de la charge est souvent sous-optimale. Il est donc nécessaire de développer une périodisation cyclique, intégrant les phases du cycle hormonal dans la planification.
De plus, les femmes sont 4 à 8 fois plus exposées aux ruptures du ligament croisé antérieur (LCA) [7]. Cela provient de différences biomécaniques (des angles quadricipaux (Q) différents, des valgus dynamiques, une laxité ligamentaire accrue) qui justifient des protocoles de prévention spécifiques en termes neuromusculaire, proprioceptif et de stabilisation du tronc.
Les footballeuses sont aussi exposées à des troubles physiologiques liés à un déséquilibre énergétique, avec des conséquences profondes sur la santé à court et long terme. Ainsi, une charge d'entraînement mal régulée, associée à un déficit énergétique à cause d’une insuffisance d’apports caloriques, peut perturber le fonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophyso-gonadique. Cela entraîne une aménorrhée fonctionnelle hypothalamique (AFH), c’est-à-dire la suppression des cycles menstruels, une baisse de la production d'œstrogènes, une altération de la fertilité à long terme ainsi qu’une récupération plus lente et une fatigue chronique. En statistiques, l’aménorrhée touche environ 20 à 30 % des sportives de haut niveau [8] [9] [10].
Le déficit hormonal, notamment en œstrogènes, nuit à la densité minérale osseuse, ce qui augmente le risque de fractures de stress des os des pieds, du bassin et des fibulas, d’ostéoporose précoce et d’atteintes irréversibles de la santé osseuse. Ce risque est d’autant plus élevé si l’aménorrhée devient chronique et si la pratique sportive commence très jeune. Mais, il affecte aussi l’immunité, la santé cardiovasculaire, l’équilibre hormonal global, donc finalement la performance physique en endurance, en coordination et en force.
En termes de métabolisme énergétique et de récupération, les femmes utilisent plus de lipides et moins de glucides à l’effort que leurs homologues masculins, ce qui modifie les stratégies de nutrition et de récupération [3]. Elles ont moins de capacité à réitérer des efforts à haute intensité et la récupération entre les séances nécessite une surveillance attentive du stress hormonal et nerveux.
Cette succincte analyse renforce l’idée que la préparation physique footballistique féminine ne peut être pensée sur les mêmes bases physiologiques et biologiques que la masculine. Elle exige une prise en compte globale de la santé de la joueuse en intégrant leurs spécificités endocrinienne, nutritionnelle et psychologique.
Ces exigences ne relèvent pas de simples ajustements de charge. Elles nous obligent à adopter une préparation physique footballistique totalement différente de la masculine. Cela demande des compétences telles que des connaissances approfondies de la physiologie féminine, une capacité à construire une charge interne équivalente sans surcharge, une communication individualisée autour du cycle menstruel et de la récupération ainsi qu’une maîtrise des adaptations motrices et posturales propres au corps féminin.
L’importance de la spécificité de la gent féminine dans sa production physique footballistique (dé)montre bien que la préparation physique footballistique féminine ne s’assimile pas à la masculine. Cela implique que la préparation physique footballistique doit, nécessité faisant loi, proposer aux joueuses autre chose qu’un dérivé ou un succédané de la masculine.
Conclusion
Le football impose aux femmes et aux hommes les mêmes exigences physiques, alors même que leurs corps ne répondent pas aux efforts de manière identique. Cette contradiction place les joueuses devant un défi unique. Elles doivent produire une performance comparable malgré des coûts énergétiques et des risques physiologiques accrus. Contrairement à d’autres sports, qui adaptent leurs règles ou leurs charges, le football maintient un cadre uniforme. Si c’est un choix légitime d’un point de la reconnaissance des capacités et d’égalité de traitement, il est lourd de conséquences sur le plan biomécanique et hormonal.
L’objectif n’est donc pas d’aligner le football féminin sur des standards masculins, ni de revendiquer des accommodements règlementaires. Il s’agit plutôt de reconnaître que l’optimisation de la performance passe par un accompagnement spécifique, où la préparation physique devient un levier de santé autant que de résultats. Intégrer les rythmes hormonaux, prévenir les blessures par des protocoles ciblés et repenser la récupération ne relèvent pas d’un simple ajustement. C’est une construction méthodologique propre, exigeant des compétences distinctes de celles du modèle masculin.
Pour donner un exemple concret des conséquences de cette approche segmentante, les propos de Vitruve-Football.net ne sont à considérer, à discuter et à appréhender pour des questions de compétence, de pertinence, de cohérence et de sagacité seulement pour la préparation physique footballistique masculine.
Au final, en refusant de considérer la spécificité féminine dans le football, on perpétue un paradoxe. Le football est un sport qui se veut universel dans ses règles, mais inéquitable dans ses demandes physiques. Dès lors, la professionnalisation du football féminin ne se limitera pas aux salaires ou aux médias. Elle devra aussi s’incarner dans des savoir-faire dédiés, où la préparation physique footballistique féminine aura enfin son langage et ses manières de faire à elle.
[1] G., Gacon, De la charge à la performance. Revue EPS. 1990.Gacon et L., Léger, La charge d'entraînement : composantes, mesure et interprétation. Cahiers de l'INSEP. 1992.
[2] J. D., Vescovi et O. Falenchuk, Contextual factors on physical demands in female soccer: A review of current literature. International Journal of Sports Physiology and Performance, 14(4), 429–435. 2019.
[3] M. A., Tarnopolsky, Sex differences in exercise metabolism and the role of 17-beta estradiol. Medicine & Science in Sports & Exercise, 40(4), 648–654. 2008.
[4] A. E., Miller, et al. Gender differences in strength and muscle fiber characteristics. European Journal of Applied Physiology, 66(3), 254–262. 1993.
[5] M. J., Joyner, et E. F, Coyle, Endurance exercise performance: the physiology of champions. Journal of Physiology, 586(1), 35–44. 2008.
[6] K. L., McNulty et al. The effects of menstrual cycle phase on exercise performance in eumenorrheic women: a systematic review and meta-analysis. Sports Medicine, 50(10), 1813–1827. 2020.
[7] L. Y., Griffin, et al. Noncontact anterior cruciate ligament injuries: risk factors and prevention strategies. Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons, 8(3), 141–150. 2006.
[8] A., Nattiv et al. The Female Athlete Triad. American College of Sports Medicine Position Stand. Medicine & Science in Sports & Exercise, 39(10), 1867–1882. 2007.
[9] M., Mountjoy, et al. Relative Energy Deficiency in Sport (RED-S): revised IOC consensus statement. British Journal of Sports Medicine, 52(11), 687–697. 2018.
[10] M. J., De Souza, et al. Clinical guidelines for the female athlete triad. Medicine & Science in Sports & Exercise, 46(10), 2133–2145. 2014.





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