Les crunchs, un des tue-l'amour de la vitesse footballistique
- xavierblanc

- il y a 3 jours
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Depuis toujours, le crunch est considéré comme l'exercice de référence du renforcement abdominal. Il est censé améliorer la stabilité du tronc, protéger le rachis et favoriser la transmission des forces entre le haut et le bas du corps. Fort utilisé dans le football, son emploi mérite aujourd'hui d'être interrogé à la lumière des nouvelles connaissances biomécaniques footballistiques. Le football est devenu un sport où la création d'espace dépend principalement de la vitesse maximale spécifique, soit de la qualité des accélérations et de la capacité des joueurs à se projeter efficacement, avec efficience et pertinence, dans les espaces de jeu.

Dans ce cadre, une question fondamentale apparaît. Est-il pertinent de renforcer l’organisation corporelle des joueurs par des exercices comme les crunchs ? Pour ma part, la réponse est négative. Je défends même l’idée que le renforcement des grands droits par ce type d’exercice constitue un véritable frein à l'expression de la vitesse footballistique. Le présent post explique pourquoi.
Anatomie et fonctions des abdominaux droits

Les grands droits de l'abdomen, selon l’illustration ci-jointe, sont deux muscles longitudinaux situés de part et d'autre de la ligne blanche antérieure. Ils s'insèrent entre le pubis et les cartilages costaux des 5ième et 7ième côtes ainsi que le processus xiphoïde du sternum.
Leurs principales fonctions sont de fléchir le tronc, de participer à la rétroversion du bassin, d’intervenir dans l'expiration forcée et de contribuer à certaines formes de stabilisation du tronc. Dans les exercices de type crunch, ces muscles travaillent principalement selon une logique de raccourcissement concentrique répété. Plus l'exercice est réalisé avec volume et intensité, plus le système neuromusculaire apprend à privilégier cette organisation motrice. Cette logique n'est pas problématique en soi. Elle devient cependant discutable lorsque le contexte sportif favorise déjà spontanément la fermeture de la chaîne musculaire antérieure.
Le football enferme progressivement le joueur
Un joueur évolue constamment dans un environnement oppositionnel où il accélère, décélère, change de direction et conduit un ballon. Cette gestuelle spécifique projette régulièrement la ligne des épaules vers l'avant et vers le bas afin de maintenir le ballon sous contrôle et de sécuriser les appuis. Avec les années, cette répétition tend à produire une posture caractérisée par une protraction scapulaire, une augmentation de la concavité sagittale du corps, une fermeture de la chaîne musculaire antérieure et donc une diminution de la capacité d'extension globale du joueur. Dans mes réflexions méthodologiques, cette évolution n'est pas considérée comme une fatalité mais comme une déformation fonctionnelle footballistique qu'il convient de corriger afin de préserver la qualité de la vitesse footballistique.
La fermeture de la chaîne posturale antérieure
Cette posture sagittalement concave s'accompagne fréquemment d'une diminution de la longueur fonctionnelle des fléchisseurs de hanche, en particulier du complexe ilio-psoas. Lorsque cette fermeture devient chronique, plusieurs conséquences biomécaniques peuvent apparaître, soit une limitation de l'ouverture coxo-fémorale, une réduction de l'amplitude des foulées, une difficulté à développer pleinement les extenseurs de hanche, notamment les muscles fessiers, et une diminution du potentiel d'étirement-raccourcissement, par rétrécissement des tissus, des muscles impliqués dans la propulsion.
La conséquence n'est pas uniquement musculaire. Elle devient également coordinative. Les extenseurs et les fléchisseurs de hanche peuvent conserver leur force maximale tout en exprimant plus difficilement leur potentiel dans la gestuelle footballistique parce que leur fonctionnement est limité par l'organisation posturale globale. Autrement dit, le problème n'est plus celui d'un déficit de force mais d'une perte de liberté mécanique par surplus de force.
Les crunchs aggravent cette organisation antérieure
Dans ce contexte, les crunchs apparaissent comme une réponse paradoxale. Ils renforcent précisément le muscle responsable de la flexion répétée du tronc alors que le football tend déjà à enfermer le joueur dans cette posture. Dès lors, chaque répétition contribue potentiellement à renforcer la fermeture antérieure du thorax, la prédominance des muscles fléchisseurs, la diminution de l'ouverture costale et pelvienne, la fixation des schémas moteurs de flexion et surtend la chaîne postérieure, ce qui est susceptible de favoriser des blessures des ischios.
Progressivement, le joueur dispose d'un tronc très fort… mais moins disponible pour produire une extension harmonieuse du corps lors des accélérations. Or, la vitesse footballistique dépend moins de la puissance isolée des muscles que de leur capacité à coopérer en coordination intermusculaire, ou synergisme, au sein de chaînes de tension équilibrées.
Restaurer la continuité mécanique des chaînes myofasciales
L'approche développée par Anatomy Trains considère le corps comme un réseau continu de chaînes myofasciales. Dans cette approche systémique, renforcer un muscle isolément n'améliore pas nécessairement le mouvement si l'organisation des tensions globales demeure déséquilibrée.
L'objectif n'est alors pas de développer des segments corporels indépendants mais de restaurer une continuité mécanique permettant aux forces produites par les membres inférieurs d'être transmises efficacement jusqu'au tronc puis aux membres supérieurs. Le rôle de la préparation physique footballistique devient alors d’harmoniser les lignes de tension plutôt que d'accentuer les adaptations déjà imposées par la pratique du football.
La véritable question n'est donc pas de savoir s'il faut renforcer les abdominaux, mais plutôt de savoir comment les renforcer. La méthode développée par Bernadette de Gasquet propose une approche radicalement différente du crunch traditionnel. Plutôt que de rechercher la flexion répétée du tronc, elle privilégie le gainage fonctionnel par l'activation isométrique du transverse, la respiration diaphragmatique, la synergie avec le plancher pelvien et l'allongement axial du rachis. Cette stratégie permet de construire un véritable caisson abdominal capable de stabiliser le bassin tout en laissant les chaînes musculaires conserver leur capacité d'allongement. Plus concrètement, il s’agit de
- garder toujours l'étirement de la colonne vertébrale, c'est-à-dire la plus grande distance entre le coccyx et le sommet de la tête quelle que soit la position, même sur la tête
- faire tous les efforts en expirant, du bas vers le haut, et sans inspiration préalable
- commencer l'expiration par un mouvement de remontée active du périnée, qu'on maintiendra pendant l'effort
- commencer la contraction par le transverse, puis les obliques, puis éventuellement les droits, pour aller du bas vers le haut et remonter les viscères dans l'effort
- ne jamais pousser vers le bas, descendre les côtes et le diaphragme lors des exercices
- ne jamais raccourcir les grands droits, ne jamais les laisser s'allonger trop dans un mouvement de cambrure
- travailler les grands droits en isométrique qui correspond à l'étirement de la colonne vertébrale
Cette stratégie de renforcement conduit à une révision importante de la préparation physique footballistique. Le préparateur physique footballistique ne doit plus chercher à produire des joueurs possédant des abdominaux puissants, et bien dessinés pour la plage, mais des joueurs capables de conserver une architecture corporelle ouverte, mobile et extensible malgré les contraintes déformantes du football.
Cela implique notamment d'exclure les exercices de type crunch pour développer prioritairement en isométrie le caisson abdominal profond, d'entretenir la mobilité des psoas et des hanches, de restaurer l'alignement épaule-bassin-pied et d'entraîner la vitesse footballistique dans une logique d'extension corporelle et de relâchement plutôt que de fermeture musculaire.
Conclusion
Le crunch n'est pas un mauvais exercice dans l'absolu. Son intérêt dépend toujours du contexte dans lequel il est utilisé. Pour le football, dont la pratique tend déjà à produire une fermeture sagittale concave chronique, son utilisation est absolument contraire avec les exigences biomécaniques de la vitesse footballistique. La performance footballistique ne repose pas sur un tronc capable de se fléchir davantage, mais sur un corps capable de se grandir, de transmettre les forces avec fluidité et de projeter le centre de masse dans les espaces de jeu.
Dans cette perspective, le renforcement du caisson abdominal inspiré de la méthode De Gasquet constitue une alternative particulièrement pertinente. Il permet de renforcer le tronc sans accentuer les adaptations posturales déjà induites par le football, tout en s'inscrivant dans une conception de développement systémique de la vitesse footballistique, où la qualité de la posture, des chaînes de tension et de la coordination conditionne son expression maximale.





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