Les fonctionnalités complémentaires des squats unipodaux et bipodaux footballistiques
- xavierblanc

- 15 janv.
- 5 min de lecture

Alors que la préparation physique (re)découvre l’utilité des mouvements de l’haltérophilie, la question de la fonctionnalité des exercices de musculation en préparation physique footballistique occupe une place centrale dans les débats relatifs à la performativité de l’entraînement physique footballistique. Dans une logique d’entraînement visant à développer les qualités physiques « dans, par et pour les mouvements footballistiques », la pertinence fonctionnelle du squat bipodal est ainsi largement remise en question, à l’exemple des propos d’Aurélien Broussal-Derval, au profit de celle de l’unipodal.

Cette remise en question s’appuie sur le caractère majoritairement unipodal de nos déplacements moteurs donc plus particulièrement, pour le football, lors des accélérations, des changements de direction, des frappes ou encore des phases de tenue de la vitesse maximale footballistique. Dans cette perspective, le squat unipodal apparaît comme un exercice hautement fonctionnel, car il sollicite des configurations mécaniques et neuromusculaires proches de celles rencontrées en situation de jeu.
Une complémentarité fonctionnelle footballistique
Ainsi, du point de vue strict de la production de la montée de la puissance musculaire, entendue comme la capacité à mobiliser le plus rapidement possible la tension musculaire nécessaire à la production d’un geste, il est fondé d’affirmer que les squats unipodaux constituent un outil privilégié pour dynamiser la gestuelle footballistique. En imposant un travail asymétrique, cet exercice sollicite fortement les mécanismes de stabilisation de la hanche, renforce la coordination spécifique de l’appui et favorise les actions dynamiques.
La montée de la puissance musculaire, ou explosivité, trouve ainsi dans le squat unipodal un contexte d’amélioration particulièrement pertinent pour le football. Néanmoins, cette fonctionnalité, bien que réelle, demeure partielle si elle n’est pas soutenue par une base neuromusculaire suffisamment équilibrée posturalement.
En effet, réduire la fonctionnalité à la seule similarité apparente entre l’exercice et le geste sportif conduit à une vision incomplète de la performance physique footballistique. Plus particulièrement, une production de qualité de la puissance musculaire des joueurs repose sur une organisation globale du système neuromusculaire, intégrant l’équilibre postural, la stabilité de la ceinture pelvienne, la coordination intermusculaire et l’orientation du tronc.
De fait, une approche exclusivement unipodale, lorsqu’elle est introduite précocement ou de manière exclusive, peut renforcer des stratégies compensatoires déjà présentes chez le joueur et accentuer certains déséquilibres latéraux et/ou intermusculaires inhérents à la pratique footballistique, compromettant à terme l’efficience mécanique et par voie de conséquence la durabilité de la performance.
Dans cette vision élargie de la problématique, le squat bipodal profond (ou complet) conserve une fonctionnalité footballistique déterminante. Par l’activation globale et symétrique de la chaîne musculaire postérieure, dont plus particulièrement des muscles glutéaux, des ischio-jambiers et des muscles érecteurs du rachis, il participe au développement de l’équilibration posturale et à la stabilité lombo-pelvienne, éléments fondamentaux dans la transmission des forces lors des actions de développement de la vitesse maximale footballistique.
De fait, le squat bipodal profond sollicite de manière significative les muscles de la ceinture pelvienne et du tronc, essentiels à la transmission des forces et au maintien de l’alignement segmentaire. Cette activation profonde ne se limite pas à un renforcement passif. Elle participe à une réorganisation en force et en réactivité du système postural, indispensable à l’expression ultérieure de la puissance musculaire qui dynamise la vitesse maximale footballistique. Par l’exigence de synchronisation qu’il impose, le squat bipodal profond favorise également une coordination intermusculaire globale, préparant le système nerveux central à gérer des niveaux élevés de contrainte tout en maintenant une organisation motrice constante sur la durée.
De plus, un aspect souvent sous-estimé de la fonctionnalité du squat bipodal profond réside dans sa contribution à l’entraînement de la mobilité. En mobilisant simultanément les hanches, les genoux et les chevilles sur de grandes amplitudes, le squat bipodal profond permet l’activation par étirements amples de muscles rarement sollicités dans les gestes quotidiens ou footballistiques. Ces muscles « endormis » retrouvent une fonction dynamique par et dans des amplitudes complètes, favorisant une meilleure disponibilité articulaire.
Enfin, le maintien contrôlé par équilibration de la posture lors d’un squat bipodal profond induit une détonification relative des muscles rachidiens et lombaires sursollicités chroniquement en isométrie. Cette alternance entre activation profonde et relâchement tonique constitue une condition essentielle à l’expression d’une force footballistique fluidement efficace.
Structurer pour fonctionnaliser
Du point de vue de la pratique, le squat permet de développer plusieurs types de force selon ses modalités angulaires et ses intensités d’exécution.
Dans ce cadre, bien que le squat bipodal constitue un exercice de référence pour le développement de la force maximale, son efficacité demeure conditionnée à l’existence préalable d’une structure corporelle suffisamment robuste et d’une maîtrise technique adéquate. En effet, l’augmentation progressive de la charge dans le squat bipodal impose des contraintes mécaniques importantes au niveau du rachis, de la ceinture pelvienne et des articulations des membres inférieurs. En l’absence d’un contrôle postural satisfaisant, d’une stabilité lombo-pelvienne suffisante et d’une coordination intermusculaire efficiente, ces contraintes limitent la possibilité d’augmenter la charge sans altérer la qualité du mouvement. Ces absences expliquent les « squats Canada Dry » bipodaux qui ont cours dans la plupart des salles de musculation footballistiques.
Cette faiblesse de la structure corporelle, qui incite à utiliser la presse, ce qui aggrave les déséquilibres, est particulièrement marquée chez les joueurs présentant des déficits de mobilité, des asymétries structurelles ou une technique de squat insuffisamment stabilisée. Dans ces conditions, l’augmentation de la charge tend à se traduire par des compensations posturales, telles qu’une flexion excessive du tronc, une perte de neutralité rachidienne ou des déséquilibres latéraux, qui réduisent l’efficacité du stimulus mécanique et accroissent le risque de surcharge fonctionnelle. Ainsi, bien que théoriquement propice à des charges élevées, le squat bipodal ne permet pas la plupart du temps dans le football d’atteindre les intensités nécessaires pour générer les adaptations souhaitées. Dans cette perspective, le squat bipodal ne devrait être employé dans le champ footballistique que dans sa version profonde pour construire l’équilibre postural du joueur par équilibration. Pour que ses charges améliorent la posture elles doivent être faibles (20kg suffit déjà). Des charges plus lourdes pour un joueur provoquent des pertes d’équilibre en correspondance qu’il rattrape par des irradiations musculaires inappropriées.
Pour sa part, le squat unipodal, par sa charge plus modérée, c’est-à-dire fixée selon des modalités de vitesse-force, offre une alternative particulièrement intéressante pour l’acquisition de la montée de la puissance musculaire footballistique. La réduction de la charge absolue limite les contraintes mécaniques globales tout en maintenant une intensité relative élevée au niveau du membre sollicité. Cette configuration permet d’induire des adaptations neuromusculaires significatives notamment en termes de force relative, de puissance unilatérale et de coordination spécifique, s’il peut s’appuyer sur un socle neuromusculaire solide construit par le squat bipodal.
En synthèse
S’il est indéniable que les squats unipodaux sont plus fonctionnels pour développer directement la montée de la puissance musculaire footballistique dans des contextes proches du jeu, cette fonctionnalité ne peut être pleinement de qualité que si elle repose sur un socle neuromusculaire solide. Le squat bipodal profond constitue précisément ce socle. En développant l’équilibre postural, la stabilité pelvienne, la mobilité fine, la régulation tonique et la coordination intermusculaire, il prépare le joueur à s’exprimer dynamiquement dans des configurations unilatérales exigeantes.
L’opposition fonctionnelle entre squats bipodal et unipodal relève alors d’une lecture incomplète de la performance physique footballistique. Le développement de la montée de la puissance musculaire qui dynamise la vitesse maximale footballistique nécessite une approche intégrative et hiérarchisée, dans laquelle le squat bipodal profond joue un rôle fondamental de structuration posturale, neuromusculaire et coordinative. Pour sa part, le squat unipodal permet par sa spécialisation de dynamiser musculairement plus spécifiquement le joueur en améliorant son recrutement temporel et spatial des fibres musculaires. C’est de cette articulation raisonnée que peut émerger par les squats une expression efficace, efficiente et pertinente de la montée de la puissance musculaire footballistique.





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