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Le déséquilibre est une ontologique footballistique qu’il s’agit physiquement de maitriser

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    xavierblanc
  • il y a 6 jours
  • 9 min de lecture

Dans une approche systémique du physique footballistique, un joueur ne peut plus être pensé comme un système corporel stable, mais comme un système corporel dynamique intrinsèquement déséquilibré. De fait, je défends l’idée par ce post que le déséquilibre footballistique n’est pas une anomalie à corriger mais conceptuellement un élément constitutif du jeu. Dès lors, la performance physique footballistique ne réside pas dans la recherche d’un équilibre idéal à maintenir et à préserver par stabilisation dans toutes les situations de jeu, mais dans la capacité à produire du, et à exploiter le jeu en régulant ses déséquilibres multiples qu’ils soient biomécaniques, cognitifs et tactiques.


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L’objet de ce post est de compléter celui nommé, C'est un retour performant à l'équilibre corporel qui détermine la bonne stabilité du footballeur. Pour ce faire, je discute, dans un premier temps, du rapport conceptuel entre football et déséquilibre. Dans un deuxième temps, je contextualise cette problématique dans la question de la performativité physique de la production de la gestuelle footballistique. Cela me permet, dans un troisième temps, de discuter des conséquences sur l’entraînement physique footballistique.  

 

1. Le football est une ontologie du déséquilibre

J’appréhende le football comme une pratique instable « où s’entrelacent mouvement, vitesse, émotion, malice et incertitude », qui s’inscrit dans un environnement changeant et incertain. Cette instabilité n’est pas contingente en ce sens qu’elle constitue l’essence même de ce jeu.

 

En effet, le football est un système complexe ouvert, caractérisé par une multiplicité d’interactions entre les joueurs, le ballon, les espaces et le temps de jeu, une variabilité permanente des configurations corporelles et une imprévisibilité relative des situations de matchs. Dans cet esprit, un football performant est celui qui joue avec ces éléments pour déséquilibrer les équipes adverses en créant une supériorité numérique ou des espaces libres pour faire la différence.

 


Dans le même ordre d’idée, mais sous l’angle stricte de la motricité, le déséquilibre est consubstantiel au football. Par la conduite du ballon et des poses d’appuis podaux en médio-pieds pour obtenir l’équilibre nécessaire à toute exécution technique qu’il demande, le football projette le haut du corps des joueurs vers l’avant-bas. Cette antériorité posturale est favorisée par le modus privilégié des déplacements footballistiques que sont les accélérations qui projettent cinétiquement les épaules vers cet avant-bas. Cela génère des cycles arrière de foulée. En d’autres termes, le joueur « pédale dans le vide en arrière » avec ses épaules qui basculent devant son bassin. Cette posture entraîne une surfréquence gestuelle pour ne pas s’affaler, ce qui réduit l’amplitude des foulées. A contrario, mais dans le même objectif, le joueur surample ses foulées en les poussant. Dans l’un ou l’autre cas, cela réduit la vitesse footballistique en limitant les performativités motrices de la production de la gestuelle footballistique, ce qui augmente considérablement son coût énergétique.

 

Ces déséquilibres footballistiques sont transitoires, instables et dépendent des temps de décision et d’action des joueurs. Dès lors, le joueur expert est donc celui qui est en capacité de jouer avec ses déséquilibres en les détectant, en les anticipant, en les canalisant dans des fenêtres temporelles réduites en se (ré)équilibrant posturalement ex ante et ex post immédiatement lors de ses 1200 actions de match.

 

2. Jouer au football, c’est jouer avec ses déséquilibres et non les fuir

À notre origine, malgré ce que nos égos respectifs nous font très vite oublier, nous n'étions tous qu'une toute petite et unique cellule appelée l’œuf. Cette cellule s'est, le temps passant, subdivisée et différenciée en 100'000 milliards de cellules (dont 35'000 milliards d’eucaryotes) qui s’organisent et se coordonnent pour nous donner un corps érigé en bipédie. Ce corps est finalement un assemblage de masses (bras, jambes, tronc, tête) qui s'efforce de se maintenir debout ou que nous prenons plaisir à mouvoir avec plus ou moins de contrainte et de facilité pour entre autres choses jouer au football.

 

Cette bipédie, qui nous semble tout à fait normale aujourd'hui, est en réalité le fruit de plus de 7 millions d'années d'évolution, dont 1,5 million pour l'Homo erectus. Cet acquis demeure cependant une bataille de tous les instants, car notre corps lutte constamment mais inconsciemment par de toutes petites oscillations contre la gravité pour éviter les chutes. Il paraîtrait que cela nous coûte métaboliquement 100 calories par heure.

 

Ce processus constant de rééquilibrage est également influencé par notre morphologie. En effet, il est plus facile, ou moins coûteux sur le plan énergétique, pour une personne ayant un faible indice de masse corporelle de maintenir son équilibre dans l'espace que pour une personne obèse. De même, pour les personnes qui ont un centre de gravité bas ou encore dont les chaînes musculaires sont en bonne santé, c'est-à-dire qui ne souffre pas de surtensions dues à la fatigue, à la maladie, à des traumatismes physiques et émotionnels, ou à des limitations de souplesse, auront plus de facilité à se rééquilibrer.

 

Dans ce cadre, une des fonctions de notre cerveau est de nous tenir en équilibre afin d’éviter la chute qui représente pour lui un danger mortel. À ce titre, le joueur se trouve dans un paradoxe ontologique. La mission instinctive, dont le fondement biologique serait reptilien, du cerveau est de rechercher une stabilisation permanente de l’équilibre, alors que le football demande de vivre le, et de faire du, jeu par une gestion perpétuelle de ses déséquilibres. 

 

Ce problème cognitif est gérable pour le joueur dont l’équilibre n’est pas un problème totalement prégnant, car il peut jouer avec ses déséquilibres corporels par ses aptitudes d’équilibration. Par contre, celui qui mobilise ses aptitudes d’équilibration au préalable du jeu pour assurer sa bipédie se retrouve fort mal loti. Cela concerne en priorité les grands joueurs mais pas seulement. On les remarque par le fait qu’ils refusent les déséquilibres corporels du jeu en forçant leur stabilité par des appuis podaux lourdement ancrés dans le sol. Cela rend ces appuis forts mais passifs, alors que le football est un sport d’enchaînement d’appuis réactifs et légers. Il arrive souvent aussi, en complément, qu’ils fuient les moindres situations de déséquilibre en les corrigeant précipitamment. Ces comportements qui « forcent » ou qui « précipitationnent » la gestuelle footballistique sont la plupart du temps instinctifs, ou archaïquement réflexifs, donc inconscients et éloignent les jeux des joueurs du jeu.

 

Dans ce cadre, il ne sert à rien d’entraîner les joueurs à tenir statiquement des équilibres par gainage, parce que cela renforce ces comportements. L’idée pédagogique est plutôt de les réconcilier parasympathiquement avec leur capacité d’équilibration pour dompter leur appréhension nerveuse sympathique, donc de fuite ou de résistance, du déséquilibre en le dissociant de la chute. Autrement dit, que le cerveau n’assimile plus un déséquilibre comme une agression corporelle qui met en danger l’intégrité du joueur, mais comme un atout à mettre sur la table du jeu pour faire la différence. Ceci se fait en développant progressivement proprioceptivement ses capacités posturale et motrice à gérer ses déséquilibres footballistiques.  

 

3. La qualité de maitrise du déséquilibre comme performance physique

Pour ce faire, dans ma perspective de la préparation physique footballistique, j’appréhende le déséquilibre d’abord comme une compétence corporelle et fonctionnelle. Le joueur performant n’est pas celui qui arrive à maintenir sa stabilité, mais celui qui sait comment se rééquilibrer perpétuellement corporellement, plus vite que l’adversaire, au même titre que les bons gardiens qui sont de vrais chats, pour bonifier ses maitrises techniques du ballon et de ses déplacements.

 

Dans cette logique, vouloir supprimer et éviter le déséquilibre par une stabilisation conduit paradoxalement à produire des corps inadaptés au jeu. À l’inverse, le déséquilibre doit être un thème d’entraînement physique footballistique. Cela implique une inversion méthodologique paradigmatique. Il ne s’agit plus de stabiliser en renforçant par gainage intensif pour éviter les déséquilibres, mais d’apprendre à bien maîtriser les déséquilibres en développant la capacité d’équilibration.

 

Ainsi l’équilibre footballistique n’est pas un état, mais un processus. Dans cet esprit, le déséquilibre est le point de départ de toute la gestuelle footballistique dans le sens où celle-ci peut être appréhendée comme une succession de déséquilibres posturaux maîtrisés.

 

Dans cette logique, la performance physique footballistique repose sur une capacité dynamique en force et en réactivité à revenir vers un équilibre fonctionnel. À cet effet, l’entraînement par le contrôle moteur doit être privilégié, car il permet d’absorber proprioceptivement les perturbations, de réorganiser le corps rapidement et de stabiliser l’instabilité par équilibration pour avoir la qualité d’équilibre nécessaire à exécuter techniquement vite et juste, donc bien. À ce titre, les situations de déséquilibre doivent être convoquées par les exercices d’entraînement pour que le joueur y soit confronté afin d’avoir la matière pour les résoudre. Attention ici d’éviter des artifices qui ne reproduisent pas les conditions de pratique du football à l’image des bosus qui déséquilibrent trop. Conceptuellement l’idée n’est donc pas que le joueur adapte son équilibre à des sols qui seraient complètement défoncés, mais qu’il maitrise ses déséquilibres pour s’adapter à n’importe quel type de terrain. En d’autres termes et au final, il n’y a rien de mieux que pratiquer du football pour améliorer ses capacités physiques footballistiques.

 

Cela demande au préalable de tout entraînement terrain un bon état de biotenségrité sur le fondement d’un bassin « rigidement flexible ». En effet, sans un point de fixation des tensions, comme un élastique sans ancrage, l’énergie cinétique du joueur se disperse, réduisant sa vitesse et sa précision d’ajustement postural. Beaucoup de joueurs « tiennent » ces tensions par la ceinture scapulaire, les bras ou encore à l’opposé par les chevilles, ce qui perturbe l’équilibre gravitationnel et limite la performativité de leurs mouvements. De fait, le bassin joue un véritable rôle de pivot en reliant le haut et le bas du corps pour autant qu’il soit capable d’absorber et de résorber les tensions musculaires sans chutes corporelles.

 

En bref, pour résumer, il vaut mieux, selon la fable de M. Jean de La Fontaine, que les joueurs soient des roseaux qui absorbent des déséquilibres pour mieux jouer avec les éléments du jeu que des chênes qui résistent aux déséquilibres par raidissement statique, ce qui les empêche de (se) jouer avec les (des) éléments du jeu.

 

Dans ce cadre, il s’agit aussi d’accepter qu’il n’y a pas de primauté du cognitif sur le physique ou inversement. Ils sont dans un rapport d’interdépendance, à l’image d’une pièce et de ses deux faces. Ainsi être performant footballistiquement implique de percevoir cognitivement en déséquilibre corporel un déséquilibre de jeu pour que le joueur profite des opportunités de jeu par la qualité de son déséquilibre moteur. Affirmer ici que le football est d’abord cognitif plutôt que physique, ou vice-versa, c’est comprendre seulement une face de la pièce footballistique d’aujourd’hui.

 

Cela implique aussi d’accepter d’adopter une approche qualitative en entraînant physiquement par de la coordination fine généralisée. L’approche qualitative consiste à réfléchir désormais sur le comment faire coordinativement, plutôt que sur le combien faire métaboliquement. Cette idée de la qualité remet en question le reliquat du siècle dernier qui institue le fait que pour être fin coordinativement, cela passe par l’acquisition polysportive de sa coordination générale que l’on spécifie ensuite en coordination fine. Non seulement ce type de transferts coordinatifs n’est pas validé scientifiquement, mais dans le cas du football, nous sommes déjà face à un sport à coordination générale. Dans le sens où il nécessite de se mouvoir à 360deg, en hauteur et à des intensités de basse à maximale pour y jouer.

 

Dans cette réflexion et sur la base de ces constats, je propose d’apprendre les techniques de maîtrise du ballon et de ses déplacements avec la plus haute qualité possible puis de les généraliser par toutes leurs variabilités, dont notamment celles qui sont déséquilibrantes, pour en étendre la répétition qualitative tout un match. Dans la continuité de cette réflexion et par le fait que nous ne sommes jamais mieux servi que par soi-même, en considérant que le football est un sport de vitesse, il s’agit d’en faire pour l’améliorer. Comme cette vitesse peut l’être par des stimulations à 85-90 % d’intensité, cela permet au préparateur physique footballistique d’insister sur la qualité de sa production technique qui comprend là encore des situations de déséquilibres, dont notamment des dribbles et des cadrage-débordements selon l’exemple du rugby, en suivant le pointage actif de genou pour redresser posturalement les joueurs et les projeter dans les espaces de jeu voulus et contraints.

 

Le tout doit (dé)montrer aux joueurs, pour parfois les convaincre, que la gestion performative des déséquilibres consubstantiels du football est une compétence à valoriser pour exprimer au mieux leur talent footballistique

 

On peut en conclure que le déséquilibre est un art, une science et la malice footballistique

Le football n’est pas un jeu d’équilibre, mais un art, une science et la malice du déséquilibre maîtrisé. À travers cette réflexion, j’ai essayé de montrer que la performance physique ne réside pas dans la quête d’une stabilité illusoire, mais dans la capacité à jouer avec ses propres déséquilibres de nature biomécaniques, cognitifs et tactiques pour en faire des leviers de création et de domination du jeu.

 

En inversant le paradigme traditionnel, je propose de ne plus former des joueurs stables, mais des joueurs agiles, capables de transformer chaque perte d’équilibre en opportunité de jeu. Cela implique de repenser l’entraînement physique footballistique. Beaucoup moins de gainage statique, beaucoup plus de proprioception dynamique. Beaucoup moins de résistance à l’instabilité, beaucoup plus de maîtrise des transitions posturales. Pas de séparation entre physique et cognitif, que de l’interdépendance entre perception et action.

 

Le joueur performant n’est pas un chêne qui résiste, mais un roseau qui plie pour mieux projeter son corps dans les espaces de jeu. Cette métaphore résume à elle seule la philosophie défendue ici. Le déséquilibre n’est donc ni une erreur, ni une faiblesse. C’est la substance même du football, et sa maîtrise, l’une des clés de sa performativité.

 

Cette approche ouvre la voie à de nouvelles méthodes d’évaluation, de préparation et de formation, où la qualité du mouvement prime sur la quantité, et où l’intelligence motrice prime sur la force ou l’endurance. À charge désormais aux praticiens, qu’ils soient entraîneurs, préparateurs, joueurs, de s’emparer de ce cadre pour jouer vraiment leur football en revenant à son essentiel.

 
 
 

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