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L'utilisation des sauts de banc unipodaux dans la préparation physique footballistique 

  • Photo du rédacteur: xavierblanc
    xavierblanc
  • 18 juin
  • 7 min de lecture

Nous sommes en janvier 1997 dans le bureau de l’entraîneur d’Etoile Carouge FC Thierry Cotting. Dans l’idée de me sensibiliser aux manières d’entraîner physiquement le football, il me présente une cassette VHS des entraînements de l’Ajax d’Amsterdam. C’était une cassette révolutionnaire à l’époque puisque ces exercices exerçaient les qualités intermusculaires des joueurs en vitesse-force. À tel point que quasiment 30 ans après, certaines séquences ressurgissent sur les réseaux sociaux actuels comme exemple d’exercice.

 

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Résumé de NotebookLM

Après quelques instants de visionnage, j’ai provoqué l’ire de Thierry, pour crise de lèse-majesté envers l’Ajax, en annonçant péremptoirement que si le choix des exercices était juste, leur exécution, plus particulièrement lors des sauts de banc, était tellement mal exécutée qu’ils ne servaient strictement à rien. Si je reviens sur cet épisode, c’est parce que malheureusement trop souvent j’observe la même situation sur les terrains. Les exercices choisis sont pour la plupart adéquats pour développer le physique footballistique mais leur exécution est si mauvaise techniquement qu’elle les rend malheureusement caduques donc complètement inutiles. Pire, parfois les malfaçons sont telles qu’elles dégradent la qualité de la production gestuelle footballistique des joueurs. Pourtant, il n’est pas plus difficile d’apprendre les mouvements justes plutôt que faux, si ce n’est que cela demande de la simple rigueur. Surtout que, à termes, c’est une économie énorme car cela nous préserve d’années ou de mois de corrections de mouvements mal acquis mais neurologiquement ancrés.

 

1. Pourquoi le saut de banc unipodal ?

Dans ce cadre, ce post explique comment effectuer des sauts de banc unipodaux. Le choix de cet exercice se justifie parce qu’il est particulièrement performatif s’il est bien exécuté. Il est très facile d’exécution et particulièrement utile pour acquérir un surplus de qualité de montée de la puissance musculaire, ou explosivité. Bien exécuté, il est donc efficient, efficace et pertinent.

 

2. L'objectif biomécanique de l'exercice

L'objectif du saut de banc unipodal est de stimuler la capacité de projection corporelle verticale en sollicitant prioritairement les muscles extenseurs du genou, et plus particulièrement les quadriceps. Cette sollicitation ne doit toutefois pas être interprétée comme un travail d'isolation musculaire. Au contraire, elle s'inscrit dans une coordination intermusculaire où l'ensemble du membre inférieur participe à la production de la montée de la puissance musculaire, ou explosivité, le quadriceps jouant un rôle déterminant dans l'accélération du centre de masse corporel.

 

3. La projection verticale du corps

Cette intention biomécanique se traduit par une consigne d’exécution technique simple. Le corps doit être projeté de manière rectiligne vers le haut d’abord par la poussée des quadriceps pour finir par une projection podale. Le critère observable le plus pertinent pour le constater est la montée du bassin (pour revenir à cette fameuse cassette de l’Ajax, il n’y avait aucune projection verticale de la part des joueurs). Lorsque celui-ci s'élève verticalement sans oscillation excessive du tronc, le joueur démontre qu'il dirige efficacement sa force de réaction au sol dans l'axe recherché. À l'inverse, toute projection oblique, accompagnée d'une flexion importante du tronc ou d'une fuite vers l'avant, témoigne d'une perte d'efficacité mécanique.

 

4. L'orientation de l'appui

La qualité de cette projection dépend directement de l'orientation de l'appui au moment de la poussée. En pratique, l'angle formé par le segment jambier lors de la prise d'appui devrait se situer approximativement à angle droit, soit 90 degrés. En dessus de cette angulation, le membre inférieur crée un effet de levier défavorable. La ligne d'action de la force s'éloigne de l'axe optimal de projection, limitant la capacité à accélérer efficacement le centre de masse vers le haut. À l’inverse, tant qu’il y a un angle de poussée en dessous de 90 degrés, l’exercice est acceptable, sachant que plus il est petit plus cela permet d’activer la brièveté réactive des projections corporelles.

 

5. L'alignement postural

Cette orientation de l'appui impose également une organisation posturale précise. Le joueur doit conserver un alignement aussi amplement rectiligne que possible entre le pied d'appui, le bassin et le tronc. Les épaules doivent donc être à l’aplomb du bassin. Une posture rompue par une flexion excessive des hanches réduit la transmission des forces et compromet l'élévation du bassin. De même, le pied doit prendre contact au niveau du médio-pied, avec un appui ferme mais dynamique. Le pied ne doit ni se recroqueviller ni devenir rigide. Il doit conserver une tonicité élastique permettant une restitution rapide des forces produites.

 

6. Le placement du pied

Le placement du pied constitue d'ailleurs un élément souvent négligé. L'appui doit s'effectuer légèrement en arrière de la verticale du genou, au même titre que l’exécution d’une montée de genou, afin de favoriser une poussée complète du bassin. Un pied placé trop en avant provoque un freinage mécanique et réduit la capacité de projection verticale. Cette erreur est fréquemment observée chez les jeunes joueurs qui cherchent inconsciemment à sécuriser leur équilibre plutôt qu'à produire une impulsion efficace.

 

7. Un exercice de vitesse-force

Du point de vue des qualités physiques développées, cet exercice appartient clairement au registre de la vitesse-force. L'intention n'est pas de produire une force maximale lente, mais d'exprimer une force importante dans un temps extrêmement réduit pour encore mieux se projeter dans les espaces de jeu. Les consignes pédagogiques doivent donc refléter cette exigence. Demander au joueur de « rester le plus longtemps possible en l'air » ou de « monter le plus haut possible » constitue une stratégie efficace pour orienter spontanément son système neuromusculaire vers une impulsion rapide et ample, donc puissante, soit avec la jambe d’appui complètement tendue au moment du décollage du banc. Ces images motrices favorisent généralement une meilleure qualité d'exécution par relâchement et le « Less is more » que des consignes techniques trop nombreuses qui crispent par « forcite »..

 

8. Le lien avec le déséquilibre footballistique

La maîtrise technique de l’exécution de cet exercice revêt une importance encore plus grande lorsqu'on replace cet exercice dans la réalité du jeu. Comme je l'ai développé dans mon article consacré au déséquilibre footballistique, le football est une activité où le joueur évolue en permanence dans des états d'équilibre instables. Accélérer, freiner, changer de direction, frapper ou sauter consiste moins à rechercher un équilibre parfait qu'à savoir utiliser un déséquilibre maîtrisé pour produire de la vitesse et de la puissance musculaire. Le saut de banc unipodal constitue précisément un excellent moyen d'entraîner cette compétence. À chaque réception, le joueur doit contrôler un déséquilibre transitoire avant de le transformer immédiatement en une nouvelle impulsion efficace. L'objectif n'est donc pas uniquement de produire de la force, mais d'apprendre à organiser son corps afin que la gestion du déséquilibre footballistique devienne un avantage mécanique plutôt qu'une contrainte.

 

9. Le timing de la propulsion

Cet exercice permet également de développer une qualité souvent sous-estimée qui est le timing de la propulsion selon le principe « qu’avoir raison trop tôt ou trop tard, ce n’est pas avoir raison ». Une impulsion performante ne dépend pas seulement de la quantité de puissance musculaire développée, mais aussi du moment précis où cette puissance est appliquée. L’idée est que par ces sauts, qui sont réalisés sur le même pied, sans interruption entre chaque répétition, les qualités élastiques du cycle étirement-raccourcissement sont conservés et cultivés. Dans ce cadre, déclencher une poussée trop tôt conduit à perdre l'énergie élastique accumulée lors de la réception, alors que la déclencher trop tard allonge le temps de contact au sol et dégrade la vitesse de projection recherchée. Le joueur doit ainsi apprendre à percevoir l'instant optimal où le déséquilibre, l'alignement segmentaire et la raideur de l'appui convergent pour permettre une propulsion maximale. Cette capacité à synchroniser contrôle du déséquilibre et déclenchement de l'impulsion constitue l'une des qualités déterminantes des actions explosives du football d’aujourd’hui.

 

10. Le rôle des bras : dynamiser sans motoriser le mouvement

L'action des bras constitue un aspect souvent mal interprété lors de l'exécution des sauts de banc unipodaux. Très fréquemment, les joueurs cherchent à produire de la hauteur du saut par un balancement énergique des membres supérieurs. Cette stratégie est pourtant contre-productive lorsque l'objectif est de développer les qualités de projection du membre inférieur.

 

Les bras doivent être le moins possible moteur du mouvement dans le football. Le moteur reste la poussée exercée par le pied contre le sol, qui permet au bassin puis au centre de masse de s'élever. Les membres supérieurs interviennent davantage comme des dynamiseurs du geste. Leur balancement accompagne et synchronise l'impulsion produite par la jambe, améliore le rythme du mouvement et contribue à l'organisation des coordinations intermusculaires, sans jamais se substituer à la production de force des membres inférieurs.

 

D'un point de vue pédagogique, il est d'ailleurs souvent intéressant de demander au joueur de réaliser quelques répétitions avec les mains sur les hanches. Cette contrainte révèle immédiatement si la hauteur du saut provient réellement de la qualité de la poussée ou si elle est artificiellement obtenue grâce à une action excessive des bras. Une fois cette capacité acquise, le retour du balancement naturel des membres supérieurs permet d'augmenter la fluidité et la vitesse d'exécution, sans modifier l'origine de la propulsion.

 

Comme souvent en biomécanique, les bras ne créent donc pas le mouvement principal. Ils le facilitent. Ils optimisent l'expression de la puissance musculaire produite par les membres inférieurs en améliorant le timing, la coordination et la dynamique globale du geste, mais ils ne doivent jamais masquer une insuffisance de production de force par l'appui.

 

11. La planification de l’utilisation de cet exercice

Selon mon expérience, une prescription de 8 à 12 répétitions par série, réparties sur 4 à 6 séries avec environ 1mn30s à 2mn de récupération, permet généralement de maintenir une production qualitative élevée de montée de puissance musculaire tout en limitant la dégradation technique liée à la fatigue. Dès lors que la hauteur de saut diminue ou que l'alignement corporel se dégrade, l’exercice sera interrompu car la qualité demeure toujours prioritaire sur le volume dans une logique d’extension de la qualité. Lorsque les exécutions des sauts deviennent trop faciles, il est possible de les agrémenter par des gilets lestés ou autres modalités de poids, pour autant que l’exécution en vitesse-force prime.

 

12. Un exercice sobre au bénéfice du physique footballistique de tous

Au-delà de son intérêt biomécanique, ce travail présente également un avantage pratique non négligeable. Son caractère unipodal répond directement aux exigences fonctionnelles du football, où la majorité des actions explosives que sont les accélérations, les changements de direction, les frappes ou les impulsions sont produites à partir d'un seul appui. De plus, sa mise en œuvre ne nécessite aucun matériel sophistiqué. Un simple banc, une marche d'escalier ou une plateforme stable suffisent pour créer une situation d'entraînement particulièrement performant.

 

13. Conclusion

Ainsi, loin d'être un exercice traditionnel dont l'intérêt relèverait uniquement de l'histoire de la préparation physique footballistique, le saut de banc unipodal demeure un outil pertinent lorsqu'il est exécuté avec une intention biomécanique clairement définie. Comme souvent en entraînement, ce n'est pas l'exercice qui fait la qualité de la séance, mais la compréhension des mécanismes et des adaptations qu'il cherche à développer et l'exigence avec laquelle ils sont effectués.

 
 
 

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