Les rôles de la course d'endurance continue dans la préparation physique footballistique
- xavierblanc

- il y a 2 jours
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Pendant des décennies, la course d'endurance continue (CEC) constituait un passage obligé de la préparation physique footballistique. Les traditionnels tours de terrain étaient considérés comme le fondement indispensable de la condition physique du joueur, au point de devenir l'un des symboles les plus visibles de l'entraînement physique footballistique.

Depuis les années 2000, la situation a profondément évolué. La question n'est plus de savoir s'il faut pratiquer de la CEC, mais plutôt comment l'utiliser, en quelle quantité et à quel moment de la préparation physique footballistique. L'analyse des exigences du football et l'évolution des méthodologies d'entraînement conduisent en effet à reconsidérer la place accordée à cet outil.
Le football contemporain se caractérise moins par la capacité à maintenir un effort prolongé à vitesse constante que par l'aptitude intermittente saccadée à répéter des actions brèves, explosives et décisives par des accélérations, des décélérations, des changements de direction, des sauts ou des duels. Dans ce contexte, la performance physique footballistique dépend davantage de la capacité à produire et réitérer des actions d’intensité maximale que de la seule endurance générale.
Pour autant, remettre en question la place centrale de la CEC ne signifie pas qu'elle soit devenue inutile. Son intérêt demeure réel dans certaines situations, à condition de l'intégrer dans une réflexion globale cohérente avec les exigences actuelles du jeu.
Dès lors, il convient d'examiner de manière critique le rôle que la CEC peut encore occuper dans la préparation physique footballistique, en identifiant ses apports réels, ses limites et les conditions de son utilisation.
1. La CEC était la préparation physique footballistique
L'émergence de la préparation physique footballistique s'est construite autour d'une vision essentiellement métabolique de la performance. Le joueur performant était alors celui qui parvenait à maintenir son activité malgré l'apparition de la fatigue.
Cette conception a naturellement favorisé le recours à la CEC comme moyen privilégié d'amélioration de la capacité aérobique. Les préparateurs physiques footballistiques (PPF) considéraient que l'augmentation du volume cardiaque, l'amélioration de la vascularisation musculaire ou encore le développement des capacités oxydatives constituaient des prérequis indispensables à la réussite footballistique.
Cette logique a progressivement conduit à assimiler le football à un sport d'endurance, alors même que les contraintes biomécaniques et neuromusculaires spécifiques du jeu l'en éloignent aujourd’hui considérablement.
2. Les limites de la CEC pour performer physiquement footballistiquement
L'un des principes fondamentaux de la préparation physique sportive réside dans la spécificité des adaptations. Plus les contraintes imposées à l'entraînement ressemblent à celles rencontrées en compétition, plus les adaptations physiques obtenues améliorent la performance.
Or, la CEC se caractérise par une vitesse stable, l'absence de changements de direction, une faible sollicitation décisionnelle, une production de force relativement constante et un environnement non oppositionnel. À l'inverse, le football impose physiquement des accélérations et des décélérations permanentes, des variations incessantes d'intensité, des contraintes perceptivo-cognitives élevées, des interactions avec des adversaires et une forte composante coordinative.
La proximité fonctionnelle entre la CEC et les exigences réelles du football apparaît donc relativement faible. Cette faible spécificité explique que les gains observés en endurance générale ne se traduisent pas systématiquement par une amélioration significative de la performance physique footballistique.
3. Le football est devenu un sport de vitesse plus que d’endurance
Les analyses du jeu mettent en évidence une augmentation constante des actions réalisées à intensité maximale. De fait, les différences de niveau entre joueurs et équipes se manifestent désormais principalement dans leur capacité à produire des accélérations plus fréquentes, des déplacements plus rapides et des changements de direction plus performants. Dans cette perspective, la vitesse maximale footballistique apparaît comme la qualité structurante de la performance footballistique. Le football est donc devenu par la force de l’évolution clairement un sport de vitesse.
L'amélioration de cette vitesse footballistique permet notamment d'augmenter la qualité des déplacements offensifs et défensifs, de réduire le temps nécessaire pour atteindre un espace de jeu, d'améliorer l'efficacité des transitions et de diminuer le coût relatif des actions réalisées à intensité sous-maximale.
Ainsi, un joueur rapide possède souvent une meilleure économie d'effort qu'un joueur plus lent, ce qui contribue indirectement à sa capacité à réitérer des actions de vitesse qu’à la capacité à maintenir une CEC prolongée.
4. Les fonctions de la CEC dans la préparation physique footballistique
Remettre en question la centralité de la CEC ne signifie pas pour autant la supprimer totalement de l'entraînement physique footballistique. Bien que son utilité directe pour produire de la performance physique spécifique demeure limitée, la CEC conserve plusieurs intérêts footballistiques physiologiques lorsqu'elle est utilisée de manière ciblée et contextualisée.
4.1 Développement de la base aérobie chez les jeunes joueurs
Chez les joueurs en formation, des séances modérées de CEC peuvent contribuer au développement général des fonctions cardiovasculaires et à la construction d'une base physiologique favorable aux apprentissages futurs. En effet, l'amélioration progressive des capacités aérobies participe notamment à l'augmentation du débit cardiaque, de la densité mitochondriale et de l'efficacité des mécanismes de production énergétique oxydative. Cependant, ce type de séances peut être redondant avec des jeux de conservation. Elles ne sont donc pas nécessaires si les joueurs jouent vraiment le jeu en se déplaçant constamment dans le jeu.
4.2 Capillarisation musculaire et amélioration des capacités de récupération
L'un des principaux intérêts de la CEC réside dans sa capacité à favoriser les adaptations périphériques du système aérobie, notamment par l'augmentation de la densité capillaire musculaire. Cette capillarisation améliore les échanges entre les fibres musculaires et le système circulatoire, facilitant l'apport en oxygène, l'élimination des sous-produits métaboliques et la restauration des réserves énergétiques.
Dans un sport intermittent comme le football, cette adaptation présente un intérêt particulier puisqu'elle améliore la qualité des facultés de récupération entre les efforts de haute et maximale intensité. Un réseau capillaire plus développé permet en effet une meilleure réoxygénation des tissus et une plus grande efficacité des processus de recyclage métabolique.
Cette amélioration des facultés de récupération contribue indirectement à retarder l'accumulation transitoire des lactates observée lors des séquences de jeu les plus exigeantes. Le football n'étant pas un sport à dominante lactique mais un sport caractérisé par des productions ponctuelles et répétées de lactates, la capacité à les recycler rapidement devient un facteur important de maintien de la performance physique footballistique
Au-delà de la récupération inter-efforts au sein même du match, ces adaptations participent également à l'amélioration de la récupération entre les séances d'entraînement et les compétitions, favorisant ainsi la tolérance globale à la charge de travail.
4.3 Activation du système nerveux parasympathique et outil de récupération
Lorsqu'elle est réalisée à très faible intensité, notamment autour de 40 % de la vitesse maximale aérobie (VMA), la CEC peut également exercer des effets intéressants sur la régulation du système nerveux autonome.
Ce type d'effort favorise l'activation du système nerveux parasympathique, branche du système nerveux autonome associée aux mécanismes de récupération, de régulation émotionnelle et de retour à l’homéostasie physiologique.
Dans un contexte footballistique où les joueurs sont soumis à de fortes contraintes physiques, cognitives et émotionnelles, le maintien d'un bon équilibre neurovégétatif constitue un enjeu majeur. Une activité aérobie légère peut ainsi participer à la diminution du niveau de stress physiologique, à l'amélioration de la qualité de récupération et à une meilleure disponibilité pour les entraînements suivants.
4.5 Réathlétisation
Dans certaines phases de reprise après blessure, la CEC constitue une étape intermédiaire permettant une réexposition progressive aux contraintes mécaniques des déplacements footballistiques avant le retour dans les jeux d’équipe. Elle peut alors servir de support à une reconstruction progressive des capacités cardiovasculaires et locomotrices.
4.6 Développement des qualités psychologiques
Les séances prolongées de CEC peuvent également participer à l'apprentissage de la gestion de l'effort, de la discipline individuelle et de la connaissance de soi. Toutefois, ces bénéfices psychologiques demeurent secondaires et ne sauraient justifier à eux seuls une place prépondérante de la CEC dans la planification de l'entraînement physique footballistique.
4.7 Activation des matchs et des entraînements
La CEC conserve également une utilité pratique dans les phases d'activation précédant les entraînements et les matchs. Réalisée à faible intensité pendant quelques minutes, elle permet une élévation progressive de la température corporelle, une augmentation du débit sanguin musculaire, une amélioration de la viscosité musculaire et tendineuse, en les diminuant, donc une préparation générale des différents systèmes physiologiques à l'effort.
Pour cette raison, il apparaît généralement souhaitable qu'une phase d'activation générale précède le travail avec ballon. Commencer directement par des exercices techniques ou tactiques sans préparation préalable expose le joueur à des contraintes mécaniques et neuromusculaires pour lesquelles son organisme n'est pas encore totalement disponible. Cette mise en route progressive contribue ainsi à réduire les contraintes associées à une entrée trop brutale dans les exercices techniques ou les situations de jeu. Elle constitue ainsi un moyen simple, accessible et sécuritaire de préparer l'organisme avant les sollicitations footballistiques plus exigeantes.
Néanmoins, cette fonction d'activation peut être assurée autrement que par la CEC. Lorsqu'il possède les compétences nécessaires, le PPF peut avantageusement la remplacer par une École de Vitesse Footballistique (EVF) selon l’exemple de celle de Vitruve-Football.net. En associant progressivement mobilisation articulaire, coordinations spécifiques, éducation technique des appuis, travail postural et accélérations contrôlées, l'EVF permet non seulement d'échauffer l'organisme mais également de développer des qualités d’endurance fonctionnelles directement utiles pour produire de la performance footballistique.
La CEC demeure donc un outil pertinent d'activation générale, particulièrement lorsque les contraintes organisationnelles ou le niveau d'expertise de l'encadrement ne permettent pas la mise en œuvre d'une EVF.
5. L’utilisation méthodologique de la CEC footballistique
Mon approche méthodologique conduit à dépasser l'opposition classique entre endurance et vitesse. Dans ce cadre, l'endurance footballistique ne devrait plus être envisagée comme une qualité isolée mais comme une capacité émergente résultant de l'interaction de multiples facteurs que sont ;
- la vitesse maximale ;
- l’efficience gestuelle ;
- la robustesse musculo-tendineuse ;
- la qualité coordinative ;
- l’intelligence tactique ;
- la gestion émotionnelle ;
- les capacités de récupération.
Cette approche systémique conduit à privilégier des situations d'entraînement reproduisant les contraintes réelles du jeu plutôt que des exercices de course décontextualisés. Dès lors, les jeux de conservation, réduits, les exercices de répétition de vitesse, les situations de transitions et les formes intégrées de préparation physique footballistique apparaissent souvent plus pertinentes qu’une utilisation première de la CEC
Cette méthodologie se retrouve également dans la conception de l'entretien physique d'intersaison. Cette période est dominée par un travail essentiellement orienté vers l'endurance générale, avec l'idée que la reconstruction de la condition physique passait prioritairement par le maintien des capacités aérobies. Or, les observations de terrain et les connaissances actuelles suggèrent que les qualités les plus déterminantes pour la performance footballistique ne se dégradent pas toutes au même rythme. La vitesse maximale, la mobilité, la puissance musculaire et les coordinations spécifiques sont notamment plus sensibles aux périodes de désentraînement que les capacités aérobies générales.
Dans cette perspective, l'objectif n’est plus de revenir en préparation d’équipe avec une endurance générale élevée, mais avec un niveau minimal de souplesse, de vitesse, de mobilité, de coordination et de tonicité neuromusculaire permettant une reprise progressive sans perte excessive de compétitivité physique. En intersaison, l'enjeu méthodologique n'est donc plus de développer de façon continue isolément les capacités aérobiques, mais de simplement les préserver, ou les maintenir, par des CEC à faible intensité.
6. Guide pratique des différentes modalités de la course d’endurance continue footballistique
Suite à ces propos, la CEC peut être utilisée selon plusieurs modalités correspondant à des objectifs physiologiques distincts. Son intérêt dépend principalement de l'intensité de réalisation, du moment de la saison et du profil du joueur. Dans une logique de performance physique footballistique, les modalités les plus pertinentes de CEC sont généralement :
- la récupération active (40 à 55 % VMA) ;
- l'endurance fondamentale (60 à 75 % VMA) ;
- certaines formes d'endurance extensive (75 à 85 % VMA).
À l'inverse, les CEC réalisées au seuil ou à proximité du seuil anaérobie présentent une spécificité limitée vis-à-vis des exigences du football. Les adaptations recherchées sont généralement obtenues de manière plus efficace grâce aux jeux réduits, aux formes intermittentes, aux exercices de répétition de vitesse ou aux situations intégrées reproduisant davantage les contraintes du match.
6.1. Endurance de récupération et régulation neurovégétative
Ses objectifs sont de favoriser la récupération, de stimuler le système nerveux parasympathique, de diminuer la fatigue générale et d’améliorer le bien-être du joueur.
Son intensité est de 40 à 55 % de la VMA, soit de 60 à 70 % de la fréquence cardiaque maximale (FCmax) selon un effort ressenti de 1 à 2/10 sur l’échelle de Borg et inférieure au premier seuil ventilatoire (SV1). Cela signifie pour un joueur avec une VMA de 18 km/h, une vitesse de course de 7,2 à 10 km/h.
Sa durée est de 15 à 30 minutes et elle est utile le lendemain des matchs lors des séances de récupération, en période de forte charge ou encore en retour progressif après blessure.
6.2. Endurance fondamentale
Ses objectifs sont de développer la base aérobique des joueurs pour améliorer leur capillarisation musculaire, améliorer leur utilisation des lipides (lipoxmax) et augmenter leur capacité de récupération entre les efforts.
Son intensité est de 60 à 75 % de la VMA, soit de 70 à 80 % FCmax selon un effort ressenti de 2 à 4/10 sur l’échelle de Borg et sous le premier seuil ventilatoire (SV1). Cela signifie pour un joueur avec une VMA de 18 km/h, une vitesse de course de 10,8 à 13,5 km/h.
Sa durée est de 20 à 60 minutes et elle est utile pour les joueurs en formation, la reprise d'entraînement, l’entretien des capacités aérobiques et la réathlétisation.
6.3. Endurance aérobie extensive
Ses objectifs sont de développer le débit cardiaque, d’améliorer la densité mitochondriale, d’augmenter la puissance aérobique et d’améliorer les capacités de récupération inter-efforts.
Son intensité est de 75 à 85 % de la VMA, soit de 80 à 88 % FCmax selon un effort ressenti de 4 à 6/10 sur l’échelle de Borg et proche du premier seuil lactique soit entre les seuils ventilatoire 1 et 2. Cela signifie pour un joueur avec une VMA de 18km/h, une vitesse de course de 13,5 à 15,3 km/h
Sa durée est de 20 à 40 minutes et elle est utile en période de préparation, pour développer les capacités aérobiques et peut prendre les formes continue ou en fartlek léger.
6.4. Endurance aérobie intensive
Ses objectifs sont de solliciter de façon importante le système aérobie des joueurs afin d’améliorer leur débit cardiaque maximal, d’élever les seuils physiologiques et de développer la tolérance à des intensités d’efforts physiques soutenues.
Son intensité est de 85 à 90 % de la VMA, soit de 88 à 92 % FCmax selon un effort ressenti de 6 à 7/10 sur l’échelle de Borg et au niveau du second seuil ventilatoire (SV2) ou seuil anaérobie. Cela signifie pour un joueur avec une VMA de 18km/h, une vitesse de 15,3 à 16,2 km/h.
Sa durée est de 10 à 30 minutes selon le niveau et elle s’utilise pour une préparation physique générale. Il est à noter qu’elle est rarement utilisée sous forme continue dans le football car remplacée par des modalités d’entraînement intermittentes.
6.5. Travail continu au seuil
Ses objectifs sont d’élever le seuil lactique en augmentant la capacité à maintenir une intensité élevée et en améliorant l'économie de course.
Son intensité est de 88 à 92 % de la VMA, soit de 90 à 95 % FCmax selon un effort ressenti de 7 à 8/10 sur l’échelle de Borg et autour du seuil anaérobie (ce qui équivaut à un taux de 4 mmol/L de lactate). Pour un joueur avec une VMA de 18km/h, cela signifie une vitesse de 15,8 à 16,6 km/h.
Sa durée est de 8 à 20 minutes selon le niveau pour préparer spécifiquement aux efforts de CEC (course de fond et marathon), donc peu pertinente pour le football.
6.6. Tableau récapitulatif des utilisations de la CEC
Modalité | % VMA | % FCmax | Seuil physiologique | Objectif principal |
Récupération | 40-55 % | 60-70 % | Très inférieur à SV1 | Récupération et parasympathique |
Endurance fondamentale | 60-75 % | 70-80 % | Sous SV1 | Base aérobie et capillarisation |
Endurance extensive | 75-85 % | 80-88 % | Entre SV1 et SV2 | Développement aérobie |
Endurance intensive | 85-90 % | 88-92 % | Autour de SV2 | Élévation des seuils |
Travail au seuil | 88-92 % | 90-95 % | Seuil anaérobie | Tolérance aux fortes intensités |
Conclusion
La CEC a longtemps constitué le socle historique de la préparation physique footballistique. Si son intérêt dans le développement des capacités aérobiques générales n'est pas contestable, les exigences du football d’aujourd’hui conduisent aujourd'hui à relativiser fortement son importance.
L'évolution du jeu vers des formes d'expression toujours plus rapides, explosives et complexes impose une réorientation méthodologique centrée sur le développement de la vitesse footballistique et de la capacité à répéter efficacement les actions à haute intensité.
Dans cette perspective, la CEC ne doit plus être considérée comme un objectif central de la préparation physique footballistique, mais comme un outil complémentaire de soutien dont l'utilisation doit rester contextualisée, limitée et justifiée. L'enjeu n'est plus de former des coureurs capables de jouer au football, mais des footballeurs capables d'exprimer durablement la réitération de leur vitesse en fonction de leur talent footballistique.





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