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L’essor du yoga dans le football révèle le manque d’étirement dans sa préparation physique

  • Photo du rédacteur: xavierblanc
    xavierblanc
  • il y a 1 jour
  • 15 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 54 minutes

Lors de l’Euro 2021, l’équipe d’Angleterre a dispensé à ses joueurs des séances de « hot yoga » pour récupérer de la fatigue post-match qui s’exprime par des tensions et des raideurs. Cela a eu un tel impact médiatique que le yoga s’est introduit dans les microcycles d’entraînement des clubs de football, ce qui peut, à première vue, apparaître comme une évolution bienvenue des pratiques de préparation physique footballistique. En effet, cette pratique est susceptible de favoriser la détente, la perception corporelle, certaines amplitudes articulaires ou simplement un temps de récupération.


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Mais si on réfléchit un peu plus loin, donc au-delà de l’évidence, l’adoption du yoga révèle une vraie problématique de la performativité de la préparation physique footballistique. On peut aussi penser que le yoga est adopté pour récupérer de raideurs musculaires alors qu’un entraînement physique footballistique performatif ne produit pas de raideurs car il contient en lui-même des dispositifs d’étirements qui évitent leur apparition. Autrement dit, selon cet angle de vue, l’utilisation du yoga nous révèle des préparations physiques footballistiques imperformatives. Ce constat mérite que l’on prenne le temps d’y réfléchir le temps d’un post.

 

1. L’absence des étirements dans l’entraînement footballistique

Lorsque l’on a expliqué au football au début des années 2000 l’idée selon laquelle les étirements « rendaient mou », donc diminuaient le niveau de vitesse, respectivement l’explosivité, des joueurs, il s’est en grande partie emparé de cette affirmation pour s’en passer systématiquement. Ceci parce que cela lui faisait gagner ainsi du temps d’entraînement et que cela permettait de se passer de ce moyen d’entraînement qui, en parlant vrai, « emmerdait » les joueurs faute de leur avoir expliqué son utilité. Cette explication, qui n’est pas fausse en toutes circonstances, devient contextuellement fallacieuse lorsqu’elle est adoptée sans considérer l’état musculaire préalable d’un joueur. Il est effectivement possible qu’une diminution ponctuelle de la tension musculaire réduise très temporairement la réactivité d’un joueur si elle n’est pas suivie d’une activation adaptée. La véritable question n’est alors pas de savoir s’il faut être tendu ou détendu, mais à quel niveau de tension le joueur doit se situer pour exprimer la totalité de sa vitesse footballistique. En effet, la performance musculaire dépend précisément d’un niveau de compliance musculaire approprié. Un joueur trop mou, comme un joueur trop raide, perd en capacité d’expression élastique, donc en qualité de vitesse de contraction musculaire.

 

C’est précisément cette situation de raideur qui semble être insuffisamment prise en compte dans la préparation physique footballistique. Or, la pratique du football n’est pas neutre pour l’harmonisation corporelle. Elle impose une succession d’accélérations, de freinages, de changements de direction, de répétitions gestuelles et de sollicitations asymétriques qui installent chroniquement des tensions et des restrictions d’amplitude. En effet, selon une simple analyse posturale, on comprend que le football antériorise les corps, ce qui surtend la chaîne postérieure musculaire des joueurs, avec le résultat de limiter leurs longueurs d’étirement et, par conséquent, leur capacité à restituer performativement l’énergie mécanique.

 

Le problème d’un faible niveau de vitesse est alors moins celui d’un éventuel « ramollissement » provoqué par des étirements que celui d’un joueur déjà trop tendu auquel on refuse précisément le moyen de réduire cette tension. Or, une musculature excessivement raide ne constitue pas du tout une garantie de vitesse. Elle devient au contraire un frein à son expression. Cette distinction permet de comprendre l’apparente contradiction entre décontraction et explosivité. Décontracter ne signifie pas désactiver et souple ne signifie pas mou. De fait, il revient au préparateur physique footballistique (PPF) de supprimer les tensions inutiles afin de permettre ensuite aux muscles des joueurs de se contracter, et de se co-contracter, avec davantage de qualité. À cet égard, je défends le principe de « décontracter avant de contracter ». L’étirement n’a donc pas pour fonction de rendre le joueur flasque, mais de restaurer les conditions mécaniques permettant une contraction plus libre, plus rapide et plus efficiente… Donc plus explosive.

 

Cette problématique est d’autant plus importante que le football contemporain confronte régulièrement les joueurs à des changements de surfaces de jeu. L’alternance entre terrains en herbe et terrains synthétiques modifie les contraintes mécaniques et les exigences de réactivité. Cela signifie que les amplitudes et la réactivité musculaires doivent être préparées en fonction de ces contraintes. Les étirements statiques peuvent notamment contribuer à préparer les corps aux amplitudes induites par les terrains en herbe, tandis que les étirements balistiques sont particulièrement adaptés à l’activation de la réactivité élastique sur synthétique.

 

Il devient dès lors difficile de défendre une exclusion de principe des étirements au motif qu’ils diminueraient la réactivité. Le raisonnement ne tient que si l’on considère le joueur comme initialement suffisamment détendu et disponible, voire hyperlaxe, ce qui ne correspond de loin pas à la réalité des terrains. Le problème footballistique est plutôt celui d’un organisme qui accumule les tensions sans disposer d’un dispositif suffisamment régulier pour les réguler. Les différents types d’étirement doivent donc être considérés comme un moyen essentiel de régler son niveau de biotenségrité. Ils visent ainsi à réduire les freins biomécaniques qui empêchent la vitesse intrinsèque, ou naturelle, de s’exprimer. Dans cette perspective, l’objectif d’une préparation physique footballistique performative n’est pas d’ajouter toujours plus de qualités physiques, mais surtout de supprimer les contraintes qui empêchent le joueur d’utiliser celles qu’il possède déjà.

 

C’est là que l’absence des étirements devient paradoxale. Alors que le football cherche aujourd’hui à optimiser la récupération, la mobilité et la disponibilité neuromusculaire, il a progressivement relégué les étirements au second plan et les a même exclus avant de réintroduire, sous d’autres formes, des pratiques destinées à répondre aux mêmes problématiques de tension. Le développement du yoga dans les microcycles footballistiques illustre cette contradiction. Le yoga constitue certes un outil intéressant de détente, de mobilité ou de récupération, mais son recours ne doit pas devenir le correctif systématique d’une préparation physique footballistique qui oublie tout simplement d’étirer.

 

La question n’est alors pas de substituer les étirements par d’autres moyens de baisse de tension musculaire, ni d’ailleurs de prétendre qu’un étirement systématique et indifférencié conviendrait à tous les joueurs et à tous les moments. Elle est de contextualiser les étirements selon leur nature, leur durée, leur intensité, le moment du microcycle et l’état de tension du joueur. Ses différentes modalités, soit statique, par fluage, proprioceptive, dynamique ou balistique, ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Mais cette nécessité de contextualisation ne justifie précisément pas leur suppression. Elle justifie au contraire leur intégration intelligente dans la préparation physique footballistique.

 

Ainsi, il y a un véritable contresens à avoir transformé une précaution méthodologique, soit que certains étirements, dans certaines conditions, peuvent très momentanément diminuer certaines expressions de la montée de la puissance musculaire, ou explosivité, en principe général d’exclusion. De fait, le footballeur n’a pas besoin d’être constamment surtendu pour être explosif. Il a besoin d’être disponible. Et cette disponibilité suppose de pouvoir passer de la décontraction à la contraction, de l’amplitude à la réactivité et de la souplesse au contrôle, sans qu’une tension excessive ne constitue un frein permanent à l’expression de son énergie mécanique. C’est précisément cette recherche d’un niveau de tension adapté, plutôt que le maintien d’une tension maximale, qui permet de replacer les étirements dans leur véritable fonction footballistique. Ils n’ont pas pour vocation de rendre le joueur mou, mais de le libérer pour qu’il puisse réellement exprimer sa vitesse.

 

2. Quand la difficulté de l’entraînement devient une fin en soi

Cette proposition en sous-titre mérite d’être examinée avec profondeur, car elle révèle une confusion fondamentale entre deux logiques de préparation physique footballistique. La première consiste à construire progressivement un organisme capable de produire de la performance footballistique tout en préservant et en maintenant sa disponibilité neuromusculaire, sa mobilité fonctionnelle, sa coordination et sa capacité à répéter les efforts de qualité. La seconde consiste à considérer la fatigue comme la « qualité physique à entraîner » en y résistant, puis à multiplier les moyens destinés à « récupérer » d’un état de fatigue que l’on a soi-même systématiquement surprovoqué. Dans cette seconde logique, plus l’entraînement devient difficile, plus la nécessité d’une récupération sophistiquée semble se justifier. Le raisonnement finit alors par devenir circulaire. On surcharge le joueur. On constate sa fatigue par sa raideur. On rajoute du yoga pour traiter sa raideur afin de l’entraîner encore plus et ainsi de suite. La question fondamentale de savoir si cette préparation physique footballistique est inefficace en manquant sa cible, c’est-à-dire qui n’atteint pas son objectif en détruisant au lieu de préparer, est alors évacuée.

 

Pourtant, il est évident qu’une préparation physique footballistique cohérente ne devrait pas avoir pour cahier des charges de fabriquer régulièrement des joueurs épuisés, donc raides, qu’il faudrait ensuite « remettre en état ». Elle devrait au contraire organiser les contraintes d’entraînement de manière à développer les qualités recherchées sans détériorer inutilement les conditions corporelles qui permettent de les exprimer. Cette distinction rejoint une critique plus générale de la culture du « No pain, No gain », dans laquelle la difficulté métabolique d’une séance tend à devenir un indicateur implicite de sa qualité. Une telle conception confond la capacité à supporter la fatigue avec la capacité à produire de la performance. Dans cette perspective, un joueur constamment entraîné dans des états de fatigue, donc de dégradation motrice par raideur excessive, risque d’apprendre à fonctionner dans la méforme en jouant étriqué plutôt qu’à reproduire des états élevés de disponibilité physique, coordinative et cognitive.

 

Le paradoxe devient particulièrement manifeste lorsque les séances métaboliques intermittentes vitesse maximale aérobie (VMA) sont utilisées de manière répétitive et insuffisamment contextualisée. L’intermittent VMA constitue évidemment un outil d’entraînement sagace lorsqu’il répond à une intention précise, à une période du microcycle déterminée et à un niveau de charge compatible avec l’état du joueur. Il devient en revanche problématique lorsqu’il est transformé en principe général, ou le socle, de la préparation physique footballistique. Une telle organisation peut progressivement installer une fatigue métabolique importante qui engendre chroniquement une sensation de tension corporelle, de lourdeur et de disponibilité musculaire diminuée. La question n’est donc pas de savoir encore une fois si l’intermittent VMA est « bon » ou « mauvais ». Elle est de déterminer ce que l’on cherche à développer, dans quel état le joueur doit s’exprimer et à quel prix fonctionnel on accepte de l’entraîner pour éviter d’entraîner la « qualité de fatigue » qui raidit.

 

3. Yoga et étirements sont des très proches cousins

Le yoga est aujourd’hui devenu un terme universel. Tout le monde, ou presque, sait ce dont il s’agit. Ce sont des postures, de la respiration, parfois de la méditation, dans une atmosphère associée au bien-être, à la détente et à la recherche d’un meilleur équilibre corporel. Pourtant, cela masque une réalité beaucoup plus complexe. Le mot yoga est en effet polysémique. Il ne désigne ni une pratique unique, ni une méthode homogène, ni même exclusivement une forme d’exercice physique. Derrière un même terme se trouvent une histoire ancienne, des conceptions philosophiques différentes et, aujourd’hui, une multitude de pratiques qui peuvent poursuivre des objectifs très différents.

 

Le yoga trouve ses racines, il y a plus de 3000 ans, en Inde et s’est progressivement constitué au fil des siècles autour de pratiques visant notamment la maîtrise du corps, du souffle, de l’attention et de l’esprit. Le terme sanskrit « yoga », généralement associé à l’idée d’union, de mise en relation ou de discipline, ne renvoie donc pas à l’origine à une simple succession de postures destinées à améliorer la souplesse. Les « āsana », c’est-à-dire les postures corporelles, ne représentent d’ailleurs qu’une dimension du yoga traditionnel. La respiration, la concentration, la méditation, les principes éthiques et la recherche d’une transformation intérieure occupent également une place importante dans les différentes traditions qui se sont développées sous ce nom.

 

Cette diversité historique explique en partie pourquoi il est aujourd’hui difficile de donner une définition unique du yoga. Le yoga contemporain s’est considérablement diversifié. À côté de formes relativement traditionnelles, on trouve désormais des pratiques très orientées vers la mobilité, d’autres davantage centrées sur la respiration et la relaxation, et d’autres encore construites comme de véritables séances physiques. Hatha yoga, Ashtanga yoga, Vinyasa, Iyengar, Yin yoga, Kundalini ou encore les formes modernes de hot yoga illustrent cette diversité. Certaines pratiques sont lentes et restauratives. D’autres sont dynamiques et physiquement exigeantes. Certaines accordent une place importante à la tenue des postures et à l’alignement. D’autres privilégient l’enchaînement des mouvements, la respiration ou la relaxation.

 

Il devient alors essentiel, notamment dans le contexte de la préparation physique footballistique, de ne pas considérer le « yoga » comme une entité physiologique unique. Dire qu’un joueur fait du yoga ne renseigne pas, à lui seul, sur ce que son organisme fait réellement. Une séance peut solliciter principalement la mobilité articulaire, l’extensibilité musculaire, le contrôle moteur, la respiration, la relaxation ou encore la concentration. Elle peut également combiner plusieurs de ces dimensions. Le simple nom du domaine ne permet donc pas de déterminer la fonction physiologique de la séance.

 

Cette précision est importante parce que le yoga contemporain est souvent investi d’une haute valeur symbolique positive alors que certaines de ses modalités d’exécution peuvent être contre-indiquées dans le champ footballistique. À l’inverse, le terme « étirement » est souvent associé, dans l’imaginaire footballistique, à une pratique ancienne, passive ou potentiellement défavorable à la performance. Pourtant, cette différence de perception ne signifie pas nécessairement une différence de fonction. Une posture de yoga qui place progressivement un muscle en position d’allongement reste, sur le plan mécanique, une situation d’étirement, quelle que soit l’étiquette donnée à la pratique.

 

C’est précisément à cet endroit que yoga et étirements deviennent de « très proches cousins ». Certaines postures de yoga sont des étirements en nécessitant des capacités d’extensibilité importantes et certains exercices de stretching trouvent parfaitement leur place dans une séance de yoga. Il ne s’agit donc ni d’assimiler les deux pratiques, ni de les opposer artificiellement, mais de comprendre ce qui est réellement réalisé au cours de la séance. Pour le PPF, la question pertinente n’est dès lors pas simplement de savoir si on fait-faire ou pas du yoga ? Elle devrait plutôt être qu’est-ce que je veux faire-faire avec le yoga ?, par quelles postures ?, par quelle amplitude ?, par quelle durée de maintien ?, par quelle intensité ?, par quelle sollicitation musculaire ?, par quelle place pour la respiration ?, pour quel objectif dans le microcycle ? Selon les réponses apportées, une même appellation peut correspondre à des interventions physiologiquement très différentes.

 

Cette distinction permet ainsi de revenir à la problématique centrale. Le yoga peut constituer un outil intéressant pour le footballeur, mais il ne possède pas, par son seul nom, de propriétés supérieures aux autres moyens de mobilité et/ou d’étirement. Ce qui importe n’est pas l’étiquette de la méthode, mais la fonction exactement recherchée et la manière dont elle est intégrée à la préparation physique footballistique. Les étirements et le yoga peuvent donc se compléter, se recouvrir partiellement et parfois utiliser des moyens similaires, sans pour autant être synonymes. À ce titre, il revient au PPF d’éduquer les joueurs sur ce qu’il signifie et contient et pourquoi le faire par la transmission d’informations objectivées.

 

4. Le PPF doit préserver la disponibilité corporelle du footballeur

Sur ces constats, il s’agit une fois pour toutes de sortir d’une opposition artificielle entre « étirements » et « vitesse ». Il n’existe aucune nécessité logique à choisir entre préparer le joueur à l’effort et préserver ses amplitudes. Une activation bien conçue peut précisément succéder à une séquence destinée à réduire certaines tensions et à restaurer une disponibilité fonctionnelle. L’objectif n’est pas de rendre le joueur mou, mais de le rendre disponible. La nuance est fondamentale. La décontraction musculaire n’est pas l’opposé de la performance physique footballistique. Elle en constitue une condition lorsque l’excès de tension perturbe la liberté du mouvement et la coordination nécessaire à l’expression de la force et de la vitesse.

 

Un véritable mauvais sens apparaît alors lorsque le club développe simultanément deux messages contradictoires. D’un côté, il demande au PPF de produire toujours davantage d’intensité, de densité, de fatigue et de volume de travail. De l’autre, comme il constate que les joueurs deviennent raides, lourds ou insuffisamment disponibles, il propose des séances de yoga pour les faire récupérer et les rendre moins raides. Ce dispositif revient à traiter le symptôme sans interroger suffisamment la cause. Le yoga devient alors une sorte de compensation institutionnalisée d’un entraînement physique trop chargé ou mal façonné.

 

Pour l’éviter, il nous faut ici distinguer récupération et réparation. Selon le processus de surcompensation, la récupération est une composante normale de toute programmation d’entraînement. Après une charge, l’organisme doit disposer de conditions favorables pour restaurer ses ressources pour rebondir plus haut. La réparation désigne davantage une intervention rendue nécessaire par une dégradation excessive ou une perturbation de l’état fonctionnel. Lorsque la préparation physique footballistique oblige systématiquement le joueur à recourir à des dispositifs additionnels, tels que le yoga, pour retrouver des amplitudes ou une sensation corporelle acceptable, il convient de se demander si le problème ne se situe pas en amont, soit sur le calibrage des charges. La réparation par le yoga ne doit pas devenir le prétexte permettant de justifier, ou de rattraper, une mauvaise gestion de la charge.

 

5. Une séance hebdomadaire de yoga peut-elle réellement tout rattraper ?

Cette question en sous-titre ne signifie évidemment pas que toute séance de yoga hebdomadaire serait inutile dans tous les contextes. Une telle affirmation serait trop absolue. Un joueur peut apprécier cette pratique, y trouver un bénéfice psychologique, améliorer sa conscience corporelle, donc son schéma corporel, ou utiliser certaines postures comme moyen d'entretien de ses amplitudes. Une séance collective peut également posséder une fonction sociale et favoriser un temps de déconnexion. Les bénéfices éventuels du yoga doivent donc être appréciés en fonction de la personne qui l’utilise et de son objectif. Ce qui devient difficilement défendable, en revanche, c’est de considérer qu’une séance générique de yoga, une fois par semaine, puisse constituer à elle seule une stratégie suffisante de gestion des tensions corporelles produites par plusieurs jours d’entraînement intensif.

 

La régularité constitue ici un élément déterminant. Une adaptation physique chronique ne peut raisonnablement être attendue d’un stimulus isolé lorsqu’une contrainte opposée est répétée beaucoup plus fréquemment. Si un joueur est soumis plusieurs fois par semaine à des efforts quantitatifs très denses, une séance hebdomadaire de yoga ne peut pas être considérée comme corrective et réparatrice. Cela se fait par la gestion de la mobilité, de la décontraction et des amplitudes dans la construction même du microcycle. Les étirements deviennent alors non pas une séance « bien-être » ajoutée à la préparation physique footballistique par l’intermédiaire du yoga, mais une de ses composantes quotidiennes.

 

Cette approche rejoint une idée particulièrement éthique donc importante. Le corps du joueur ne doit pas être la variable d’ajustement de l’entraînement. La préparation physique footballistique doit partir de l’état de l’organisme pour déterminer la nature et la quantité de contraintes qu’il est pertinent de lui imposer. Or, lorsque le principe implicite de l’entraînement physique devient qu’une séance difficile est une bonne séance, le corps finit par devoir s’adapter au programme au lieu que le programme s’adapte à ses capacités. Le risque est alors de normaliser la lourdeur, la raideur et la fatigue comme des états ordinaires du footballeur.

 

Dans cette logique, le retour au calme après les entraînements est essentiel. Il ne devrait pas être réduit à une formalité de quelques minutes destinée à clôturer l’entraînement. Il peut constituer un véritable moment de transition entre l’état d’activation créé par la séance et l’état de récupération recherché ensuite. Selon le contexte et les besoins du joueur, il peut associer diminution progressive de l’intensité, respiration, mobilité, décontraction par des étirements doux. La question n’est pas d’empiler des méthodes, mais de donner une fonction précise à chacune d’elles pour améliorer leur impact donc leur performativité.

 

Ainsi, si une équipe dispose quotidiennement d’activations intelligemment construites, de retours au calme pertinents, par de véritables séquences d’étirement, le recours à une séance de yoga hebdomadaire perd son caractère de nécessité. Elle peut subsister comme outil complémentaire, mais elle cesse d’être présentée comme la solution au problème de raideur du footballeur. Le changement est conceptuellement important. Le yoga redevient une option parmi d’autres et non un correctif indispensable d’une préparation physique footballistique mal équilibrée.

 

6. Sortir de la fascination pour les méthodes à la mode

Le football de compétition gagnerait ainsi à dépasser une certaine fascination pour les méthodes à la mode. Une pratique ne devient pas pertinente parce qu’une équipe prestigieuse l’a adoptée, ce qui est un biais d’autorité et de conformisme. Elle le devient lorsqu’elle répond précisément à un besoin identifié, avec une modalité adaptée, à un moment pertinent et pour un joueur donné.

 

Le véritable enjeu n’est donc finalement pas de savoir s’il faut « faire du yoga » dans le football. La question est beaucoup plus exigeante. Elle est de savoir pourquoi on le fait ?, pour qui ?, quand ?, comment ?, et pour corriger quelles contraintes ? Si la réponse est simplement « parce que les joueurs sont raides après les entraînements », il faudrait peut-être commencer par interroger la qualité des entraînements eux-mêmes. Si la réponse est « parce que le yoga améliore le bien-être », alors il faut l’assumer comme un outil de bien-être et ne pas lui attribuer artificiellement une fonction de préparation physique footballistique qu’il ne remplit pas nécessairement. Et si l’objectif recherché est l’entretien ou le développement de la mobilité et de la souplesse, alors il convient de comparer rationnellement les différentes modalités d’étirement et de mobilité disponibles plutôt que de privilégier automatiquement le mot « yoga ».

 

Le bon sens footballistique consisterait donc moins à ajouter du yoga qu’à mieux construire la préparation physique footballistique. À ce titre, il s’agit de ne pas opposer contraction et décontraction, activation et étirement, performance et récupération, mais de les articuler dans une programmation hebdomadaire systémique cohérente. Le joueur doit pouvoir contracter avec force, mais pour ce faire être en mesure de se relâcher. En d’autres termes, produire de la montée de puissance musculaire, c’est bien, mais conserver les amplitudes nécessaires à son expression, c’est beaucoup mieux. Supporter la fatigue, c’est bien, mais surtout apprendre à retarder son apparition, c’est beaucoup mieux. Être activé avant l’effort, c’est bien, mais aussi être correctement désactivé après celui-ci, c’est encore mieux. De fait, la performance physique footballistique ne réside pas dans la quantité de fatigue que l’on parvient à infliger au joueur, mais dans la capacité à construire un organisme qui demeure disponible pour exprimer ses qualités footballistiques.

 

Conclusion

Bien entendu, le yoga a sa place dans le football, mais pas plus que d’autres séances de relaxation, à l’exemple d’un bain sonore de bols tibétains. À ce titre, il ne devrait jamais servir à masquer une incohérence fondamentale du microcycle. Lorsqu’une séance hebdomadaire de yoga devient indispensable parce que les entraînements ont progressivement transformé les joueurs en organismes raides, lourds car fatigués, le problème est un problème de conception de la préparation physique footballistique. Le véritable progrès méthodologique ne consiste alors pas à ajouter une nouvelle pratique de récupération à une accumulation de charges, mais à réhabiliter une idée beaucoup plus simple qui est de mieux préparer le joueur pour qu’il n’ait pas besoin d’être réparé par des méthodes additionnelles.

 

Cette exigence rejoint le principe directeur qui traverse mes réflexions sur les étirements, la gestion des tensions musculaires et le mauvais sens footballistique. Le corps ne doit pas être considéré comme un simple support sur lequel on empile des charges, mais comme le premier objet de la préparation physique footballistique. Le joueur n’est pas une serviette corporelle que l’on essore sans pitié puis que l’on jette comme un kleenex après usage. Dans cette perspective, le yoga n’est ni l’ennemi ni le sauveur et encore moins le gourou du football. Il n’est qu’un moyen. Et comme tout moyen de préparation physique footballistique, sa valeur ne dépend pas de son image, de sa nouveauté ou de sa popularité, mais de sa capacité à répondre, au bon moment, avec la bonne modalité et avec la bonne dose, aux exigences réelles que le football impose physiquement au joueur.

 

 
 
 

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