L’initérabilité et l’imperformativité des intermittents VMA les remettent à leur juste place
- xavierblanc

- 29 mars
- 14 min de lecture

Le football impose des exigences physiologiques caractérisées par l’alternance d’efforts et de phases de récupération. Dans ce contexte, l’entraînement intermittent Vitesse maximale aérobie (VMA) s’est imposé comme une méthode privilégiée pour tenir l’intensité des matchs, soit la répétition d’efforts intenses. En parlant vrai et sans fard, il a même sauvé le football des entraînements physiques d’accoutumance lactique qui se sont développés dans les années 90 sous l’impulsion des résultats des clubs italiens. Sauvé d’une part parce que le football n’est pas un sport lactique et, d’autre part, car ce type d’entraînement par les charges récupératives qu’ils impliquaient ouvrait la voie à des pratiques dopantes ou médicamenteuses malvenues. Depuis le début des années 2000, la généralisation des intermittents VMA a permis à l’ensemble du football de progresser considérablement en intensité physique. À tel point que désormais tenir de la haute intensité physique pendant un match n’est plus ce qui fait la différence. Cette dernière se fait aujourd’hui par des séquences de vitesse maximale footballistique. À un degré tel que l’on peut indubitablement affirmer que le football est devenu dorénavant un sport de vitesse.

Ce constat implique un changement paradigmatique de l’entraînement physique footballistique. L’objectif de ce dernier doit viser désormais à ce que les joueurs puissent alterner des saccades métriques de plus en plus amples et réactives d’efforts maximaux. Dans cette perspective, la capacité aérobique n’est plus stratégiquement celle à entraîner prioritairement. Sa raison d’être consiste aujourd’hui à être un simple support, certes essentiel et nécessaire, de la répétition de séquences de vitesse footballistique. Dans cette perspective, les intermittents VMA visent juste dorénavant à améliorer spécifiquement les facultés de récupération inter-effort des joueurs.
Dans ce cadre et dans le souci d’améliorer la qualité de l’entraînement physique footballistique, ce post discute, selon une critique conceptuelle issue de la méthodologie de l’esprit critique, de l’itérative et de la performativité des intermittents VMA. Ce souci provient de mon effarement d’ex-entraîneur international d’athlétisme de 400m par la place hebdomadaire qu’occupent les intermittents VMA dans les microcycles d’entraînement. À l’exemple des équipes de Challenge et de Super-League suisses, qui semblent souffrir « d’intermitationnite aigüe », tout en sachant que :
- ils servent trop souvent à entraîner, souvent sans le savoir ou même le vouloir, par leurs plus hautes intensifications, genre des 5s-15s, la qualité de vitesse footballistique maximale. D’une part cette intensité stimule une vitesse footballistique basse et, d’autre part, cela est contraire au principe cardinal de la spécificité de la préparation physique footballistique qui demande qu’une qualité physique soit entraînée par elle-même
- par leur statut privilégié dans l’entraînement physique footballistique, ils en sont devenus trop souvent une finalité au lieu d’en rester un moyen. Pour donner une image forcée de la situation… à quand vont-ils être inscrits au programme des Jeux olympiques comme nouvelle discipline !? De ce fait, ils captent les énergies disponibles pour un seul thème physique d’entraînement alors que le football demande avant tout la meilleure maitrise de la technique du ballon possible pour y jouer physiquement et plus spécifiquement pour produire de la vitesse footballistique de qualité.
- un très grand nombre de club l’utilise hebdomadairement, voire plus, sans nécessairement connaître sa véritable utilité et nécessité, à savoir quand, pourquoi, combien, comment et pour qui les utiliser ? Pour donner un exemple de la situation, ils sont même proposés systématiquement, donc en routine instituée, aux joueurs en formation depuis les M15, voire des M14, dans un club historique de Super League et ce même après des matchs en compensation d’efforts de match non délivrés. Cela serait-il le symptôme que, d’une part, l’on n’a pas réfléchi à un vrai concept de préparation physique de club et, d’autre part, qu’à défaut on fait-faire des intermittents VMA parce que l’on ne sait pas quoi faire-faire d’autre ? Cela pose en creux la question de la qualité du contrôle de ce qui est proposé physiquement par des clubs subventionnés de façon conséquente par l’Association suisse de Football !
- donnent trop souvent l’excuse que par eux le travail physique footballistique est accompli. Surtout dans le contexte de la mentalité suisse (alémanique) de la valeur du travail, à savoir que plus on en fait, plus on est fort. Cela signifierait par l’absurde que celui qui fait le plus d’intermittents VMA, c’est celui qui gagne. Or, ce n’est pas parce qu’un joueur peut faire un marathon qu’il sera physiquement performant sur le terrain. Pour information, si les records du monde sont régulièrement battus en athlétisme dans les disciplines endurantes, c’est d’une part à cause des chaussures carbones qui dynamisent les propulsions de foulées, ce qui, d’autre part, incite ces athlètes à entraîner leur vitesse maximale et leur montée de puissance musculaire, ou explosivité, comme des sprinters. Cela leur permet de briser le plafond de verre auquel les entraînements quantitatifs abusifs d’endurance par intervalles intensifs, desquels les intermittents VMA sont issus, les ont très longtemps cantonnés.
- ils visent surtout à contrôler objectivement par dispositif digital les efforts physiques des joueurs. Cela dénoterait un manque de maîtrise des efforts par ces derniers dans les jeux et/ou des problématiques de paresse ou de motivation physiques qui ne concernent pas directement le terrain.
- leur popularité leur sert trop souvent, par biais d’autorité, à les exempter de leurs effets négatifs sur l’état d’alacrité des joueurs, ou de fatigue chronique, par le fait que si tout le monde fait-faire des intermittents VMA… et bien par définition il en faut en faire car ils sont bons. Oui mais…. Ce n’est pas parce que l’on cuisine un plat de pâtes que celui-ci ne sera pas autre chose qu’une bouillie informe, donc infâme, selon les critères al dente de la cuisine italienne.
- oui, les intermittents VMA apprennent aux joueurs « à se faire mal » pour aller chercher leurs limites physiques et ainsi potentialiser leur qualité physique. C’est un argumentaire acceptable. Mais cela peut avoir un effet contraire en dissociant le physique du football. Dans cette logique de réflexion, le physique est footballistiquement acceptable, lorsqu’il n’est pas une taxe à payer pour y jouer, mais un investissement pour exprimer son talent footballistique. Pour ce faire, le physique footballistique doit être considéré comme le football et non pas comme une punition à l’exemple des exercices physiques qui suivent des matchs d’entraînements et de compétition perdus.
1. Les intermittents VMA ne sont pas itératifs
Dans la préparation physique footballistique, les intermittents VMA constituent un levier central du développement des capacités métaboliques. Traditionnellement, l’individualisation de ces charges repose sur des tests physiologiques standardisés, pour connaître les niveaux de VMA et les consommations maximales d’oxygène ou VO2 max (si nécessaire, pour obtenir une valeur VMA depuis un test VO2 max il suffit de diviser les valeurs de cette dernière par 3,5). Toutefois, cette approche soulève une problématique majeure liée à la variabilité temporelle de l’état d’alacrité des joueurs. Ces tests n’offrent en effet qu’une photographie ponctuelle qui devient rapidement obsolète sous l’influence des adaptations à l’entraînement, de la fatigue accumulée, de la densité du calendrier compétitif et des facteurs extra-sportifs comme le sommeil, l’hydratation ou la nutrition.
L’incompatibilité de ces mesures statiques avec la réalité du terrain est flagrante. Pour la résoudre, il s’agirait de tester les joueurs chaque semaine pour actualiser le calibrage des charges. Cela induit un coût physiologique très élevé, prend de la place d’entraînement, interfère avec la fraîcheur nécessaire aux entraînements et aux matchs et présente des biais de mesure dus à la fatigue. En l’absence de tests hebdomadaires, l’utilisation sur plusieurs semaines de données obsolètes conduit à des fixations d’intensité d’effort inadéquates, générant possiblement une sous-stimulation des joueurs en progression ou une surcharge délétère pour ceux en état de fatigue, augmentant ainsi significativement le risque de blessure.
Face à ces limites, l’émergence d’un modèle de suivi itératif apparaît comme une nécessité. Ce modèle repose sur une mise à jour continue de l'état de forme via des indicateurs indirects. Parmi ceux-ci, la Variabilité de la Fréquence Cardiaque (VRC) s’impose comme un marqueur de référence. La VRC permet de monitorer l’équilibre du système nerveux autonome. Une chute de la VRC, couplée à une augmentation de la fréquence cardiaque de repos, est un indicateur fiable d'un état de fatigue ou d'un stress physique mal compensé. À l'inverse, une VRC stable ou en hausse témoigne d'une bonne capacité d'assimilation des charges, permettant d'orienter les séances intermittentes VMA vers des intensités plus élevées.
L'intégration de la VRC dans un suivi itératif transforme la logique de l'entraînement. On passe d'une prescription rigide basée sur une VMA théorique à une régulation adaptative en temps réel. En croisant la VRC avec d'autres données comme le ressenti de la charge interne (RPE), pour évaluer subjectivement la charge, et les données GPS, pour évaluer objectivement la charge, un préparateur physique footballistique (PPF) peut ajuster les volumes et les intensités des blocs intermittents VMA pour optimiser le rapport charge/récupération des joueurs.
Cependant, la mise en œuvre d'une telle approche est de grandes contraintes. Elle suppose une expertise pointue dans la collecte, le traitement et l'interprétation instantanés des données physiologiques de chaque joueur. De fait, la gestion opérationnelle de la VRC exige une rigueur méthodologique (mesures standardisées au repos, analyse des tendances à long terme plutôt que des valeurs du jour) que la toute grande majorité des clubs de football ne possède pas, faute de ressources humaines spécialisées ou de technologies de monitoring avancées.
En définitive, si le modèle itératif basé sur la VRC représente l'idéal d’un entraînement physique footballistique performatif, la complexité et la difficulté de son monitoring le rendent même contre-productif. Les intermittents VMA sont donc à exclure de l’entraînement physique footballistique selon le principe de précaution, car ils sont la plupart du temps un faux bon moyen d’entraînement, c’est-à-dire que « le remède qu’ils proposent est pire que « la maladie » qu’ils traitent ». De fait, ils sont utiles seulement pour des mains expertes très bien outillées ou alors des PPFs dotés de capacités sensitives exceptionnelles. En effet, ce n’est pas parce que l’on a un permis de conduire, que l’on arrive à sortir une Bugatti Chiron de son garage ou, plus simplement, que l’on arrive à la conduire, sachant que son premier rapport nous amène largement à plus de 100kmh en 2,5s. De même, les meilleures bouteilles de vin, tels que les Petrus millésimés, ne sont réservées qu’aux initiés au palais formé. Sinon, pour les autres, elles risquent de passer pour de la vinasse imbuvable.
2. La performativité des intermittents VMA
Appréhender la performativité de l’entraînement physique footballistique suppose de dépasser la seule logique d’améliorer les capacités métaboliques des joueurs. Un exercice n’est performant que s’il est pertinent (ou ici aligné avec les exigences du jeu), efficient (soit ici dans un rapport optimal entre coûts et bénéfices physiques) et efficace (ou ici la capacité que ses bénéfices physiques soient transposables réellement en match). À l’aune de ces critères performatifs, l’utilisation systématique des intermittents VMA mérite que l’on en fasse une critique conceptuelle.
2.1. Une pertinence limitée par la spécificité cognitvo-motrice footballistique
Le principe de spécificité impose que les qualités physiques soient développées dans des conditions proches de leur expression en match. Or, les intermittents VMA présentent une faible pertinence biomécanique et décisionnelle.
Courir à intensité élevée de manière linéaire et programmée ne reproduit ni les contractions musculaires excentriques liées aux freinages, ni les changements de direction imprévisibles, et ni l’intégration permanente d’informations perceptivo-cognitives. De fait, le coût énergétique d’une action footballistique est indissociable de la technique et de la prise de décision. En ce sens, isoler artificiellement la dimension énergétique revient à dissocier le moteur du système qu’il doit servir. L’exercice perd alors en pertinence fonctionnelle, car il ne respecte pas la nature intégrée du physique dans la performance footballistique.
En prolongeant cette analyse, il apparaît qu’un déplacement footballistique ne peut être réduit à une simple capacité indépendante du contexte. La qualité d’un déplacement d’un joueur émerge avant tout de sa capacité à percevoir, interpréter et décider dans un environnement incertain. Ainsi, une course à haute intensité sans contrainte informationnelle ne mobilise qu’une fraction des déterminants réels de la performance footballistique. Elle développe une vitesse de déplacement « vide de sens », déconnectée des exigences perceptivo-décisionnelles du jeu.
Plus précisément, une dissociation entre cognitif et motricité engendre un biais dans l’adaptation du joueur. En situation réelle, l’intensité d’un déplacement est conditionnée par la lecture du jeu, l’anticipation et l’interaction avec les partenaires et les adversaires. Autrement dit, ce n’est pas uniquement la capacité à se déplacer qui importe, mais la capacité à le faire juste à intensité maximale. C’est d’ailleurs ce qu’entraîne Marcelo Bielsa avec ses Murderballs. Les intermittents VMA, en standardisant les trajectoires et les temporalités, court-circuitent cette régulation fine et nuisent potentiellement à l’optimisation des coordinations spécifiques.
Enfin, considérer séparément les dimensions énergétique, neuromusculaire et cognitive revient à ignorer leur organisation systémique. La performance footballistique repose sur une co-adaptation permanente entre ces différentes composantes, où chaque action motrice est orientée par une intention et une information et vice-versa, sachant que le football impose des déplacements réactifs voire instinctifs aux joueurs. Dès lors, les contenus d’entraînement qui gagnent en pertinence sont ceux qui intègrent cette complexité, en sollicitant simultanément la perception, la décision et l’action.
2.2. Une inefficience par redondance avec le jeu
L’efficience interroge le rapport entre ce que coûte un exercice et ce qu’il rapporte réellement. De ce point de vue, les intermittents VMA apparaissent souvent redondants. En effet, les jeux réduits, les situations de possession ou les séquences intensifiées de Murderball génèrent déjà des sollicitations cardio-respiratoires élevées, des contraintes neuromusculaires spécifiques ainsi qu’une activation simultanée des dimensions technique et cognitive. Dans cette perspective, faire-faire des intermittents VMA est un « pléonasme physique footballistique ».
En effet, chez des joueurs techniquement compétents, les formes jouées permettent d’atteindre, voire de dépasser, les intensités des intermittents VMA, tout en ajoutant une valeur footballistique. Dès lors, rajouter à leur programme d’entraînement des intermittents VMA revient à créer une surcharge physique artificielle, car non nécessaire.
Cette redondance dégrade l’efficience globale du microcycle d’entraînement en augmentant inutilement de la fatigue, en interférant avec les adaptations de montée de la puissance musculaire, ou explosivité, et en consommant excessivement des ressources énergétiques et nerveuses. Dans cette logique, les intermittents VMA ne sont plus un levier d’optimisation, mais un facteur de dilution de la charge utile. Cela fait entraîner la méforme plutôt que la forme des joueurs, ce qui atténue par ailleurs les gains de force par la charge sur le système hormonal qu’ils induisent. Dans cette logique, un cercle vicieux s’installe. On utilise les intermittents VMA pour résoudre une méforme physique qu’eux-mêmes génèrent.
Si on considère que l’objet des intermittents VMA se limite à la capacité à tenir l’intensité du jeu, alors une VMA de 18 kmh, atteinte par des juniors élites correctement entraînés, suffit déjà pour jouer le haut niveau. L’enjeu de l’entraînement physique footballistique n’est donc plus d’élever sans cesse les VMA des joueurs, mais d’optimiser l’utilisation de leurs capacités aérobiques. Ceci pour qu’ils soient encore tranchants quand il le faut dans leur match, ce que seule l’expérience donnée par l’accumulation des matchs permet.
Pourquoi alors persister à entraîner (bi)hebdomadairement les joueurs avec des blocs de 3 à 4 fois 6 minutes d’intermittents VMA ? Aucune justification satisfaisante semble exister du point de vue de la performativité de l’entraînement physique footballistique. Si l’on me répond que c’est pour que les joueurs « tiennent leur match », je rétorque que s’ils ne le tiennent pas, c’est justement à cause de cette surcharge physique d’entraînement. À ce titre, mon expérience terrain me montre que les joueurs sont en meilleure forme lors de la première semaine de reprise. Ensuite, leur état se dégrade, car il semble que l’on en fait des « champions de l’entraînement » plutôt que des gagneurs potentiels de match. Dans ce cadre, seuls les joueurs qui peuvent, ou que l’on autorise à, moduler physiquement leur intensité d’entraînement sont généralement ceux qui sont au top de leurs capacités physiques le jour J. Simplement parce qu’ils ont pu préparer leur match en fonction de leur expérience et de la connaissance de leur corps.
Dans ce cadre, deux malheureuses questions émergent. Elles sont malheureuses dans le sens que je ne devrais même pas avoir l’idée de me les poser malgré ma suspicion consubstantielle ou mon honnêteté exaspérante. Est-ce que l’utilisation superfétatoire des intermittents VMA ne visent pas d’une part à simplement rassurer la confiance des PPFs, donc à résoudre leurs problèmes d’insécurité face à la compétition, sur les compétences physiques de leur équipe et, d’autre part, ne cachent-ils pas des incompétences techniques de ne pas savoir quoi faire-faire physiquement d’autres à leur équipe, comme de la stimulation qualitative et quantitative ainsi que de l’optimisation technique cyclique et acyclique de la vitesse footballistique, du renforcement en X, des entraînements des capacités de retour à l’équilibre, oculaires et podales, des étirements musculaires pour réguler les niveaux de biotenségrité, des entraînements de récupération, de l’acquisition directe et fonctionnelle de la montée de la puissance musculaire… ?
2.3. L’efficacité illusoire d’un transfert
L’efficacité d’un contenu spécifique d’entraînement se mesure à sa capacité à améliorer la performance en match. Or, le transfert des bénéfices physiques des intermittents VMA vers le jeu reste faible. Le football est une activité certes intermittente, mais de plus en plus aléatoire et incertaine, qui demande de fortes capacités cognitivo-physique réactives. Or, les intermittents VMA, par leur structure prévisible et rythmée, ne préparent que partiellement aux exigences réelles du match, notamment par la répétition d’accélérations maximales, l’enchaînement d’actions sous contrainte décisionnelle et la gestion de l’incertitude situationnelle du football. Des propositions systématiques d’intermittents VMA peuvent même formater, ou conditionner l’effort footballistique, les joueurs en modalité monorythme.
Un joueur peut ainsi présenter des indicateurs physiologiques élevés en VMA, respectivement en VO2max, sans être capable de performer dans les séquences saccadées critiques du jeu telles que les contre-attaques de zone 1 à zone 3 que les jeux de possession bloc haut offrent désormais. De fait, l’amélioration d’un seul indicateur ne garantit pas l’amélioration de la performativité physique footballistique. Dans cette perspective, l'efficacité moindre aujourd’hui que hier des intermittents VMA rétrograde leur statut de « cœur de séance » à celui d'outil de remédiation physique. Leur pertinence ne survit que dans les interstices où le jeu collectif est impossible ou insuffisant, c’est-à-dire premièrement lors d’une réathlétisation pour recalibrer la pompe cardiaque sans la dangerosité du duel physique. Deuxièmement en séance de compensation de capacité aérobique insuffisante. Troisièmement en pré-saison individualisée pour combler un déficit aérobique identifié chez un joueur.
En dehors de ces cas, l’obsession pour les intermittents VMA transforme les PPFs en « comptables de la charge », ou en entraîneur athlétique d’endurance plutôt qu'en « architectes footballistiques ». Assimiler l'amélioration de la VO2max avec la performance physique footballistique revient à croire qu'augmenter le réservoir d'une voiture suffit à la rendre plus rapide sur un circuit sinueux. C'est oublier que c'est la science de la trajectoire et le timing du freinage et des accélérations qui fait gagner la course.
3. Synthèse opérationnelle et repositionnement conceptuel
À l’aune des critères de la performativité et de l’itérativité de l’entraînement physique footballistique, les intermittents VMA révèlent des limites structurelles qu’une lecture critique conceptuelle honnête ne peut plus ignorer. Leur pertinence est faible, car ils manquent de spécificité motrice et décisionnelle. Leur efficience est limitée en raison de la redondance avec les formes jouées. Leur efficacité n’est que conditionnelle, avec un transfert incertain de leurs bénéfices physiques pour performer mieux en match.
Dès lors, les intermittents VMA ne doivent plus être envisagés comme un pilier systématique de la préparation physique footballistique, mais comme un outil ponctuel et spécifique aux joueurs en difficulté, à mobiliser uniquement lorsque le jeu ne leur permet pas de produire les adaptations recherchées. L’analyse de leur performativité conduit ainsi à un renversement de perspective, ou à déplacer l’éléphant gris qui est devant nous selon la sagesse indienne. Le développement physique optimal du footballeur ne passe pas par davantage de course linéaire… mais « par mieux et plus de football ».
Ce repositionnement s’inscrit dans une évolution plus large du football contemporain. Au regard de sa transformation vers un sport de vitesse, incertain et hautement coordinativement spécifique, l’omniprésence des intermittents VMA apparaît aujourd’hui comme un héritage méthodologique plus que comme une réponse pleinement adaptée aux exigences physiques déjà actuelles du jeu. S’ils ont historiquement permis une progression significative de l’intensité physique, leur utilisation systématique révèle désormais des limites majeures.
D’une part, leur incapacité à s’ajuster dynamiquement à l’état d’alacrité réel des joueurs les rend inadaptés à la variabilité du contexte footballistique. D’autre part, leur manque de spécificité, leur redondance avec les formes jouées et leur transfert incertain vers la performance en match questionnent leur place centrale dans les microcycles d’entraînement. En persistant à les utiliser de manière routinière, on prend le risque de produire de la fatigue plutôt que de la performance, et de substituer l’ontologie des entraînements footballistiques à une logique de charge alors qu’ils existent pour gagner les matchs selon une logique de jeu.
L’enjeu n’est pas de supprimer radicalement les intermittents VMA, mais de les repositionner à leur juste place, soit celle d’un outil complémentaire, utile dans des contextes ciblés (réathlétisation, reprise individuelle, profils spécifiques), et non d’un standard universel dépassé que l’on peut résumer par l’option de passer « d’une préparation physique du football » à « une préparation physique par le football ». Autrement dit, considérer que la performance aérobique physique ne se développe pas en marge du jeu, mais à travers lui, dans des situations qui respectent sa complexité, sa variabilité et sa richesse décisionnelle. C’est à cette condition que l’entraînement de la capacité aérobique cesse d’être une contrainte, possiblement délétère pour le physique footballistique, pour devenir un levier du talent footballistique.
Cette nécessité intégrative d’entraîner les capacités aérobiques par le jeu questionne de savoir si nous sommes dans le même cas avec la vitesse footballistique dans la logique de la philosophie de la périodisation tactique. À ce jour, je réponds par la négative sachant que la pratique footballistique l’enferme corporellement, qu’elle permet d’offrir une réserve de vitesse qui rend les déplacements et la gestuelle footballistiques plus faciles métaboliquement et coordinativement à réaliser, qu’elle est à ce jour considérée comme un compétence innée alors qu’elle recèle un potentiel physique très largement ignoré alors que c’est la qualité physique qui fait techniquement et énergétiquement la différence, que les joueurs peuvent l’apprendre en la vivant par le relâchement… Bref, que c’est l’une des qualités physiques, car certains diront qu’à leur sens c’est encore plus fondamentalement la souplesse, qui permet aux joueurs d’exprimer véritablement leur talent footballistique.





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