La préparation physique footballistique, c’est parfois « développer moins pour rendre les joueurs plus forts », selon l’exemple des intermittents VMA


La préparation physique footballistique repose souvent sur l’idée implicite évidente d’augmenter les capacités physiques d’un joueur pour améliorer sa performance. Pourtant, l’amélioration d’une adaptation physiologique ne se traduit pas nécessairement par une amélioration de sa capacité à jouer au football. En effet, dans une approche systémique de celui-ci, les qualités physiques interagissent avec la technique, la coordination, la perception et la décision. L’intérêt de les développer dépend donc de la manière dont elles contribuent toutes ensemble à la performance physique globale dans les contraintes du match.

Dès lors, le souci de chercher à rendre son entraînement physique performatif, la question qui se pose n’est pas de savoir s’il faut développer une à une des capacités physiques, mais quelle place hiérarchique le développement de chacune d’elles doit occuper au regard des besoins réels des joueurs. Cette exploration de leur place et de leur statut vise à dégager davantage de ressources d’entraînement pour résoudre les vraies limitations qui empêchent physiquement le joueur d’exprimer son talent footballistique.

Les intermittents vitesse maximale aérobie (VMA) constituent un exemple privilégié pour discuter de cette problématique. Ils sollicitent les capacités aérobiques, contribuent au travail de récupération inter-effort et permettent de contrôler les charges d’entraînement physique. Mais in fine leur taux d’utilisation dépend des adaptations recherchées, des limites des joueurs et des autres contenus d’entraînement auxquels ils devraient être exposés. L’enjeu n’est donc pas de discuter de leur utilité versus inutilité mais de déterminer en quoi, quand et combien ils sont réellement appropriés.
1. Développer une qualité physique ne garantit pas une meilleure performance
Être physiquement performant footballistiquement ne consiste pas seulement à posséder une capacité aérobique élevée. Le joueur doit pouvoir produire, coordonner, répéter et réguler quelque 1200 actions motrices en fonction des événements incertains du jeu. Cela implique au bon moment d’accélérer, de freiner, de changer de direction, de prendre l’information, de décider rapidement tout en conservant sous pression la qualité de sa technique.
Dans ce contexte du jeu, il est à noter qu’un joueur qui améliore sa VMA ne progresse pas automatiquement dans sa capacité à enchaîner des actions techniques ou à répéter des accélérations dans des contextes variables. À l’inverse, il peut continuer à progresser dans ces capacités alors que le niveau de sa VMA stagne. Ceci grâce à une meilleure coordination, une exécution technique de sa gestuelle footballistique de qualité ou une organisation plus performante de ses déplacements. D’évidence, un développement aérobique reste toutefois pertinent lorsqu’il résout une limitation réelle. Mais cela devient problématique lorsqu’une utilisation des intermittents VMA devient une finalité indépendante de son utilité pour bien jouer au football.
2. Identifier la limitation avant de choisir l’exercice
2.1. L’intensité du jeu n’est pas uniquement métabolique
Lorsqu’une équipe ne parvient pas à produire l’intensité attendue dans les jeux, il peut sembler logique de proposer des intermittents VMA afin d’améliorer sa capacité à maintenir la répétition des efforts intenses. Cette réponse suppose que l’on conclut que la difficulté observée provient d’abord d’un déficit métabolique.
Or, l’intensité du jeu dépend également de la qualité des interactions technico-tactiques. Une maîtrise technique insuffisante sous pression peut ralentir la circulation du ballon, allonger les contrôles, multiplier les pertes de balle et limiter la fluidité des transitions. Des difficultés à prendre l’information, à décider ou à se déplacer de manière coordonnée peuvent produire des effets similaires. Les intermittents VMA risquent alors de solliciter le métabolisme sans résoudre la cause qui empêche le jeu d’atteindre l’intensité recherchée.
Ce constat rejoint celui que j’ai discuté dans l’article « Les intermittents VMA sont utiles seulement pour les joueurs faibles techniquement ». Il ne s’agit pas d’affirmer que ces exercices sont intrinsèquement inutiles, mais de se demander s’ils répondent à la limitation réellement présente. Une intervention peut traiter une conséquence sans agir sur sa cause. Surtout dans le cadre d’un sport dit complexe tel que le football, donc aux causalités multifactorielles.
2.2. Distinguer insuffisance aérobique et faiblesse fonctionnelle
Pris individuellement, un joueur peut présenter une capacité aérobique insuffisante au regard des exigences de sa production gestuelle footballistique. Son développement peut alors s’avérer nécessaire. Par contre, un autre joueur peut disposer de ressources aérobiques suffisantes, mais ne pas parvenir à soutenir l’intensité collective parce que les niveaux de sa technique sous pression, la qualité tactique de ses déplacements ou ses décisions ralentissent ses interactions avec les autres joueurs.
Dans ce second cas, poursuivre prioritairement une amélioration de la VMA n’est pas forcément le meilleur levier stratégique de progression. Le joueur peut avoir davantage besoin d’améliorer sa vitesse d’exécution, sa maîtrise du ballon, ses ajustements coordinatifs ou sa capacité à répéter des accélérations de qualité. Sa faiblesse apparente ne réside alors pas nécessairement dans la quantité de ressources aérobiques disponibles, mais dans la manière dont elles sont mobilisées lors de son activité footballistique.
La question diagnostique devient donc de savoir « quelle limitation empêche actuellement ce joueur de produire le niveau de jeu attendu ? » La VMA est donc nécessaire au joueur, mais sa faiblesse ne suffit pas, à elle seule, à expliquer une imperformativité. Cette dernière peut venir du profil technique et des contraintes propres au joueur.
3. Le coût d’opportunité des intermittents VMA
Les intermittents VMA présentent plusieurs avantages. Ils permettent de calibrer les intensités à partir d’un test, d’organiser une charge contrôlée et de solliciter les capacités de récupération inter-effort. Leur simplicité d’utilisation, qui peut expliquer leur emploi systématique, peut cependant favoriser et légitimer leur utilisation routinière. Cela a pour conséquence, que cet outil conçu pour répondre à un besoin précis devient trop souvent la composante principale des microcycles d’entraînement de l’entraînement physique footballistique.
Cette domination, trop rarement discutée, peut être réfléchie selon son coût d’opportunité. Dans le contexte d’un temps d’entraînement limité, le temps consacré aux intermittents VMA enlève du temps d’entraînement pour d’autres contenus. De plus, la fatigue qu’ils engendrent affecte la qualité des séances suivantes ou la fraîcheur nécessaire à la compétition. Enfin, ils sont redondants avec des exercices plus spécifiques footballistiquement tels que les jeux réduits. Dans ce cadre et au contraire de la philosophie du No Pain No Gain, la charge physique élevée d’un exercice ne constitue pas, en elle-même, la preuve que l’utilisation de cet exercice soit perspicace. Il faut évaluer ce dernier en regard des adaptations que l’on obtient par lui, des contraintes imposées et des bénéfices qu’auraient pu produire d’autres formes d’entraînement.
Dans ce cadre, dans l’article « Libérons-nous du dominant intermittent VMA par l’approprié intermittent RSA », j’envisage la répétition des efforts intenses en relation avec la vitesse footballistique. Les intermittents Repeat Sprint Ability (RSA) sont ainsi préférés lorsque l’objectif porte davantage sur la répétition d’accélérations maximales. Ce choix ne signifie pas qu’une méthode doit systématiquement remplacer une autre. Il rappelle que les exercices doivent être sélectionnés en fonction des besoins identifiés et des limitations qu’ils permettent de résoudre.
La même logique apparaît dans l’article « L’initérabilité et l’imperformativité des intermittents VMA les remettent à leur juste place », où la sagacité d’un exercice s’examine au regard des exigences du jeu, de son rapport entre coûts et bénéfices et de sa contribution effective, respectivement proportionnelle, à la performance. Il ne suffit donc pas qu’un exercice produise une adaptation physiologique mesurable. Il faut aussi déterminer si cette adaptation justifie la place qu’il occupe dans son concept d’entraînement physique selon le principe de spécificité de l’entraînement physique footballistique.
4. Développer les capacités aérobiques sans faire des intermittents VMA
4.1. La VO2max dépend de plusieurs composantes
Le niveau de VO2 max représente la quantité maximale d’oxygène que l’organisme peut capter, transporter et utiliser par unité de temps. Son expression en action terrain dépend de composantes interdépendantes que sont le débit cardiaque, le transport sanguin de l’oxygène, la distribution vers les muscles actifs et la capacité des tissus à l’utiliser. Le volume plasmatique, la concentration en hémoglobine et les conditions de récupération des efforts, telles que la température ambiante, participent également au fonctionnement global de la filière énergétique aérobique.
Dans ce cadre, l’article « L’amélioration structurelle de la VO2max footballistique » invite à dépasser la seule question des conditions d’utilisation des intermittents VMA (type, volume et intensité) pour faire progresser la VO2 max d’un joueur. Le préparateur physique footballistique (PPF) doit aussi se demander quels mécanismes physiologiques et fonctionnels peuvent être améliorés pour l’améliorer.
Ainsi, l’aérobie continue, les intervalles longs ou courts et certaines formes de jeux peuvent produire des sollicitations intéressantes. Leur intérêt dépend de l’adaptation recherchée, du niveau du joueur, de sa charge de compétition et de la fatigue induite. Outre ces moyens directs d’entraînement, il s’agit de ne pas oublier ses facteurs indirects, ou structurels de développement, que sont la motilité diaphragmatique, l’hydratation, la qualité gestuelle, le niveau de biotenségrité du joueur. L’intermittent VMA devient ainsi un outil parmi d’autres, plutôt que la Réponse automatique et omnisciente à l’objectif de développer la capacité aérobique d’un joueur.
4.2. L’efficience motrice qui améliore le rendement de l’action
Une performance physique ne dépend pas uniquement de la capacité métabolique à produire de l’énergie, mais aussi de la manière dont le joueur organise ses déplacements. Un niveau insuffisant de coordination, des ajustements inutiles ou une organisation peu performante des appuis peuvent augmenter le coût énergétique d’une action. À l’inverse, une meilleure organisation des accélérations, des freinages, des changements de direction et des transitions permet d’accomplir la plupart de la gestuelle footballistique et des prises d’espace à un coût physiologique inférieur.
De fait, il faut distinguer l’amélioration de la VO2max de celle de l’économie du mouvement. Une meilleure efficience motrice, donc fonctionnelle, ne garantit pas une hausse mesurable de la VO2max. Elle contribue néanmoins à la performance en réduisant le coût physiologique de l’effort voire limite le phénomène d’hémolyse par chocs podaux répétés. Dans cette perspective, le travail de coordination par l’approche technique de la vitesse footballistique que je propose participe à la stratégie de mieux utiliser les ressources disponibles, plutôt qu’à chercher uniquement à élever, sans objectif chiffré, le plafond aérobique physiologique des joueurs.
4.3. La récupération et la disponibilité du joueur
Les adaptations ne dépendent pas seulement de la sollicitation imposée, mais aussi de la capacité à récupérer et à s’adapter. Une accumulation excessive de charges, un sommeil insuffisant, une alimentation carencée ou encore une mauvaise gestion de l’hydratation peuvent compromettre la récupération et la qualité de l’entraînement. Dans ce cadre, ajouter des intermittents VMA ne garantit donc pas un bénéfice car la charge globale est déjà telle que le joueur ne peut pas récupérer dans les temps des entraînements et des matchs, ce qui introduit des phases de burn-in, ce qui induit d’entraîner la méforme au lieu de la forme des joueurs.
De fait, réduire leur volume peut être clairvoyant si leur accumulation n’apporte plus de bénéfice suffisant ou compromet la fraîcheur nécessaire aux autres séances. À ce titre, cette réduction n’améliore pas les adaptations, mais elle constitue une décision de gestion de la charge, selon leur planification ondulo-pointilliste, dont l’intérêt dépend de la réponse individuelle du joueur et des contenus qui remplacent le travail supprimé.
Réduire l’importance des intermittents VMA dans un entraînement physique footballistique ne signifie donc pas nécessairement réduire le développement aérobique des joueurs. Cela peut consister à diversifier les moyens, à cibler plus précisément les adaptations recherchées et à mieux intégrer la préparation physiologique aux exigences du football.
5. La spécificité footballistique demande de préciser l’intermittence
Si le football est une activité intermittente, une alternance programmée d’efforts et de récupérations n’est pas suffisante pour reproduire sa dynamique d’effort. Lors d’un intermittent VMA, les durées d’effort et de récupération, les trajectoires et les intensités sont relativement contrôlées. En match, ces alternances sont amples, erratiques et soudaines en découlant des événements de jeu que sont les transition, appel, perte ou récupération du ballon, accélération ou action défensive de plus en plus saccadés.
Dans ce contexte, le joueur récupère de ces efforts en se replaçant, en observant, en anticipant et en préparant son action suivante. Cette récupération active ne se réduit donc pas à une baisse déterminée de l’intensité locomotrice. Comme je le développe dans l’article « La rythmique physique des matchs ne se prépare pas par les intermittents VMA », la faculté à récupérer entre les efforts et la capacité à répéter des actions footballistiques dans un environnement changeant ne s’assimilent pas. Elles demandent donc des stimulations qu’il s’agit d’entraîner.
Dans ce cadre, les jeux de possession et les jeux réduits sollicitent simultanément les capacités énergétiques, la technique, la perception et la décision. En modulant les espaces, le nombre de joueurs, les règles ou les contraintes temporelles, le PPF peut orienter le volume et l’intensité de l’activité tout en conservant un problème de jeu à résoudre. L’intensité physique devient alors une composante de l’activité footballistique, plutôt qu’une finalité isolée.
Cela ne signifie pas que les formes jouées doivent toujours remplacer les intermittents VMA. Les exercices isolés peuvent donc rester utiles lorsque le joueur présente une insuffisance aérobique identifiée, les jeux ne permettent pas d’atteindre la charge nécessaire pour solliciter la filière énergétique visée ou encore parce que la situation du joueur, tel un retour après une blessure, exige un contrôle d’effort maitrisé. Il revient au PPF, en toute assertivité, de comparer les options, ou les outils à disposition, selon leurs bénéfices physiques globaux et non selon leur seule intensité métabolique pour proposer les contenus d’entraînement.
Conclusion
La préparation physique footballistique peut être envisagée comme un travail sur trois leviers complémentaires qui sont 1) de développer les ressources insuffisantes, 2) de préserver celles qui sont déjà utiles et 3) de réduire les limitations qui empêchent leur expression. Selon le joueur, ses progrès physiques passent prioritairement par une augmentation de sa capacité aérobique, une amélioration de sa coordination, une meilleure technique sous pression, une vitesse d’exécution supérieure ou une gestion plus performative de la charge.
Cette conception transforme le rôle du PPF. Il ne s’agit plus seulement pour lui de déterminer quelles qualités peuvent être augmentées, mais de comprendre lesquelles limitent réellement la performance du joueur afin de savoir quel entraînement permet de les faire progresser. La recherche d’une VMA élevée peut devenir un objectif d’entraînement disproportionné si elle n’est pas la principale limitation du joueur et si sa recherche mobilise du temps, de l’énergie ou de la fraîcheur qui pourraient être consacrés à des contenus plus pertinents.
Les intermittents VMA doivent donc conserver une place conditionnelle. Ils peuvent être indiqués lorsqu’un besoin aérobique est identifié ou qu’une sollicitation contrôlée est nécessaire. En revanche, leur utilisation systématique ne se justifie ni par leur popularité, ce qui induit un biais de conformité, ni par la facilité avec laquelle ils permettent de calibrer la charge. Pour éviter cette situation, l’utilisation de l’intermittent VMA doit répondre à quelques questions préalables, à savoir pour quel joueur, dans quel but, à quel moment, avec quelle dose et au détriment de quels autres contenus ?
La préparation physique footballistique ne consiste pas uniquement à développer des capacités. Elle vise aussi à réduire les limitations qui empêchent le joueur de les exprimer. Dans ce cadre, développer les capacités aérobiques est pertinent lorsqu’elles constituent un facteur limitant. Mais augmenter continuellement la VMA ou la VO2max ne garantit pas une amélioration de la performance physique en match.
Cela signifie, dans des approches systémique et multiplicative, d’intégrer les intermittents VMA dans un entraînement physique footballistique, selon un cercle vertueux centrifuge, soit que chaque amélioration d’une qualité physique améliore les autres qualités physiques. Dans cet esprit, un joueur peut progresser physiquement en améliorant sa technique sous pression, sa coordination, sa vitesse footballistique ou sa capacité à organiser ses efforts sans que ses capacités aérobiques soient directement entraînées. Il peut donc bénéficier d’une réduction des intermittents VMA lorsque ceux-ci occupent une place disproportionnée, à condition que ses besoins aérobiques restent couverts par les autres contenus d’entraînement.
« Développer moins pour rendre plus fort » ne signifie donc pas dévaloriser les capacités aérobiques footballistiques ni chercher à les diminuer par moins d’intermittents VMA, mais de cesser de considérer leur augmentation comme la seule voie du progrès. Cette approche décroissante de l’entraînement physique footballistique oblige le PPF à aller plus loin que la simple question « comment augmenter la VMA de ce joueur ? », en posant la question « qu’est-ce qui l’empêche actuellement de produire un football performant, et si l’augmentation de sa VMA est le meilleur moyen pour lever cette limitation ? »





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