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Le match est la seule vraie séance physique du microcycle footballistique

  • Photo du rédacteur: xavierblanc
    xavierblanc
  • 19 août
  • 26 min de lecture

La manière habituelle de penser la préparation physique footballistique consiste à considérer le match du week-end comme le résultat des adaptations issues des entraînements de la semaine. Selon cette conception, les séances physiques ont pour fonction de stimuler les qualités nécessaires pour tenir le jeu le temps d’un match. Cette logique d’intervention, qui semble des plus logiques, devient beaucoup moins logique dès lors que l’on prend au sérieux, dans tous les sens du terme, le principe de spécificité de l’entraînement. En effet, selon son application rigoureuse, on ne peut pas appréhender uniquement la compétitivité physique footballistique par une succession digitale de déplacements, mais surtout désormais comme une activité de production gestuelle, perceptive, décisionnelle, énergétique et coordinative extraordinairement complexe.

 

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Résumé de NotebookLM

En contre-pied à la doxa ultra-dominante, la réflexion prospective du présent post est alors volontairement radicale. Pour ma part, le match doit être la seule véritable séance physique du microcycle footballistique. En conséquence, les entraînements qui le précèdent ne doivent pas chercher à le préparer en reproduisant son volume physique. Leurs fonctions diffèrent. Ils doivent physiquement faciliter, entretenir et prolonger qualitativement les capacités nécessaires à l’expression du talent footballistique du joueur pour le match à venir.

 

Cette réflexion ne signifie évidemment pas que les entraînements sont dépourvus d’effets physiologiques positifs. Les formes d’entraînement spécifiques, notamment les jeux réduits, améliorent certaines qualités physiques. Ils peuvent ainsi produire des adaptations significatives de la capacité (an)aérobie, de l’agilité, de la répétition des accélérations ou encore de certaines formes de vitesse et de changement de direction. La dimension de l’entraînement physique footballistique que j’explore ici est d’un autre ordre. Elle consiste à distinguer l’adaptation physique produite par un exercice d’entraînement de l’expression physique footballistique produite par le match. L’enjeu de cette distinction vise à améliorer la performativité de la planification des microcycles footballistiques. Pour que cette réflexion ne soit pas considérée comme du verbiage vain et/ou futile, elle m’oblige à m’expliquer plus finement.

 

1. Le match comme situation physique de référence

La planification de l’entraînement physique repose traditionnellement sur une logique de progression. Pour ce faire, il s’agit d’identifier ex-ante les exigences de la performance, soit de déterminer les qualités physiques nécessaires pour être compétitif, d’en organiser les contenus d’entraînement et d’alterner les charges et les récupérations. C’est dans cette perspective que Georges Cazorla distingue notamment planification, programmation et périodisation, et qu’il définit le microcycle comme l’agencement des séances sur une période socialement admise d’une semaine.

 

Mais cette organisation peut être inversée lorsqu’on réfléchit non plus par les moyens d’entraînement disponibles, mais par la situation dans laquelle le joueur doit réellement performer. Le match est cette situation. En effet, c’est le seul moment qui réunit simultanément, dans leur configuration compétitive réelle, la vitesse, l’accélération, le freinage, les changements de direction, les déplacements orientés par le jeu, les duels, les sauts, les appuis, les réorganisations posturales, la perception, la décision, la technique sous pression, l’opposition, l’incertitude, les contraintes émotionnelles, les exigences tactiques et la nécessité de répéter ces actions pendant toute la durée de la rencontre. Autrement dit, le match ne (re)produit pas seulement des intensités. Il (re)produit une combinaison d’intensités.

 

Cette distinction est fondamentale. Une accélération isolée peut reproduire une accélération. Un jeu réduit peut reproduire certaines accélérations, décélérations, changements de direction et contraintes perceptives. Une course intermittente peut reproduire une succession d’efforts énergétiques. Mais aucun de ces dispositifs ne reproduit à lui seul la totalité des relations qui donnent au mouvement footballistique sa signification fonctionnelle. C’est précisément ce que je développe dans le post « Les déterminants du principe de spécificité physique footballistique », dans lequel la spécificité n’est pas envisagée comme une simple ressemblance entre un exercice et le match, mais comme la recherche des déterminants qui rendent le football physiquement particulier.

 

Cette conception méthodologique de la performativité de l’entraînement physique footballistique est alors à prendre à sa juste mesure. Plus une séance physique cherche à reproduire le match, plus elle risque de devenir une mauvaise copie du match. Elle ne possède ni son incertitude, ni sa valeur décisionnelle, ni sa dramaturgie énergétique, ni ses complexités coordinative et technico-tactique. Elle reproduit néanmoins une partie de la charge. À ce titre, elle consomme une partie des ressources nécessaires pour le véritable événement à venir. Le problème n’est alors plus de savoir si l’entraînement est assez intense. Il devient de savoir s’il est suffisamment pertinent pour que le joueur puisse être intense lorsque cela comptera vraiment en match.

 

Cette appréhension de la problématique peut être encore précisée à partir de l’affirmation du très regretté Jean-Pierre Egger sur la notion de limite dans et par l’entraînement physique. Selon une analyse critique de ses propos, cela m’a permis de distinguer, dans le champ de l’entraînement, une philosophie du dépassement de la limite de celle « du déplacement progressif de celle-ci ». Dans la première, la surcharge vise à exposer le sportif à une charge supérieure à ses capacités afin de provoquer une adaptation ultérieure positive de ses capacités. Cette philosophie implique que le sportif a déjà atteint ses limites. Dans la seconde, particulièrement sagace pour le football, il ne s’agit pas tant de dépasser une limite que d’amener progressivement le joueur à réaliser pleinement ses capacités du moment, soit de tendre vers sa limite potentielle, en concrétisant plus fort, loin et haut ses capacités. Autrement dit, le sportif individuel tente par l’entraînement de dépasser par la surcharge ses limites qu’il a déjà atteintes, alors que l’enjeu pour le joueur est déjà de l’approcher de ses limites, c’est-à-dire qu’il concrétise pleinement son potentiel physique. Cela suppose en creux que la pratique du football empêche les joueurs d’exploiter tout leur physique, comme l’analyse posturale de la production de la vitesse footballistique le démontre.

 

Cette distinction permet de préciser ce que j’entends ici par la surcharge fonctionnelle. Si le joueur ne peut réellement donner fonctionnellement que 80 % de son potentiel, une séance d’entraînement ne peut pas, par définition, lui faire produire davantage que ce qu’il est capable de produire dans la situation proposée, soit le 100% de ces 80%. Elle peut le stimuler, le déséquilibrer momentanément, créer des adaptations ou même provoquer une fatigue importante. Mais elle ne reproduit pas la situation dans laquelle toutes ses ressources sont simultanément mobilisées pour répondre à la réelle exigence footballistique. Le match, en revanche, possède cette propriété singulière. Il place le joueur dans une situation où il doit continuellement chercher à atteindre, et parfois à approcher ou encore dépasser, sa limite fonctionnelle par stimulations externes, soit en gagnant un duel, en créant un déséquilibre, en défendant un espace, en accélérant, en résistant à une pression, en prenant une décision ou en réalisant un geste technique dans l'incertitude. La limite n'est donc pas recherchée pour elle-même. Elle est une conséquence de l'engagement dans le match. Autrement dit, c’est ce dernier qui pousse le joueur à dépasser ses limites en l’obligeant à exploiter, par exemple, le 100% des 90 % de son potentiel physique au lieu de ses 80% habituels. C’est ce qui explique que c’est seulement la répétition des matchs qui permet de reprendre le rythme des matchs.

 

C'est en ce sens que le match est le seul véritable moment de surcharge fonctionnelle d’un microcycle d’entraînement. Il est le seul stimulus susceptible d’améliorer réellement les capacités physiques d’un joueur en le rapprochant de sa limite fonctionnelle. Les entraînements peuvent provoquer des contraintes physiologiques, neuromusculaires, coordinatives ou psychologiques importantes. Ils peuvent même être localement plus exigeants que certaines séquences de match. Mais ils ne possèdent pas la totalité des conditions qui conduisent le joueur à mobiliser son potentiel dans sa globalité. Pour s’en persuader, il suffit de se remémorer tous les joueurs qui pendant la semaine ne ressemblent à rien et qui le jour du match se transforment en bête de compétition en associant de façon cohérente les parties du puzzle physique d’un match et inversement aux joueurs dits d’entraînement qui, une fois le match commencé, se liquéfient incompréhensiblement. La surcharge fonctionnelle véritable naît ainsi de la rencontre entre les capacités du joueur et la nécessité de répondre au jeu lorsqu'il ne lui est plus possible de se soustraire à l'exigence de la performance. En bref, selon le Gros bon sens, que l’on oublie trop souvent dans le football, ce dernier s’entraîne par lui-même, donc ultimement les matchs par les matchs. La conséquence conceptuelle pour la préparation physique footballistique de la semaine est majeure. La surcharge fonctionnelle est ce dont le joueur doit récupérer après le match. Cela signifie que les entraînements de la semaine doivent être pensés à partir du recouvrement de cette dette fonctionnelle et non à partir de la volonté d'en créer artificiellement une nouvelle pour préparer le prochain match.

 

Le premier objectif du microcycle d’entraînement devient alors de récupérer de ce que le match a réellement consommé. Cette récupération ne concerne pas uniquement le métabolisme. Elle concerne surtout la disponibilité neuromusculaire que l’on peut évaluer selon la qualité de la coordination, de la qualité gestuelle, de la charge cognitive et de l'énergie issue des émotions du joueur. Dans cette perspective plus encore que de récupérer, il s'agit de régénérer les joueurs. Une fois cette régénération suffisamment avancée, les entraînements peuvent apporter les stimulations qualitatives nécessaires pour entretenir ou déplacer progressivement les limites actualisées des joueurs. Cela ne signifie pas reproduire la surcharge fonctionnelle du match, mais augmenter la capacité du joueur à l'assumer plus pleinement lorsque le prochain match l'exigera.

 

C’est ce qui me permet d’affirmer que les limites physiques footballistiques sont indépassables… car l’enjeu est déjà de les atteindre tant la nature motrice du football empêche de le faire. En effet et par exemple, les joueurs sont encore loin dans leur ensemble d’avoir concrétisé ou exploité leur vitesse intrinsèque ou naturelle. Le rôle de l'entraînement n'est donc pas de faire vivre artificiellement au joueur, plusieurs fois dans la semaine, la violence de la charge physique du match à l’exemple des incessants intermittents proposés à tout moment dans les entraînements footballistiques. Il consiste à travailler avec cohérence, sobriété, sagacité, consistance, patience et rigueur afin que le joueur puisse, lors du prochain match, disposer d'un physique lui permettant d’encore mieux exprimer son talent footballistique.

 

Le paradoxe devient alors encore plus évident. Plus le match produit une surcharge fonctionnelle, moins il est pertinent de chercher à fabriquer cette surcharge à l'entraînement. Il s’agit plutôt de repousser, ou de réduire, son apparition lors du prochain match en entraînant les éléments coordinatifs qui la déterminent. À ce titre, le préparateur physique footballistique (PPF) ne doit pas préempter le match. Autrement dit, de faire-faire physiquement le match avant qu’il ne se joue. Il doit viser à faire baisser les surcharges fonctionnelles du match à venir en récupérant du match précédent, puis en préparant qualitativement le joueur à pouvoir de nouveau déplacer plus loin, haut et fort sa limite fonctionnelle lorsque le jeu l'exigera.

 

Pendant le match, le joueur est progressivement confronté à l'épuisement de certaines ressources énergétiques, à la diminution de la disponibilité neuromusculaire, à l'accumulation des contraintes mécaniques, à la charge cognitive et émotionnelle, ainsi qu’à la nécessité de continuer à produire des gestes précis malgré ces contraintes. C’est précisément cette confrontation entre disponibilité et limite qui donne au match sa valeur d’étalonnage. Le match nous renseigne donc sur ce que le joueur est réellement capable de produire lorsqu’il doit simultanément courir, décider, s’opposer, se réorienter, accélérer, ralentir et exécuter. Il constitue alors le seul instrument d’évaluation, donc de développement, de maintien du niveau footballistique du joueur.

 

2. Le football ne demande pas seulement de produire de l’énergie, mais de savoir l’utiliser

La conception quantitative de la préparation physique footballistique dominante actuelle s’est historiquement construite autour de la capacité à supporter la durée du match, à répéter les efforts et à récupérer entre ceux-ci selon une logique No Pain, No Gain. L’évolution des méthodes d’entraînement a progressivement conduit des modèles issus de l’endurance vers les entraînements intermittents, les jeux réduits, la puissance aérobie et les développements de la puissance musculaire en force-vitesse puis en vitesse-force.

 

Mon post « Une approche qualitative de l’entraînement physique footballistique » critique précisément cette domination du paradigme quantitatif en proposant de déplacer les interventions des PPF vers la qualité de l’expression physique du joueur. Cette orientation prend sa source dans ma conception du football qui est pour moi « un sport de vitesse à nulle autre pareille ». De fait, pour que son physique puisse alors véritablement s’améliorer, le football doit désormais être compris prioritairement comme un sport dans lequel la vitesse constitue un déterminant majeur de la performance, à condition de ne pas réduire celle-ci à la seule vitesse de déplacement.

 

Dans cette perspective, l’entraînement physique footballistique est indissociable de la coordination. Mon post « la vitesse footballistique » distingue notamment ses dimensions cycliques et acycliques et insiste sur la capacité du joueur à ordonner ensemble (ou coordonner) performativement ses appuis et son recrutement spatio-temporel musculaire dans des gestes qui ne se répètent jamais exactement de la même manière. C’est ici que la notion de spécificité prend toute sa portée réflexive. Le joueur ne doit pas seulement disposer d’une quantité d’énergie. Il doit pouvoir utiliser cette énergie en gestuelle footballistique performative. Il doit pouvoir accélérer au moment opportun, freiner sans perdre son équilibre, changer de direction sans désorganiser sa chaîne cinétique, dissocier son regard de ses appuis, conserver la disponibilité de ses membres supérieurs, conduire, recevoir ou frapper le ballon tout en courant, puis recommencer le tout immédiatement, donc réactivement, dans un contexte différent.

 

Le véritable enjeu du physique footballistique est donc moins la production énergétique en elle-même que la capacité à organiser coordinativement cette énergie dans une gestuelle performante. C’est la raison pour laquelle la fatigue ne peut pas être considérée comme un objectif d’entraînement. Comme je l’expose dans « La fatigue n’est pas une qualité physique footballistique qui s’entraîne », la dégradation de l’état du joueur modifie non seulement ses ressources énergétiques, mais également la manière dont il les coordonne et les utilise. Or, si la limite fonctionnelle du joueur apparaît précisément lorsque cette capacité d’organisation commence à se dégrader, le match devient la situation privilégiée dans laquelle cette limite peut être observée.

 

Cette conception permet d’introduire un critère différent de gestion des charges de ceux habituellement privilégiés. On mesure volontiers la charge par la distance parcourue, les accélérations, les décélérations, la fréquence cardiaque, le temps passé dans certaines zones de vitesse. Ces indicateurs sont utiles et constituent une part importante du monitoring contemporain du football. Mais ils ne disent pas nécessairement si le joueur est devenu capable de produire une gestuelle footballistique de haute qualité. En d’autres mots, s’il a bien joué. L’enjeu de l’entraînement physique footballistique est alors de savoir comment faire pour que les joueurs améliorent leur coordination pour bien et mieux jouer le prochain match ?

 

La récupération coordinative ne signifie pas simplement que la fréquence cardiaque est revenue à son niveau habituel ou que les courbatures ont disparu. Elle signifie que le joueur a retrouvé la capacité d’organiser sa gestuelle footballistique avec précision, vitesse, fluidité et relâchement. Il est à noter qu’ici la vitesse footballistique devient même prophylactique. Le microcycle ne devrait donc pas être construit mécaniquement selon une succession prédéterminée de J+1 récupération, J+2 développement et J-1 activation. Il devrait être construit à partir de l’état réel de récupération fonctionnelle du joueur. La fixation de la charge d’entraînement du jour dépend de la charge réellement subie les jours précédents et de la capacité du joueur à absorber la stimulation suivante ainsi que de son état émotionnel selon une approche holiste. Le microcycle devient ainsi une organisation des charges dynamiques qui accompagne et non un calendrier figé.

 

Cette conception rejoint la logique développée dans mon post « Entraîner la forme plutôt que la méforme physique footballistique ». La forme ne doit pas être considérée comme un état acquis une fois pour toutes, mais comme la condition nécessaire dynamique de l’expression qualitative du joueur. Il convient donc de la préserver et de la développer au cours de toute la saison. Le match hebdomadaire devient alors un événement double. Il est simultanément le principal stimulus spécifique et la principale mesure d’entraînement de la capacité du joueur à répondre aux exigences du football.

 

3. Préparer le match plutôt que préparer à subir le match

Cette distinction en titre conduit à remettre en question une pratique particulièrement répandue dans la préparation physique footballistique, qui est celle qui consiste à faire subir aux joueurs, pendant la semaine, des intensités destinées à les « préparer » à la dureté des intensités du match.

 

L’argument est logique. Puisque le match est difficile, il faut que les entraînements soient suffisamment difficiles pour que le joueur soit à même de supporter cette difficulté. Mais cette logique contient une contradiction. Si l’objectif du microcycle est d’amener le joueur à être performant le jour du match, chaque dépense physique inutile réalisée avant celui-ci doit être considérée comme une dette à récupérer. Une séance destinée à « habituer » le joueur à la fatigue produit précisément la fatigue. Or, je vois trop souvent, voire systématiquement, des joueurs qui débutent leur match en étant fatigués par leur semaine d’entraînement. Pourtant, tout le monde conviendra que la fatigue n’est pas la qualité que le joueur doit exprimer à cette occasion. Il doit exprimer de la vitesse, de la coordination, de la disponibilité, de la montée de la puissance musculaire, de la fluidité, de la précision et de la capacité à répéter les actions décisives. L’entraînement qui dégrade ces qualités à proximité de la compétition ne prépare donc pas le match. Au contraire, il réduit l’expression du talent footballistique des joueurs en leur infligeant une double peine. Ils doivent jouer un match qui fatigue en étant déjà fatigués.

 

C’est pour éviter cette situation que j’ai adopté le principe de surcompensation modérée constante que je décris notamment dans le post « Les macro et microcycles de l’entraînement physique footballistique». Par l’application de ce principe, mon but est de préserver la fraîcheur des joueurs. Il considère conjointement les charges d’entraînement et les charges de match plutôt que de les penser séparément afin de monitorer de façon sagace l’articulation entre les charges internes, les charges externes de l’entraînement et de la compétition. Dans ce cadre, plus le match en impose physiquement, moins il s’agit de reproduire son physique à l’entraînement. Mais alors que reste-t-il à faire-faire durant la semaine ? Tout simplement, ce qui permet au joueur d’exprimer davantage, bien et mieux, ce que le match exige.

 

L’entraînement physique devient alors un entraînement d’extension qualitative de la gestuelle footballistique tel que je le propose dans le post « Osons les préparations extensives de l’intensif en lieu et place des extensives intensifiées ». Il ne s’agit plus de construire progressivement une grande quantité de condition physique pour ensuite « la transformer » en intensité spécifique, car cette transformation n’existe pas. Dans cette perspective, il s’agit d’entraîner dès le début des préparations, les déterminants qualitatifs qui permettent au joueur d’étendre son niveau d’expression, notamment sa vitesse maximale, sa capacité à la réitérer, son taux de montée de la puissance musculaire, ou explosivité, et sa faculté de récupération inter-effort. Mais cette extension qualitative possède une condition fondamentale. Elle ne doit pas compromettre la séance physique qui compte réellement, soit le match.

 

L’entraînement doit donc être qualitatif avant d’être quantitatif, spécifique avant d’être énergivore, coordonné avant d’être fatigant, prophylactique avant d’être délétère. Il doit alors être exécuté avec la plus haute disponibilité neuromusculaire. C’est là que la notion d’alacrité prend une fonction méthodologique centrale. Dans « L’alacrité… la reine des datas physiques footballistiques », je la définis comme l’expression observable de la fraîcheur, de la vivacité, de l’éveil, de la concentration et de la vigueur du joueur. Elle devient ainsi non pas un simple état psychologique, mais la substance des qualités physiques elles-mêmes. Une séance physique qui nécessite que les joueurs soient fatigués pour être considérée comme réussie contient donc une contradiction fondamentale avec cette approche. L’alacrité n’est pas le résultat secondaire d’une bonne séance. Elle est la condition sine qua non d’une bonne séance. Le but n’est pas de l’épuiser à chaque entraînement, mais de la développer et de la maintenir par chaque entraînement.

 

4. L’entraînement physique footballistique doit être alacrite

L’entraînement qualitatif doit donc être exécuté dans un état de disponibilité maximale. Cela signifie que la charge ne doit pas être évaluée seulement par son volume, son intensité externe ou son coût énergétique. Elle doit également être appréciée par la dégradation qu’elle provoque de la qualité gestuelle. Un joueur qui court plus vite mais se désorganise n’est pas nécessairement mieux entraîné. Un joueur qui accélère davantage mais perd la qualité de ses appuis n’est pas obligatoirement en progrès. Un joueur qui termine épuisé une séance n’a pas nécessairement reçu une meilleure stimulation qu’un joueur qui termine frais, disponible et capable de reproduire immédiatement une action de haute qualité. La logique du No Pain No Gain est donc inversée. La séance doit s’arrêter avant que la qualité ne se transforme en quantité laborieuse. Dans cette logique, l’ontologie de la préparation physique footballistique vise à rendre facile ce qui est difficile en sortant de la logique, « je résous la difficulté en (me) forçant ».

 

Cette conception rejoint la gestion au quotidien des charges que je propose dans « La gestion ondulo-pointilliste des charges physiques footballistiques ». Elle consiste à répartir finement les stimulations physiques dans le microcycle plutôt qu’à concentrer la charge en blocs massifs. Le « pointillisme physique » n’est pas ici une fragmentation arbitraire des charges physiques footballistiques. Il correspond à une recherche de précision qui est de stimuler suffisamment pour entretenir ou développer, mais pas suffisamment pour créer une dette de récupération qui compromettrait la stimulation suivante ou, surtout, le match. Les entraînements doivent donc être suffisamment intenses pour être qualitatifs, mais suffisamment courts et maîtrisés pour ne pas fatiguer. C’est ici que le savoir-faire et l’œil du PPF prennent toute leur valeur, car il est de sa compétence de stopper les séances lorsque la qualité gestuelle se dégrade. C’est même cette compétence qui fait la différence entre les bons et les moins bons PPF.

 

Au final, cette recherche de la qualité vise à sortir les joueurs de la torpeur induite par le match précédent. Il ne s’agit donc pas de les réveiller par de la fatigue, mais de réactiver progressivement leur disponibilité physique, coordinative et émotionnelle, afin qu’ils retrouvent cette alacrité qui leur permettra de mieux exprimer leur potentiel footballistique.

 

5. Les temps de jeu comme premier instrument de gestion physique

L’ensemble de cette réflexion conduit naturellement à considérer le temps de jeu des joueurs. Un joueur qui dispute 90 minutes n’a pas subi la même séance physique qu’un joueur qui en dispute 25. Mais réduire l’effort de jeu à sa seule dimension temporelle peut être réducteur. Un joueur qui évolue dans un système imposant de longues séquences de pressing, de transitions et de déplacements à haute intensité ne reçoit pas la même charge qu’un joueur évoluant dans un bloc bas avec une autre organisation spatiale. La charge du match doit donc être comprise comme une combinaison du temps de jeu, du rôle tactique, du système de jeu, d’exigences positionnelles et de coûts physiques et émotionnels. Le match ne constitue donc pas une charge uniforme appliquée à onze joueurs. Il constitue onze expériences physiques différentes.

 

Dans ce cadre, individualiser les temps de jeu uniquement à partir de leur coût métabolique revient à réduire les efforts des joueurs à leur seule dimension quantitative, ce que la présente réflexion cherche précisément à dépasser. Le temps de jeu possède également un coût émotionnel, un vécu et une signification liés au statut du joueur. Deux joueurs ayant disputé 25 minutes ne vivent donc pas nécessairement la même charge et ne doivent pas nécessairement bénéficier du même entraînement de la part du PPF car pour un même temps de jeu, ces 25mn peuvent être vécues énergétiquement complètement différemment.

 

En effet, selon l’approche holistique, le football est avant tout une affaire d’humains qui jouent ensemble, lors duquel les enjeux personnels peuvent prendre le dessus sur le jeu. Le PPF doit ainsi être capable de lire l’attitude, les expressions et le langage corporel du joueur afin de comprendre son état physique, psychique, émotionnel et social. Les émotions négatives peuvent notamment générer du mal-être et des tensions musculaires, alors qu’un joueur émotionnellement libéré peut exprimer sa gestuelle footballistique avec davantage de fluidité et d’énergie, donc de facilité. Il faut donc ajouter au temps de jeu une dimension émotionnelle de la charge. Un joueur qui n’est pas entré en jeu n’est pas nécessairement un joueur qui « ne s’est pas dépensé ». Il peut avoir vécu tout le match dans l’attente, l’espoir, la frustration, la colère par l’impression de ne pas être reconnu. De fait, son corps est peut-être resté en tension pendant une grande partie de la rencontre, ce qui signifie que son énergie vitale a aussi été sollicitée.

 

Dans cette situation, vouloir systématiquement compenser une absence de temps de jeu par une séance physique supplémentaire peut constituer une erreur de management du physique du joueur. Le joueur qui n’est pas entré dans le match n’a pas nécessairement besoin de courir davantage. Il peut avoir besoin d’abord de sortir émotionnellement du match. Avant de chercher à compenser une charge métabolique supposée manquante, il faut donc déterminer dans quel état il se trouve réellement. S’il est psychiquement et affectivement encore engagé dans le match, la priorité peut être qu’il retrouve du calme, de la disponibilité et de l’alacrité plutôt que de lui imposer une nouvelle dépense énergétique. Cette approche est directement cohérente avec la conception de la nécessité de préserver l’énergie vitale du joueur avant tout.

 

Il est à noter que le temps de jeu peut aussi constituer une gratification. Entrer en jeu, participer à la compétition, être reconnu par le groupe et par l’entraîneur, éprouver la sensation d’être utile et de pouvoir exprimer son talent sont autant d’expériences susceptibles de nourrir l’énergie vitale du jeune joueur. Le jeu peut ainsi avoir un effet régénérateur sur le plan émotionnel, malgré son coût physique. Il peut donner envie de revenir « encore plus fort » à l’entraînement en renforçant la motivation intrinsèque et en créant une dynamique positive d’entraînement pour les jours suivants. Il serait donc réducteur d’opposer mécaniquement la vision d’un « joueur ayant beaucoup joué est fatigué » de celle  d’un « joueur ayant peu joué est plein de fraîcheur ».

 

Le management du microcycle d’entraînement ne doit pas par conséquent répondre à la question « combien de minutes ce joueur a-t-il jouées ? », mais se demander « qu’est-ce que cela a coûté à ce joueur le fait de jouer, de ne pas jouer ou de jouer dans ces conditions ? » C’est seulement à partir de ces réponses qu’il devient pertinent de décider si le joueur doit récupérer, être stimulé, devoir compenser, se calmer, être libéré, être remis dans le jeu ou simplement lui laisser digérer l’expérience du match. Le temps de jeu devient alors véritablement un instrument de management de la charge, parce qu’il additionne le métabolisme, la coordination, l’émotion, le vécu et le statut.

 

Ainsi, le management des temps de jeu ne peut plus être seulement un management métabolique. Il doit devenir un management de l’énergie globale du joueur. C’est à cette condition que la semaine peut véritablement être organisée autour de l’objectif central de cette réflexion, qui est de performer lors des matchs, match après match. Dans cette perspective, il s’agit premièrement de récupérer de la surcharge fonctionnelle produite par le match, puis de reconstruire les conditions physiques, coordinatives et émotionnelles permettant au joueur de bien jouer le match suivant.

 

6. Du technico-tactique au physico-tactique

Mais allons encore plus loin dans la réflexion au risque de lasser en évoquant des évidences qui pourtant se discutent. Si le match est la seule véritable séance physique du microcycle footballistique, alors le système de jeu ne peut plus être considéré comme un simple cadre tactique dans lequel le joueur exprime ses qualités physiques. Le système de jeu est lui-même un organisateur de la charge physique. Mais cette proposition peut elle-même encore une fois être inversée. Ce sont les capacités physiques des joueurs qui deviennent également des déterminants de la viabilité d’un système de jeu. Depuis toujours, la relation entre tactique et physique a été pensée de manière hiérarchique. L'entraîneur définit son projet de jeu, le PPF doit ensuite préparer les joueurs à supporter les contraintes générées par ce projet. Le physique est ainsi juste considéré comme une ressource mise au service de la tactique. Cette conception devient insuffisante avec l'évolution du football contemporain.

 

L'augmentation de la vitesse du jeu, la multiplication des transitions, l'intensification des pressings, le contre-pressing immédiat et la densification des séquences à haute intensité font que les contraintes physiologiques conditionnent désormais elles-mêmes la possibilité d'appliquer durablement un projet tactique. Le physique n'est donc plus seulement au service de la tactique. Il la conditionne, car il est une ressource tarissable. De fait, la tactique doit dorénavant aussi être conçue en fonction des capacités de ce physique. C'est précisément ce que je nomme le physico-tactique footballistique.

 

Une équipe qui souhaite presser très haut, défendre en avançant, attaquer rapidement la profondeur et multiplier les transitions impose à ses joueurs une succession d'accélérations, de décélérations, de changements de direction, de déplacements à haute vitesse, de duels et de réorganisations posturales. Elle sollicite également en permanence leurs capacités perceptives, décisionnelles et émotionnelles. Le projet tactique génère donc une dépense physique qui n'est ni accessoire ni indépendante de l'organisation collective. Mais cette dépense possède une limite biologique. On ne peut pas demander à onze joueurs de produire continuellement des efforts maximaux pendant 90 minutes sans que leur qualité d'expression ne se dégrade. Le problème n'est donc pas uniquement de savoir si les joueurs sont suffisamment « préparés » pour supporter le projet de jeu. Il s’agit de savoir si le projet de jeu lui-même est physiologiquement soutenable par les joueurs à disposition. C'est ici que la notion de physico-tactique prend tout son sens.

 

Le football ne doit plus être pensé comme un continuum d'intensité homogène. Les meilleures équipes savent intuitivement, et/ou stratégiquement, alterner des temps forts et des temps faibles, des séquences de pression maximale et des périodes de contrôle, des accélérations collectives et des phases de récupération active. Cette alternance n'est pas seulement une conséquence du déroulement du match. Elle peut devenir une composante volontaire du projet tactique. Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de subir les fluctuations physiologiques du match et de demander aux joueurs de « calmer le jeu » lorsqu'ils sont fatigués. Il s'agit d'utiliser tactiquement les fluctuations de l'intensité pour provoquer, organiser et exploiter les failles de l’adversaire. Une équipe peut ainsi choisir de produire pendant quelques minutes une très forte pression collective, puis de conserver davantage le ballon, d'étirer le bloc adverse, de ralentir les transitions et de jouer dans des espaces permettant une récupération relative. Elle ne renonce pas pour autant à son intention offensive ou défensive. Elle gère son énergie pour pouvoir de nouveau produire un effort maximal lorsque l'opportunité tactique se présentera.

 

Cette logique modifie profondément le statut du jeu de position et de possession. Ceux-ci ne sont plus seulement des moyens de contrôler le ballon, de contrôler les espaces ou de dominer tactiquement l'adversaire. Ils peuvent également constituer des outils actifs de récupération physiologique. La diminution des courses maximales, la réduction du nombre de transitions et la moindre sollicitation des filières les plus coûteuses permettent aux joueurs de retrouver progressivement des ressources avant une nouvelle séquence d'intensité. Le jeu de position devient ainsi une forme de récupération sans sortir du jeu. C'est une idée particulièrement importante pour la préparation physique footballistique. La récupération ne doit pas nécessairement être située en dehors de l'activité footballistique. Elle peut être produite par le football lui-même, à condition que l'organisation collective technico-tactique permette aux joueurs de moduler momentanément leurs contraintes physiques sans perdre la maîtrise du match.

 

Le physico-tactique consiste donc notamment à apprendre à l'équipe à récupérer en jouant. Cette capacité devient d'autant plus importante que la vitesse footballistique constitue un déterminant majeur de la performance. Plus une équipe est capable de produire soudainement des accélérations et des actions à haute vitesse, plus elle doit être capable d'organiser les conditions permettant de reproduire ces actions. L'objectif n'est pas de maintenir une intensité maximale permanente menant à un bras de fer entre deux équipes. Il est de préserver la possibilité de reproduire des actions maximales lorsque celles-ci ont une valeur tactique.

 

Cela conduit à une autre manière de considérer l'intensité du jeu. Une équipe physico-tactiquement intelligente ne cherche pas à être intense tout le temps. Elle cherche à être à être en situation de pouvoir saisir une opportunité tactique en étant maximalement intense au bon moment. La valeur d'un pressing ne dépend donc pas seulement de son intensité absolue. Elle dépend de sa capacité à produire un effet tactique avant que le coût physiologique ne rende impossible sa répétition. De même, une transition offensive n'est pertinente que si les joueurs disposent encore des ressources neuromusculaires et coordinatives permettant de l'exécuter avec suffisamment de vitesse, de précision et de lucidité. La gestion par l’intensité du jeu de l’état physique d’une équipe devient ainsi une compétence fondamentale des joueurs.

 

Une équipe qui presse continuellement sans parvenir à récupérer risque progressivement de perdre la qualité de ses courses, puis celle de ses prises d'information, puis celle de ses décisions, puis celle de ses gestes techniques. Elle finit par subir les conséquences tactiques de son choix physiologique. À l'inverse, une équipe capable de ralentir volontairement le rythme du jeu peut conserver les ressources nécessaires pour réaccélérer au moment opportun. Le temps faible n'est donc pas nécessairement un temps faible footballistique. Il peut être un temps fort physico-tactique s'il permet de préparer le prochain temps fort selon des designs de saccade d’efforts qui s’amplifient de plus en plus.

 

Cette appréhension du physique footballistique permet également de reconsidérer les consignes traditionnelles du bord du terrain : « calmez le jeu », « faites courir le ballon », « gardez le ballon ». Ces consignes apparaissent souvent lorsque les joueurs commencent à être physiquement en difficulté. Elles sont alors essentiellement réactives. L'entraîneur constate la fatigue et demande une adaptation tactique destinée à la limiter. Le physico-tactique propose au contraire de proactiver cette gestion de l'effort. L'alternance entre intensité et récupération ne devrait pas être seulement une conséquence de l'état de fatigue des joueurs. Elle devrait être prévue dans le projet de jeu lui-même en rythmant ses intensités.

 

L'objectif devient alors de « travailler les corps » de l'adversaire par des séquences d'intensité choisies, puis de récupérer collectivement tout en continuant à le manipuler tactiquement. Une équipe peut chercher à provoquer plusieurs séquences de forte intensité afin de désorganiser progressivement son adversaire, puis utiliser une phase de conservation pour récupérer avant de déclencher une nouvelle accélération collective. Les temps forts et les temps faibles physiques cessent ainsi d'être deux catégories opposées. Ils deviennent deux moments complémentaires d'une même stratégie d’enchaînement de moments physico-tactiques à l’image des tempos (allegro, adagio, sherzo et presto) d’une symphonie.

 

Cette conception permet également de comprendre pourquoi la condition physique ne peut pas être évaluée uniquement individuellement. La capacité d'un joueur à répéter les efforts dépend certes de ses propres ressources, mais la manière dont l'équipe organise son jeu peut augmenter ou diminuer le coût de ses efforts. Un joueur isolé dans un système très exigeant physiquement ne subit pas la même charge qu'un joueur bénéficiant d'une organisation collective lui permettant de récupérer tout en restant utile au jeu. La charge physique du match est donc en partie coproduite par l'organisation collective. Cela signifie que le PPF ne doit pas seulement se poser la question de savoir « Quelle charge notre système de jeu impose-t-il aux joueurs ? » Il doit également pouvoir poser la question inverse : « Comment notre système de jeu permet-il à nos joueurs de récupérer afin de pouvoir reproduire des efforts décisifs ? »

 

Cette question fait entrer le PPF dans une véritable réflexion technico-tactique sans pour autant lui faire prendre la place de l'entraîneur. Par contre, elle crée un espace de coopération entre le physique et la tactique. Le PPF apporte la compréhension des limites biologiques, de la répétition des efforts, de la récupération et de la qualité d'expression alors que l'entraîneur apporte la compréhension des intentions, des espaces, des rapports de force et des temporalités du jeu. Le physico-tactique naît précisément à l'intersection de ces deux compétences.

 

Cela implique également une transformation de l'entraînement physique. Si l'objectif est de permettre à l'équipe d'alterner des séquences maximales et des périodes de récupération active, il ne suffit pas de faire courir les joueurs à différentes intensités. Il faut leur apprendre à gérer collectivement leur énergie à travers le jeu. L'entraînement doit donc comporter des séquences dans lesquelles les joueurs apprennent à produire une intensité maximale, mais aussi à la faire redescendre sans perdre leur organisation collective. Il doit apprendre à récupérer tout en conservant le ballon, à se replacer sans courir inutilement, à fermer les espaces avec économie, à contrôler le rythme, puis à réaccélérer collectivement lorsque la situation l'exige. La récupération avec et sans ballon devient ainsi une compétence footballistique à acquérir.

 

Cette orientation rejoint directement le principe d'une préparation physique qualitative. Il ne s'agit pas de rendre les joueurs capables de supporter toujours davantage de fatigue, mais de leur permettre de mieux utiliser leurs ressources physiques dans le contexte réel du football. L'enjeu n'est donc pas d'augmenter indéfiniment la quantité d'efforts tolérables, mais d'améliorer la capacité à produire des efforts performatifs, à les répéter et surtout à récupérer suffisamment entre eux.

 

La préparation physique du physico-tactique doit par conséquent développer notamment la capacité à :

-          produire des efforts maximaux ;

-          à les répéter ;

-          à prolonger les temps de la vitesse footballistique, soit son endurance ;

-          à récupérer des inter-efforts, notamment en soufflant bien ;

-          à conserver une qualité coordinative sous contrainte ;

-          à gérer intelligemment collectivement les temps forts et les temps faibles du match;

-          à utiliser le ballon et l'organisation collective comme moyens de récupération ;

-          à maîtriser émotionnellement le rythme du jeu sans subir sa diminution d'intensité.

 

On retrouve ici la logique générale de cet écrir dans le sens que préparer physiquement ne consiste pas à préparer les joueurs à subir davantage de charge, mais à augmenter leur capacité à exprimer leur talent footballistique lorsque la situation l'exige. Le système de jeu devient donc simultanément un système tactique, un système énergétique et un système de récupération.

 

Il ne s'agit plus simplement de se demander « Quel système de jeu voulons-nous jouer ? ». Il faut désormais également se demander « Quelle quantité d'intensité notre système génère-t-il ? », « À quels moments cette intensité est-elle réellement utile ? », « Comment l'équipe récupère-t-elle entre deux temps forts ? », « Comment cette récupération peut-elle être intégrée au jeu plutôt que subie en dehors de celui-ci ? », « Les capacités physiques réelles de nos joueurs permettent-elles de répéter les comportements tactiques que nous exigeons ? ». C'est par ces questions que le physico-tactique existe.

 

Le physique ne vient donc plus après la tactique pour lui permettre d'exister. Le physique participe désormais à la conception de la tactique. Et c'est probablement là que réside l'une des évolutions majeures de la préparation physique footballistique. Il est de passer d'un modèle dans lequel le PPF prépare les joueurs à supporter le projet de jeu à un modèle dans lequel l’entraîneur, le PPF et les joueurs construisent selon une approche systémique un projet de jeu physiologiquement soutenable, tactiquement pertinent et physiquement performant.

 

Le match n'est alors plus seulement une succession d'actions tactiques réalisées par des joueurs préparés physiquement que l’entraîneur essaie de téléguider depuis son banc de touche par son coaching. Il devient une symphonie par la modulation d'alternances physico-tactiques, dans laquelle l'intensité, la récupération, la possession, la conservation, les transitions et les temps forts sont volontairement organisés pour conserver, jusqu'au terme de la rencontre, la capacité de faire la différence. C'est en ce sens que le football ne peut plus seulement être technico-tactique, mais aussi physico-tactique.

 

Conclusion : entraîner mieux le match pour mieux le jouer

La présente réflexion bouleverse finalement la hiérarchie traditionnelle des séances. La meilleure séance physique n’est plus nécessairement celle qui porte la plus grande charge externe. Elle n’est plus celle qui fait le plus transpirer. Elle n’est plus celle qui laisse les joueurs épuisés. Elle n’est même plus nécessairement identifiable comme une « séance physique », à l’image de l’arbitre qui est bon quand on ne le voit pas. Dans ce cadre, le microcycle footballistique n’est alors plus une semaine durant laquelle on distribue différentes charges pour préparer progressivement un match. Il devient un système de récupération, de préparation et d’extension qualitative organisé autour d’un événement physique central qui est le match.

 

Sa planification devient ainsi une planification de la disponibilité plutôt qu’une planification de la fatigue. Son objet principal n’est plus la quantité de travail que l’on peut « faire entrer » dans la semaine, mais la qualité d’expression que l’on veut obtenir au moment où elle compte. Dans ce cadre, prétendre que la seule vraie séance physique d’un microcycle footballistique est le match hebdomadaire ne signifie pas que les entraînements physiques sont inutiles. C’est exactement l’inverse.

 

Ils ne sont pas là pour rivaliser avec le match. Ils ne sont pas là pour produire artificiellement la même fatigue. Ils ne sont pas là pour démontrer que les joueurs sont capables de supporter une charge toujours plus importante. Ils sont là pour faire en sorte que le joueur arrive au match avec davantage de possibilités d’action, davantage de vitesse, davantage de fluidité, davantage de coordination, davantage de disponibilité neuromusculaire et davantage d’alacrité. Le match est le lieu où ces qualités sont véritablement sollicitées, combinées et poussées jusqu’à leurs limites fonctionnelles. L’entraînement doit donc préparer cette confrontation sans la préempter.

 

Le match développe parce qu’il est spécifique. L’entraînement prépare parce qu’il est qualitatif. La récupération indique quand il est possible de stimuler à nouveau. Et l’alacrité indique si la stimulation a été pertinente. La question fondamentale du PPF n’est dès lors plus « Quelle charge devons-nous imposer cette semaine pour préparer le match ? » Elle devient « De quoi ce joueur a-t-il besoin aujourd’hui pour pouvoir être meilleur, plus frais et plus alerte lors de la seule véritable séance physique de la semaine qui est le prochain match ? »

 

C’est peut-être à cet endroit précis que la préparation physique footballistique cesse d’être une préparation athlétique appliquée au football pour devenir véritablement une préparation du joueur à pouvoir exprimer son football par son physique.

 

 
 
 

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